Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

  • : Cuba Si Lorraine
  •  Cuba Si Lorraine
  • : blog des amis de Cuba en Lorraine
  • Contact

19610419-CubaVictoryPlayaGiron-crop.jpg
-
cooltext517277295.png
MILCIA---copie-1.jpg
cooltext517276476.png
cooltext517276264.pngcooltext517275991.png
cooltext517276810.png
             -
colonne-gauche-copie-1.jpg
.

logo-gauche.jpg
-
Capture-freeforfive.JPG
cuba-debate.jpg 1er-mai-cuba
Pour en savoir plus
Cliquez sur l'image !

Recherche

nos amis + liens utiles

  .

titre_891504.jpg
.
.
.
RHC-1.JPG
Cubavision-TV.jpg
.
.
cuba_linda.jpg
. 

Archives

cooltext518801341.png
cooltext518803453.gif

Catégories

 

Sans-titre-1-copie-3.jpg

neruda-fidel.jpg

  logo-bas-ok.jpg

 

21 janvier 2011 5 21 /01 /janvier /2011 00:35

cuba_2009_1_078.jpg

Par Bertrand Vannière

Eusebio Leal est historien de La Havane depuis plus de 20 ans. Il a su tirer partie des difficultés de Cuba durant les années 90, à un moment de l’histoire cubaine où la tendance générale était à l’économie et à la survie, Leal a obtenu de Fidel Castro une certaine autonomie qui, conjugué à un extrême talent, lui permit de transformer L’Oficina del Historiador en véritable entreprise : hôtels, boutiques, restaurants, musées, entreprises de construction et restauration qu’il créa et gère depuis, pratiquement seul, même si, il y a quelques années, son pouvoir, particulièrement financier, lui a été sensiblement diminué. Il continue grâce à son intelligence, sa bonne gestion, ses idées avant-gardistes, de faire de la Vieille Havane, un exemple mondial de restauration, gestion, et conservation du patrimoine.


Le résultat de ce travail intense et continu lui vaut aujourd’hui, non seulement une reconnaissance de gestionnaire et économiste - le résultat est là, connu du monde entier - mais aussi une certaine notoriété qui dépasse largement les frontières cubaines. Leal, c’est l’exemple d’un grand projet concrétisé, d’une réussite économique et culturelle dans un contexte difficile, voire hostile (sa réussite lui confère forcément des ennemis), pour le reste du monde. Cette popularité, qui jusqu’alors à Cuba était avant tout culturelle, relayée à un rôle parallèle, concentrée sur un quartier de La Havane, est en train de se transformer en une popularité tout court, c’est à dire dans tout Cuba et dans tous domaines… et pourquoi pas politique…

La UNEAC, organisme de gestion de la culture cubaine, largement orientée et contrôlée par l’Etat, prend ses aises depuis l’apparition d’une certaine tolérance vis à vis d’une « culture alternative » (association du Hip-hop ou autres, représentation des thèmes tabous, facilité de voyager pour les artistes), bénéficiant d’une image « non officiel » ou du moins « non politisé » dans le sens stricte du terme, qui se traduit par d’avantages de possibilités d’agir, de se divulguer et par le traitement de thématiques plus modernes. L’ensemble des institutions culturelles cubaines restent néanmoins sous le contrôle de l’Etat, mais les artistes peuvent  plus facilement exprimer leurs idées que dans les années 80, par exemple. Dans ce contexte, la UNEAC reprend à son compte ce semblant de liberté d’expression et utilise son pouvoir institutionnel pour se positionner comme l’ambassadeur des pensées avant-gardistes et nouvelles de la « future » Cuba.

C’est la raison pour laquelle Eusebio Leal fit une apparition très remarquée durant le congrès de ce qui représente aujourd’hui « les nouvelles idées officielles de Cuba ». Elles ne viennent pas des institutions politiques directes de l’Etat, mais d’une voie parallèle –non pas moins officielle…- celle de la culture. Et qui, représente mieux que Leal, cette voie à la fois parallèle mais officielle, culturelle, et des pensées d’avant-garde, à Cuba ?

Discours de Eusebio Leal le 2 avril 2008


"Pour ne pas continuer sur le même fils conducteur que nous avons tous entendu ici, sinon celui de notre cœur, et des causes et motivations qui nous amenèrent à ce Congrès, en se souvenant, faisant allusion au début de cette session, à cette phrase inoubliable de l’écrivain français Marguerite Yoursenar, auteur de Mémoires d’Adrien, qu’elle trouva dans une lettre de Flaubert : « Les Dieux n’étaient déjà plus là, le Christ lui, n’était pas encore là, et de Ciceron à Marc Aurèle il y eu un moment unique durant lequel l’homme était seul. ».

Une réunion comme celle d’aujourd’hui ne pourrait se célébrer dans aucun autre endroit du monde, car il n’existe aucun lieu où les intellectuels, les écrivains, les artistes… peuvent se réunir et que leurs idées non seulement posent des questions, sinon qu’elles influencent et aillent jusqu’à déterminer la vie d’un Etat et d’une nation. Ce privilège que nous a donné le temps, est uni à l’absence qui s’est produite, lorsque le premier jour ne fut pas présent parmi nous Fidel.

Je voudrais dire également que, en recevant avec un fort et franc applaudissement le Général Président – comme le furent en son temps Carlos Manuel de Céspedes, Salvador Cisneros Betancourt ou Bartolomé Maso -, nous nous souvenions de la singularité de l’histoire de notre pays.

Je suis historien et, par défaut professionnel, j’ai la manie de chercher l’explication des choses dans la chance directement issue d’une boule de cristal. Ainsi je me souviens de cet épisode de la Grande Guerre de 1868, quand un homme émérite, mais qui s’était perdu, surprit sur son chemin Antonio Maceo et le pointa de son revolver à la poitrine, manquant ainsi le respect à son supérieur.

Maceo demanda a Limbano Sanchez –lequel mourra plus tard de façon héroïque- qu’il baissa son arme et lorsque celui-ci lui obéit, devant les yeux ébahis du reste de l’escorte, le Major Général l’embrassa y le remit sur le chemin de la raison et de la vérité.

Durant la lutte insurrectionnelle de la Sierra se produisit la même chose. Au début il y en avait un, non conforme avec la répartition des armes saisies lors d’un combat, qui tenta de démontrer au chef qu’il avait tort. Il fit donc le geste de sortir son arme, mais un homme s’interposa entre les deux autres. Cet homme est le Général Président que était ici au Congrès hier ; je veux dire Raul. Sans son intervention, nous n’aurions peut être pas aujourd’hui de Revolucion.

Nous ne sommes pas seul, la nation est à l’écoute de ce que nous disons. Fidel nous porte attention, et avec un profond respect il nous écouta également hier, présent physiquement, Raul.

Une fois, dans un excès de confiance de ma part, j’ai dit à celui que je viens d’évoquer : « Vous nous avez condamné à ce que la nation soit pour toujours présidée par un homme illustre ». Et ceci était ma grande agonie. Je pense qu’aujourd’hui sont présents les cubains illustres, les femmes et les hommes. Ils sont une partie, seulement une partie, parce qu’il y en a tant d’autres dans les fabriques, en mer, dans l’armée, dans les sciences…, mais ici sont réunis les écrivains, les peintres, les intellectuels… bref, l’âme visible de Cuba.

Il ne se reproduira pas la même chose que durant la Grande Guerre lorsque, chevauchant avec le Président de la République en arme –précisément Bartolomé Maso- venait à sa rencontre quelques jeunes qui faisaient partie de son Etat Major. En les voyant, le général Modesto Diaz, qui ne comprenait pas grand chose aux lettres, s’offusqua tant qu’il lui demanda : « Je ne sais comment vous vous entourez, Président,  de ces bandits ». Et donc, l’interpellé lui répondit : « Et pourquoi avez-vous une telle opinion de ces jeunes ? » De lui répondre : « Moi je ne sais pas ; mais on m’a dit que ce sont des poètes ». Ces poètes furent par la suite immortalisés par José Marti dans un précieux opuscule appelé Les poètes de la guerre, dans lequel il parla de l’originalité de chacun d’eux. Presque tous souscrivirent avec leur sang leur propre œuvre écrite.

Je crois que Kcho, avec une œuvre tant internationalement reconnue ; Desiderio Navarro, avec ses mots, Frank Fernandez, avec les siens, et tous, et chacun de ceux qui ont parlé, ont apporté à l’essence de la problématique.

Nous sommes parvenu de façon démocratique à cette élection sans pression ; s’il n’en était pas ainsi, je ne me risquerais pas à parler ici. Je ne veux pas être un cubain contraint à la routine préétablie ; je ne veux pas l’être. Ce serait une offense à moi-même d’être chrétien –que je suis- fondu dans la masse ; ou un mulâtre –que je suis aussi- dirigé comme un automate, si nous comprenons notre ascendance par le sang ou par la culture ; ou encore un exemple plus obscur : un nègre forcé, catalogué, anonyme … Je veux au contraire faire partie de ce groupe, que personne n’a montré du doigt. Cuba est comme ça, et celui qui essayera de la modifier, de la séparer, de la diviser et de la convertir en d’étranges représentations, fera de Cuba un pays sans l’héritage de Marti.

Nous devons assumer que le plus ardent et brillant ami du Maître dans les jours postérieurs à sa vie fut Juan Gualberto Gomez. Nous devons assumer, comme me disait Dulce Maria Loynaz qu’aimant tant à Marti, elle sentait une dévotion infinie pour cet autre grand homme, méconnu parfois, élégant, distingué, fin, cultivé par lui-même : Antonio Maceo.

Je pense que nous devons aider, depuis la UNEAC, à construire la nation d’aujourd’hui.

Tous nous sommes plein d’espoirs. Pourquoi ? Parce que le pays assume effectivement que ce jusqu’à hier n’était pas convenable ou prudent, aujourd’hui est nécessaire. Chaque jour les nouvelles qui nous parviennent sont haletantes, et ce n’est pas comme le disent nos mortels ennemis, un thème cosmique. On touche à des choses aussi profondes comme celles de 1959 –et encore avant- et que ma génération vit comme la plus grande aspiration du moment : la justice pour les paysans, les hommes de la terre.

Nous ce que nous devons faire c’est lutter depuis nos œuvres, pour que se lèvent les consciences de tous les cubains ; pour que le monde sente que s’accomplissent ces belles paroles de Marti lorsqu’il disait : « Quel mystère aussi doux renferme ce mot : cubano ! »
Nous ressentons ce profond orgueil, comme le sentit Picasso lorsqu’il reçut un jeune cubain en une époque où il était fabuleux qu’un de nos compatriotes eût été célèbre. Qui était ce jeune ? Un qui représentait trois sources de notre sang : Wifredo Lam, noir, chinois, espagnol… De là lui vient sa longévité, comme celle de José Luciano Franco, celle de Regino Peroso ou celle de Regino Boti, pour ne citer que quelques exemples.

Mais je sens la même joie et, à la fois, la même tristesse en me souvenant de ces larmes de Agustin Cardenas, lorsque déjà vaincu par la maladie, il fut amené à La Havane par Alejo Carpentier, son ami et admirateur. A recevoir la Légion d’Honneur, l’ordre suprême qu’offre la France, et de laquelle Claudio José Domingo Brindis de Salas fut également nommé chevalier, Cardenas ne pouvait exprimer aucun mot se trouvant à l’article de la mort. Mais peut être que la plus grande maladie est que les cubains ne le connaissaient pas. La France le reconnut, Alejo le reconnut, Picasso le reconnut, mais le grand sculpteur était à peine connu en son pays.

Cuba doit penser, qu’en ce moment, parmi les directives que nous avons élu, il pourrait y avoir une pléiade d’hommes remarquables, de grands, si nous pensons que l’age n’est pas un inconvénient, pour peut qu’on nous accuse aussi de vouloir proclamer une gérontocratie intellectuelle. Mais n’oubliez pas les plus jeunes, que la jeunesse est la seule maladie qui se soigne avec le temps, ne l’oubliez pas ! Particulièrement, pensez que pourrait être présent ici, nous honorant, le vénérable Cintio Vitier, fils d’un notable philosophe, petit-fils d’un général Mambi, père de musiciens, grand-père d’écrivain. Pourrait être ici Silvio (Rodriguez), qui a rendu mondialement célèbre la chanson cubaine, ou Pablo (Milanez) également. En fait ils sont parmi nous, ils sont ici. Comme Don Quichote, ils présideront où qu’ils se trouvent parce que le mérite les accompagne. C’est leur talent qui les a élevé au niveau d’artiste, gagnant la gloire sur chaque espace, sur chaque place publique, lorsque le nom de Cuba était encore maudit.

Je n’ai pas honte de ce que nous sommes en train de faire ; au contraire, je pense que nous faisons les choses correctes, et que tu as raison, Kcho, tu as raison, parce que lorsque tu peignais tes bateaux et réalisais tes installations, beaucoup commentaient : « Celui-ci ce qu’il prétend c’est commémorer les Balséros ». Non, non, c’est que tu es, comme je te l’ai dit un jour, fils de Yémaya Olukun, du port de La Havane, fils de la mer bleue, et tes bateaux sont là posés à l’entrée du port, ce ne sont pas des bateaux pour partir, se sont des bateaux pour revenir.

Je n’ai pas honte de ceux qui sont à l’extérieur du pays, parce que mes enfants vivent à l’extérieur, et jamais je n’ai renié mes conditions de père, ni jamais je leur enlèverai à eux le nom de cubain –ils ont choisi leur chemin- tant qu’ils ne lèvent pas les armes contre la patrie qui les a vu naître ou qu’il ne lève pas la main contre celui qui leur a donné un nom, à tout jamais ! Parce que sinon, je devrais désigner comme mes fils, tous ceux qui luttent pour l’indépendance de Cuba, comme le proclama un jour le Père Fondateur.

En cet instant, de tout cœur, j’envoie au convalescent, qui est absent non pas parce qu’il le veut mais parce qu’il ne peut être présent ; je lui envoie un message de gratitude. Je voudrais être une canne comme celle de Enée pour soutenir celui qui, avec son œuvre, ouvrit la possibilité à la notre. C’est ce que je pense maintenant.

Préparons-nous pour le nouveau destin de notre pays, nous croyons que ce qui a été fait pour ces honorables compagnons de la commission de scrutation est le plus correct. Pour moi il ne peut y avoir omission. Il n’y a pas omission, parce que j’admire autant la poésie de Reina Maria Rodriguez, que j’aime celle de la Avellaneda, pour laquelle il y eut pourtant discussion parce qu’elle avait vécu loin de Cuba et avait écrit ce poème ardent et dur : En partant.

Il y a quelques jours j’ai cherché sa tombe dans le cimetière de Séville, dont l’épitaphe dit : « à l’excellentissime Madame Gertrudis Gomez de Avellaneda ».

De la même manière j’aime n’importe quelle autre femme, n’importe quel autres cubain qui aura contribué véritablement, sans jamais s’éloigner –écoutez bien- de ce que représente la défense de cette terre si longtemps assiégée.

C’est un miracle que nous puissions nous réunir en ce moment. Un jour on écrira l’histoire de ce qu’auront été ces dix ans. Qu’est-ce que c’est bien que nous puissions avoir un téléphone légalement ! Mais il y eu un temps où ne pouvions ni même communiquer. C’est bien que s’accomplisse –comme le disait la chanson des Communistes Fondateurs- « que la terre que tu travailles soit tienne, comme ton amère sueur est tienne ». Pour qu’à Cuba il y ait tout ce qu’il y a de nécessaire, et qu’enfin s’effondrent comme des minables les spéculateurs qui nous assèchent.

Lorsque se respectera le paysan qui travaille, et que personne en passant sur une route et voyant une vieille voiture, mais bien repeinte, à la porte de sa maison ne dise : « maintenant ce salaud a une voiture ! », alors qu’on ne sait pas ce qu’a pu coûter à son propriétaire tous les efforts pour récolter ce fruit de la terre.

Il est nécessaire que lorsqu’on voit passer quelqu’un d’entre nous, qu’il soit singulier ou pas, on le respecte et on l’estime ; qu’on ne dise jamais, comme nous l’affirmions au début de la révolution : «tient, voilà un nègre » ; qu’on ne dise jamais plus « tient, voilà un homosexuel »,  ou, comme nous sommes dans une république littéraire et que c’est très espagnol, « une pédale ». Non ! Non ! Alors que nous avons tant lutter pour la liberté, qu’on respecte notre singularité. C’est ce que nous avons obtenu durant cette réunion, et c’est pour ça nous sommes arrivé jusqu’ici.

Nous avons vaincu, parce que nous avons survécu. Lorsque tout sera terminé, peut être, cher Fidel et chers amis, je pourrai dire comme l’abbé Sieyes lorsqu’on lui a demandé durant les jours terribles de la Révolution Française, qui ne furent pas les nôtres : « Et vous, qu’avez-vous fait ? ».

Il répondit ainsi, dans un cri sincère : « Moi, j’ai survécu à elle ».

Merci Beaucoup".

Intervention de Eusebio Leal, au VII congrès de la UNEAC
(Union des Ecrivains et Artistes de Cuba).
Mercredi 2 avril 2008
Source : cubania

Partager cet article

Repost 0
Published by cuba si lorraine - dans Cuba
commenter cet article

commentaires