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17 mars 2010 3 17 /03 /mars /2010 00:01
par Remy Herrera
Publié le 7 mars 2005, article qui n'a pas pris une ride

Korda-che.jpgIl y a tout juste 45 ans, le 5 mars 1960, Korda prenait cette fameuse photo du Che, célébrissime photo, qui a fait le tour du monde. La gravité et la détermination qu’exprime le visage du Che sur cette photo, en plus du charisme, et de la beauté, s’expliquent, on le sait, par les circonstances. Korda a pris cette photo alors que le Che assistait, sur une tribune dressée le long du cimetière Colon à La Havane, calle 23, non loin de la Place de la Révolution, aux obsèques des victimes d’un attentat : l’attentat du bateau La Coubre, ce bateau français chargé d’armes achetées par Cuba à la Belgique, que des agents de la CIA -lumière fut faite depuis sur cette affaire- avaient fait exploser la veille, le 4 mars 1960, dans le port, lors des opérations de déchargement. L’attentat fit 75 morts, 200 blessés, des dockers cubains surtout, mais aussi des marins français, dont plusieurs (9) furent tués dans l’explosion.

Ces 4 et 5 mars 1960 étaient donc jours de deuil, jours de drame, car le sang cubain avait coulé -et avec lui du sang français. Il y avait déjà eu, depuis le 1er janvier 1959, des attentats contre Cuba. Mais les États-Unis avaient d’abord utilisé, par tactique, des contre-révolutionnaires cubains, exilés ou restés dans l’île, qu’ils organisaient, qu’ils finançaient, qu’ils armaient, ou des hommes de main de gouvernements-valets de l’époque, comme celui du dictateur Trujillo en République dominicaine. Des attentats avaient donc déjà été commis, visant les ambassades de Cuba à l’étranger, comme en République dominicaine et en Haïti par exemple, de même que des actions d’espionnage et de sabotage, et, très nombreuses, des violations de l’espace maritime et aérien cubains dans le but de mitrailler des zones habitées, de bombarder des fabriques et des centrales électriques, d’incendier des cannaies et des sucreries. Mais c’est vraiment à partir de 1960 que les États-Unis allaient s’engager directement et systématiquement contre la Révolution cubaine. Quelques jours avant l’attentat du La Coubre, le directeur de la CIA, Allen Dulles, avait créé, en janvier 1960, une « force spéciale » chargée d’actions de subversion contre l’île. Quelques jours après l’attentat, en avril, il ouvrira au Guatemala une base d’entraînement militaire de mercenaires dans le but de préparer l’invasion militaire -qui eut lieu en 1961 et se termina, comme on le sait, par un désastre pour les États-Unis. Mais même après ce désastre, les actions terroristes contre Cuba continuèrent, et se multiplièrent, organisées, soutenues ou couvertes par la CIA -jusqu’à des attentats contre des écoles et des crèches, jusqu’à l’assassinat d’instructeurs de la campagne d’alphabétisation, jusqu’au premier attentat de l’histoire de l’aviation civile, jusqu’à des attentats biologiques perpétrés contre Cuba, contre ses cultures, ses cheptels, sa population... Pardon à ceux qui ne le savaient pas -s’il y en a-, à ceux qui ne le croyaient pas -il y en a certainement-, à ceux qui ne veulent plus le savoir -tellement de vilaines choses sont commises en ce monde...- ; mais il faut bien le dire : les États-Unis se sont comportés et se comportent encore aujourd’hui vis-à-vis de Cuba comme un État voyou, un État terroriste. Comment oublier, d’ailleurs, que la dernière mission du Che en tant que dirigeant de la Révolution fut de présider, en décembre 1964, la délégation cubaine à l’Assemblée générale des Nations unies, où il dénonça avec force le comportement terroriste des États-Unis ?

Qu’avait donc fait Cuba ? Cuba avait fait une révolution, Cuba s’était libérée. Et la Révolution avait pris des mesures en faveur de son peuple, des mesures de justice sociale, des mesures élémentaires : de lutte contre la corruption, contre la mafia, contre le trafic de drogue, contre la prostitution, de suppression des appareils répressifs d’Etat aux ordres de l’oligarchie, de disparition de la mendicité et du travail des enfants, de disparition de la ségrégation raciale, de baisses des prix de l’électricité, des loyers, des médicaments, des livres, de promotion de grands travaux publics et de création d’emplois, de priorité à la santé et à l’éducation publiques, d’instauration de la sécurité sociale, d’un système de retraites, de l’éducation universelle, de développement de la recherche, de la culture, du sport... Cuba avait fait une réforme agraire... L’impérialisme allait-il laisser un peuple se libérer ? Voilà la première chose à saisir dans les yeux du Che sur cette photo : cette évidence pour lui, pour tous les Cubains, pour tous les Latino-Américains, comme pour les peuples du Sud, l’évidence que l’impérialisme existe, que l’impérialisme n’est pas une fiction de l’imaginaire marxiste, mais une réalité. L’impérialisme existe parce qu’il tue, comme il tua ce 4 mars 1960 à Cuba, l’impérialisme existe parce qu’il s’acharne à détruire ce que l’Amérique latine a de meilleur, comme ce fut le cas au Guatemala en 1954, où le Che vit la CIA renverser le gouvernement Arbenz, dont le tort était d’être un bon gouvernement, démocratique, social, national, un gouvernement au service de son peuple. Ce que le Che de Korda a dans la tête à ce moment-là, sur cette photo, c’est sans doute aussi le souvenir du Guatemala, le souvenir du Guatemala martyr.

L’attentat du 4 mars était un drame, mais c’était plus qu’un drame. C’était le signal lancé par les États-Unis qu’entre eux et Cuba, ce serait désormais une lutte à mort. Et il y a ça, aussi, dans le regard du Che à cet instant : la conscience grave et déterminée que c’est la Révolution cubaine qui vaincra, ou l’impérialisme. “¡Patria o muerte !”, criera Fidel, ce 5 mars 1960, pour la première fois. Et Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir étaient là pour l’entendre, sur cette même tribune : « la Patrie ou la mort ! » -qu’il faut entendre comme les Cubains l’entendent, dans l’esprit de José Martí : “Patria es humanidad”, « la patrie, c’est l’humanité ». Che était argentin, mais il se sentait Cubain, il devint Cubain en luttant pour la liberté de ce peuple comme s’il s’était agi de celle de son peuple, comme s’il s’était agi de celle de tous les Latino-Américains, emportés par la Révolution cubaine, une révolution faite par les Cubains, mais qui porte en elle quelque chose de plus qu’elle-même, quelque chose des espérances de liberté de toute l’Amérique latine. De la même manière que Che porte en lui une part d’universel, qui fait que, d’où que l’on vienne, on se reconnaît en lui, dans son idéal, on y projette ses espoirs.

Pas une manifestation de rue dans le monde où de jeunes gens ne se rassemblent autour de cette photo du Che. Et pourtant, des photos de lui, nous en connaissons, beaucoup : celle du balcon de Buenos Aires prise par son père ; celle de la prison de México ; celle -la première dans la guérilla-, peut-être prise par Celia ou par Frank Pais, où on le voit casqué ; celles où il lit Goethe, ou boit le mate dans la Sierra ; ou aux côtés de Camilo, d’Almeida, de Raul, ou parlant avec Fidel (qui allume un puro) ; ou coupant la canne ; celles prises avec Mao, Nehru, Tito, Nasser, Ben Bella, Khrouthchev ; ou, avant le Congo, rasé et cravaté ; ou chauve, avec des lunettes, avant le départ pour la Bolivie... Nous connaissons jusqu’aux photos prises par ses assassins, après sa mort, là-bas, en Bolivie, où d’aucuns ont reconnu le Christ gisant de Mantegna ou un tableau de Rembrandt. Il y en aurait même eu d’autres encore, des photos du Che, s’il n’avait refusé, ce 4 mars 1960, d’être photographié sur les lieux de l’attentat du La Coubre, par Ande de la revue Verde Olivo notamment, alors qu’il portait secours aux victimes, retrouvant son premier métier, celui de médecin, celui qui, avant la Révolution, lors de son périple latino-américain, l’avait confronté à la misère, aux maladies, « à l’impossibilité de soigner un enfant faute de moyens », comme il l’a écrit. Mais de toutes ces photos, c’est peut-être celle de Korda qui est la plus connue, qui est la plus symbolique.


Combien de paradoxes, pourtant, sont attachés à cette photographie, à ce symbole.


Premier paradoxe. Cette photo -œuvre d’art- est devenue dans le monde qui est le nôtre, le capitalisme, un produit commercial, une marchandise, dans son genre l’une des plus vendues au monde.

Quel paradoxe de voir l’image du Che marchandisée, lui pour qui l’argent n’importait que pour autant qu’il fallait le détruire, lui qui étudia même, à la tête de la Banque centrale de Cuba, des expériences de suppression de la monnaie -cette photo est aussi celle d’un président de Banque centrale !

On peut voir, à New York, des tee-shirts avec ce portrait du Che vendus aux côtés d’autres arborant le sigle de la CIA... Ou comment le capitalisme fait de l’argent avec le portrait d’un de ses adversaires les plus résolus ! Car ce que nous montre cette photo, c’est l’image d’un révolutionnaire qui s’est battu jusqu’à la mort, non pas contre l’injustice d’un « mauvais » capitalisme, mais contre l'injustice du capitalisme tout court, ennemi des peuples, qui s'est battu jusqu'à la mort contre l'impérialisme, ennemi de la démocratie.

Lénine nous avait prévenu : « le capitaliste vendrait jusqu’à la corde destinée à le pendre ». Che était communiste. Mais alors, aurions-nous jeté l’enfant avec l’eau du bain ? Che « pur comme un enfant ou comme un homme pur », écrit le poète, Nicolas Guillén. Tout n’est-il pas à jeter dans le communisme, alors, si l’homme était si pur, si Che est communiste.


Deuxième paradoxe. « Cuba te sait par cœur. Visage à la barbe clairsemée. Et ivoire et olive de la peau de jeune saint », Guillén à nouveau.

Cette photo, c’est bien plus qu’une photo. Cette photo est l’image d’un saint, c’est devenue une icône religieuse.


Paradoxe, nouveau paradoxe que de voir ce communiste, athée, révolutionnaire d’une révolution laïque, changé en héros « mystique » -comme on l’a dit des photos prises par Chinolope à l’Université, trois jours avant celle de Korda- ; de voir le Che transformé en sauveur, Christ en armes, fils de Dieu, Dieu lui-même fait homme ! Bien sûr que tout cela participe de la récupération du Che, de sa neutralisation en pur esprit, en être imaginaire, en abstraction, apolitique, ascétique, en bien incarné -et beau comme un acteur de cinéma (par-dessus le marché)-, en symbole que chaque individu investit d’un tas de choses, qu’un psychanalyste expliquerait bien mieux que moi (l’image du père sévère, mais juste), et surtout de cette chose indicible qui fait que l’on se sent être humain, et non hombre-lobo, lorsque l’on ressent la souffrance des autres, lorsque l’on aide les autres, lorsque l’on aime les autres.


Mais, autant le paradoxe de la marchandisation du Che était porteur d’une contradiction insoluble -car Che et le capitalisme sont inconciliables, irréconciliables, car Che ne fut pas un être supérieur, mais un révolutionnaire communiste, simplement, qui, comme beaucoup d’autres révolutionnaires communistes, donna sa vie pour la révolution, homme nouveau en marche vers la société communiste, guerillero qui lutta armes à la main-, autant il me semble que l’opposition entre la réalité d’Ernesto Guevara athée et l’imaginaire du Che christique est surmontable.


Cette opposition me paraît surmontable parce que l’on sait aujourd’hui articuler religion et révolution, comme le montre la révolution bolivarienne au Venezuela ; ou comme on peut apercevoir un peu de l’Apocalypse de Saint Jean dans la Critique du Programme de Gotha de Marx : la société communiste de Marx ou du Che n’est certes pas la Jérusalem céleste de Juan, mais les deux ont en commun cette utopie d’un monde nouveau où celui qui a faim recevra le pain et le recevra gratuitement ; où, dit la Bible, « celui qui a soif, moi, je lui donnerai de la source de vie, gratuitement ». Cela, c’est une interprétation que je ne partage pas, personnellement, parce que je suis athée et matérialiste, mais c’est une interprétation qui ne me choque pas, ou plus, et je crois que c’est une interprétation qui ne peut pas choquer les révolutionnaires cubains, eux qui ont appris à faire avec la religion -avec les religions, avec Santa Barbara et Chango.


Troisième paradoxe. Le paradoxe d’un Che combattant, commandant de la Révolution cubaine, que l’on veut séparer de la Révolution cubaine, que l’on veut arracher à la Révolution cubaine et en particulier opposer au commandant en chef, à Fidel. Comme s’il y avait un bon révolutionnaire et un mauvais révolutionnaire. Le diable et le bon Dieu version cubaine. Comme s’il y avait un Che, pur, et un Fidel, impur, diabolique, dont les ennemis de la Révolution prétendirent, par un nième mensonge, qu’il avait à Cuba fait fusiller le Che, pour « divergences de vues », diffusant même une affiche sur laquelle Guevara Lynch, père du Che, réclamait à Fidel que lui fût rendu le cadavre de son fils. Et il fallut que Guevara père protestât avec force et indignation contre ces calomnies médiatiques -à côté de ça, Robert Ménard et ses soi-disant défenseurs de la « liberté de l’information » de RSF font figure d'enfants de coeur ! Et comme par hasard, le bon révolutionnaire est justement le révolutionnaire  mort, celui qui a été vaincu, celui que l’on nous a tué -comme on disait jadis aux États-Unis jadis : le bon Indien est l’Indien mort.


Mais ce que l’on rate en acceptant cette logique-là, ce que l’on manque en acceptant ce non-sens logique-là, qui tente de tourner le Che contre la Révolution cubaine, c’est que le Che n’est Che en soi que parce qu’il y eut la Révolution cubaine, que parce qu’il fit cette Révolution en vainqueur ; c’est que le Che est Che pour nous parce que Cuba est toujours là, parce que cette révolution se tient toujours debout, victorieuse encore aujourd’hui, pour que nous gardions le Che dans nos cœurs, non comme un souvenir de magasin de souvenirs, mais comme une pratique de transformation réelle du monde réel, pour un autre monde, meilleur, possible, réel. Et ce, même dans les moments les plus difficiles, les moments difficiles de la « période spéciale » à Cuba, où il fallut résister, tenir le choc, ou les moments difficiles que nous vivons tous dans le monde à l’heure actuelle : des moments terribles de régression historique, de destruction capitaliste (des services publics, des liens sociaux et solidaires, des valeurs morales et éthiques, de l’environnement...), des moments terribles de barbarie impérialiste (de guerres, de menaces de guerres, de pulsions exterministes du capitalisme néo-libéral)... C’est notre temps, et il nous faut y résister, tenir le choc, ensemble, avec le Che, aux côtés de Cuba, cette patrie universelle. 

Source : RISAL.info

Visitez http://www.kordaporsiempre.com/, un site dédié au photographe cubain ALBERTO DIAZ “KORDA”.

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Published by cuba si lorraine - dans El Che
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