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10 février 2010 3 10 /02 /février /2010 07:19

haiti-20.jpgPhoto : Alejandro Ramírez Anderson

Leticia Martinez Hernandez et Juvenal Balan (photos), envoyés spéciaux

PORT-AU-PRINCE, Haïti.— Qu’est-ce qui traîne dans la tête de Joanny Susel depuis que sa salle de classe s’est effondrée et a enseveli presque tous ses copains? Ou dans celle de Rodrigue qui, cet après-midi du 12 janvier, jouait au foot au moment où sa maison s’est effondrée sur ses parents? Ou encore dans celle de Susu, qui se réveille de bon matin dans le camp, entourée d’étrangers?

Leurs visages fermés sont éloquents. Les secousses du séisme n’ont pas seulement dévasté la ville de Port-au-Prince, elles ont bouleversé la vie de dizaines de milliers d’enfants qui ont perdu leur famille et se retrouvent seuls au monde, qui n’ont plus de foyer ni d’école, qui ne lisent plus que l’angoisse sur les visages adultes de leur entourage.

Le psychologue cubain Cristobal Martinez, chef du groupe national de psychiatrie infantile, explique qu’un désastre de cette envergure marque immanquablement toute la population. Personne n’est immunisé contre les effets psychologiques d’un séisme, mais les plus vulnérables sont les enfants et les adolescents, parce que, contrairement aux adultes, ils n’ont pas les moyens de chercher de réconfort en eux-mêmes.

«Les facteurs de risque sont multiples: perte de la famille, du foyer, de l’environnement habituel, de l’école, et surtout de ces activités qui dissipent les peines: le jeu, la pratique du sport, la lecture d’un conte, le dessin, ou même la télévision.»

Il indique les symptômes auxquels parents et proches doivent être attentifs: la perte du sommeil ou de l’appétit, le refus d’aller à l’école, la tendance à imiter des êtres chers qui ont trouvé la mort dans la catastrophe. «Dans un pays aussi imprégné de sentiment religieux que celui-ci, il n’est pas rare d’entendre dire à des enfants qu’ils veulent rejoindre les leurs au ciel», nous explique Martinez.

Pour prendre soin de ces enfants dont la santé mentale est mise à rude épreuve depuis un mois, les Drs Ivonne Sanchez et Alexis Lorenzo, membres de l’équipe du Centre latino-américain de médecine des désastres, sont arrivés en provenance de Cuba. Ils viennent de vivre un moment de joie: des enfants rassemblés sur la place de Croix-des-Bouquets riaient aux éclats, peut-être bien pour la première fois depuis le tremblement de terre.

Au milieu des rires, des contes et des dessins

Wesly, Christopher, Olsen, Guerlanda… sont allés hier à la Croix-des-Bouquets la mine déconfite. On leur avait parlé d’une activité organisée par les médecins cubains à l’hôpital de campagne, mais le chaos qui a dévasté leurs courtes vies semblait avoir eu raison de leur aptitude naturelle au rire. Ils se cachaient les uns derrière les autres, parfois timides, parfois maussades, et il n’y avait pas trace de sourire sur leurs lèvres.

On les a fait asseoir: le spectacle allait commencer. Ce n’est ni l’espace ni la chaleur qui manquent, mais les enfants se serrent frileusement les uns contre les autres. L’inhibition est grande… mais elle a vite fait de voler en éclats, lorsque les professeurs de l’Ecole nationale des arts d’Haïti montent sur scène. C’est alors qu’on voit les enfants commencer à applaudir, puis se lever, sauter, chanter, danser. Et, sur un rythme de rumba, se mettre à scander: «Vive Cuba!» L’émotion opère un retour en force!

Il y a eu distribution de bonbons. J’ai vu un petit coquin s’en bourrer les poches et tendre à nouveau la main comme s’il n’avait pas encore reçu sa part. Et des petites filles s’accrocher aux basques du Dr Alexis pour lui demander de les aider à sortir le bonbon de son emballage. Les devinettes, les clowneries, les histoires ont bien vite arraché des rires à tous, des plus petits aux plus grands. J’ai vu un conseiller privé du président René Préval, Jean Renaud Clerismé, captiver l’attention du public en racontant le conte de Cendrillon avec force gesticulations.

Et puis, tout le monde s’est mis à dessiner: on a distribué feuilles blanches, crayons, aquarelle, et chacun s’est mis à l’ouvrage, à même le sol. La timidité s’est estompée, et Wesly, Christopher, Olsen et Guerlanda ont bien voulu poser pour la photo. En quelques minutes, une cinquantaine d’enfants avaient repris contact avec le bonheur.

Que peut la psychologie à Port-au-Prince?

Le Dr Cristobal Martinez a derrière lui une longue expérience de situations analogues à celle de Port-au-Prince, mais il ne s’attendait pas à des réactions aussi rapides de la part des enfants. «Je suis très ému. Je savais qu’une telle activité leur ferait du bien, mais il fallait franchir la barrière de la langue et, plus généralement, celle de la différence culturelle. Or, la réaction a été spectaculaire: ils sont arrivés tout tristes et sont repartis joyeux. Quand je les ai entendus crier «Vive Cuba!», j’en ai eu les larmes aux yeux, et j’ai eu le sentiment que se trouver maintenant en Haïti, c’est une énorme chance.»

Il est impossible, dit-il, de recenser et de traiter tous les enfants et adolescents haïtiens qui ont besoin aujourd’hui d’aide psychologique. Il nous faudrait faire venir des milliers de spécialistes. Notre travail consiste à apporter un réconfort à ces gens qui réagissent normalement à une situation profondément anormale. Nous avons voulu montrer à la communauté qu’il y a moyen d’aider les plus petits. Nous allons maintenant rechercher parmi les habitants du camp des gens capables de multiplier ce qui a été fait aujourd’hui ici.

«Les enfants doivent jouer, c’est chez eux un besoin psychologique primaire. Je suis convaincu que, même en cas de catastrophe épouvantable, si les enfants peuvent aller à l’école et jouer, ils s’en sortent, car ils ont accès à ce qui leur est essentiel. Voilà ce que nous nous proposons de faire en Haïti: créer ça et là, par le jeu, le dessin ou le sport, des cadres de vie où ils s’amusent et «déchargent» les émotions négatives. »

Les psychologues présents en Haïti ont déjà vécu de telles expériences à Cuba, après le passage des cyclones Gustav et Ike, dans des bourgs comme Gibara et San Cristobal: ce sont les jeux et les loisirs qui ont dissipé dans la tête des enfants les rafales de vents destructeurs qui s’y étaient installées.

Ne nous y trompons pas: les conditions actuelles en Haïti sont bien pires que celles de Cuba après le passage de trois cyclones successifs, mais les psychologues cubains sont décidés à rendre le sourire aux jeunes sinistrés du séisme. Et les éclats de rire qui ont retenti à la Croix-des-Bouquets sont un bon signe.
 

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Published by cuba si lorraine - dans solidarités
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