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11 avril 2010 7 11 /04 /avril /2010 07:07

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Jean-François Le-Dizès 

Suite au coup d’État perpétré au Honduras l’an dernier et de la mobilisation contre celui-ci, j’ai séjourné deux semaines à Tegucigalpa, capitale de ce pays, vingt-et-un ans après mon premier voyage dans ce pays d’Amérique Centrale, et ce afin d’apprécier l’atmosphère sociopolitique.

Pourquoi un coup d’État ?

Depuis le début des années 1980, le Honduras connaissait un régime politique civil qui consistait en une alternance entre deux partis politiques, le Parti libéral et le Parti national. Par le biais de la corruption de la classe politique, la politique menée par l’un comme par l’autre parti a toujours été en faveur de l’aristocratie. Si bien que la pauvreté et les inégalités sont extrêmes : 70% de la population est pauvre (1), 58% des richesses sont accaparées par 20% de la population (2).

Dans ces conditions, les gens se détournaient de plus en plus de la politique. Ainsi, la participation aux élections n’a cessé de baisser aux élections présidentielles : elle est tombée de 84% en 1985 à 56% en 2005 (3). Issu de cette dernière élection, le Président Zelaya du Parti libéral a rompu avec cette politique. Il a pris différentes mesures en direction des couches populaires :

- augmentation de 42% du SMIC (4) ;
- gratuité de l’électricité pour les 62% plus pauvres (5) ;
- gratuité de l’inscription scolaire ;
- distribution de nourriture aux scolaires, de bourses aux étudiants ;
- attribution de la sécurité sociale aux domestiques et aux ouvriers du bâtiment ;
- crédits accordés aux mini-entreprises.


Cette politique fut, économiquement parlant, favorisée par le changement d’alliance en politique étrangère. Zelaya a pris ses distances avec Washington pour adhérer à l’ALBA. Ce qui a permis d’importer du Venezuela, du pétrole à bien meilleur marché qu’auparavant. Avec en plus la création d’une entreprise nationale de distribution d’essence ayant le monopole de la vente, le prix de l’essence avait nettement diminué. En outre, pour pallier au manque de médecins, des Cubains sont venus exercer ce métier au Honduras. Zelaya projetait d’importer des médicaments génériques du Brésil. Enfin, il avait décidé de pourvoir d’un terminal commercial la base aérienne militaire de Palmerola, où est notamment stationnée l’armée étasunienne.

En juin 2009, « Mel », en suivant les exemples d’Hugo Chavez au Venezuela et d’Evo Morales en Bolivie, a voulu tenter de changer la Constitution en demandant aux Honduriens, par une « consultation populaire non-contraignante », s’ils désiraient ou non l’élection d’une Assemblée constituante. C’est alors que toutes les forces conservatrices (aristocratie, multinationales, classe politique, militaires, Églises catholique et évangélique, gouvernement étasunien) ont organisé le coup d’État militaire du 28 juin. Craignant de perdre leurs privilèges liés notamment à la corruption, les députés ont approuvé, à raison de 80% des présents, ce coup d’État. La Ministre des Affaires étrangères étasunienne, Hillary Clinton, au courant des préparatifs, a laissé faire l’armée hondurienne.


Quand la corruption augmente les inégalités

Durant mon séjour, tant par mes conversations que par les informations reçues par les différents médias, j’ai été frappé par l’importance de la corruption, des détournements de fonds et des passe-droits. Deux employés de banque que j’ai rencontrés par hasard dans un café m’ont affirmé que les détournements d’argent coulaient à flot. Si, durant mon séjour, les enseignants avaient deux mois d’arriérés de paiement de salaire, c’était parce que cet argent avait été détourné par des responsables de l’administration. Autre exemple, tout l’argent prévu pour l’aménagement hydraulique de la petite ville de Sabanagrande a été détourné, et la ville, au grand dam de ses habitants, n’a pas été équipée. Une quantité (33%) des consommateurs d’électricité, et pas des moindres, sont illégalement et en toute impunité, dispensés de paiement (5). De la même façon, une personne bien placée m’a rapporté qu’aucun des grands magasins de Tegucigalpa ne payait ses impôts. Naturellement, aucun de ces cadeaux ne se fait sans contrepartie auprès des administrations concernées. L’ensemble de ces détournements de fonds, sur la période 1982-2006, est estimée à 10% du PIB (Produit Intérieur Brut) (3). S’il est arrivé que des affaires concernant la corruption ou le détournement de fonds passent devant les tribunaux, jamais un prévenu n’a été condamné pour ces motifs, la magistrature étant elle-même corrompu, m’a-t-on si souvent dit. C’est pour la même raison que la Cour Suprême a reconnu le coup d’État.
La corruption et les détournements de fonds font partie de la culture hondurienne. Aussi, leur élimination ne peut qu’être, au mieux, le résultat d’un long processus.


Une élection dans une atmosphère de chape de plomb

Le coup d’État a été l’occasion d’un réveil politique de la part de la population. En effet, dès que la population a pris connaissance de celui-ci, elle s’est mobilisée. Par exemple, le groupe de femmes de la « colonia » San Francisco de Tegucigalpa que j’ai rencontré m’ont raconté qu’elles sont allées immédiatement rejoindre la foule devant le Palais présidentiel. Telle balayeuse de terrasse de café me dit que ce coup d’État a été un mauvais coup pour les pauvres. Depuis le 28 juin, la répression est très dure. 140 militants ou manifestants ont ainsi été tués6. Un certain nombre d’entre eux, notamment des syndicalistes, sont abattus froidement en pleine rue par des escadrons de la mort. La police ne retrouvant jamais les coupables, tout laisse à penser que celle-ci ou l’armée sont les commanditaires de ces assassinats. À la colonia San Francisco, les différents affrontements entre la police et la population ont fait, depuis le 28 juin, trois morts parmi les jeunes.


Par ailleurs, 140 personnes sont inculpées « d’atteinte à la sécurité de l’État » (7). Trois d’entre elles sont déjà incarcérées (7). La responsable de la COFADEH (Comité des Familles de Détenus et de Disparus du Honduras) que j’ai rencontrée m’a expliqué qu’après leur arrestation par la police, les militants étaient torturés. Cette organisation a recensé depuis le coup d’État 3 033 violations aux Droits de l’Homme. Nombre de militants ainsi que certains journalistes reçoivent, par téléphone, des menaces de mort. Aussi, pour se protéger, les militants sont amenés à changer de quartier, de ville ou même à se réfugier à l’étranger. Par ailleurs, après le coup d’État, les chaînes de radio et de télévision opposées à ce coup ont été fermées par l’armée, qui a saccagé leur matériel. Face à toutes ces atteintes aux Droits de l’Homme, les militants défendant cette cause cherchent à faire inculper les dirigeants « golpistes » par le Tribunal Pénal International.


Et c’est dans cette atmosphère de peur qu’a eu lieu, le 29 novembre 2009, l’élection de Porfirio Lobo à la tête d’un État toujours largement influencé par l’armée. Boycottée par le Front National de la Résistance Populaire (FNPR), cette élection n’a vu que 35% des électeurs y participer (6).


La résistance au « Golpe »

Quand on se promène dans Tegucigalpa, qui est une capitale de 1 250 000 habitants8, située au milieu des montagnes à 1 000 m d’altitude, à la jonction de différents petits cours d’eau, on ne peut pas, en ce moment, ne pas remarquer la quantité d’inscriptions politiques sur les murs de la ville. Les inscriptions les plus fréquentes sont : « Fuera golpistas », « Urge Mel », « Si a l’ALBA », « Constituyente », « Patria o muerte, venceremos ». Dans le cadre du FNPR, la résistance (pacifique) s’organise. Dans les campagnes, on assiste à une lutte pour la propriété de la terre entre les « terratenientes□ » et les « sans terre », notamment dans la vallée de l’Aguan. Il faut savoir qu’au Honduras les « terratenientes » occupent 37% des terres cultivables (1), que 27% de la population rurale est sans terre et que 17% autres en ont moins d’un hectare (9). Dans la vallée de l’Aguan, suite aux mobilisations des années 70 et de la réforme agraire qui s’en suivit, des « sans terres » avaient reçu des parcelles, mais non des titres de propriété. Aujourd’hui, les « terratenientes » qui prétendent avoir acheté ces terres y cultivent des palmiers africains pour en tirer des agrocarburants. Grâce aux dessous-de-table, m’a-t-on dit, la justice leur a donné raison. Aussi, organisés au sein de « Via campesina », les 3 500 familles de presque sans terre de la vallée ont, en décembre 2009, occupé les latifundia. Depuis, il y eut de nombreux affrontements entre d’une part les « sans terre » et d’autre part la police nationale, les militaires et les polices privées. Trois paysans ont ainsi été tués. Au moment où j’ai rencontré des délégués de ce mouvement qui venaient d’être reçus à la Présidence de la République, 80 autres venaient d’être arrêtés. Mais les latifundia étaient toujours occupés.


La résistance s’exprime aussi dans des manifestations de rue comme celle que j’ai vue le 25 février. C’était la première du FNRP depuis celle du 27 janvier qui avait accompagné « Mel » à l’aéroport pour son départ de l’ambassade du Brésil de Tegucigalpa pour son exil en République Dominicaine. La présence, ce jour-ci, de 400 000 manifestants10 a montré que la population n’a pas accepté le coup d’État et l’expulsion de son président renversé. Toutes les conversations que j’ai pu avoir dans les cafés avec les Honduriens vont dans ce même sens.


À la manifestation du 25 février, il y avait, certes, beaucoup moins de monde (15 à 20 000 manifestants) que le 27 janvier, mais le dynamisme était de la partie. Au début, il fut rappelé la liste des martyres résultant du coup d’État. Parmi les slogans, on entendait « El pueblo unido jamas sera vencido », « Los militares sirven a nada », « Las luchas de hoy, el futuro del hombre ». D’autres dénonçaient l’impunité dont bénéficient les « golpistes », auteurs de crime, et ce grâce à l’adoption d’une loi d’amnistie. Des pancartes réclamaient des salaires dignes, dénonçaient les licenciements massifs et l’impérialisme étasunien.


Les premiers objectifs du FNRP, qui est un front large, sont le départ des « golpistes » et la formation d’une assemblée constituante. Les différentes critiques que j’ai entendues à l’égard de l’actuelle Constitution, de la bouche de personnes se réclamant du Front de la Résistance sont :

- le Président de la République ne peut être réélu. Il peut donc négliger ses électeurs ;
- la présence de troupes étrangères (étasunienne) est autorisée
- la Constitution défend les « terratenientes »

Au sein du FNRP il existe une tendance à vouloir, à partir de la société civile, créer, à l’image des Zapatistes du Chiapas, un État parallèle à celui existant.


À la pression intérieure exercée par la Résistance, s’ajoute la pression extérieure émanant des gouvernements des pays d’Amérique latine et des Caraïbes. Ainsi, le Honduras a été exclu du sommet de Cancun réunissant en février 2010 l’ensemble de ces gouvernements. L’arrivée clandestine de Manuel Zelaya à l’ambassade du Brésil a été une autre preuve de l’opposition de ces pays au « golpe ».


Face à ces pressions, les « golpistes » sont obligés de lâcher du lest. Ainsi, suite à des manifestations contre la privatisation du barrage hydroélectrique de Nacaome, les députés ont dû se déjuger en votant son maintien dans le secteur public. Aujourd’hui, « radio globo » et « canal 36 », médias d’opposition, ont pu reprendre du service. Le gouvernement annonce différentes mesures sociales : aide aux chefs de famille femmes ayant une micro-entreprise, rétablissement de la gratuité de l’inscription scolaire que les « golpistes » avaient supprimée.

 

Une pauvreté qui ne diminue pas

Durant mon séjour, la pauvreté m’est apparue tout aussi importante que lors de mon voyage de 1989. Le Honduras est en effet le troisième pays plus pauvre du continent, après Haïti et le Nicaragua (11). Les petits vendeurs de rues abondent. La sous-alimentation et la malnutrition sont très présentes. C’est ce que m’ont expliqué notamment les femmes de la colonia San Francisco. Selon la FAO, 15 personnes meurent chaque jour de faim au Honduras. Aussi bien les femmes de la vallée de l’Aguan que certaines de celles de San Francisco m’ont informé qu’elles n’avaient pas chez elle l’eau courante. Cette pauvreté pousse à l’exode rural vers les colonias des villes ou vers l’étranger, notamment vers les États-Unis. Les familles qui choisissent Tegucigalpa comme lieu d’immigration doivent squatter un bout de terre sur les versants des montagnes qui entourent la ville. Pour celles qui ont édifié la colonia San Francisco, la reconnaissance de leur installation par les autorités n’a été que le résultat d’une longue lutte d’une dizaine d’années, qui a été marquée par leur expulsion par la police à plusieurs reprises. Les Honduriens qui choisissent les États-Unis risquent à tout moment l’expulsion de ce pays. Alors qu’ils sont 7,1 million au Honduras (2), les Honduriens sont 600 000 sans papiers aux États-Unis (5). En 2009, 48 630 d’entre eux s’en sont fait expulser (5). Quelqu’un m’a rapporté le cas d’un Hondurien qui s’est fait expulser après 10 ans de séjour dans ce même pays !


Une éducation à la traîne de l’Amérique Centrale

Les enfants sont loin d’être tous scolarisés. Dans certaines régions, il n’y a pas d’école. Les paysannes de la vallée de l’Aguan m’ont affirmé qu’il n’y en avait pas chez elles. En outre, l’uniforme, les livres et les cahiers sont à la charge des familles. Les femmes de San Francisco m’ont informé qu’un certain nombre d’enfants de leur colonia n’allaient pas à l’école car leurs parents ne pouvaient payer de telles charges. Le travail des enfants, qui touche 39% de ceux-ci (2), contribue également à la déscolarisation. Aussi, la fréquentation scolaire est basse : 79%2, alors que dans les six autres pays d’Amérique Centrale elle est comprise entre 90 et 99% (2). En outre, le système scolaire est dual : d’un côté, les écoles publiques qui n’offrent que 100 jours de cours par an dans des classes dont les effectifs peuvent atteindre 55 ; de l’autre côté des écoles privées qui offrent le double de jours de cours dans l’année. Si, dans les universités, la division est la même, très peu de personnes accèdent à ce niveau : seulement 2% d’une classe d’âge, m’a-t-on rapporté, y accèdent. On m’a parlé, ici aussi, d’une certaine corruption de l’administration universitaire pour l’obtention des diplômes. Et de toutes les façons, l’aristocratie se transmet ses places de génération en génération.


Si, durant mes nombreuses promenades dans Tegucigalpa, je n’ai vu aucune bibliothèque, j’ai en revanche rencontré plusieurs librairies comme je n’en avais jamais rencontrées dans l’ensemble de l’Amérique centrale 21 ans auparavant. En revanche, la presse, qui, à l’époque avait une forte coloration de gauche, est devenue très conformiste.


Parce que nombre d’adulte sont analphabètes, le Président Zelaya avait dans ses projets le lancement d’une campagne d’alphabétisation.


La santé pour les riches

Tant les femmes de la vallée de l’Aduan que celles de la colonia San Francisco se sont plaint de l’absence de lieux de soins publics gratuits à leur proximité. S’il existe, par endroits, des hôpitaux et des centres de santé où les soins sont gratuits, les médicaments sont payants et l’équipement est rudimentaire. Et comme bon nombre de personnes ne peuvent payer les médicaments… Par ailleurs, seulement une minorité de personnes bénéficient de la sécurité sociale : la quinzaine de pourcents de familles dont le chef est salarié. Aussi, le médecin, ancien candidat à l’élection présidentielle, que j’ai rencontré, regrette que les Honduriens abandonnent complètement leur médecine traditionnelle basée sur les plantes. En outre, il m’a expliqué que, si des hôpitaux ne sont pas pourvus de tel ou tel autre équipement, c’est pour inciter les patients d’aller dans le secteur privé qui en est pourvu, les propriétaires de celui-ci corrompant les administrations des hôpitaux pour qu’ils ne s’en procurent pas. Aussi, selon lui, seules les personnes pouvant se payer tous leurs soins dans le secteur privé, soit environ 5% de la population, sont véritablement bien soignées. Cependant, le taux de mortalité infantile du Honduras (20‰ (2)) est, en comparaison avec les six autres pays d’Amérique Centrale (21‰ en moyenne (2)), moyen.


Les problèmes d’alimentation dont souffrent les Honduriens et qui gangrènent leur santé est en partie le résultat d’une forte poussée démographique. En effet, de 1930 à aujourd’hui, la population est passée de 860 00012 à 7,1 millions (2) ! Aujourd’hui, le taux de fécondité reste assez élevé. Il est de 3,32 contre 2,92 à la moyenne des six autres pays centre-américains. Si la contraception est autorisée, il y a pénurie de médicament. Par exemple, les femmes de la vallée de l’Aduan m’ont dit qu’il n’y en avait pas chez elles. Et même quand les femmes en ont à leur disposition, souvent le poids moral de l’Église les empêche de les utiliser.


Un mouvement de femmes très impliqué dans la résistance

Alors qu’elles n’ont le droit d’hériter que depuis quelques décennies, qu’elles n’ont obtenu le droit de vote qu’en 1955, les femmes honduriennes me sont apparues très impliquées dans le Front de la Résistance. À la manifestation du 25 février, la banderole d’un de leurs mouvements revendiquait le rétablissement de l’autorisation de la pilule du lendemain supprimée par les « golpistes, le droit à l’avortement et l’éducation sexuelle. Constamment de mèche avec l’Église catholique, les « golpistes » ont également supprimé l’Institut National de la Femme.


Un des grands problèmes dont m’ont fait part le groupe de la colonia San Francisco est la violence conjugale. Les séparations que celle-ci provoque, les naissances non-désirées et le fait que de nombreux hommes n’assument pas leur paternité font que les chefs de famille femmes sont très nombreuses et se retrouvent donc souvent avec de faibles ressources.


Un souci écologique réduit

Si les problèmes environnementaux ne sont pas actuellement le premier souci des Honduriens, il existe, ici ou là, des mobilisations concernant ces questions : contre la pollution des eaux provoquée par les exploitations de mines d’or et d’argent, contre la construction d’un barrage hydroélectrique, qui expulserait nombre d’habitants. Mais, à Tegucigalpa, le problème écologique le plus important est celui de la fourniture d’eau en période de saison sèche. Les autorités n’ayant pas anticipé l’accroissement de la ville, nombre de quartiers se retrouvent à sec et leurs habitants sont obligés de se fournir auprès de livreurs privés qui amènent ce liquide par camion citerne et en profitent pour demander des prix prohibitifs. Ainsi, certaines femmes de la colonia San Francisco m’ont assuré que, compte tenu de leurs revenus, elles devaient choisir entre manger et boire.


Depuis mon dernier passage à Tegucigalpa, la circulation automobile, dans des rues pas toujours goudronnées, s’est beaucoup accrue. En effet, cette capitale, qui regroupe une bonne partie de la bourgeoisie hondurienne, a vu son nombre de voitures particulières beaucoup augmenter. Par ailleurs, les taxis individuels ont proliféré, au détriment des taxis collectifs. Handicapée par sa topographie, la ville ne possède aucun transport sur rail. Aussi, compte tenu des importants embouteillages, il est projeté d’établir, comme à Londres, un péage à l’entrée de la ville.


L’apparition du crime organisé

Depuis mon dernier passage au Honduras, la sécurité s’est nettement dégradée. Les femmes de la colonia San Francisco se sont plaintes à moi de la violence qui règne dans leur quartier. Presque tous les magasins de Tegucigalpa sont gardés à leur entrée par un policier privé muni d’un fusil, prés à tirer. Les épiceries de quartier ne servent qu’au travers une petite ouverture au sein d’une grille qui ferme la boutique. Les lotissements bourgeois ont leur entrée, soit gardée, soit fermée par des grilles. Le soir, dès que la nuit tombe, tous les commerces et les services ferment. Durant mon séjour, pour des raisons de sécurité, un centre de santé de Tegucigalpa a fermé ses portes, son gardien ayant été abattu. Le Honduras est, avec le Venezuela le pays d’Amérique Latine ayant le plus haut taux d’assassinat : 58 par an pour 100 000 habitants5.


La persistance de la pauvreté, l’absence tant d’ascenseur sociale que de débouchés sociaux-politiques ne peuvent que faire le lit de la délinquance, qui, au Honduras, prend, entre autres, la forme de crimes organisés. Il n’y a pas un seul jour où la presse ne parle d’assassinats perpétrés par les « maras ». Ces jeunes grand-délinquants seraient une vingtaine de milliers (13).

 

Notes:

1 « 135 dias que estremecieron a Honduras », œuvre dirigée par Mario Mencia Gamera, Tegucigalpa

2 UNICEF

3 Revue « Envío Honduras » Tegucigalpa

4 Correo de Orinoco

5 Le quotidien « La Tribuna » Tegucigalpa

6 Le mensuel « El Libertador » Tegucigalpa

7 Comité des Familles de Détenus et de Disparus du Honduras

8 Wikipédia

9 Via campesina Honduras

10 FNPR

11 « El Tornillo sin fin », organe du Front de résistance estudiantin

12 « Le Honduras, difficile émergence d’une nation, d’un État » d’André-Marcel d’Ans. Éditions Karthala 1997

13 « Maras, pandillas y desviación social » de Gustavo Sánchez Velásquez. Éditions Dunken, Buenos Aires, 2008

 

Source: Alter autogestion

http://www.michelcollon.info/index.php?view=article&catid=6&id=2675&option=com_content&Itemid=11

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