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13 mai 2010 4 13 /05 /mai /2010 14:08

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Michel Porcheron

« Vous êtes le meilleur romancier d’Amérique latine et vous devez tout abandonner pour écrire des romans !», a dit un jour Ernest Hemingway à Enrique Serpa (1900-1968) en lui reprochant de consacrer trop de temps à son activité de journaliste.

 

Enrique Serpa aurait été donc dès les années 30, selon l’écrivain nord-américain, le « meilleur romancier d’Amérique latine » et le monde de l’édition francophone l’aurait ignoré et pendant 70 ans ! …Il est vrai que quand le grand Ernest forçait un peu sur le gin Gordon’s, à l’heure du café croissant au mythique Floridita havanais où il buvait des coups avec son ami cubain, il était capable d’une très aimable exagération.

Toujours est-il qu’Enrique Serpa vient d’être traduit pour la première fois en français. Les Editions Zulma ont logiquement choisi l’œuvre majeure du Cubain, « Contrabando », qui fut publiée en 1938 à La Havane par la maison Alvarez –Pita, Talleres « Alfa ».

Entre l’ultra classique et plutôt élitiste Alejo Carpentier et son œuvre, entièrement traduite en français et la génération actuelle de plus en plus connue et recherchée en France, il existait un certain vide que les Editions Zulma (couverture de David Pearson, 327 pages, 12,5 x17 cm) sont venues ainsi combler.

Faut-il accueillir « Contrebande » avec les superlatifs habituels qui accompagnent généralement tout ouvrage judicieusement sorti de l’oubli ? Enrique Serpa aux côtés des plus grands, Carpentier, Hemingway ou Faulkner ? Une troisième (ou quatrième) de couverture est toujours rédigée par la maison d’édition, poussée aussi comme il se doit par des impératifs de marketing.

Ailleurs, on lit que Serpa « fait penser » à Melville, Pierre Loti, Albert Cossery, Henry de Monfreid, James Joyce (pour les monologues intérieurs), Joseph Conrad, R.L. Stevenson, etc… Il suffira de dire que « Contrebande » est l’œuvre du meilleur Enrique Serpa, et c’est déjà très bien. Quand en plus il bénéficie d’une magistrale traduction de la part de Claude Fell, le lecteur ne manquera pas de voir à quel point l’écrivain Serpa a du talent (1). De sa génération, il ne fut pas le seul à en avoir. La parution de Contrebande et son bon accueil en France pourraient donner à l’éditeur ou à d’autres, l’idée de faire traduire d’autres romanciers cubains « exportables » de cette générationdes années 30, également inconnus en France, et probablement supérieurs à Enrique Serpa, comme Carlos Montenegro, Lino Novas Calvo et surtout Pablo de la Torriente Brau.

A Cuba, la dernière réédition de Contrabando date de 2007, publiée par Letras Cubanas, avec un très fin prologue (p.V à XVI) de Denia Garcia Ronda (novembre 2006. Elle avait déjà signé, avec talent, le prologue de l’édition précédente en 1977). Contrabando a toujours été considéré comme un classique de la littérature cubaine du XX e siècle. Déjà dans l’Enciclopedia Popular IIustrada, publiée en 1940 (1302 pages), on apprend que Contrabando « a été un retentissant succès de librairie ». « Dans sa prose, « hay nervio, musculo y agilidad de juventud eterna » ( il y a du nerf, du muscle et de une agilité d’éternelle jeunesse").

Depuis sa sortie en France, à l’automne 2009, comment la critique (journaux, libraires, sites web, lecteurs, bloggeurs, etc..) a –t- elle présenté et commenté ce livre ? Il a été classé, c’est selon, dans des genres bien divers, roman d’atmosphère, tragi-comédie humaine, aventure maritime, récit naturaliste et sombre, tableau socio-historique, etc… 

Entre, au mieux, « chef d’œuvre » (n’exagérons rien) et au pire « intéressant, sympathique, oui, mais vieillot et pittoresque. Un Port de l'angoisse sans Bogart », en passant par « écrivain secondaire » et …quelques absences notables de critique dans certains grands titres de la presse hexagonale ( Le Monde, notamment) , « Contrebande» s’est dans tous les cas gagné une certaine place (ou une place certaine) parmi les livres récents de littérature étrangère en France.

Paru à la rentrée littéraire de septembre 2009, Contrebande fait donc partie des titres qui ont survécu. On sait que sur les 659 livres de la dernière rentrée [littérature française environ 450 et étrangère 210], la plupart disparaissent corps et biens avant la fin de l’année, faute de lecteurs. Qu’il soit un livre « rescapé » et de plus traduit de l’espagnol (Cuba) et non de l’anglais (largement majoritaire) est un autre bon signe.

Qu’il soit un livre cubain appartenant à la catégorie « classique » (2) et de plus à la décennie des années 20-30, aura fait qu’il a été lu et jugé en tant qu’œuvre littéraire, qualités et défauts, sans considérations idéologico-nostalgico- politiques, de celles – habituelles dans ce cas - qui sont capables d’encombrer la critique d’un bon livre ou d’en camoufler les défauts. Il semble que la courte préface d’Eduardo Manet n’ait eu de fait aucun de ces deux effets.

Enfin, qu’il ait été chroniqué dans un nombre honorable de supports confirme sa valeur. Les Editions Zulma ont du procéder à une nouvelle impression, après un premier tirage épuisé. Généralement un premier tirage est délibérément bas, notion relative en fonction de l’auteur.

Cette parution a (re)mis en évidence une « filiation », une « amitié » littéraire réelle entre le Cubain Serpa et le grand Hem’. Un critique français et non des moindres n’a-t-il pas parlé de « Hemingway et son sherpa» ? L’espace nous manque ici pour jeter les bases d’une ébauche de lectures comparées, instructives à plus d’un titre.

Notes- (1)- Cependant le lecteur, pour apprécier à sa juste valeur, ce livre (dont l’action se passe environ en 1927 et est écrit en 32-33) et pas seulement comme un roman d‘aventures ou d’atmosphère, devrait se pencher quelque peu sur le contexte politico-social de ces années 20 et 30 à Cuba et particulièrement pendant la dictature de Gerardo Machado (1925-1933), mais aussi aux Etats Unis (la loi Volstead dite de Prohibition (1919-1933) et les restrictions migratoires). Cependant, Denia Garcia Ronda conclut son très fin prologue en soulignant que, bien qu’il existe chez Serpa un questionnement de l’état des lieux national, « un lecteur qui ne connait pas ces circonstances historiques peut assimiler et savourer le sens de l’œuvre ». Elle ajoute en conclusion que le sujet au centre de Contrebande « est le monde objectif et subjectif du principal protagoniste » (l’Amiral).

Pour sa part Graziella Pogolotti (Orbe, 14 novembre 2009) a expliqué « la bonne surprise »  qu’a constitué Contrebande pour les critiques littéraires en France par, de « manière inconsciente », leur « perspective eurocentrique » ( eurocentrica ), tout en se félicitant de l’entrée de Enrique Serpa dans le marché de l’édition en France, ce qui invite, dit-elle, à « une réflexion productive » à Cuba. Par ailleurs, rien ne dit au lecteur français que Contrebande est l’un des très rares romans cubains, pour ne pas dire le seul jusqu’à une époque très récente, qui a le monde de la mer comme (unique) décor central. Paradoxal dans la production littéraire d’une île.

(2)- A Cuba, parmi les livres-encyclopédies, les ouvrages de critique littéraire, analyses, présentation, où Serpa et son œuvre ont leur place, on peut citer : "La Republica a través de sus escritores" (1958) de Marcelo Pogolotti (p.162-164 et p. 272-275, édition de 2002), « Panorama historico de la Literatura cubana » (1963) de Max Henriquez  Urena, « Historia de la Literatura cubana » de Salvador Bueno (1972, 4 e édition), Diccionario de la Literatura cubana, 2 t. 1980, et surtout Historia de la Literatura cubana, 3 t. collec.2005-2008), etc…

Pour Marcelo Pogolotti, Enrique Serpa qui dans Contrabando est «  le Francis Carco de la pègre et de la vie galante havanaise, avec des facettes diaboliques à la manière de Barbey d’Aurevilly », a ajouté une « dose de Joseph Conrad pour produire un vif et véloce reportage, discrètement romanesque ». Pogolotti ne manque pas de noter que Contrabando est « une vaste et exhaustive fresque de la vie de cabotage » (riberena), « exploit notable quand on sait comme on l’a dit avec raison, que les Cubains vivent le dos tourné à la mer ».

Pour M.H. Urena, Enrique Serpa « romancier de qualité » qui « se coule dans le moule du modèle naturaliste de la fin du XIX e siècle » «  maîtrise bien cette technique qui vient de Zola, et les scènes qu’il peint ont une extraordinaire vigueur ». Quelques uns de ses « cuentos » (nouvelle ou conte) comme Aletas de Tiburon, se détachent par leur véridicité ».

Comme Serpa introduit pour la première fois « le monologue intérieur », Salvador Bueno n’hésite pas à estimer qu’il le fait « a lo Joyce ». Mais le livre est surtout «  un des plus vigoureux romans jamais écrits à Cuba ». Tout en faisant remarquer que le livre politique (sur les années 40) de Serpa est « Trampa » publié en 1957. Dans « Album del cinquentenario 1902-1950 », de la Asociacion de Reporters de Cuba » (Ed. LEX, 1952, 23x 31 cm, 440 p. abondamment illustré), le nom de Enrique Serpa apparait très logiquement, en tant que journaliste, poète, conteur (« Enrique Serpa tiene categoria de maestro en su cuento Aletas de Tiburon ») et romancier. L’écrivain et critique Carlos Fernandez Cabrera, selon qui, « cent romans ont été écrits à Cuba. Ils sont peu nombreux ceux qui ont de la valeur » a apprécié Contrabando. Tout en soulignant que « le plus moderne et le plus intéressant est Enrique Labrador Ruiz », « Enrique Serpa, ajoute-t-il, est un grand auteur du moment présent. L’unique roman de Serpa Contrabando lui confère cette catégorie. Il décrit, avec une technique de maître, la misère des pauvres aux abois du littoral. D’audacieux marins entrent en contrebande (…) Il s’agit d’une dénonciation révolutionnaire particulièrement cachée dans une délicieuse trame d’aventures, entre Cuba et les Etats Unis. Depuis «  Estéforo el pirata », de Ramon Torrado, aucun cubain n’avait choisi la mer comme cadre.(…) C’est une grande œuvre Contrabando, elle a plu beaucoup à Hemingway, qui l’a lue » La boucle est bouclée(mp).

Granma

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