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4 juin 2011 6 04 /06 /juin /2011 12:15

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Archive, article publié sur CSL en avril 2010

JG : Si tout cet argent qu’ils investissent dans la guerre et la répression, ils l’investissaient plutôt dans la santé, l’éducation, la réforme agraire, cela remettrait peut-être en question l’existence des FARC.

Si l’on commençait à apporter des solutions aux problèmes qui constituent les causes du conflit, si l’on arrêtait d’assassiner les opposants, cela ferait logiquement baisser la tension. Les FARC ne pourraient plus dire que le peuple souffre.

 

Jaime Guaraca, guérillero légendaire.

Entretenien réalisée par Hernando Calvo Ospina.

 

Il me reçoit dans ce coin perdu du monde. La chaleur est extrême et la couleur des nuages annonce une averse. Remarquant ma préoccupation, il m’assure que cette maisonnette, faite de bois et de feuilles, a déjà résisté à de nombreuses tempêtes. Je constate que dans cette petite salle, les livres constituent l’unique luxe. Au fil des heures, je m’aperçois que deux photos en sont ses trésors : sur les deux, il pose avec Manuel Marulanda Velez, le commandant des Forces Armées Révolutionnaires de Colombie, FARC, mort récemment.

guaracas008-10-21-2-bc30d.jpgJ’ai devant moi l’un des plus légendaires guérilleros de Colombie : Jaime Guaraca. Il est l’un des mythes révolutionnaires encore en vie, qui a pris part à la fondation et au développement des FARC. Lors de la Septième Conférence, en mai 1982, il a été élu au Secrétariat, la plus haute autorité de cette organisation. Une fonction que son état de santé l’obligera à abandonner.

Il raconte que ses « infirmités », sont apparues petit à petit, conséquences des tortures qui lui furent infligées après son arrestation, le 5 avril 1973à Cali, au sud-ouest du pays. « Les militaires m’ont enfermé pendant trois mois dans une cellule appelée « dompte-fous » et m’ont soumis aux méthodes les plus sauvages q’ils avaient apprises auprès des spécialistes étasuniens . »

Guaraca a une mémoire photographique. Il se rappelle quel mois, quel jour et dans quelle rivière, colline, chemin ou village éloigné, se sont produits des événements essentiels de l’histoire colombienne, que bien peu de gens connaissent.

Voici un aperçu de la conversation que j’ai pu avoir avec ce personnage qui n’a pratiquement jamais donné d’interviews.


Hernando Calvo Ospina : D’où êtes-vous originaire, Jaime Guaraca ?


Jaime Guaraca : Je viens d’une famille paysanne très modeste qui exploitait un bout de terre dans le Tolima, au sud de la Colombie. Mes parents ont défriché la forêt pour construire deux petites fermes, où nous sommes nés, six garçons et deux filles. Je suis le seul de la famille encore en vie. Ma mère et ma petite sœur sont mortes très jeunes, faute de médecin.

Le 9 avril 1948, après l’assassinat du dirigeant libéral Jorge Eliecer Gaitan, la violence du gouvernement conservateur contre les libéraux et les communistes s’est propagée dans tout le pays. Ma famille a dû faire la même chose que des milliers de paysans : se cacher dans la forêt pour échapper à la mort. Mes frères aînés se sont mis à la recherche d’autres jeunes qui étaient en train de s’organiser pour défendre leur vie. En effet la police les poursuivait afin de les assassiner, parce qu’ils avaient commis le délit d’être libéraux. Ces jeunes sont devenus des guérilleros qui luttaient contre la dictature fasciste. Moi, j’étais très jeune.


HCO : Quand avez-vous pris part à la lutte de guérilla ?


JG : En 1953, le général Gustavo Rojas Pinilla a pris le pouvoir.

Face à son offre de paix aux rebelles en armes, les guérillas libérales se sont démobilisées. Quelques-uns de ses commandos, qui avaient combattu aux côtés des communistes, ont décidé de s’allier avec le gouvernement militaire pour nous persécuter.

La consigne du gouvernement était de nous éliminer et pour cela, il comptait sur l’armée, la police, les conservateurs et les libéraux. Alors, dirigés par Jacobo Prias, plus connu sous le nom de « Charro Negro », le chef du mouvement communiste paysan, nous avons décidé de nous replier.

Charro nous a rassemblés. Nous étions environ quatre-vingt guérilleros. Il nous a expliqué que les offres de Rojas Pinilla n’étaient pas ce dont la Colombie et les Colombiens avaient besoin. Que tout cela n’était que mensonge et qu’on s’en apercevrait bientôt. C’est pourquoi il n’acceptait aucune reddition d’armes. Après, il a demandé que ceux qui voulaient le suivre s’avancent d’un pas, ajoutant que ça devait être une décision volontaire, et répétant que la lutte serait longue et dure. Je l’ai fait. J’avais quinze ans à peine.

Avec nous, il y avait le camarade Marulanda, qui s’était joint au mouvement d’autodéfense communiste du Tolima en 1953. Don Pablo,son père, déjà vieux nous accompagnait aussi. Nous étions trente : 26 hommes et 4 femmes.


HCO : Comment s’est poursuivi le processus d’organisation de ce qui allait devenir les FARC ?


JG : Le 27 mai 1964 est considéré comme la date de la fondation des FARC. Ce jour-là notre région a été attaquée. C’était dans le cadre de l’Opération Marquetalia qui était une guerre contre-insurrectionnelle préventive. On a dit que cette zone et d’autres étaient des « républiques indépendantes », mais je peux vous assurer qu’il n’en était rien. C’était juste un prétexte pour nous envoyer 16 000 hommes de l’armée, bien équipés, ainsi que des avions, des hélicoptères et l’artillerie.

Les véritables commandants étaient étasuniens. Nous avions de petits appareils de communication, « talkie-walkies » et chaque fois que nous les allumions, nous entendions seulement les gringos. J’en avais assez de les entendre.

Où que nous regardions, il y avait des troupes. Et malgré notre manque d’expérience et de bon armement, et alors que nous n’étions que 52 hommes et 3 femmes, nous les avons affrontés.


HCO : Dans ce cas, que signifie « affronter » ? C’était la bataille d’une fourmi contre un éléphant !


JG : Attendre, jusqu’à ce que ceux qui, en particulier, menaient la colonne, arrivent à l’endroit où la carabine pouvait les atteindre. Reculer, et recommencer à attendre.

Cela m’a toujours paru irréel que ce petit nombre de paysans n’ait pas été complètement anéanti.

Oui, c’est vrai : j’ai leurs noms à tous, ainsi que le nom de leurs petites fermes.

Mais vous voyez, ce fut une très bonne chose, car au milieu de tant de difficultés, cela nous a rassemblés. Alors, le camarade Marulanda nous a demandé : - On résiste ou on se rend ?Et nous avons tous dit : Résistons ! - Sommes nous libres ou esclaves ? Et nous avons répondu : Nous lutterons pour être libres !


HCO : D’où vient le nom de FARC ? Et à quel moment Manuel Marulanda en a-t-il pris la direction ?


JG : Malgré la poursuite des opérations militaires en 1966, nous avons organisé la Deuxième Conférence, entre avril et mai, dans la région de Duda, département du Meta. C’est là qu’on a discuté et décidé que l’organisation s’appellerait FARC.

Pendant cette Conférence à laquelle ont participé quelque 350 combattants, l’idée que nous avions s’est concrétisée : créer une seule organisation qui regrouperait des forces de différentes zones, sous le commandement d’une seule direction. Il en fut ainsi : on a nommé un Etat-Major, avec à sa tête, le camarade Marulanda. Manuel fut confirmé dans sa fonction de chef, car il l’était déjà depuis l’assassinat de Charro, en janvier 1960. On l’a tous accepté comme tel, car ce rôle lui revenait de façon incontestable.

Entre 1967 et 1970, plus ou moins, les FARC naissantes ont traversé une grave crise due aux coups de l’ennemi. Une fois cette crise surmontée, les FARC ont commencé à faire preuve d’une grande méthodologie politique et militaire. D’où vient-elle, en particulier la militaire ? Avez-vous eu des instructeurs ?

C’est une question très importante parce qu’en ce moment on dit beaucoup de choses pour essayer de minimiser l’œuvre d’un groupe d’hommes qui a tout abandonné pour le bien du peuple colombien.

Quand nous avons dû faire face à l’Opération Marquetalia, aucun de nous n’avait d’expérience militaire. Nous ne savions pas quel type d’armée nous allions affronter. Nous avions deux réservistes, mais ils ne connaissaient pas de techniques de combat, ni même comment faire une embuscade. Je vous le dis, cela a été très dur. Le camarade Marulanda fut le seul qui se mit à étudier la tactique et la stratégie militaire.


HCO : Quelle a été sa méthode ?


JG : C’était un observateur, de tous les aspects de la vie humaine. Dans le domaine militaire, il observait, réfléchissait à la façon dont se comportaient la police et l’armée dans les combats. Il en tirait ainsi des enseignements.

Sans instructeur, c’est la pratique qui a été notre école. Nous avons appliqué une méthode qui, jusqu’à aujourd’hui, me paraît bonn : : les réunions de bilan. Elles permettaient au guérillero d’exposer tout ce qu’il avait vu, senti, écouté. Ensuite, le camarade Marulanda résumait, et nous expliquait le pourquoi de nombreuses choses et erreurs.

Il en fut ainsi, jusqu’à ce qu’il voit la nécessité de se mettre à étudier. C’était un autodidacte de premier ordre. Il lisait Lénine, Marx, Bolivar, sur la guerre au Vietnam et la guerre de guérillas de Mao. Il lisait les manuels militaires, en particulier ceux de l’armée colombienne, car il disait qu’il fallait connaître l’ennemi de l’intérieur.

Nous sommes restés sans école d’instructeurs jusqu’en 1972. C’est le camarade Marulanda qui commença à donner des cours, à former des instructeurs, à transmettre l’expérience. C’est une partie de l’œuvre qu’il a laissée, en plus de la fidélité à la cause. Cela représente 59 années de vie guérillera."


Un chien s’obstine à aboyer, attiré peut-être par la délicieuse odeur du repas qu’on prépare. farc-9fe30.jpgCela ne perturbe pas Jaime Guaraca. La tempête s’est arrêtée, mais les nuages gris ne discontinuent pas.

Il a vidé d’un seul trait le verre de jus qu’on nous a apporté, pour la deuxième fois, préparé avec des fruits qui ne poussent que sur ces terres. Nous discutons déjà depuis un bon moment. L’évocation de tant de souvenirs semble lui insuffler une énergie supplémentaire. Il est temps de parler de thèmes actuels.


HCO : Que dites-vous des accusations qu’on porte sur les FARC ? Qu’il s’agit d’une « narcoguérilla », par exemple ?


JG : Le gouvernement, la grande presse et beaucoup de ceux qui se disent intellectuels, à l’intérieur et hors de la Colombie, ont dit que les FARC avaient changé. Que c’était au départ un groupe qui avait un programme révolutionnaire, qui luttait pour la réforme agraire et que d’un moment à un autre,disent-ils, il s’est converti en ce qu’on nomme une « narcoguérilla ». Et là on se dit : quelle manière de récupérer les termes selon leurs besoins !

Quand les groupes révolutionnaires ont fait leur apparition, on les appelait « vermine », ce qui est indigne. Peu après, on les a dénommés « communistes », en racontant que le communisme était ce qu’il y a de pire. En fait, ils disaient du communisme exactement ce qu’ils faisaient contre les Colombiens. Ensuite, on les a traités d’antisociaux, de criminels, de bandits et de tous les termes qu’on peut imaginer. L’accusation s’est transformée, jusqu’à ce qu’on arrive à celle de « narcoguérilla », un terme imposé par l’ex-ambassadeur étasunien, Lewis Tambs. Voyez comme la vie est ironique : ce même personnage a été expulsé du Costa Rica pour narcotrafic !


HCO : On critique beaucoup les FARC pour la détention de militaires et de policiers.


JG : Ils n’ont pas été kidnappés, ils ont été capturés au combat. Ce sont donc des prisonniers de guerre, comme le sont les guérilleros qui sont dans leurs prisons.


HCO : Mais on ne peut pas en dire autant à propos des civils.


JG : Ecoutez, pendant les négociations avec le gouvernement du président Andres Pastrana, les FARC ont libéré plus de trois cents militaires détenus. En revanche, pas un seul guérillero n’a été libéré, sachant que certains sont condamnés à des peines de cinquante et soixante ans et beaucoup d’entre eux sont malades.

Quand les FARC ont vu qu’il n’y avait aucune intention d’échanger des prisonniers, la décision fut prise de détenir des personnes politiquement importantes.

Pour Ingrid Betancourt, il n’a pas été nécessaire d’aller la chercher, car elle est entrée dans une zone de guérilla. Elle croyait qu’on ne savait rien de son appartenance à la bourgeoisie.

C’est que, dans cette guerre, la bourgeoisie n’a pas souffert !

Mais, même avec ces détenus, le gouvernement n’a pas réagi, car il n’était pas intéressé par la négociation avec échange de prisonniers, et encore moins par la paix. Uribe Velez ne jure que par la guerre.


HCO : Puisque vous mentionnez madame Betancourt, comment s’est réellement passé son sauvetage ?


JG : C’est une opération dans laquelle sont intervenus les Français, les Israéliens et les Etasuniens. Mais le point essentiel, c’est qu’elle et le groupe des quatorze sont partis grâce à l’offre de récompense économique faite aux deux principaux responsables de leur surveillance. De plus, ils étaient peut-être entrés dans cette négociation depuis bien longtemps. Lors de la dernière preuve de vie qui a été remise, cette photo d’Ingrid où on la voit assise, le visage livide, a été arrangée.

Expliquez-moi : pourquoi les responsables de sa surveillance ont laissé partir la lettre envoyée à sa mère, où elle racontait tant de mensonges sur son état de santé et sur le traitement qu’elle recevait ? A-t-elle eu besoin d’aide pour descendre de l’avion quand elle est revenue à Bogota ou à Paris ? Les examens médicaux officiels qu’elle a faits à Paris, ont-ils montré un problème de santé ?

Ceux qui se sont vendus ont cru à des promesses dont un exil doré à Paris. On ne leur a rien donné : ils sont toujours en prison et sont menacés d’extradition vers les Etats-Unis.

Il leur est arrivé la même chose qu’à l’assassin du commandant Ivan Rios, qui lui a coupé la main après l’avoir tué pour l’apporter à l’armée comme preuve : il a entrepris une grève de la faim en prison parce qu’ils n’ont pas tenu leur promesse. Et ils ne la tiendront pas.

C’est ainsi que le diable récompense ses bons serviteurs.


HCO : Madame Betancourt dit qu’elle ne retournera pas en Colombie, parce qu’elle est un objectif militaire des FARC.


JG : Est-ce qu’avec cette histoire, elle et sa famille veulent susciter davantage de compassion et obtenir encore plus que les millions qu’ils ont obtenus avec les campagnes qui ont été réalisées et dans lesquelles tant de personnes naïves se sont laissées prendre ? Ou bien lui faut-il gonfler un peu plus son ego démesuré ? L’importance politique qu’elle avait a disparu.


HCO : Cette année 2008, les FARC ont reçu plusieurs coups durs. Est-il vrai que les FARC sont très affaiblies ?


JG : Je ne dis pas que les FARC ont subi des coups mais des échecs. La mort de Raul Reyes, d’Ivan Rios et d’autres commandants sont des échecs. Avec la fuite d’Ingrid et du groupe des quatorze, j’en suis conscient et je le dis : c’est une bataille politique qu’on a perdue. Mais les guerres sont ainsi, on ne gagne pas des batailles tout le temps.

La direction s’est déjà restructurée. Alfonso Cano, le nouveau chef, a dit que le Manifeste Bolivarien suivait son cours, que les FARC continuent sur la même voie, militairement, politiquement et sur le plan organisationnel, et que les portes sont toujours ouvertes pour rechercher la paix et la justice sociale.

Tout le reste n’est que mensonge. Il faut arrêter de croire que les FARC seraient vaincues ou qu’elles auraient perdu le cap. Car les causes à l’origine de cette guerre n’ont fait que s’amplifier, se développer. Aujourd’hui, le peuple souffre et subit encore plus qu’en 1946. Aujourd’hui plus que jamais, le pays est dirigé depuis Washington : Uribe est un simple majordome.


HCO : On répète que beaucoup de choses vont changer dans les FARC, avec Alfonso Cano, qu’elles vont devenir « plus politiques », ou bien qu’elles vont se démobiliser.

Alfonso est un homme très intelligent et instruit. C’est un cadre politique qui va jouer un rôle important dans la direction, car dans les FARC la direction est collective. Quand elle se réunit, c’est là que tous les avis sont exposés, discutés et les décisions sont prises à la majorité. Personne ne peut éviter ce système.

Donc le fait de dire qu’avec Cano, il y a de grandes possibilités de reddition des FARC… tout cela n’est que spéculation.


HCO : Encore combien d’années de guerre le peuple colombien devra-t-il supporter ?


JG : Malheureusement, la paix n’est pas entre les mains des FARC, mais entre celles de la bourgeoisie et de l’impérialisme.

Si Uribe, qui se prend pour un super président, était un peu intelligent et voulait la paix, il pourrait commencer par donner une issue à la guerre avec un simple décret. Les FARC sont disposées à négocier à toute heure, mais pas n’importe où, pas à n’importe quelle condition, et pas pour obtenir des postes au Congrès pour ses dirigeant

La Colombie a besoin de paix, mais pas d’une paix de la reddition :il n’est pas question de rendre les armes en échange de rien pour la grande majorité du pays.

Ce sont les besoins du peuple qui importent pour les FARC, car ses commandants vivent près du peuple et connaissent la souffrance de ce peuple.


HCO : Une négociation politique peut-elle ouvrir le vrai chemin vers la paix ?


JG : Regardez, les dialogues avec le gouvernement du président Pastrana, qui ont eu lieu dans la zone du Caguan, ont permis une véritable avancée. Un agenda commun a été signé ; les points des FARC et ceux du gouvernement se rejoignaient en un seul. Il suffisait de commencer à travailler.

Que s’est-il passé ? Washington et la bourgeoisie colombienne ont cru que c’était un pas vers la révolution. Alors ils ont préféré investir de nouveau dans la guerre. Sous l’impulsion du puissant consortium militaire étasunien, bien évidemment. Car c’est lui, avec la grande bourgeoisie et le commandement militaire colombien, qui a fomenté la guerre pour remplir leurs coffres.

Il est certain que parmi les bourgeoisies latino-américaines, la colombienne possède une caractéristique unique en son genre : contre ses opposants, elle recourt à l’application de la violence, de la mort. Elle veut tout résoudre en tuant ceux qui contrarient ses plans.


HCO : D’où peut bien venir cette « caractéristique » de la bourgeoisie colombienne ?


JG : Personnellement, je l’attribue aux Espagnols, mais il faudrait faire une enquête sociologique et psychologique qui nous dise quel genre d’Espagnol est arrivé en Colombie. Quel terrible héritage ils nous ont laissé, car la violence politique des puissants dans notre pays vient du temps de la colonie !.

Seules quelques personnes folles et intéressées croient qu’on peut en finir avec la guérilla par la voie militaire et par la violence contre le peuple, mais je ne vois pas non plus actuellement la possibilité pour la guérilla de prendre le pouvoir.

Nous sommes réalistes. Pour le moment, nous ne pouvons pas les vaincre, mais un mal ne dure pas cent ans, un corps n’y résiste pas. Aucun changement social n’a été facile. Par contre, qu’on ne s’y trompe pas : tant que persistent les causes qui ont engendré la lutte, la guérilla sera invincible.

Leur propagande dit que le peuple colombien est fatigué de la guerre, et que c’est pour cela que de nombreuses personnes collaborent avec l’armée. Mais ce n’est pas vrai. S’il en était ainsi, la guérilla ne serait pas présente dans tout le pays.

La guérilla s’est repliée stratégiquement pour affronter le Plan Colombie. Les forces principales sont dans la forêt, mais il existe des combattants aux alentours de Bogota, Cali, Medellin. On ne se rend pas compte de leur présence, car il y a une base qui les cache et les soutient.

Les FARC ont organisé leur parti Communiste Clandestin, PCC, et le Mouvement Bolivarien pour une Nouvelle Colombie. Ils travaillent clandestinement avec les masses dans tout le pays, silencieusement.

Si on regarde avec objectivité, c’est Uribe le vaincu, car il n’a pas réussi à anéantir les FARC, malgré ses plans Colombie et Patrie. Avec Washington, ils ont gaspillé des milliards de dollars, et les FARC sont toujours là.


HCO : Dites moi, si ce n’est pas par la voie militaire, comment l’Etat colombien et Washington pourraient réellement ébranler les FARC ?


JG : Si tout cet argent qu’ils investissent dans la guerre et la répression, ils l’investissaient plutôt dans la santé, l’éducation, la réforme agraire, cela remettrait peut-être en question l’existence des FARC.

Si l’on commençait à apporter des solutions aux problèmes qui constituent les causes du conflit, si l’on arrêtait d’assassiner les opposants, cela ferait logiquement baisser la tension. Les FARC ne pourraient plus dire que le peuple souffre.


HCO : Donc l’establishment a la possibilité de résoudre ce conflit, tout de suite !


JG : Mais non : Uribe, l’impérialisme et la bourgeoisie ont la grande illusion de pouvoir défaire militairement les FARC. Et là, je le répète, ils se trompent complètement.

Dans la situation actuelle du peuple colombien, j’ai la certitude que les FARC continueront d’exister. Les FARC sont prêtes à continuer la lutte, à résister et à vaincre.


mardi 30 septembre 2008

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Published by cuba si lorraine - dans Amérique Latine
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