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28 janvier 2010 4 28 /01 /janvier /2010 07:57

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Mirebalais (Haïti) Envoyée spéciale

Ils lancent des "bienvenus", mais ils sont bouleversés. Ils transforment leurs maisons, alignent les matelas, cuisinent pour douze au lieu de quatre, partagent habits, eau, nourriture, médicaments, et trouvent cela naturel. Mais ils sont fatigués et pétris d'inquiétude. Recevoir sous leurs toits les réfugiés de Port-au-Prince, hagards et miséreux, a bousculé leur vie, irrémédiablement.

En moins de dix jours, la population de leur ville, Mirebalais, est passée de 100 000 à 150 000 habitants. Sans trop de vacarme. Sans même la création de ces campements immenses surgis à l'improviste dans chaque quartier de la capitale. Ici, la plupart des réfugiés du séisme du 12 janvier sont accueillis chez leur famille ou des amis. Et se fondent dans le paysage. C'est dans les maisons individuelles et les appartements, que s'est installé le chaos. Mais la pression démographique sur cette petite ville déjà très pauvre de la région Plateau central, située à une heure de voiture de Port-au- Prince, est de plus en plus lourde. Mirebalais est au bord de l'asphyxie.

"Ils sont partout !, dit le maire de la ville, Lochard Laguerre. Pas une famille qui n'abrite au moins un réfugié du séisme. J'en ai accueilli quinze chez moi. La moitié a perdu entièrement leur maison ; celles des autres sont fendillées et s'écrouleraient à la moindre secousse. Bien sûr, qu'il leur fallait fuir Port-au-Prince ! Ils ont tant vu et tant souffert ! Et il nous fallait les accueillir, ce sont nos parents, nos cousins."

Dès le lendemain du tremblement, la municipalité a envoyé trois autobus chercher dans la capitale des proches des habitants de Mirebalais. Et cela a continué ainsi jusqu'au 24 janvier. Les bus revenaient bondés. Certains réfugiés étaient lestés de sacs, valises, matelas. D'autres ne portaient rien. Rien que les vêtements dans lesquels les avaient surpris "la grande catastrophe".

"J'ai fait passer mon numéro de portable à Signal FM, la radio actuellement la plus écoutée de Port-au-Prince, raconte le maire. Il n'a plus arrêté de sonner. Mes administrés m'appelaient pour me signaler l'arrivée de dix ou vingt personnes. Des sinistrés me demandaient de leur trouver un lieu, chose quasi impossible puisque nos écoles et églises sont fissurées et que je ne peux pas prendre le risque de les y loger." Aujourd'hui qu'ils sont là, on le presse de SOS en demandant de l'eau, de la nourriture, des médicaments. "On m'appelle même la nuit, alors que je n'ai quasiment pas d'aide. Cette ville avec un taux de chômage de 60 % est déjà si pauvre ! Jusqu'où peut-elle encore s'appauvrir ?"

Les seules aides matérielles sont venues de plusieurs cités de la République dominicaine avec lesquelles la ville entretient des relations étroites depuis le dernier cyclone dévastateur. Des familles ont pu recevoir un peu de riz, de pois, de lait, de manioc, de patates. Les grandes ONG, concentrées sur Port-au-Prince, n'ont pas encore pensé à Mirebalais. Pourtant il y a urgence. L'ONU estime à 235 000 le nombre actuel de migrants. L'Organisation pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) pense que ce chiffre pourrait atteindre le million.

Un groupe de jeunes gens arborant un tee-shirt blanc "Solidarité" se presse au rez-de chaussée de la mairie. Ils ont l'intention d'accueillir à Mirebalais 300 étudiants de Port-au-Prince. "On a perdu tant d'amis ! dit le jeune Pierre Rigaud Dubuisson. Des dalles de l'université ont écrasé des classes entières d'étudiants. Les maisons de nos parents sont surchargées ? Alors, dégageons un lieu public !" Ils ont envie "d'être enfin des citoyens" dans un pays dont les gouvernants ont tout fait pour "déresponsabiliser" sa population.

A l'hôpital de la ville, on vous raconte le grand chaos des premiers jours. Cinq cents, 800, puis 1 000 blessés ont voyagé depuis Port-au-Prince dans des conditions effarantes et débarqué avec des fractures ouvertes et des plaies infectées. Les médecins cubains, en majorité parmi le personnel soignant, n'avaient jamais vu cela.

Jeune docteur haïtien effectuant à la faculté de La Havane une spécialisation en orthopédie-traumatologie, Johnny Miller s'est vu ordonner, par le gouvernement de Cuba, de rentrer d'urgence dans son pays participer aux secours. "C'est une idée de Fidel Castro, dit-il. Il a déclaré qu'il fallait tout faire pour Haïti et qu'il valait mieux y envoyer des médecins que des soldats." Il y a en tout cas vécu l'expérience de sa vie. "On manquait de produits, d'instruments ; on improvisait comme on pouvait, utilisant du carton, des planches, des branches pour étirer un membre. Et on a dû amputer, confrontés à la gangrène."

Les orphelinats aussi perçoivent l'onde de choc des sinistrés de Port-au-Prince. Des parents frappent chaque jour à leur porte, un bébé dans un linge, ou tenant par la main, un petit marchant à peine. "C'est très dur, mais je dis non !", raconte Mathieu Cenoble, le directeur de la crèche d'Haïti Children's Home , située à la périphérie de la ville. "Nous avons déjà 46 enfants, dont sept handicapés que personne, jamais, ne voudra adopter. La banque par laquelle je reçois l'argent de l'étranger est fermée. Je n'ai plus de quoi nourrir ni soigner mes enfants. Que vais-je faire ?"

Une organisation dominicaine livre un peu d'eau, de gaz et de nourriture. Mais l'endroit, dénué de moyens, écrasé de chaleur et d'ennui, est plus que déprimant. "Gardez-nous l'enfant deux ou trois mois, le temps qu'on se retourne", supplient les parents qui accourent. "Et comment je ferai, moi ?, interroge Mathieu Cenoble. Je ne peux pas être irresponsable ! Ah, ces pleurs de mamans à qui je ferme la porte..."

La place principale de la ville grouille de monde. Les commerçants du centre-ville profitent bien sûr un peu de cet exode citadin. Mais les stocks s'épuisent, dit la responsable de la supérette Saint-Pierre. On n'est plus livré. Et puis tous ces gens qui disent le malheur...

Le maire a bien une petite idée pour sauver sa ville promise à la faillite. "Faisons de Mirebalais la nouvelle capitale du pays !""Des ministres préfèrent dormir ici et faire chaque matin le voyage à Port-au-Prince. Evitons-leur ces déplacements et reconstruisons, ici, ministères et administrations. Port-au-Prince deviendrait ville musée avec son palais présidentiel éventré, qu'il ne faut surtout pas réhabiliter, et qui servirait de message aux générations à venir. Et créons, à Mirebalais les milliers d'emplois dont elle a un besoin vital." Les géologues, dit-il, citent le Plateau central comme l'endroit le moins exposé aux séismes du pays. Prenons donc une décision sage !

Annick Cojean
Le Monde

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Published by cuba si lorraine - dans solidarités
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