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23 juin 2010 3 23 /06 /juin /2010 19:30

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Quel choc de découvrir ce formidable roman de l’écrivain Enrique Serpa (La Havane, 1900-1968), un classique de la littérature cubaine publié en 1938 et traduit pour la première fois en français. Il livre un tableau accablant de ce que fut Cuba en ce début de XXe siècle. Mais sa richesse tient à ce que, au-delà de la question sociale, il plonge dans l’âme humaine, à travers plusieurs personnages, dont le très complexe narrateur, armateur de son état. Celui que son entourage surnomme par moquerie l’« Amiral », ou le « Dandy des mers », est un homme soucieux d’élégance, mais toujours mal dans sa peau, en proie au doute et au mépris de lui-même, en quête de marques de reconnaissance, que ce soit de la part des marins-pêcheurs ou des prostituées en compagnie desquelles il ruine sa santé.

Comparant ses pensées à des « reptiles aveugles », il reconnaît que rien ne l’intéresse vraiment. « Je me trouvais intérieurement vidé, le cerveau embrumé, incapable d’un effort soutenu, à la dérive comme un navire sans gouvernail. »La Buena Ventura, une goélette jadis bateau de plaisance et qui désormais se consacre à la pêche. Ayant hérité de son père trois bateaux de pêche, il a renoncé à son poste de chimiste à l’American Sugar Company pour partager le sort de l’équipage de

Mais quel travailleur peut à l’époque vivre de cette ressource ? L’offre dépasse la demande, à cause notamment des « chinetoques » installés sur la côte, sans famille, prêts à casser les prix du poisson. A cause aussi de « ces fumiers de bateaux frigorifiques américains » qui bradent les cargaisons de mérou et de pagre. « Les Américains sont ici comme chez eux et nous plument comme des pigeons », estime Pablo Alonso, l’un de ces marins dont « les gosses vont cul nu et crèvent de faim ». Même misère à l’intérieur des terres, comme dans le hameau Boca de Jaruro, « un cloaque qui abritait des hommes, des femmes et des enfants décharnés, faméliques, à la peau granuleuse et à l’esprit pétrifié ».

Comment faire face aux besoins vitaux, aux injustices d’une société où paradent anciens et nouveaux riches, face à l’inertie d’un gouvernement oublieux de ses promesses dès que les élections sont passées ? Par l’organisation des travailleurs. Et la grève. Excellent connaisseur du terrain, Serpa nous présente toute la gamme des opinions, depuis la résignation du vieux Martín jusqu’à l’engagement passionné de Pepe le Catalan, qui préfère aux discours des anarcho-syndicalistes venus d’Espagne l’action des communistes.

Suivre ces derniers ? « Ça pourrait pas être pire, malgré leurs idées bizarres », pense-t-il. Mais tous ne rêvent pas de révolution. Et en premier lieu « Requin », autrement dit le patron de La Buena Ventura. Ce repris de justice a l’idée de recourir à la contrebande d’alcool vers les Etats-Unis, projet autour duquel tournent toutes les péripéties traversées. Les étranges rapports entre l’Amiral et Requin constituent un réservoir de sentiments heurtés que l’auteur creuse avec une précision hallucinante. Celle-là même qu’il emploie pour dire la splendeur de la nature : « Le couchant était rouge et soyeux comme les ouïes des poissons-scies et, par endroits, comme le ventre d’une conque de nacre. » La beauté habite ces pages fiévreuses où surgit soudain la « paix infinie » qui descend sur le cœur du contrebandier lorsqu’il se remémore la douceur de sa mère lui racontant l’histoire sainte.

Françoise Barthélemy

URL : http://www.monde-diplomatique.fr/2010/04/BARTHELEMY/19019

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