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19 juillet 2010 1 19 /07 /juillet /2010 23:05

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Quand je me suis réuni avec les économistes du Centre de recherche sur l’économie mondiale (CIEM), le mardi 13 juillet, je leur ai parlé de l’excellent documentaire réalisé par le cinéaste français Yann Arthus-Bertrand avec la participation des personnalités internationales les plus prestigieuses et les mieux informées, sur un autre terrible danger qui menace notre espèce et qui se déroule sous nos yeux : la destruction de l’environnement.

Le documentaire affirme d’une manière claire et lapidaire :

« Dans la grande aventure de la vie sur la Terre, chaque espèce a un rôle à jouer, chaque espèce occupe sa place. Aucune n’est inutile ou nocive, elles s’équilibrent toutes. Et c’est là où, toi, homo sapiens, tu entres dans l’Histoire. Tu jouis d’un legs fabuleux de 4 milliards d’années, fourni par la Terre. Tu n’as que 200 000 ans, mais tu as déjà changé la face du monde.

« L’invention de l’agriculture a changé notre histoire. Ce fut voilà moins de 10 000 ans.

« L’agriculture a été notre première grande révolution. Elle a abouti aux premiers excédents et donné naissance aux villes et aux civilisations. Les souvenirs des milliers d’années en quête de nourriture se sont évanouis. Ayant fait du grain le levain de la vie, nous avons multiplié la quantité de variétés et nous avons appris à les adapter à nos sols et à nos climats. Nous sommes comme toutes les espèces sur la Terre. Notre principale préoccupation quotidienne est de nous alimenter. Quand le sol est moins que généreux et que l’eau devient rare, nous sommes capables de faire des efforts prodigieux pour tirer de la terre de quoi rester en vie.

« La moitié de l’humanité laboure le sol, plus des trois quart avec les mains.

« Énergie pure. L’énergie du Soleil, capturée durant des millions d’années par des millions de plantes voilà plus de cent millions d’années. Elle est charbon. Elle est gaz. Mais elle est surtout pétrole.

« Ces soixante dernières années, la population de la Terre est presque triplé. Et plus de 2 milliards de personnes ont déménagé dans les villes.

« New York. La première mégalopole du monde est le symbole de l’exploitation de l’énergie que la Terre fournit au génie humain. La main-d’œuvre de millions d’immigrants, l’énergie du charbon, le pouvoir indispensable du pétrole. Les États-Unis ont été les premiers à chevaucher le phénoménal, le révolutionnaire pouvoir de l’ "or noir". Dans les champs, les machines ont remplacé les hommes. Un litre de pétrole génère autant d’énergie que cent paires de mains en vingt-quatre heures.

« Ils produisent assez de grains pour alimenter 2 milliards de personnes. Mais beaucoup de ce grain ne sert pas à alimenter les gens. Ici et dans d’autres nations industrialisées, il est transformé en nourriture pour le bétail ou en biocarburant.

« À perte de vue, de l’engrais en bas, du plastique en haut.  Les serres d’Almería (Espagne) sont le potager de l’Europe. Une ville de légumes de calibre standard attend chaque jour que des centaines de camions les amènent aux supermarchés du continent. Plus un pays est développé, plus ses habitants consomment de viande. Comment peut-on satisfaire la demande mondiale sans recourir à des fermes d’élevage dans le style camp de concentration ? Toujours plus rapide. Comme le cycle de vie du bétail, qui peut ne jamais avoir vu un pré.

«  Dans ces lots de nourriture, bourrés de millions de têtes de bétail, il ne pousse pas un brin de pâturage. Une flotte de camions de chaque coin du pays apporte des tonnes de céréales, d’aliments de soja et de granulés de protéines qui se convertiront en tonnes de viande. Résultat : il faut 100 litres d’eau pour produire un kilo de pommes de terre ; 4 000 litres pour un kilo de riz et 13 000 litres pour un kilo de viande de bœuf. Sans parler du pétrole brûlé dans le procès de production et le transport.

« Nous savons que la fin du pétrole bon marché est imminente, mais nous nous refusons à le croire.

« Los Angeles. Dans cette ville qui s’étend sur plus de cent kilomètres, il y a presque autant  de voitures que d’habitants.

« Le jour ne semble guère plus qu’un pâle reflet des nuits qui convertissent la ville en un ciel étoilé.

« Partout, les machines creusent, extraient et arrachent de la terre les morceaux d’étoiles enterrées dans ses profondeurs depuis sa création… Minerais.

« 80 p. 100 de cette richesse minérale est consommé par 20 p. 100 de la population mondiale. Avant la fin de ce siècle, l’extraction excessive aura liquidé la quasi-totalité des réserves de la planète.

« Depuis 1950, le volume du commerce internationale a augmenté de vingt fois ; 90 p. 100 du commerce se fait par mer. 500 millions de conteneurs sont transportés chaque année,  envoyés aux plus grands centres de consommation…

« Depuis 1950, la prise de poissons a quintuplé, de 18 millions à 100 millions de tonnes par an. Des milliers de navires-usines sont en train de vider les océans. Les trois quarts des pêcheries sont  épuisés, terminées ou en danger de l’être.

« 500 millions d’humains vivent sur les terres désertiques du monde, plus que toute la population d’Europe réunie.

« Israël a converti le désert en terre arable. Bien que ces fermes soient irriguées maintenant au compte-goutte, la consommation d’eau continue d’augmenter en même temps que les exportations.

« Le Jourdain, autrefois puissant, n’est plus qu’un ruisseau; son eau a volé vers les supermarchés du monde entier dans des cageots de fruits et légumes.

« L’Inde court le risque d’être le pays qui souffrira le plus du manque d’eau au prochain siècle. L’irrigation massive a nourri sa population croissante et 21 millions de puits ont été creusés ces cinquante dernières années.

« Las Vegas a été construite dans le désert. Des millions de personnes y vivent. Des milliers d’autres y arrivent chaque mois. Ses habitants sont parmi les plus gros consommateurs d’eau au monde.

«  Palm Springs est une autre ville du désert à végétation tropicale et luxueux terrains de golf. Combien de temps continuera de prospérer ce mirage ? La Terre ne peut pas le supporter.

« Le Colorado, qui conduit l’eau à ces villes, est l’un de ces fleuves qui ne se jettent pas dans la mer.

« La pénurie d’eau pourrait toucher 2 milliards de gens avant 2025.

 

« Toute la matière vivante est liée : eau, air, terre et arbres.

« Les forêts primitives fournissent un habitat aux trois quarts de la biodiversité de la planète, autrement dit de toute la vie sur la Terre.

« …En  quarante ans seulement, la plus grande forêt pluvieuse au monde, l’Amazonie, a diminué de 20 p. 100, cédant la place à des fermes d’élevage ou à des fermes de soja ; 95 p. 100 de ce soja sert à alimenter du bétail et des oiseaux de basse-cour en Europe et en Asie. Ainsi donc, une forêt est transformée en viande.

« Plus de 2 milliards de personnes, presque le tiers de la population mondiale, dépendent encore du charbon. En Haïti, l’un des pays les plus pauvres au monde, le charbon est l’un des principaux biens de consommation de la population.

«  Sur les collines d’Haïti, il ne reste que 2 p. 100 de forêts.

« Chaque semaine, plus d’un million de personne augmentent la population des villes du monde. Un être humain sur six vits maintenant dans un environnement précaire, insalubre et surpeuplé, sans accès à des besoins quotidiens comme l’eau, le drainage, l’électricité. La faim s’étend de nouveau. Elle touche presque 1 milliard de personnes. Sur toute la planète, les pauvres luttent pour survivre, tandis que nous continuons de creuser pour trouver des ressources sans lesquelles nous ne pouvons pas vivre.

« Nos activités libèrent des quantités gigantesques de dioxyde de carbone. Sans nous en rendre compte,  molécule après molécule, nous avons modifié l’équilibre climatique de la Terre.

« La banquise de l’Arctique fond sous l’effet du réchauffement global. Elle s’est amincie de 40 p. 100 en 40 ans. Sa superficie en été se rétrécit d’année en année. Elle pourrait disparaître en été d’ici à 2030. Certains disent d’ici à 2015.

« D’ici à 2050, le quart des espèces terrestres pourrait être menacé d’extinction.

« …comme le Groenland se réchauffe rapidement, l’eau douce de tout un continent coule vers l’eau salée des océans.

« La glace du Groenland contient 20 p. 100 de toute l’eau douce de la planète ; si elle fond, le niveau de la mer va augmenter de prés de sept mètres. L’atmosphère de notre planète est un tout indivisible. C’est un bien que nous partageons tous.

« Au Groenland, des lacs apparaissent dans le paysage. La couche de glace fond à une vitesse que même les scientifiques les plus pessimistes ne prévoyaient pas voilà dix ans. Ces fleuves alimentés par des glaciers se rejoignent de plus en plus et émergent à la surface. On croyait que l’eau gèlerait dans les profondeurs de la glace. Au contraire, il coule sous la glace, emportant la banquise vers la mer où elle se brise, se transformant en iceberg.

« L’expansion de l’eau en se réchauffant a provoqué, rien qu’au XXe siècle, une élévation de 20 cm. Tout devient instable. Les récifs de corail sont extrêmement sensibles au moindre changement de température de l’eau ; 30 p. 100 ont disparu. Ils sont un maillon essentiel dans la chaîne des espèces.

« Si le niveau de la mer continue de s’élever de plus en plus vite, que deviendront les grandes villes comme  Tokyo, la plus peuplée au monde ?

« …en Sibérie, et dans de nombreuses parties du monde, il fait si froid que le sol est constamment gelé. On le connaît comme le permafrost. Sous cette superficie, repose une bombe climatique à retardement : le méthane, un gaz à effet de serre vingt fois plus puissant que le dioxyde de carbone. Si le permafrost fond, la libération du méthane pourrait faire échapper l’effet de serre à tout contrôle, avec des conséquences imprévisibles.

« 20 p. 100 de la population du monde consomme 80 p. 100 de ses ressources.

« Le monde investit douze fois en dépenses militaires qu’en aide aux pays en développement.

« 5 000 personnes meurent tous les jours de boire de l’eau polluée ; 1 milliard de personnes n’ont pas accès à l’eau potable.

« Près de 1 milliard ont faim.

« Plus de la moitié des céréales vendues dans le monde sert à nourrir des animaux ou à produire du biocarburant.

« Les espèces meurent mille fois vite que le rythme naturel.

« Les trois quarts des pêcheries sont épuisées, diminuées ou en déclin dangereux.

«  La température moyenne des quinze dernières années a battu tous les records.

« La banquise est moins épaisse de 40 p. 100 que voilà quarante ans. »

Dans les dernières minutes de son documentaire, Yann Arthus-Bertrand se fait moins dur pour vanter quelques faits positifs de la part de pays qu’il a eu le devoir de mentionner sans vouloir les offenser ni les blesser.

Il affirme à la fin :

« Il est temps d’être tous ensemble. L’important n’est pas ce qui a été, mais ce qui reste. Nous avons encore la moitié des forêts du monde, des milliers de fleuves, de lacs et de glaciers, et des milliers d’espèces réussies.  Nous savons aujourd’hui que les solutions sont là. Nous avons tous le pouvoir de changer. Qu’attendons-nous donc?

« Il dépend de nous d’écrire ce qui viendra. Ensemble. »

 

« La question qui a occupé le gros de mes efforts – le danger imminent d’une guerre qui serait la dernière de la préhistoire de notre espèce – et à laquelle j’ai consacré neuf Réflexions depuis le 1er juin, ne cesse de s’aggraver de jour en jour.

« Logiquement, 99,9 p. 100 des gens bercent l’espoir que le bon sens s’imposera.

 

À voir tous les aspects de la réalité, néanmoins, je n’envisage aucune possibilité, hélas, qu’il en soit ainsi.

Je pense donc qu’il serait bien plus correct que nos peuples se préparent à se colleter avec cette réalité, ce qui sera notre seul espoir.

C’est bien ce que font les Iraniens, comme nous l’avions fait, nous, en octobre 1962, quand nous avions décidés de disparaître plutôt que de nous rendre.

Aujourd’hui comme hier, c’est le jeu du hasard, non le mérite de l’intelligence ou de l’histoire individuel d’aucun de nous.

Les nouvelles quotidiennes en provenance de l’Iran confirment exactement la position de leurs autorités : soutenir leur juste droit à la paix et au développement, mais avec un facteur nouveau, la production de 20 kg d’uranium enrichi à 20 p. 100, assez pour construire un engin nucléaire, ce qui affole encore plus ceux qui ont adopté, voilà belle lurette, la décision d’attaquer ce pays. Je l’ai analysé vendredi 16 avec nos ambassadeurs.

Obama ne pourra pas la modifier, et il n’a d’ailleurs pas montré la moindre intention de le faire.

 

 

Fidel Castro Ruz

Le 18 juillet 2010

16 h 28

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Published by cuba si lorraine - dans Fidel
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