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13 janvier 2010 3 13 /01 /janvier /2010 07:31

Cet article est polémique et me place dans une position peu confortable. Cet article peut alimenter le discours anti chaviste, car il fournit des arguments à ceux qui combattent le processus vénézuelien.

N’étant en rien anti-chaviste, (pas plus que chaviste au passage) je le publie néanmoins, en espérant que mes lecteurs auront suffisamment de recul pour ne pas projeter immédiatement leurs préconçus occidentaux sur ce qui va être dit.

Laissez de côté votre colonialisme intellectuel. Et lisez jusqu’au bout, ou ne lisez pas du tout.

Il ne s’agit pas de justifier mais d’expliquer et de tenter de comprendre un contexte lointain pour des européens.

Et si vous voulez imaginer d’autres choses, libre à vous, mais ce ne sera dès lors que le fruit de votre imagination fertile.

Car malgré le panorama idyllique et propagandiste que je vous dresse depuis on arrivée, il y a une chose qui est pour moi très dérangeante dans ce pays, soit :

la MILITARISATION DU RÉGIME (bouh !)

Et je me dois de vous conter la vérité.

Ou presque.

Alors donc le Venezuela se militarise.

Vous l’avez sans doute lu, entendu, vu, même des journalistes plutôt connaisseurs des réalités de terrain le disent, ce doit donc être vrai.

Je n’aime pas les militaires.

Éducation à la non-violence, ayant vécu à proximité du plateau du Larzac et de la lutte contre l’extension du camp militaire des années 70 ...

La dernière que j’ai vu des militaires ailleurs qu’au Venezuela, c’était à Strasbourg pour le contre-sommet de l’OTAN et ils n’avaient pas des intentions pacifistes.

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Le bruit de botte n’est donc pas un son qui m’est spécialement sympathique.

Existe à ce jour, au Venezuela comme partie des forces armées du Venezuela (fuerzas armadas venezolanas) :

 L’Ejercito Nacional, soit l’Armée De Terre, armée de métier, qui a pour but de défendre le pays contre les menaces extérieures. Elle intervient principalement le long des frontières. Environ 120 000 personnes.

 La Garde Nationale Bolivarienne (anciennement Guardia Nacional) : autre composante des forces armées qui peut se voir attribuer des compétences civiles comme le maintien de l’ordre public, ou selon les compétences définies par la loi, des missions de police administrative mais également participe au développement du pays. Mais peut servir de support à l’Armée. Facilement reconnaissable à sa casquette rouge. effectifs : 36 000 personnes.

 La Garde d’Honneur Présidentielle, qui protège le président et le palais de Miraflores. On peut la différencier de la GNB de par les lettres GH inscrites sur sa casquette rouge.

 La Milice Nationale : composée d’une part de la réserve, soit des personnes ayant réalisées leur service militaire (volontaire et non obligatoire à ce jour) et d’autres part des milices civiles : Il s’agit de groupes civils qui ont suivi une formation militaire et sont prêts à défendre le pays en cas de nécessité. Il existe les milices populaires (dans les barrios) les milices ouvrières (dans les usines), les milices paysannes (dans les campagnes) et les milices de Femmes. On estime actuellement son nombre à 600 000 hommes et femmes, l’objectif étant d’atteindre 1,2 millions.

 On doit ajouter à cela l’Armée de l’Air, la Marine Nationale ainsi qu’un corps de services secrets récemment renforcé.

Ils sont donc partout les militaires. On les croise dans la rue. On en croise à l’entrée du parking souterrain de Vive TV. Devant les ministères.

Également dans les quartiers, accompagnant la mission Barrio Nuevo Tricolor pour construire des maisons. Oui, il y a des militaires dans les rues, dans le métro, dans les café, dans les quartiers populaires, dans les usines ...

Puisqu’il n’y a pas de police. Ou quand il y en a une, elle est corrompue, au service des fortunés, que ce soit du flic de rue au haut gradé.

(Chose qui risque de changer avec la création de la Police Nationale Bolivarienne qui outre sa formation à l’ordre public, suit un cursus spécial portant sur... le respect des droits de l’homme.)

En attendant ils sont indispensables pour assurer un semblant d’ordre public dans un pays où criminalité ne se limite pas à un vol de sac à main.

Comme je l’ai déjà expliqué dans un précédent article, (si les exceptions ne confirment plus la règle) il existe ici une doctrine, caractéristique du processus vénézuelien, que l’on appelle l’union civico-militaire. Et pour la comprendre, il faut en référer avant tout à l’histoire du pays.

Le point de balancement entre la lutte sociale et la naissance d’une nouvelle espérance politique populaire dans ce pays a été le Caracazo, une émeute populaire le 27 février 1989, contre les privatisations et le gouvernement néolibéral, les pauvres ayant été poussés à la rue par la faim. Au delà de l’émeute sanglante (2000 à 3000 morts selon les sources), a pu être observé un élément fondamental : certains militaires ont refusé de tirer sur la foule.

caracazo-fidelvasquez.jpgIssus des classes populaires, ces militaires ont formé au cours des années 80 des groupes militants internes à l’armée prenant l’appellation de... bolivariens. Ils portent des valeurs de justice sociale ainsi que l’idée que les militaires ne peuvent être dissociés de la population.

En 1992, ce sont ces mêmes militaires bolivariens, avec à leur tête le colonel Hugo Chavez, qui tenteront un coup d’État contre l’oligarchie encore en place. Malgré l’échec, c’est là que nait l’admiration populaire pour Chavez, qui va oser assumer la responsabilité du coup, et lancer un nouvel espoir.

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En 1998, Chavez est élu président. Face à lui, une opposition et une administration largement hostiles. Mais les programmes sociaux ne doivent pas attendre. Qui va sur le terrain, planifier, construire les routes, aider les personnes en difficultés, organiser les constructions de logements ? Les militaires bien sûr, qui nouent ainsi des liens de plus en plus étroits avec le peuple.

guardia-nacional-bolivariana-celebra-72-aniversario-1.jpgEn avril 2002, c’est le coup d’État de l’opposition appuyé par les États Unis et par les médias privés. Ce coup sera mis en échec par la très large mobilisation de la population ... et une importante partie des personnes d’extraction populaires au sein de l’Armée, mais également des gardes bolivariens et de la garde d’honneur, restés fidèles à Chavez, qui reprendront le Palais présidentiel des mains des militaires putschistes.

A partir de là, du fait d’un travail interne et d’une prise de conscience collective, le secteur bolivarien va devenir majoritaire au sein de l’institution.

Au vu de tous ces éléments, vous devez bien comprendre que les militaires ont eu un rôle plus qu’essentiel dans le processus révolutionnaire actuel.

Au niveau de l’histoire même du pays, l’armée vénézuelienne n’a également que peu de choses à voir avec les armées occidentales. Ainsi que les héros de la cause du peuple ont été aussi des militaires.

Les seules guerres extérieures menées par l’armée vénézuelienne l’ont été contre les Espagnols, soit une guerre de libération nationale. Nous fêtons d’ailleurs cette année le bicentenaire de l’indépendance. Le général Simon Bolivar, commandant cette armée indépendantiste, portait déjà cette idée que l’armée et la population ne font qu’un.


Le projet « expansionniste » du même Bolivar de Grande Colombie n’a consisté qu’à libérer la moitié nord de l_aventure_bolivarienne_de_madame_coquis_large.jpgl’Amérique Latine du colonialisme espagnol et de tenter d’unifier ces nations frères, c’est la seule intervention extra-territoriale jamais menée par le Venezuela. On est loin de la conquête impériale de notre Napoléon national. Ce dernier projet transnational échoua, du fait de trahisons et de luttes pour la succession.

Suivra quelques dizaines d’années plus tard une guerre fédérale, entre les armées de l’oligarchie souhaitant se maintenant au pouvoir après l’indépendance, et l’armée du général Ezequiel Zamora. L’armée de Zamora était constituée de paysans, de pauvres et d’esclaves libérés. Son mot d’ordre : "Terres et hommes libres. Que tremble l’oligarchie !". On a commémoré le 150 anniversaire de son assassinat ce weekend.

2_ezequielzamora_2.jpgAprès cette époque, l’armée a joué pendant des décennies son rôle classique de force répressive au service du pouvoir, en allant, par exemple, jusqu’à intervenir à l’intérieur de l’université centrale du Venezuela en 1969 ("el allanamiento") pour mettre un terme à la contestation estudiantine, avec un effectif de 2000 soldats, auxquels s’ajoutaient quelques chars. L’Armée, comme la Police, étaient alors synonymes de répression, de peur et d’injustice.

Mais le développement de la conscience "bolivarienne" dans les années 80 a peu à peu fait évoluer cette mentalité proprement militaire. Actuellement, dans le prolongement des idées bolivariennes, l’Armée se forme... intellectuellement. Cercles de discussion, lecture, alphabétisation, conscientisation politique, études supérieures et action de terrain avec la population, à la fois pour protéger et organiser les projets populaires...

Alors quoi, serais-je devenu militariste ? Amoureux de la « ration de topinambour et de la Ligne Maginot ? » comme le chantait (l’ex) chanteur populaire Renaud. Pas pour un sou. Il y a simplement une légère différence entre nos forces de répressions occidentales et las Fuerzas Armardas Venezolanas.

Et je crois que le fait que je puisse serrer la main du Garde Bolivarien de garde en allant le matin au boulot,

ou d’en croiser en pleine ville en train de discuter, rire, faire la bise aux passants, à des amis,

d’en voir acheter des clopes, téléphoner, manger le midi dans une panaderia, même d’en voir aux toilettes publiques, et de voir des hommes mais également un nombre non négligeable de femmes, se comporter comme n’importe quel "citoyen"...

constituent suffisamment de preuves à mes yeux de cette différence.

Ça ne vous suffit pas comme explication ?

Très bien.

Alors passons à la deuxième partie de l’explication :

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Lire la suite de l’article : La contre-attaque impériale

Grégoire Souchay

Publication originale : Escapades Bolivariennes

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13 janvier 2010 3 13 /01 /janvier /2010 07:23
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Des parlementaires conservateurs semblent séduits par le putsch hondurien
par Primitivi

Après le Honduras est-ce que ce sera bientôt le tour du Paraguay ? Ça n’est pas du tout impossible : l’oligarchie paraguayenne la moins à droite se détourne de Lugo. Les puissants jugent qu’il va beaucoup trop à gauche dans les réformes qu’il instaure, il devient beaucoup trop social à leur goût. Certains parlementaires commencent même à considérer la recette du coup d’état hondurien comme une solution possible à tout leurs maux : le fait que la population puisse espérer des jours meilleurs.

Encore une fois les politiciens et les entreprises US qui soutiennent voire organisent ces déstabilisations démocratique sont condamnables, il suffit que les USA jettent à nouveau un regard intéressé sur les ressources naturelles du sud des Amériques pour que toutes les expériences démocratiques qui y sont en cours soient menacées, pour que de nombreux espoirs soient détruits.

Le président Obama est lui aussi condamnable, trop enfermé dans le jeu politique américain pour ne pas faire également le jeu des faucons. Le "Nobel de la Paix Aux Mains Ensanglantées" qui entre autres exploits a lâché le Honduras afin de convaincre le sénat conservateur de le laisser placer deux collaborateurs à des postes importants.

Un mensonge paraguayen

Le périodique paraguayen ABC publiait le 20 décembre dernier sur une couverture et deux pages intérieures un article intitulée “Lugo prépare un dîner privé de luxe pour la fin d’année”. L’en-tête de l’article insistait sur le fait que “les prix du concours organisé par la Présidence du Paraguay seront distribués lors d’un dîner luxueux de fin de l’année à Mburuvicha Róga, auquel participeront seulement entre 10 et 18 personnes. On degustera des apéritifs de caviar, de saumon et d’autres délicatesses”. Le service - selon l’article - disposerait probablement d’un “maitre d’hôtel et entre 14 et 26 jeunes hommes impeccablement habillés. Egalement du linge de table, de la vaisselle, des couverts et des cristals de premier ordre”.

Tout au long de l’article était énuméré et dénonçé avec luxe de détails le caractère luxueux du dîner et le gaspillage de personnel engagé au service des convives. Eh bien, comme l’a indiqué la présidence du Paraguay dans une déclaration officielle, et que l’on pouvait vérifier dans le contrat d’engagements publics, il n’existait aucune prévision de dîner officiel de fin d’année. Les bases et les conditions du concours établissaient clairement qu’il s’agissait de l’engagement des services de catering pour toutes les réceptions du 2010. Le budget était la prévision annuelle pour les réceptions officielles du Président du Paraguay, parmi lesquelles des visites d’État de présidents, de chefs d’État ou d’autres autorités de haut rang, tant du secteur public, que du privé.

Bien que le quotidien ABC décidât de publier le démenti du gouvernement il a continué d’insister sur sa thèse en terminant son nouvel article d’une manière pathétique : les documents auxquels notre quotidien a accédé démontrent qu’une réception de ce type est en préparation, bien que l’on ne puisse pas écarter que maitenant que nous avons rendu l’information publique, ils peuvent avoir décidé de l’annuler.

Des parlementaires opposés au président Lugo valident le putsch hondurien, le danger d’un coup d’état augeme

L’ombre d’un coup d’état plane depuis des mois au Paraguay, d’abord amené de manière violente en octobre dernier par un puissant propriétaire terrien lié à l’extrême-droite parlementaire, le parti UNACE, qui dispose de 22% des parlementaires au congrès paraguayen. Ce dernier ayant appelé à la création d’une milice paramilitaire anticommuniste pour en finir avec le gouvernement. Maintenant le chemin à suivre est le coup constitutionnel, le nouveau modèle testé avec succès au Honduras.

Pendant de derniers mois le président Fernando Lugo voyait comment divers partis qui l’ont porté au pouvoir sont passés dans l’opposition à cause du fait que le gouvernement de Lugo, de tendance bolivarienne, s’oppose avec les principes néolibéraux de ces organisations politiques.

Fernando Lugo est arrivé à la présidence appuyé par un front de partis de gauche et du centre-droit, ces derniers étient motivés par l’obtention d’une plus grande part de pouvoir qu’ils n’étaient pas capables d’atteindre face à l’hégémonie du Parti Colorado (PC), qui a gouverné au Paraguay durant des décennies, qui était également le parti unique durant la dictature de Stroessner. Les colorés disposent de 31% de parlementaires au congrès.

A cause de cela ils ont vu en Lugo, un ex-prêtre apparenté à la Théologie de la Libération, une occasion de réduire l’influence du Parti Colorado et d’occuper plus grand espace de pouvoir au sein des institutions paraguayennes. Mais maintenant que Lugo a proposé de convoquer l’une constituante pour réduire les limitations qui l’empêchent de développer son programme politique sociale, qu’il a appelé à l’adhésion à l’ALBA, qu’il a augmenté les dépenses sociales, a expulsé les bases militaires étasuniennes du pays et qu’il a garanti la gratuité de la santé, ils ont décidé de l’abandonner et de passer dans l’opposition.

Mais loin de se conformer à cette situation, ils appellent à faire un jugement politique de Lugo pour le destituer avant l’arriver des prochaines élections. Il y a quelques semaines son vice-président, le néolibéral Federico Franco, du Parti Libéral Radical Authentique (PLRA) a déclaré être prêt à assumer le pouvoir, se positionnant clairement contre le président en exercice, qu’il a aussi accusé de corruption pour avoir libéré quelques terres en faveur des paysans.

Le Parti Libéral Radical Authentique (PLRA) est le deuxième parti du pays avec le plus de représentant au pouvoir législatif paraguayen et il figurait parmis les appuis du Lugo quand celui-ci a gagné les élections. Maintenant il est avec l’opposition de droite, bien qu’une partie de ses militants ne soient pas d’accord avec cette situation.

De plus en plus de parlementaires appellent à suivre cette initiative qui cherche à reproduire le schéma réalisé par les putschistes honduriens, dans un congrès où, après ces retournements de veste, Lugo est en minorité.

Le sénateur du PRLA, Alfredo Luis Jaeggli, a fait des déclarations éclairantes durant un entretien réalisé par la Radio Nationale Argentine il y a quelques jours, "je suis partie de la Fondation Liberté, et la Fondation Liberté est partie de la Fondation Naumann et le président hondurien a commencé sa présidence avec un modèle libéral et par la suite il a trahi et il est parti vers le socialisme du XXIe siècle. Ce qui c’est passé au Honduras, pardonnez-moi, pour moi c’est totalement légal".

Après avoir validé le putsch au Honduras il a déclaré que le jugement politique de Lugo est légal, le sénateur du Parti Libéral du Paraguay a donné la raison qui a motivé cette situation, "le président Lugo liquide les partis, donne paie les organisations sociales (...) ce qu’il veut est présenter comme une panacée du socialisme du XXIe siècle et pour la majorité au Parlement et au Sénat, pour nous les représentants élus ce n’est pas ainsi que cela doit se passer. Nous devons faire le contraire de tout cela."

De plus le sénateur Alfredo Luis Jaeggli a démontré que la conspiration est très avancée parce qu’ils ont déjà attribué la hiérarchie nécessaire pour prendre le contrôle du gouvernement une fois que Lugo aura été sorti du pouvoir, "il y a un groupe de sénateurs, moi inclus qui sommes réellement d’accord pour la continuité d’un jugement politique ; les promesses et les changements que le Parti Libéral s’est engagé à faire n’ont pas été mis en place, vraiment, alors cela a donné dans mon propre parti, le parti libéral, une espèce de division sur le jugement politique du président Lugo. Dans ce cas le vice-président Federico Franco assumera".


Source :
Rebelion Una mentira paraguaya
Tercera Informacion Parlamentarios en contra del presidente Lugo avalan golpe hondureño
Traduction : Primitivi

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13 janvier 2010 3 13 /01 /janvier /2010 07:18
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Emir Sader
De tous les pays du Cône Sud où il y a eu des dictatures, le Chili est le seul où les forces de la dictature se sont recyclées en un parti politique. Ces forces revendiquent la période dictatoriale et se sont constituées en une force presque majoritaire pendant la période de démocratie. Dans toutes les élections le bloc de partis pinochetistes a toujours obtenu une proportion élevée de votes. A deux reprises il fut vaincu par moins de 5% des voix.

L'opposition à la dictature, après la grande défaite des organisations clandestines - MIR (Movimiento de la Izquierda Revolucionaria) et FPMR (Frente Patriotico Manuel Rodríguez) - fut dirigée par l'alliance entre les partis Démocrate Chrétien et Socialiste. Deux partis qui ont été ennemis puisque le PS était celui d'Allende et l'autre, celui d'Eduardo Frei Montalva, appuyat le coup d’état militaire. Pour cela le PS a dû rompre son alliance historique avec le Parti Communiste et organiser la « Concertation » avec le parti Démocrate Chrétien en résonance avec le phénomène international de recyclage du Parti Socialiste et Social-Démocrate vers le néolibéralisme.

Un an après que Pinochet ait perdu le référendum sur sa réélection en 1988, référendum convoqué par lui-même, la Concertation obtint l’élection d’un démocrate chrétien, Patricio Aylwin - ex dirigeant de l’opposition la plus extrême au gouvernement d’Allende - le premier président civil depuis le coup d’état militaire de 1973.

La Concertation a maintenu la politique économique de la dictature militaire qui avait conquis l’appui des grandes entreprises chiliennes, basée sur une politique d’ouverture économique, sur un modèle exportateur de matières premières et sur un Traité de Libre Commerce qu’un gouvernement postérieur de la Concertation (alors présidée par un socialiste Ricardo Lagos) a signé avec les USA. Ce qui, entre autres, empêche le Chili de participer au Marché Commun du Sud (Mercosur).  Elle a essayé de modérer les durs effets sociaux de la dictature pinochetiste, qui avait fait passer le Chili d’un des pays les moins inégaux du continent vers l’un des plus inégaux. Entre autres, elle a maintenu les politiques de libre commerce dans le cadre du néolibéralisme appliqué par Pinochet.

Après Aylwin, fut élu Eduardo Frei Ruiz Tagle (fils de l’ex président Eduardo Frei Montalva), ensuite furent élus deux présidents socialistes - Ricardo Lagos et Michelle Bachelet - sans qu’ait lieu le moindre changement substantiel dans la politique appliquée jusque là par les présidents démocrates chrétiens.

Quand Bachelet fut élue, de la même façon que son prédécesseur avec un très léger avantage sur le candidat des forces néopinochetistes, sa popularité a souffert de lourdes pertes en appliquant un plan hérité de Ricardo Lagos. Plan qui prétendait transformer radicalement le transport urbain de Santiago, simultanément, en un seul jour. Les résultats furent catastrophiques pendant plusieurs mois, à cela s'ajoutèrent les mobilisations des étudiants du secondaire, des petits producteurs miniers et celles du peuple Mapuche, provocant une chute du prestige de la présidente à un niveau très bas.

Récemment, malgré la présence d'un ministre de l'économie genre Chicago Boys, la crise internationale est arrivée. Bachelet commença à récupérer du soutien en appliquant des mesures compensatoires aux effets sociaux les plus graves de la crise, comme par exemple une correction partielle de la Sécurité Sociale et des bons pour les secteurs les plus touchés et ainsi terminer son mandat avec un indice de popularité similaire à celui de Lula.

Néanmoins, la succession semble difficile, étant donné que la Concertation n'a jamais réussi à imposer une grande défaite à la droite, un de ses majeurs échecs politiques. Ce qui permet à Sebastián Piñera d'apparaître à nouveau comme un candidat fort pour les présidentielles à venir. Piñera possède une des plus grandes fortunes du pays, acquise pendant la dictature de Pinochet, alors que son frère et associé José Piñera - ancien ministre du Travail de la dictature - appliquait pour la première fois sur le continent la maudite « flexibilité du travail ». Le groupe Piñera, entre autres grandes entreprises chiliennes à l’expansion agressive dans le pays et à l'extérieur, est propriétaire de Lan Chile ainsi que de Lan Peru (compagnies aériennes), du club de foot Colo-Colo (bien que supporter d’un autre club, il a acheté la plus grande partie des actions de l’équipe la plus populaire du Chili) et d’une chaîne de télévision.

Avec Piñera comme favori, la Concertation a pensé qu’elle devait faire appel à un candidat à l’image plus modérée que celle d’un socialiste et a convoqué l’ex président Eduardo Frei Ruiz Tagle comme candidat. Le résultat de ce pas audacieux et timoré est l’apparition de trois autres candidatures du PS dévoilant le mécontentement avec la position de la direction du parti. Parmi elles, celle d’un ex ministre d’Allende, Jorge Arrate, appuyé par le Parti Communiste et celle de Marco Enríquez Ominami, fils biologique du plus haut dirigeant du MIR (Miguel Enríquez) et d’une journaliste, qui fut adopté par celui qui se maria avec elle, Carlos Ominami, ex militant du MIR expulsé pour s’être exilé, qui ensuite passa au PS où il fut ministre  néolibéral d’économie.

Au premier tour des élections présidentielles de décembre 2009, Arrate a obtenu plus de 6% des voix, Marco est arrivé à 20% avec une image de renouveau, une espèce de troisième voie très bien couverte et appréciée par la presse (au Chili pratiquement toute de droite) animée par l’idée qu’il prendrait des voix à la Concertation.
Piñera a obtenu 44% face aux 30% de Frei. C’est le résultat historique de la droite; de plus, cette fois, le candidat de la Concertation a le pire score de la coalition et il ne pourra pas compter sur un grand transfert de voix, les sondages l’estimant à 3%. Ce qui signifie que même la décision du PC et de Arrate d’appuyer le candidat de la concertation ne pourra assurer que leurs voix soient dirigées vers Frei lors du second tour. Encore moins celles de Enríquez Ominami qui laisse libre choix à ses électeurs.

Ainsi tout indique le proche retour de la droite au gouvernement du Chili, résultant des politiques de la Concertation : conciliation avec le modèle hérité de Pinochet sans même avoir jamais convoqué  une Assemblée Constituante afin de permettre au Chili d’avoir une Constitution démocratique et non une imitation de celle imposée par la dictature. La Concertation n’a jamais non plus atteint un soutien populaire très ample, de sorte que de  vastes secteurs d’origine pauvre votent pour le candidat néopinochetiste. Quatre mandats (vingt ans) de candidats de la Concertation, deux d’entre eux présidés par des socialistes, aboutissent  sur un échec avec, probablement, la restitution du gouvernement au (néo) pinochetisme, sans avoir rompu avec son modèle économique ni avoir pu démanteler la droite à l’origine de la dictature militaire.
Le Chili, montré par les institutions financières internationales comme le modèle réussi d’application des politiques de libre marché, revient aux mains de ceux qui les ont formulées et appliquées pendant la dictature pinochetiste.


Emir Sader est membre du CLACSO (Consejo Latinoamericano de Ciencias Sociales) et du conseil éditorial de SinPermiso.


Traduit de l’espagnol par Karen Bellemans et corrigé par Magali Urbain pour Investig’Action. Source: Rebelión
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12 janvier 2010 2 12 /01 /janvier /2010 08:33
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par Primitivi

Les assassinats, les poursuites et les tortures continuent durant les fêtes de fin d’année.
Les États-Unis bénissent le régime putschiste.
La communauté internationale brille par son absence.


La politique de terreur ne s’est pas arrêtée un seul instant depuis le 28 juin passé au Honduras, renouant ainsi avec le fil de la violence des années 80. Les organisations honduriennes des droits de l’homme continuent de dénoncer des assassinats, des poursuites, des menaces et des tortures contre des membres de la résistance, ainsi que les épisodes inquiétants de violence contre des journalistes impliqués dans la lutte contre le coup d’État et la tentative grossière du gouvernement de facto de "tourner la page" sur tout ce qui est arrivé depuis les six derniers mois.

Le Département d’État nord-américain, au travers de son fonctionnaire Craig A. Kelly en visite au Honduras, a nouvellement demandé au président de facto, Roberto Micheletti, d’abandonner le pouvoir avant le 27 janvier, date de la passation de pouvor, et a appuyé la proposition du futur président en exercice Porfirio Lobo Sosa de décréter une amnistie incluant le président légitime Manuel Zelaya Rosales.

De cette façon, l’administration Obama et plusieurs pays européens cherchent à nettoyer le visage du nouveau gouvernement et à le rendre acceptable pour le reste de la communauté internationale. Cependant, pas un seul mot n’a été prononcé sur les cas innombrables de violation des droits de l’homme qui continuent d’ensanglanter le pays.

Pour le Comité des Parents de Détenus Disparus au Honduras (COFADEH), qui a réalisé le 1 janvier passé une manifestaton sur la Plaza La Merced, rebaptisée Plaza de los Desaparecidos (Place des Disparus), face au Congrès National, au Honduras "opère un escadron de la mort ayant une infrastructure terroriste, responsable d’exécutions, de poursuite et de morts sélectives contre des membres de la résistance, tout cela étant pleinement connu de la police et de l’armée".

Lire la suite de l'article sur le site de Primitivi

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12 janvier 2010 2 12 /01 /janvier /2010 08:27

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L’armée et la police à la solde de la criminalité en col blanc.

lundi 11 janvier 2010, par Primitivi

Alors que les escadrons de la mort font régner une ambiance de terreur à travers le pays renouant ainsi avec les pires heures des dictatures sud américaines, l’armée et la police se chargent d’expulser avec violence les paysans qui sont établis sur les terres convoitées par les latifundistes locaux (Facussé, Morales, Canales entre autres). oligarques prochent du futur président et actifs sympathisants du putsch de cet été. Les USA soutenant encore et toujours ces criminels en col blanc Obama le Nobel de la Paix aux mains ensanglantées ne vaut vraiment pas mieux que ces prédécesseurs. Il est même pire si l’on regarde les espoirs qu’il avait fait naître par ses discours électoraux, relire pour cela les interview d’Eduardo Galeano et de Noam Chomsky.


Environ 300 policiers et militaires ont commencé à déloger violemment les paysans qui sont établis à Trujillo et à Tocoa, dans le département de Colomb, ce qui met en évidence une répression répétée contre le mouvement social soutenue par un système judiciaire en collusion avec les groupes de pouvoir, c’est la raison pour laquelle la refondation du pays est urgente, selon Bertha Oliva, la Coordinatrice du Comité des Parents de Détenus Disparus au honduras, COFADEH.

Depuis les premières heures de la nuit du 07 janvier circulait la rumeur sur le fait que les militaires et les policiers se préparaient à prendre par surprise les paysans et paysannes qui depuis décembre dernoer ont décidé de récupérer plus de 1600 hectares de terre de l’Etat, mais que les propriétaires terriens Miguel Facussé, René Morales et Reynaldo Canales disent détenir alors qu’ils n’ont aucun titre de propriété.

“Cela signifie que le système judiciaire est actuellement contrôlé par des groupes puissants qui ont l’armée, la police, le Ministère Public, la Cour Suprême de Justice et toutes les instances étatiques à leur service, c’est pourquoi il est extrèmement urgent qu’un nouveau contrat social soit passé au Honduras pour refonder le pays”, a réitéré la coordinatrice du COFADEH.

Elle a ajouté que, ce qui se passe avec les paysans de Colomb est un nouvel exemple de comment les groupes de pouvoir utilisent la "légalité" d’un système judiciaire contrôlé par eux, dont ils ont établis les règles pour décimer les droits de la population.

“C’est que même s’il existait un ordre d’expulsion, l’action serait également illégale, parce qu’ils profitent de leur pouvoir pour faire ce qu’ils veulent dans le pays, la population est dans l’incapacité de se défendre, elle n’a aucune assistance parce que les institutions qui existent sont au service des puissants”, le défenseur des droits de l’homme a dénoncé.

L’évacuation a commencé aujourd’hui vendredi vers sept heure du matin, selon l’information indiqué par des responsables sociaux de la zone, environ sept bus pleins de militaires et de policiers ont commencé à procéder à l’expulsion sans présenter d’ordre judiciaire, contre les paysans qui sont sur les terres "appartenant" [NDT : mis entre guillemets, car Morales n’a pas d’acte de propriété, ce sont des terres appartenant à l’Etat] au propriétaire terrien René Morales et où se trouvent trois coopératives rurales, parmi celles-ci celle de San Esteban et celle de Guanchías.

Les forces de sécurité entraient dans la zone El Despertar, de Suyapa et de Guanchías, “en brûlant et en détruisant tout sur leur passages”, a déclaré Wilfredo Paz Zúñiga du Front de Résistance de la zone de Tocoa à Radio Progreso, qui a qualifié l’opération “d’une authentique partie de chasse à l’homme”.

Depuis hier soir l’alerte rouge était donnée chez les familles paysannes qui se sont restées à veiller toute la nuit parce que l’information qu’ils avaient disait que les actions de l’armée commeceraient vers quatre heure du matin, comme l’a indiqué Adelina Castro, coordinatrice du Front National de Résistance de Tocoa, dans le département de Colomb.

“Ils poursuivent les paysans dans les palmeraies des environs, ils sont disséminés sur une zone de 40 à 50 kilomètres”, continuait Wilfredo Paz, “ils nous ont saisis, ils ont détruit tout ce que les paysans avaient. L’armée passe la régione au peigne fin et encercle les gens dans une zone où ils pourront seulement sortir s’ils savent nager”. Et il explique comment un groupe d’à peu près 25 femmes à été harcelé par les membres de l’armée qui utilisaient des bombes lacrymogènes pour les affaiblir et pour les arrêter.

“Depuis hier soit les communautés ont décidé de sortir les enfants depuis hier soir et de les emmener en lieu sûr, mais les femmes et les personnes âgées étaient dans la zone quand la police et l’armée ont commencé à expluser tout le monde de manière violente, explique Paz Zúñiga.

Au moins 20 personnes ont été blessées et 17 autres emmenées par le 17° bataillon d’infanterie de Río Claro. On rapport le décès de trois paysans sans que on ait pu confirmer l’identité des tués.

Pour sa part, le porte-parole du 15° bataillon d’infanterie, le sous-commandant Sauceda assurait que l’expulsion “avait été réalisé de manière pacifique” en suivant une ordonnance judiciaire émanant du tribunal du Trujillo. “Trois hectares de terre ont été évacuées et aucun affrontement ne s’est produit avec les paysans parce que tout a été fait dans le dialogue”, a assuré le sous-commandant bien qu’il nuançât que “dans les environs des palmeraies on a entendu des coups de feu et nous avons un soldat blessé au visage”.

Pour Sauceda il n’y a pas de détenus, seulement “on a évacué un groupe de gens pour raison de sécurité et pour éviter une confrontation avec la police” et il a précisé qu’un revolver de calibre 38 et de nombreuses machettes avaient été confisqués.

La répression contre les leaders va des procédures de jugement pour usurpation de terres jusqu’aux actions qui attentent à l’intégrité physique de ceux-ci. Car des policiers en civil ont pris des photos de leur arrivé dans le secteur avec l’intention de s’en servir pour les accuser d’actions illégales voire même de les "signaler" ce qui peut les mettre en danger de mort. Comme cela est arrivé avec d’autres compatriotes qui participaient aux actions de la résistance, a dit Castro.

Le 16 décembre quatre hommes cagoulés ont séquestré Osman Alexis Ulloa Flores et Mario René Ayala Hernández, du Mouvement Unifié Rurale de l’Aguán, MUCA, qui ont été arrêtés à Sinaloa, Colomb, par une voiture grise sans plaques. [NDT : les voitures sans plaque étaient également utilisées par la dictature argentine.]

L’angoisse dans laquelle se trouvent les victimes de cette répression c’est vivre au quotidien, ce sur quoi misent les enfants, les femmes, les personnes âgées et les hommes qui cultivent la terre pour se sortir de la pauvreté.

La pression qui est exercée là a une relation directe avec le pouvoir des propriétaires terriens de cette zone, par exemple Miguel Facussé est un entrepreneur avec beaucoup le pouvoir politique et économique qui possède des terres dans tout le Honduras, ce qui ne couvre pas sa soif de continuer à s’accaparer plus territoire.

Wilfreo Pz, Coordonnateur du Front National de Résistance dans le département de Colomb nous informe qu’il y a des coups de feu dans le secteur, les militaires sont déjà entrés dans les terrains de la rive gauche du Río Aguán où se trouvent les coopératives citées plus haut.

Le COFADEH a lancé un appel urgent auprès des organisations internationales des droits de l’homme pour qu’ils mettent en pratique les actions qu’ils estiment pertinentes pour se solidariser avec les victimes qui dans le cadre du coup d’État sont dans une incapacité complète à se défendre avec un système de justice affilié aux groupes puissants qui les chapeautent et qui participent à la rupture de l’ordre institutionnel du pays.

Jeudi 7 janvier l’expulsion par l’armée a continué, cette fois sur la rive droite de la rivière Aguán.


Source :
Radio Progreso via Vos El Soberano Violento desalojo de campesinos por parte del ejercito
Defensores En Linea Militares y policías inician desalojo violento contra campesinos en Trujillo
Traduction : Primitivi

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11 janvier 2010 1 11 /01 /janvier /2010 07:24
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CARACAS (AFP) - 10.01.2010 20:56

Le président socialiste du Venezuela Hugo Chavez a menacé dimanche d'exproprier les commerçants qui augmenteront les prix de manière abusive après la dévaluation de la monnaie locale, le bolivar, présentée par les économistes comme un facteur d'inflation.

 

Le président socialiste du Venezuela Hugo Chavez a menacé dimanche d'exproprier les commerçants qui augmenteront les prix de manière abusive après la dévaluation de la monnaie locale, le bolivar, présentée par les économistes comme un facteur d'inflation.

"Faites-le si vous le souhaitez, mais nous allons vous retirer les magasins et les donner aux travailleurs", a déclaré le dirigeant, qui a qualifié ces spéculateurs de "pillards du peuple" lors de son émission dominicale "Alo Presidente" (Allo président).

Le gouvernement vénézuélien a annoncé vendredi une dévaluation du bolivar qui s'échangeait depuis 2005 au taux de 2,15 bolivars pour un dollar et l'instauration d'un double taux de change pour stimuler la production nationale, dans un pays largement importateur.

Le bolivar s'échangera désormais à 2,60 bolivars pour un dollar pour les importations des produits de base (santé, alimentation, équipements) et à 4,30 bolivars pour les autres (voitures, télécommunications, électronique, tabac, boissons...).

Les économistes pensent que cette mesure risque d'entraîner une forte hausse des prix, dans un pays où les prix ont déjà augmenté de plus de 25% en 2009, un chiffre record dans la région.

Partageant cette crainte, des centaines de Vénézuéliens ont envahi les magasins depuis samedi pour acheter des télévisions et des produits d'électroménager importés avant le changement de taux de change.

"Il n'y a aucune raison d'augmenter les prix. Le peuple ne doit pas se laisser voler", a ajouté M. Chavez, qui souhaite "que la garde nationale (corps militaire) aille dans la rue aux côtés du peuple pour lutter contre la spéculation".

Un mois après avoir fermé provisoirement six petites banques et en avoir liquidé deux autres, il a par ailleurs lancé un nouvel avertissement aux établissements financiers qui ne remplissent pas leur mission consistant selon lui à accorder des prêts aux pauvres et au secteur productif.

"Il y a une banque qui se rapproche dangereusement de la ligne jaune. Elle se reconnaîtra. Ils ne vont pas me faire chanter. Un banquier qui fait un faux pas, je lui retire sa banque, quelle que soit sa taille", a tonné M. Chavez.

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11 janvier 2010 1 11 /01 /janvier /2010 07:13
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Tant pour la droite que pour la gauche, le concept de populisme a des connotations négatives, de démagogie, de manipulation et de politiques mensongères ou irresponsables. Mais pour n’importe quel chercheur sérieux, le rôle central de dirigeants charismatiques dans certains des mouvements révolutionnaires les plus radicaux et ayant le mieux réussi est indéniable. Ces dirigeants ne sont pas issus des partis marxistes-léninistes classiques et ils ont un profil idéologique hétérodoxe : c’est-à-dire qu’ils présentent certaines des caractéristiques typiques du populisme. En Amérique latine, c’est le cas de Fidel Castro et de Hugo Chávez. Il convient d’analyser sérieusement la raison de ce rôle prépondérant dans les processus révolutionnaires, sans nécessairement accepter les connotations négatives traditionnelles.

La conceptualisation traditionnelle de la révolution socialiste, ou de n’importe quelle révolution populaire qui fait du socialisme l’objectif final, est celle d’un parti marxiste-léniniste, ou du moins d’un parti socialiste structuré, à la tête du mouvement populaire et qui dirige la transition. D’autre part, la vision qui prédomine dans les nouveaux mouvements anti-mondialisation et anticapitalistes, qui privilégie le mouvement à n’importe quel parti politique, insiste sur la direction collective ou sur la spontanéité populaire. Mais si on analyse, même superficiellement, certains des processus révolutionnaires d’Amérique latine ayant le mieux réussi, le rôle central de dirigeants charismatiques saute aux yeux, les cas les plus notables étant ceux de Fidel Castro et de Hugo Chávez.

La tendance prédominante chez les partisans de Cuba et de la révolution bolivarienne du Venezuela est de nier le phénomène, avec l’argument que « la révolution cubaine, ce n’est pas seulement Fidel » ou que « le processus bolivarien au Venezuela ne se réduit pas à Chávez », et que, dans les deux cas, le protagoniste est le peuple. Mais cette réponse est manifestement inadéquate : bien sûr qu’aucune révolution ne peut se faire sans le peuple, mais il n’empêche que la révolution cubaine ne serait pas ce qu’elle est sans Fidel, et que le processus vénézuélien n’aurait pas le même succès sans Chávez, et on peut même se demander si aucun de ces deux processus révolutionnaires n’aurait triomphé sans le rôle majeur de ces dirigeants exceptionnels.

Pour autant, insister sur l’importance cruciale de Fidel dans la révolution cubaine ou de Chávez dans le Venezuela bolivarien ne signifie pas nier le rôle de leurs camarades du Mouvement 26 juillet (M-26-7) ou du Mouvement Cinquième République (MVR) [le parti de Chavez, ndlr], pas plus que celui des millions de Cubains et de Vénézuéliens anonymes qui ont participé d’une manière ou d’une autre à ces deux processus. Il est évident qu’aucun leader ne fait la révolution tout seul, et que même les milliers de militants actifs ne font pas la révolution sans appui populaire. Plus le processus sera authentique et profond, plus la participation de millions de citoyens ordinaires sera importante. Mais ces acteurs anonymes ne participent pas dans une même direction, et encore moins de manière durable et décisive, sans un leadership.

Dans le cas cubain, il ne fait aucun doute qu’en 1959 le peuple désirait une réforme agraire, mais sans la décision -prise en grande partie sur volonté de Fidel- de promulguer la Loi de réforme agraire en mai de cette année-là et de la mettre en œuvre immédiatement, elle n’aurait pas eu lieu si rapidement ni de manière si approfondie. Sans doute la majorité du peuple souhaitait-elle affirmer l’indépendance économique du pays par rapport aux Etats-Unis, mais cette indépendance ne se serait pas réalisée aussi radicalement s’il n’y avait pas eu les décisions dramatiques, prises essentiellement par Fidel, d’exproprier les compagnies pétrolières étrangères en juillet 1960, les latifundios et exploitations de canne à sucre de propriété états-unienne en août 1960 et les autres industries nord-américaines en octobre.

Sans doute le peuple désirait-il que l’éducation fût universelle et gratuite, mais sans la décision - due aussi fondamentalement à Fidel - de lancer l’extraordinaire campagne d’alphabétisation en 1961, ce grand progrès culturel ne se serait pas non plus produit si rapidement. Ainsi, affirmer -comme le font certains socialistes- que le protagoniste de ces succès révolutionnaires était le peuple cubain et non Fidel, est incorrect et mensonger. C’était Fidel avec le peuple. Naturellement, le Comandante ne pouvait pas le faire sans la collaboration des camarades du M-26-7 et du peuple ; mais s’il n’y avait pas eu la vision et la volonté exceptionnelles du Comandante, la révolution cubaine n’aurait pas avancé si rapidement et ne serait pas allée aussi loin, et elle aurait très probablement pu connaître un processus de division et de confusion semblable à celui vécu en 1933.

Une analyse similaire s’applique au processus vénézuélien des derniers lustres. Sans le leadership de Hugo Chávez Frías, il n’y aurait très probablement pas aujourd’hui au pouvoir un gouvernement aux caractéristiques révolutionnaires. Il y aurait sans doute une situation de crise, d’intense conflictualité sociale et politique et probablement l’apparition de quelque organisation insurgée, mais aucun pouvoir politique national pour donner une direction au processus. Manifestement, c’est la crise économique et sociale dans laquelle est plongé le Venezuela depuis les années 80 qui a créé les conditions qui ont rendu possible un processus révolutionnaire. Le mécontentement et la disposition combative du peuple des cerros [collines entourant la ville, ndlr] de Caracas et d‘autres villes, qui se sont manifestés dans le Caracazo (et sa répression brutale), ont marqué le début de l’agonie du système du puntofijismo [l’ancien régime, la IVe République ndlr]. Mais le peuple manquait de direction, et aucun parti politique ne fut capable de la lui offrir. C’est Chávez (quoique trois années plus tard) qui a pris l’initiative avec le Mouvement bolivarien Révolutionnaire (MBR-200), et malgré l’échec militaire [de sa tentative de coup d’État en 1992, ndlr], le « por ahora », « pour l’instant  » [1], a transformé le soulèvement du 4 février 1992 en un succès politique et a montré au peuple qu’un début de direction révolutionnaire existait dorénavant.

Lors des élections de 1998, il était clair que Chávez était le candidat du peuple, et dans le processus politique qui a suivi, c’était lui le protagoniste - avec le peuple -. Dans la défaite du coup d’État d’avril 2002, c’est le peuple (avec les militaires bolivariens) qui a pris l’initiative, mais le fait que les deux principales demandes populaires, à ce moment-là, étaient fondamentalement le retour de la démocratie et de Chávez reste symptomatique. Huit mois plus tard, lors de la « grève » [2], Chávez savait qu’il pouvait compter sur la résistance populaire face aux provocations de l’opposition ; indubitablement une relation dialectique fonctionnait entre lui et le peuple, une osmose dont les deux éléments sont indispensables et se nourrissent l’un l’autre. Le peuple vénézuélien a trouvé une identité collective et s’est constitué en sujet politique à travers les actions de Hugo Chávez et du Mouvement bolivarien ; parler de l’un sans l’autre n’a aucun sens dans la phase historique actuelle.

Cette relation dialectique explique aussi pourquoi dans les dernières années, Chávez (comme Fidel les années précédentes) est devenu l’objet de manifestations populaires enthousiastes dans toute l’Amérique latine quand il visite d’autres pays ; il projette et symbolise internationalement le sentiment révolutionnaire du peuple vénézuélien et l’espoir suscité par le processus bolivarien.

Pour comprendre tant Fidel que Chávez, il est nécessaire d’admettre que leurs racines historiques et idéologiques ne se trouvent pas dans l’orthodoxie de la gauche mais dans la tradition populiste latino-américaine. Cela se reflète clairement dans le discours des deux leaders, aussi bien dans le style que dans le contenu. Jusqu’à avril 1961 (et l’invasion de Playa Girón), Fidel ne parlait pas de socialisme mais d’humanisme, et, dans le cas de Chávez, celui-ci n’a commencé à mentionner le socialisme qu’en décembre 2004. Il est utile de se référer à quelques exemples du discours de Fidel dans les premières années pour voir combien il était loin de toute orthodoxie marxiste ou socialiste (dans le cas de Chávez, son hétérodoxie idéologique et discursive est si récente et connue qu’il est redondant d’en donner des exemples).

En 1959 (la première année du triomphe révolutionnaire), la souplesse, l’ouverture et le ton antidogmatique du discours de Fidel attirent l’attention (Raby, 1999). L’exemple paradigmatique est son discours « humaniste » d’avril de cette année-là à New York : « Ni pain sans liberté ni liberté sans pain ! Ni dictature d’un homme, ni dictature d’une classe, ni dictature d’un groupe ou d’une caste ! Nous voulons le gouvernement du peuple sans dictature ni oligarchie. Liberté avec pain et sans terreur. Voilà l’humanisme !  » (cit. dans Bohemia, 03-05-59, pp.67, 93). Fidel est revenu au concept d’humanisme dans plusieurs discours d’avril et mai 1959, et on pourrait peut-être penser qu’il s’agissait d’une position tactique pour éviter les accusations de communisme qui commençaient à poindre dans les cercles réactionnaires cubains et nord-américains ; mais l’insistance du Comandante sur cette vision large et antidogmatique donne l’impression que c’était en fait son credo philosophique de l’époque.

Dans un discours du 8 mai, Fidel a exprimé une position apparemment si contradictoire qu’elle a provoqué une grande confusion dans le public (et qui a sûrement stupéfié nombre de gens de la gauche orthodoxes actuels) : « Nous respectons toutes les idées ; nous respectons toutes les croyances... nous n’allons nous situer ni à droite, ni à gauche, ni au centre... Nous allons nous situer un petit peu plus loin que la droite et que la gauche... un pas plus loin que la droite et un pas plus loin que la gauche. Ou est-ce que par hasard les hommes doivent naître enchaînés aux idées défendues par les autres ? » (cit. dans Revolución, 09-05-59).

Naturellement, cela a provoqué beaucoup de discussion, et une dizaine de jours plus tard, lors d’une interview télévisée, le Comandante a dû préciser sa position. Mais ce qu’il a dit n’a fait qu’accroître la confusion des idéologues traditionnels de gauche et de droite : « Notre révolution n’est pas capitaliste car elle a rompu de nombreux principes du capitalisme enracinés depuis des années. Notre révolution n’est pas non plus communiste, notre révolution ne se place ni d’un côté, ni de l’autre et elle constitue dans toutes ses caractéristiques une révolution propre à Cuba... » (Interview à CMQ-TV, 21-05-59 ; cit. dans Revolución, 22-05-59).

Ces déclarations, que beaucoup trouvaient totalement incohérentes et contradictoires, reflétaient un désir de transcender les définitions politiques conventionnelles et d’arriver à une synthèse nouvelle, une position philosophique unitaire. Il s’agit d’un discours hors de tout modèle, et il suggère l’hypothèse que la gauche a échoué en s’identifiant à des formules doctrinaires rigides, qu’il y a aussi des aspects de la pensée révolutionnaire que même la droite peut accepter.

Cette question est en outre un élément classique du populisme latino-américain, formulé de manière très semblable par Juan Domingo Perón quand, quinze années auparavant, il a voulu offrir une définition de sa doctrine justicialiste : « Pour nous, il n’y a rien de fixe et rien qu’il faille rejeter. Nous sommes anticommunistes parce que les communistes sont sectaires, et anticapitalistes parce que les capitalistes sont sectaires. Notre ‘Troisième Position’ n’est pas une position de centre. C’est une position idéologique qui est au centre, à droite ou à gauche, selon les circonstances particulières » (Pendle, 1963:127).

On pourrait penser qu’il s’agissait de pur opportunisme, mais s’il en avait été ainsi, le dirigeant argentin ne l’aurait sans doute pas dit si explicitement. On a ici aussi un effort pour trouver une position qui rompe les schémas habituels et transcende les clivages politiques traditionnels. D’après Perón, le justicialisme recherchait l’équilibre entre les « quatre forces » de la société : le matérialisme et l’idéalisme, l’individualisme et le collectivisme.

Maintenant, cela ne signifie pas que Fidel fût pareil à Perón, ni le Mouvement du 26 juillet (M-26-7) pareil au Parti justicialiste, mais plutôt que ces mouvements puisaient tous deux pareillement leurs racines dans la tradition populiste latino-américaine, qui était nationaliste, anti-oligarchique et potentiellement révolutionnaire. Sur d’autres aspects, les deux dirigeants et leurs mouvements respectifs étaient bien différents : par sa formation intellectuelle et son expérience de la lutte armée, Fidel était beaucoup plus cohérent que Perón et capable de conduire le mouvement jusqu’à ses ultimes conséquences, ce qui n’était pas le cas du dirigeant argentin. De même, à Cuba, du fait de l’extrême dépendance du pays et de son développement national contrarié, le mouvement populiste avait un caractère plus populaire et était moins ouvert aux influences bourgeoises. En Argentine, du fait d’une bourgeoisie nationale plus forte et d’une immigration européenne massive, l’influence bourgeoise, voire les tendances fascistes, étaient beaucoup plus prononcées. Ce que les deux cas avaient en commun étaient les racines symboliques des deux mouvements, leurs sources initiales d’inspiration idéologique et le style d’interaction entre les deux dirigeants et le peuple. Ainsi, on comprend mieux pourquoi Fidel insistait sur l’importance pour la révolution de l’exemple d’Eddy Chibás, le fondateur populiste du Parti Orthodoxe : sans la graine semée et les idées prêchées par el adalid [le chef] - disait Fidel en 1959 - le 26 juillet n’aurait pas été possible.

Cette insistance sur des concepts anti-schématiques et d’origine national-populiste n’entraînait pas non plus une quelconque tiédeur dans la mise en œuvre du programme révolutionnaire. Au contraire, alors qu’il parlait d’humanisme et du fait de n’être ni de droite, ni de gauche, ni du centre, Fidel signait des dizaines de décrets pour la mise en oeuvre de la réforme agraire, la réforme des loyers urbains, le contrôle des compagnies de téléphone et d’électricité, le renvoi des fonctionnaires de Batista et autres mesures décisives. Et il déclarait catégoriquement : « Pour la première fois de notre histoire, les camps sont bien délimités. D’un côté l’intérêt national, de l’autre les ennemis de la Nation. D’un côté le peuple, de l’autre les ennemis du peuple. D’un côté la justice, de l’autre le crime...  » (Revolución, 10-04-59). Le message de fond était : nous ne sommes intéressés ni par les discussions idéologiques, ni par le verbiage des marxistes théoriques, nous avons le pouvoir et nous allons atteindre la justice sociale et l’émancipation nationale, coûte que coûte. Il se passe la même chose dans le cas de Hugo Chávez : son insistance sur le caractère bolivarien et démocratique du processus vénézuélien a jeté beaucoup de trouble. Démentant être marxiste ou communiste, il fait fréquemment référence à sa foi chrétienne, mais pas à la manière d’un George W. Bush pour condamner l’avortement ou déclarer la guerre au « terrorisme islamique », mais dans le style des théologiens de la libération : « La situation mondiale est terrible et ce que nous sommes en train de faire au Venezuela, c’est un effort gigantesque pour changer de cap, pour passer du chemin vers l’enfer au chemin vers la vie... Pour qu’il puisse y avoir égalité, pour que le Royaume annoncé par le Christ soit réalité, le Royaume de l’Egalité et le Royaume de la Justice, c’est cela notre combat... » (Chávez Frías 2004:41-42).

Et tout comme Fidel, Chávez a fini par la suite par accepter une vision de gauche et par proclamer l’objectif du « socialisme du XXIe siècle », tout en se refusant à adopter une position partisane traditionnelle.

Les détracteurs de Chávez l’accusent fréquemment de populisme, accusation qu’il rejette régulièrement (comme Fidel). Mais ce que ni lui ni ses détracteurs n’admettent, c’est la possibilité (et peut-être la nécessité) d’être simultanément populiste et révolutionnaire. Alfredo Ramos Jiménez est l’un des critiques les plus érudits, coordinateur d’un recueil d’articles édité en 2002 par l’Université des Andes. Qualifiant Chávez de « néo-populiste », il le compare aux présidents Carlos Saúl Menem d’Argentine et Alberto Fujimori du Pérou. Ramos Jiménez se réfère aux textes classiques de Max Weber sur le leadership charismatique et à ceux de Michael Oakeshott sur la « politique de la foi » par opposition à la « politique du scepticisme », et il cite également des politologues contemporains comme Bruce Ackerman de Yale (qui parle de « scénario triomphaliste », « triumphalist scenario ») et le français Guy Hermet (critique du mirage populiste). Pour Ramos Jiménez, le chavisme se présente comme une alternative centrée sur un « recommencement » volontariste, « nécessaire pour en finir une bonne fois avec les frustrations et le désenchantement du passé », et ce recommencement est consacré « comme le reflet d’une volonté populaire, qui entre de cette façon dans ce que Ackerman a appelé le ‘scénario triomphaliste’ d’une politique dans laquelle les racines culturo-religieuses deviennent évidentes  » (Ramos Jiménez 2002:19). On trouve une version moins sophistiquée de cette critique dans le livre de Michael McCaughan, The Battle of Venezuela : « Le deuxième Venezuela [en opposition au premier, celui de la classe moyenne haute] vit dans les cerros et survit d’expédients, dans la quête permanente d’un Messie ayant une formule magique qui allègerait sa misère  ». (McCaughan, 2004:158).

Or, il est indéniable que Chávez montre les caractéristiques classiques du leadership charismatique et que l’enthousiasme populaire exprimé dans les meetings chavistes comporte une part de « triomphalisme ». Mais le problème avec cette critique du chavisme se trouve dans le ton d’ironie et de scepticisme qui la caractérise, et dans la suggestion - qui devient parfois explicite - que le Venezuela devrait adopter la « politique du scepticisme » et de concertation qui prévaut dans les pays développés. Ce scepticisme est profondément conservateur et suppose que la démocratie libérale traditionnelle est le seul modèle acceptable. Il ne reconnaît même pas la possibilité qu’il puisse y avoir de fait un « recommencement » qui produise un changement radical dans les structures économiques, sociales et politiques en faveur des classes populaires.

Cette critique se refuse également à admettre la possibilité que le leadership charismatique et l’enthousiasme chiliastique qu’elle méprise tant puissent remplir une fonction symbolique nécessaire dans la mobilisation populaire et la construction réelle et effective d’un système social plus juste et, même, plus démocratique. Il n’est pas nécessaire de croire littéralement à la « nouvelle Jérusalem » pour accepter qu’un mythe ayant ces caractéristiques puisse offrir l’inspiration pour la création d’une société meilleure (bien qu’imparfaite), « rendant possible l’impossible  » pour reprendre les mots des révolutionnaires cubains, cités par Marta Harnecker (2000). Il est également nécessaire de reconnaître -chose que ces critiques n’admettent pas non plus - que Chávez et son mouvement sont issus de vingt ans de dialogue avec tous les secteurs de la gauche vénézuélienne et que beaucoup de ses partisans ont une vision politique rationnelle. Les pauvres des cerros peuvent bien s’identifier au charisme de Chávez, mais ils comprennent aussi parfaitement que ce qu’il offre est une alternative réelle et radicalement différente. La « quête aveugle d’un Messie » surgit plutôt quand il n’y a plus d’espérance rationnelle de changement, comme on le voit en Haïti où - depuis l’exil d’Aristide et la destruction du mouvement Lavalas - les gens s’abandonnent désespérément au vaudou, aux églises évangéliques et au crime organisé. Au fond, ce que refusent les critiques, c’est la possibilité de révolution.

Pour mieux comprendre le rôle du leadership charismatique dans les mouvements populaires, il faut étudier plus précisément le phénomène du populisme. Là où les classiques (Di Tella, 1970 ; Germani, 1962) ont analysé le populisme comme un phénomène transitoire qui correspondait à la phase de substitution des importations (1930-1960) et où d’autres auteurs plus récents interprètent le « néo-populisme » de Menem, Fujimori et Bucaram (et Chávez !) comme une réponse démagogique et superficielle à la crise de transition vers le néolibéralisme, il existe une autre interprétation qui a ses racines dans l’œuvre d’Ernesto Laclau (1977). Pour Laclau, le populisme est un phénomène multiclassiste ou supraclassiste qui se produit dans des situations de crise hégémonique et qui se caractérise par le leadership charismatique et par un discours radicalement anti-oligarchique ou anti-establishment. Il n’a pas une orientation politique ni un programme inhérent : il peut être de droite, de gauche ou du centre selon la conjoncture et l’équilibre des forces sociales dans un pays particulier à un moment donné. Il s’agit alors d’un phénomène ou d’une technique politique, de discours et de mobilisation de masses, qui peut se manifester dans différents pays et situations dans des mouvements à l’idéologie et à la signification politique totalement opposées. Par conséquent, dire que le M-26-7 cubain comme le fascisme italien avaient des caractéristiques populistes ne signifie aucunement qu’ils eussent la même signification politique ; cela signifie plutôt que les deux se caractérisaient par le leadership charismatique, l’intense mobilisation de masses et la fluidité organisationnelle et idéologique, caractéristiques qui les distinguent du vieux Parti communiste cubain (le PSP) et du Parti démocrate-chrétien italien, c’est-à-dire, également, un parti cubain de gauche et un parti italien de droite, mais avec des modes d’organisation, d’action et de production idéologique traditionnels et bureaucratiques.

Mais le plus important dans la théorie de Laclau pour les cas qui nous intéressent est son affirmation qu’ « un populisme des classes dominées » - un populisme de gauche - a un potentiel révolutionnaire, et aussi que n’importe quel mouvement socialiste ou révolutionnaire doit agir de manière populiste pour triompher : « La lutte de la classe ouvrière pour son hégémonie est un effort pour atteindre la plus grande fusion possible entre l’idéologie populaire démocratique et l’idéologie socialiste. En ce sens, un « populisme socialiste » n’est pas la forme la plus arriérée de l’idéologie de la classe ouvrière mais la plus avancée - le moment où la classe ouvrière arrive à concentrer la totalité de l’idéologie démocratique dans une configuration sociale déterminée à l’intérieur de sa propre idéologie... » (Laclau, 1977 : 174). Et à d’autres moments Laclau est encore plus catégorique : « Dans le socialisme (...) coïncident la forme la plus élevée de « populisme » et la résolution des conflits de classe suprêmes et les plus radicaux. La dialectique entre ‘le peuple’ et les classes trouve ici le point d’orgue de son unité : il n’y a pas de socialisme sans populisme, et la forme la plus élevée de populisme ne peut qu’être socialiste ». (Laclau, 1977:196-197).

Jusque-là, très bien ; pour l’auteur de cet article Laclau a réussi une théorisation brillante d’un aspect crucial de la dynamique des mouvements populaires. Mais son approche pose quelques problèmes : elle se base presque exclusivement sur l’analyse du discours, et bien qu’elle se réfère aux classes sociales, elle le fait d’une manière si abstraite qu’elle reste très éloignée de la réalité d’une formation sociale spécifique.

Ce défaut de Laclau a été bien critiqué par différents auteurs comme Nicos Mouzelis (1978) et Paul Cammack (2000), qui insistent sur la nécessité d’étudier aussi la base sociale de chaque mouvement populiste, la dynamique organisationnelle du mouvement et la conjoncture économico-politique : « Le discours populiste peut être omniprésent, mais il est de la plus grande importance en ces circonstances relativement rares [d’une crise d’accumulation fondamentale] (jamais définies à partir du discours, mais en termes d’économie politique, d’institutions et de relations complexes entre elles... » (Cammack, 2000:154).

De nombreux politiques recourent parfois au discours populiste, mais c’est seulement dans des conditions de crise structurelle que sont réunies les conditions pour la formation d’un mouvement populiste authentique avec un dirigeant qui fait de l’appel direct au peuple son principal modus operandi. Dans le cas vénézuélien, Chávez est apparu quand le capitalisme national était confronté à la crise d’accumulation de l’ancien modèle rentier pétrolier, et l’échec correspondant de tous les partis du puntofijismo [ancien régime, ndlr] a ouvert la voie au populisme des classes opprimées.

Le populisme authentique est, par conséquent, potentiellement révolutionnaire, d’abord parce qu’il surgit lors d’une situation de crise hégémonique, et, deuxièmement, parce que du fait de sa propre dynamique de mobilisation populaire massive en dehors de tous les partis et institutions existants, il accentue la crise de représentation : « ...l’apparition d’une forme de politique centrée sur l’appel direct au peuple dénote une crise des institutions existantes et, en elle-même, constitue et diffuse une crise de médiation politique et institutionnelle » (Cammack, ibid.). La revendication de la souveraineté populaire implique de favoriser la formation de structures de pouvoir populaire, et à moins que les dirigeants du mouvement soient capables de limiter la mobilisation populaire et de la canaliser dans des structures corporatives-bourgeoises (comme c’est arrivé avec le péronisme), la dynamique du pouvoir populaire est tendanciellement socialiste. Il convient d’insister également ici sur le fait que l’intelligence politique du leader peut être décisive pour conduire le mouvement à ses ultimes conséquences, mais que ces « ultimes conséquences » correspondent à une limite objective imposée par la corrélation de forces entre classes sociales : dans le cas du péronisme, la force et la relative autonomie de la bourgeoisie nationale argentine ont empêché la consolidation d’un véritable pouvoir populaire. A Cuba, l’extrême dépendance de la bourgeoisie locale a déterminé son incapacité à contenir la force du mouvement populaire mobilisé par le populisme révolutionnaire de Fidel et le M-26-7 ; au Venezuela, il reste toujours à voir jusqu’où la bourgeoisie nationale est capable d’empêcher l’avancée de la « démocratie participative et protagonique » du mouvement populaire dirigé par Chávez, mais les échecs successifs de l’opposition et sa servilité excessive vis-à-vis de Washington suggèrent qu’elle ne sera pas non plus en condition d’arrêter le processus révolutionnaire.

Ainsi, dans certaines conditions, le populisme est potentiellement révolutionnaire : thèse qui, pour beaucoup, est sans doute paradoxale et même absurde, mais qui est l’unique hypothèse capable d’expliquer la trajectoire complètement hétérodoxe des processus révolutionnaires cubain et vénézuélien. Il convient maintenant d’étudier d’un peu plus près certains aspects du leadership charismatique, de la relation exceptionnelle entre le dirigeant et le peuple. Il n’y a pas de doute que cette relation atteint une intensité presque mystique et que le discours est un élément central dans cette relation : le leader a - ou plutôt, développe - la capacité de parler passionnément et parfois longtemps, mais en langage populaire, de communiquer avec le peuple de telle manière que les gens sentent qu’il exprime leurs sentiments et leurs pensées intimes. Pour certains, cela sonne comme de la démagogie ou de la manipulation, mais en réalité ce qui se passe est beaucoup plus intéressant : le leadership populiste se forme progressivement à travers un processus de direction politique pratique et de dialogue avec le peuple, de telle manière que le dirigeant assimile le ressenti populaire, la volonté générale de Rousseau, et la retraduit de façon plus cohérente et avec plus de force.

Ce qui se passe dans les grandes manifestations et assemblées est un dialogue implicite, un processus réciproque qui contribue puissamment à la formation d’une identité collective chez tous les participants : « ... dans les meetings populistes les partisans s’identifient entre eux. Comme dans le carnaval analysé par Bakhtin (...), les meetings populistes ne sont pas des spectacles auxquels on assiste, ce sont des spectacles dans lesquels tous participent. Cette participation célèbre la libération temporaire de la vérité qui prévaut et de l’ordre établi ; elle marque la suspension de toutes les hiérarchies de rang, privilège, normes et interdictions (...) C’est pourquoi elle permet de créer un nouveau langage chez les participants  » (De la Torre, 1994:51-52).

Il ne faut pas prendre en compte seulement les paroles, l’iconographie et les gestes de l’orateur mais aussi le comportement du public, ses attentes, ses pancartes, ses cris et ses gestes. De plus - et c’est quelque chose que presque tous les commentateurs passent sous silence - il ne faut pas oublier que les plus authentiques leaders populistes ne limitent pas leur interaction avec le peuple aux manifestations massives ou aux programmes de radio ou de télévision, mais qu’ils s’entretiennent régulièrement avec des travailleurs individuels ou de petits groupes lors de dialogues plus personnels.

Il s’agit par conséquent d’un dialogue authentique, un processus qui contribue aussi bien à la formation d’une identité collective chez les participants qu’à l’évolution idéologique et la formation personnelle du leader. Celui-ci, il faut le dire, accepte une responsabilité énorme qui peut finir par être écrasante ; mais, en même temps, la communion avec le peuple devient une source de force et le dirigeant authentique se transforme en tribun populaire dont les proclamations et les décisions reflètent la volonté populaire et sont ratifiées par le peuple. Là réside le sens de cette phrase célèbre du grand dirigeant populiste (et populaire) colombien Jorge Eliécer Gaitán : «  Je ne suis pas un Homme, je suis un Peuple  ». L’apparente arrogance était une simple expression de la réalité, l’identité politique et morale entre Gaitán et les classes populaires de ce pays. L’oligarchie colombienne s’est rendu compte du danger et a organisé l’assassinat de Gaitán avant qu’il ne soit trop tard (c’est-à-dire avant qu’il n’arrive au pouvoir) ; ils ont ainsi empêché la révolution, mais au prix de plonger la Colombie dans un conflit fratricide qui n’est toujours pas terminé. On dit que lorsque Perón a appris l’assassinat de Gaitán, il a déclaré que « ce pays ne reviendra pas à la normalité avant cinquante ans », et ce sont certainement les paroles les plus justes qu’il ait jamais prononcées.

Mais il y a un autre aspect essentiel du phénomène populiste qu’il faut souligner, et c’est que le charisme et le prestige du leader ne proviennent pas uniquement de son discours, de son pouvoir oratoire mais aussi d’actions décisives qui montrent son identification avec la cause populaire et sa capacité de leadership. Le 17 octobre 1945, les descamisados ont marché pour exiger la libération de Perón non seulement à cause de la rhétorique anti-oligarchique enflammée de celui-ci mais aussi du fait de l’œuvre déjà accomplie de législation progressiste les deux années précédentes. De même, en juin 1936, les travailleurs mexicains se sont mobilisés pour défendre Lázaro Cárdenas lors de son affrontement avec le caudillo réactionnaire Plutarco Elías Calles parce qu’il avait promu la réforme agraire et lutté contre la corruption dès son accession à la présidence un an et demi auparavant. Le peuple colombien est descendu dans la rue en appui à Gaitán en 1945-1948 non seulement à cause de la dénonciation passionnée de l’oligarchie par ce dernier mais aussi pour le travail de défense des travailleurs et des paysans devant les tribunaux et le parlement réalisé depuis 1928. Le populisme authentique, il faut insister là-dessus, n’est pas démagogique ; c’est pourquoi les « néo-populistes » comme Menem, Bucaram ou Collor sont si insignifiants en comparaison avec les grands dirigeants de la « première vague » et aussi, de nos jours, avec la figure de Hugo Chávez Frías. Comparer Menem à Perón, c’est comme comparer Napoléon III au grand Bonaparte, comparaison qui a motivé la célèbre phrase de Marx selon laquelle l’histoire se répète, la première fois comme tragédie et la deuxième fois comme farce.

Il faut également noter que les actions qui contribuent à forger le charisme du leader ne se limitent pas à des mesures pratiques comme celles déjà mentionnées (réforme agraire, législation sociale, etc.), aussi importantes soient-elles. Typiquement, il y a dans la carrière de tout grand dirigeant populiste un acte symbolique fondamental, un geste héroïque qui marque la naissance politique du leader : « Le fait d’avoir réalisé un acte extraordinaire ou hors du commun est un des éléments qui engendre la relation de leadership charismatique » (De la Torre, 1994:45). Entrent dans cette catégorie la détention de Perón et sa libération ultérieure en octobre 1945, l’expulsion du Mexique de Calles et de ses proches par Cárdenas en 1936, la défense des travailleurs des bananeraies par Gaitán en 1928, l’assaut de la Moncada par Fidel en 1953 et le soulèvement du 4 février 1992 [tentative de coup d’État, ndlr] par Chávez. Tous ces événements ont eu un impact énorme et ont rapidement acquis un statut symbolique dans leurs pays respectifs, et ont ainsi contribué à créer l’aura charismatique de leurs protagonistes.

Pour finir, il est essentiel de préciser que le dirigeant n’existe pas isolé du mouvement populaire, et qu’il est en grande partie produit de celui-ci. Bien sûr, comme on l’a analysé ici, les actes et le discours du leader contribuent de manière décisive à la constitution du peuple en sujet collectif, à la conversion d’une masse atomisée de travailleurs, paysans et gens pauvres et marginalisés en une force organisée. Mais sur cet aspect aussi il faut aller au-delà des limites de Laclau : ce n’est pas seulement l’interpellation que le leader lance au peuple qui fait de ce dernier un acteur conscient. Outre l’aspect que nous venons d’analyser, le comportement du leader, il faut également prendre en compte que dans l’analyse du discours le processus est plus complexe. Comme le dit aussi Carlos de la Torre (1994:47), à un moment donné, il y a plusieurs discours politiques en concurrence, et tous les discours ne sont pas reçus de la même manière par le public. La réceptivité dépend surtout de la prédisposition du public à un discours particulier, c’est-à-dire la conscience latente et préexistante des classes populaires à qui s’adresse le leader.

Cela implique que quand le leader apparaît, les « masses » à qui il s’adresse ne sont pas aussi dispersées, atomisées ou passives qu’on le pense parfois ; l’image négative (sous-jacente dans beaucoup de critiques et dans la caricature du populisme dans les médias) d’un orateur théâtral excitant une populace ignorante est une déformation perverse de la réalité. Dans la majorité des cas, le peuple est déjà bien mobilisé et a une conscience collective latente, et ne manque que d’un leadership effectif pour devenir une force révolutionnaire. Ainsi par exemple, quand Perón a commencé sa carrière politique en 1943, la classe ouvrière argentine était déjà mobilisée à un point qui effrayait de nombreux secteurs de l’oligarchie argentine : plusieurs officiers de haut rang, effrayés par la force de la tradition syndicaliste autonome, parlaient déjà du danger communiste (Fayt, 1967:92). A Cuba, au milieu des années cinquante, le peuple avait déjà manifesté son rejet tant des politiciens corrompus de l’époque « authentique » que de la dictature de Batista, quand Fidel Castro et le M-26-7 ont offert le leadership qui manquait. Au Venezuela également, le soulèvement du Caracazo a montré la disposition combative du peuple avant que Chávez n’entre en scène. Dans les trois cas, c’est l’échec des partis de gauche et leur incapacité à canaliser le sentiment de révolte populaire qui ont ouvert la voie à des dirigeants décidés et charismatiques, d’origine militaire ou insurgée, avec des mouvements hétérodoxes qui ont déblayé le chemin pour les changements radicaux recherchés par le peuple.

Dans les trois cas, le leadership a été décisif, mais il n’a été possible que du fait de la situation de crise hégémonique, de l’échec des partis de gauche et de la disposition révolutionnaire latente des classes populaires. En outre, le cas argentin est instructif parce que, à cause des limites de Perón lui-même et de la force de l’oligarchie du Río de la Plata, le processus est entré en crise au début des années cinquante, ce qui a facilité le coup d’État. Quand le caudillomontoneros) et péronisme fasciste. La conclusion est que, aussi charismatique soit-il, le leader ne peut conduire le mouvement populaire que jusqu’où ce dernier est disposé à aller ; ou pour être plus exact, la dynamique du processus peut conduire le peuple comme le dirigeant à des situations inattendues, mais ces situations étaient implicites - pas comme quelque chose d’inévitable, mais comme des éventualités - dans la structure de classes préexistante et dans l’héritage culturel du mouvement. Selon les mots d’Oliver Cromwell dans l’Angleterre du XVIIe siècle : « Nul ne va aussi loin que celui qui ne sait pas où il va  ». populaire est revenu en 1973, les conditions étaient différentes et il était également clair que Perón n’avait pas de solution pour le pays à ce moment-là. Ce qui est intéressant est que, malgré cela, le péronisme restait la plus importante force politique du pays, et, par manque d’orientation il s’est scindé en péronisme de gauche et révolutionnaire (les

Donc, le populisme le plus authentique est potentiellement révolutionnaire, et les dirigeants populistes de droite ont la tâche compliquée de limiter et contrôler l’explosion populaire qu’eux-mêmes ont contribué à provoquer. Les populistes de gauche, en revanche, ne peuvent que survivre dans la mesure où ils s’identifient de plus en plus avec la marée révolutionnaire, et si des conditions de triomphe révolutionnaire sont réunies de fait dans le pays et la conjoncture où ils se trouvent. On pourrait objecter que cela n’est pas du populisme mais de la politique révolutionnaire, mais ce serait méconnaître la nécessité d’analyser le phénomène du leadership charismatique. Peut-être le moment est-il venu de dire, en paraphrasant un auteur classique : « Un fantôme parcourt le monde : le fantôme du populisme ».

Références bibliographiques :

  • - Cammack, Paul (2000). « The Resurgence of Populism in Latin America », Bulletin of Latin American Research 19(2), pp. 149-61.
  • - Chávez Frías, Hugo (2004). ¡Venezuela se respeta ! Acto de concentración contra la intervención, Caracas, Ministerio de Energía y Minas.
  • - De la Torre, Carlos (1994). « Los significados ambíguos de los populismos latinoamericanos », en José Álvarez Junco y Ricardo González Leandri, coords., El populismo en España y América, Madrid, Editorial Catriel, pp. 39-60.
  • - Di Tella, Torcuato (1970). « Populism and Reform in Latin America », en Claudio Véliz, ed., Obstacles toChange in Latin America, Londres, Oxford University Press.
  • - Fayt, Carlos S. (1967). La naturaleza del peronismo, Buenos Aires, Viracocha.
  • - Germani, Gino (1962). Política y sociedad en una época de transición, Buenos Aires, Paidós.
  • - Harnecker, Marta (2000). La izquierda en el umbral del siglo XXI : haciendo posible lo imposible, Madrid, Siglo XXI.
  • - Laclau, Ernesto (1977). Politics and Ideology in Marxist Theory, Londres, New Left Books.
  • - McCaughan, Michael (2004). The Battle of Venezuela, Londres, Latin America Bureau.
  • - Mouzelis, Nicos (1978). « Ideology and Class Politics : a Critique of Ernesto Laclau », New Left Review, nº 112, pp. 45-61.
  • - Pendle, George (1963). Argentina, Londres, Oxford University Press.
  • - Raby, D.L. (1999). « El discurso revolucionario en el primer año del triunfo de la Revolución Cubana », Revista Venezolana de Economía y Ciencias Sociales, nº 5, pp. 65-82.
  • - Ramos Jiménez, Alfredo (2002). « Los límites del liderazgo plebiscitario : el fenómeno Chávez en perspectiva comparada », en A. Ramos Jimánez, coord., La transición venezolana : aproximación al fenómeno Chávez, Mérida, Universidad de los Andes
Notes :

[1] [NDLR] Le 4 février 1992, lors de sa tentative de coup d’État contre le gouvernement de Carlos Andres Perez, Hugo Chavez n’était alors qu’un colonel de 37 ans, inconnu du grand public. Lorsque la défaite devint imminente, l’actuel président du Venezuela se rendit aux autorités. Pour éviter un bain de sang, il se présenta à la télévision et demanda à ses compatriotes qui contrôlaient encore deux villes de déposer les armes. Durant cette brève communication en direct, Chavez fit deux choses qui marquèrent la population. Il assuma d’abord personnellement la responsabilité de l’échec du coup d’État. Pour beaucoup de téléspectateurs, c’était là une rupture significative par rapport à la tradition politique de mentir et de blâmer autrui pour ses propres échecs. Ensuite, en expliquant la défaite, Chavez a déclaré : « Pour l’instant, nous n’avons pas atteint les objectifs que nous nous proposions. » Durant les deux années qui suivirent, alors que Chavez était en prison, cette phrase-clé « pour l’instant » - « por ahora » en espagnol - se transforma en un cri de ralliement. Cette allocution télévisuelle fait partie maintenant des moments clés de « l’histoire officielle » du « chavisme ».

[2] [NDLR] Consultez à ce propos le dossier « Lock out & sabotage pétrolier » dans la rubrique Venezuela sur le site du RISAL.

Source : Cuadernos del Cendes (http://www.cendes-ucv.edu.ve/), août 2006

Traduction : Catherine Goudounèche, pour le RISAL (http://risal.collectifs.net/).


par Diane Raby Article publié le 27 juillet 2007
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11 janvier 2010 1 11 /01 /janvier /2010 07:10

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C’est au cours d’une assemblée de travailleurs que nous avons rencontré Nerio Chourio, travailleur de la Corporation Venezuelienne Agraire (CVA) qui nous explique : “L’école Manuela Saenz se situe dans cette commune, Emili Arbelo Cedeño, dans le municipe Altagracia de l’Etat de Guarico. Nous nous réunissons afin de partager et éclaircir nos idées à propos de la CVA à laquelle nous participons. Nous cherchons à mettre à exécution le nouveau processus révolutionnaire porté par le président de la République Bolivarienne, Hugo Chavez. Ainsi, nous ouvrons des espaces pour que le pouvoir revienne au peuple, et essayons de trouver un échange et une coordination des idées entre nous.”.


cva_3.jpgUn autre travailleur, José González, intervient dans notre conversation : “Nous nous sommes formés grâce à l’éducation populaire en rompant les schémas traditionnellement établis dans le système national d’éducation. Ainsi, avec cette méthode, nous apprenons et comprenons de manière didactique, différente, et nous ancrons nos savoirs beaucoup plus en profondeur, c’est une véritable formation socialiste.”

Il s’agit de :

 Garantir la sécurité et la souveraineté agroalimentaire
 Renforcer le protagonisme et la participation de la CVA dans la construction de la révolution bolivarienne et du pouvoir populaire
 Former une culture du nouveau modèle de production socialiste
 Renforcer le pouvoir populaire avec les conseils communaux
 Promouvoir la participation protagonique par le biais de la prise de décision, dans al formation t l’éducation populaire
 Exercer un contrôle et un suivi des projets aux niveaux national, municipal et local


A l’école de formation socialiste “Manuela Saenz” on prend le petit déjeuner avec du café chaud, on voit des visages heureux d’hommes et femmes dégustant des arepas (galettes de maïs) assaisonnées, avant de commencer le programme de formation du jour : “les connaissances que nous acquérons dans cette école sont d’une importance capitale pour toutes les écoles du pays. Celles-ci se créent dans l’objectif de former la femme et l’homme nouveau et ainsi enrichir les connaissances au travers de groupes d’études, de débats, de savoirs populaires. Il est important dans cette étape de nos vies d’apprendre et faire des recherches pour permettre d’assurer la poursuite de la révolution et du socialisme en Amérique Latine.


La formation débute par l’hymne national "Gloria al Bravo Pueblo”. L’éducation pour la libération, le socialisme, n’estcva_1.jpg pas de la pure théorie, mais il doit exister un équilibre permanent entre théorie et pratique.

Actuellement il y a 8840 travailleurs dans la CVA, qui, non seulement produisent des céréales, mais également participent aux entreprises mixtes de l’ALBA. L’idée est de créer une articulation de l’ensemble de la classe ouvrière, que les travailleur-e-s eux mêmes puissent s’articuler dans la construction de la révolution.


Alors que l’on partage ces instants avec cette communauté de travailleurs en lutte et en formation, une voix féminine s’élève :

“Le dilemme humain est d’avancer ou de disparaitre. Jamais auparavant ne s’est posé ce conflit à l’humanité. Mais sa résolution ne peut être traduite que par le dépassement du capitalisme. Il ne s’agit pas uniquement de dépasser le système capitaliste sinon de mener une profonde révolution, un changement drastique, radical, de culture, de l’économie, de la manière de pensée, des sentiments de tous. Et ce changement n’est possible que guidé par l’idéologie de la classe ouvrière, l’unique classe capable de libérer le travail, de le convertir d’esclavage en une source de création, de réalisation de l’individu et de la société”.


Cette école est née, avec l’appui du président de la république, d’une initiative prise par le ministère ainsi que par l’école de formation Ezequiel Zamora, sans oublier les travailleurs eux-mêmes. “Actuellement il existe trois écoles inaugurées : une à Barquisimeto, dans l’usine Ospino, une à Bonoco, plus celle d’ici. Au niveau national il en existe déjà cinq, avec un processus de formation permanente de tous les travailleurs. Nous sommes actuellement en train de créer les premiers modules de discussion où nous allons faire connaitre les questions de méthodologie, méthode d’apprentissage et d’idéal latino-américain.


cva_7.jpgLes travailleurs s’organisent pour créer des stratégies de formation, en discutant, en organisant des colloques, des cours et des ateliers, ce qui leur permet d’avoir diverses connaissances dans les domaines socio-politiques. Iván Lazarde, facilitateur nous explique : “il est impératif en ce moment unique et pour le développement de la CVA, que les travailleurs fassent vivre cette entreprise socialiste, et nous pensons qu’il est urgent de mettre en œuvre les conseils de participation socialiste. Cet effort que portent les écoles tourne autour de cet objectif, en donnant des éléments de compréhension aux camarades, pour que le plus rapidement possible les conseils de participation socialiste commencent leur travail, soit la gestion des entreprises avec les communautés et les producteurs des alentours.”


Une des ouvrière demande : “mais enfin, où sont-ils ces conseils de participation socialiste ? il faut une bonne fois pour toute que nous puissions former ce conseil.”


Sans classe ouvrière, il n’y a pas de socialisme !cva_9.jpg


Rompre avec la division sociale du travail qui existe encore dans les entreprises, surmonter les contradictions entre celui qui pense et ne fait pas, et celui qui fat ne puisse pas penser car il ne participe pas. Tous ici sont impliqués dans ce processus, avec les outils mis en place par le gouvernement bolivarien, pour devenir les véritables acteurs de la formation du socialisme qu’ils désirent, un socialisme véritable, un socialisme où la class ouvrière devient l’acteur de la révolution.


Adriana Pacheco

Traduction : Grégoire Souchay pour : http://www.larevolucionvive.org.ve/

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11 janvier 2010 1 11 /01 /janvier /2010 07:00
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Par Estelle Leroy-Debiasi
El Correo
. Paris, le 10 janvier 2010.

La présidente Cristina Fernández de Kirchner avait décidé de démettre par décret Martín Redrado de la présidence de la Banque Centrale. Une mesure qui a plongé l'Argentine pendant 48 heures dans une crise quasi institutionnelle.

Le président de la Banque Centrale est indépendant. C'est pourquoi la présidente a du procéder à son licenciement par décret, signé par tous les membres de son gouvernement, invoquant la « mauvaise conduite ». Martin Redrado est considéré par l'exécutif comme un rebelle puisqu'il a refusé l'usage des réserves de la banque centrale pour le remboursement de la dette. Mais le premier round a pris fin avec une décision de la justice argentine intervenue vendredi soir qui empêche le gouvernement d'utiliser les réserves de la Banque Centrale pour payer la dette, et prévoit le retour dans ces fonctions de Martin Redrado dans ses fonctions.

Il est vrai qu'après l'annonce faite par la présidente Cristina Kirchner, l'opposition - de droite et de gauche- s'est mise vent debout contre cette décision, qui semblait, maladroite - jugée comme autoritaire en ayant recours au décret-et assez inefficace sur le fond. La question de fond est avant tout quelle est la justification de cette dette ? Quelle en est la réalité ?

Quelle légitimité pour la dette ?

La cause évoquée par le gouvernement concernant le licenciement de Redrado est le non respect de l'application du décret 2010/09 concernant Fondo del Bicentenario. Mais que cache cet intitulé ? L'utilisation des réserves monétaires pour payer la dette du pays. Le point crucial est bien la légitimité de la dette. Un point sur lequel les Kirchner n'ont jamais voulu être offensifs. L'indépendance de la Banque Centrale est toujours un sujet sensible face au pouvoir exécutif. Mais en l'occurrence les liens de Redrado avec la Federal Reserve des Etats-Unis sont connus, sans parler de son passé en Argentine au sein de l'équipe de Menem.

Par ailleurs, l'Argentine fait partie du groupe des 20 en charge du sauvetage de la finance internationale. Il est donc paradoxal de penser qu'aujourd'hui la présidente qui veut payer la dette avec les réserves de la Banque Centrale doit pour se faire affronter Redrado. Où est la manipulation, la déstabilisation ?

Car pour Redrado payer la dette avec les réserves aurait été possible si l'Argentine envisageait de contacter de nouveaux prêts … mais ensuite les arguments ont changé Redrado craignant que cela crée un précédent, que ces réserves servent à quelque nationalisation liée au Bicentenaire comme racheter 50% de la compagnie pétrolière Repsol. Ce qui ne serait pas bien vu du coté des européens ou des Etats-Unis. Les arguments et les coups partent dans tous les sens.

Banquiers et constitutionnalistes débattent

Dans l'univers bancaire les avis ont été durant ces quelques heures de crise très partagés. La dirigeante de la banque Banco Nación, Mercedes Marcó del Pont, a déclaré qu'il était impensable que les choses fonctionnent si l'autorité monétaire n'était pas en phase avec la politique économique menée par le pouvoir exécutif. De son coté, l'ex-chef de Banco Central Javier González Fraga s'est déclaré en faveur de l'utilisation des réserves monétaires pour payer la dette mais « s'interroge sur les pressions faites sur Redrado ». Le dirigeant de Banco Ciudad, Juan Curutchet, a aussi dénoncé ce licenciement. L'ex -ministre de l'Economie Ricardo López Murphy a dit qu'il était opposé au dévoiement de la Carta Orgánica de la Banque Centrale, tant pour la création du Fondo del Bicentenario que pour le licenciement de Redrado.

Quant aux constitutionnalistes, ils sont divisés sur la frontière des attributions. Si le congrès n'exprime pas le contraire, à travers la commission qui contrôle la validité des DNU, ceux ci tiennent valeur de loi. Or sous cet angle, le décret qui a ordonné l'utilisation de ces réserves tient ce rang et donc doit être respecté. Reste qu'il y a un vide juridique, quand le corps parlementaire -dont cette fameuse commission- est en cours de formation. Pour le professeur de droit public Gustavo Arballo, il n'est pas de la compétence du président de la Banque Centrale de juger de la constitutionnalité des normes qui l'engagent. Il peut saisir les tribunaux. L'article 9 de la Carta Orgánica del Central prévoit que le dirigeant de l'autorité monétaire ne doit pas se soumettre à des directives en matière de politique monétaire. Mais s'il s'agit d'un décret ayant rang de loi c'est différent. La désignation du président de Banco Central requiert l'accord du Sénat. Et sa destitution oblige à un passage nécessaire devant un conseil réunissant des membres de l'Assemblée et du Sénat.

L'opposition contre attaque

Vieux débat que celui concernant la politique monétaire au service d'une politique économique. Les défenseurs de la présidente mettent en avant cet argument. Et pourtant la Banque Centrale se doit d'être un organisme indépendant. Ceux-ci expliquent à qui veut l'entendre qu' « utiliser une partie des réserves accumulées ces dernières années pour affirmer la crédibilité et le respect du remboursement de la dette est normal et techniquement correct ». Mais justement plusieurs voix s'élèvent au sein de la Banque Centrale argentine pour dire que les réserves ne peuvent être utilisées à cette fin. Qu'en plus la méthode en agissant par décret, squeezant le débat au Congrès n'est pas très démocratique, revenant à ne pas respecter les institutions et le débat démocratique. D'ailleurs c'est sur ce point que l'opposition a vivement contre attaqué.

Le député Fernando Solanas a déposé une plainte au pénal contre les responsables du Fondo del Bicentenario, estimant que la communauté devait réagir devant cette nouvelle ruse destinée à cacher les politiques d'endettement aux conséquences catastrophiques pour le peuple argentin. Plainte déposée « pour non respect de l'ordre juridique et constitutionnel » qui détermine qu'un gouvernement ne peut négocier ni payer une dette suspectée d'être une fraude contre l'Etat. Proyecto Sur appelle tous les citoyens, responsables politiques, à mener des actions légales contre les responsables du décret qui a donné naissance à ce fond. Solanas a rappelé que c'est un affront à tous les argentins de prétendre honorer le Bicentenaire de la révolution de mai en payant des dettes frauduleuses et en entretenant le modèle pervers d'endettement qui est un lègue de la dictature militaire de 1976, du ménémisme (Menem), du deluarisme (De La Rua). Autre plainte au pénal aussi déposée par le député Mario Cafiero sur la légalité du DNU 2010 qui crée le Fondo Del Bicentenario et prévoit la possibilité de disposer jusqu'à 40% des réserves.

Ce différend est donc aujourd'hui à plusieurs titres entre les mains de la justice, ce qui prendra plusieurs mois, sans pour autant qu'on soit sûr que l'affaire soit jugée sur le fond.

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10 janvier 2010 7 10 /01 /janvier /2010 12:12
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Par Adolfo Pérez Esquivel

Présentation résumée : 200 ans après la Révolution de Mai 1810 qui a destitué le Vice-Roi espagnol, l’Argentine fête cette année le bicentenaire de cette révolution qui lui a donné l’indépendance. Que reste-t-il aujourd’hui de la souveraineté du pays ? L’armée qui, dans un régime démocratique, doit défendre le pays contre ses ennemis, à quoi peut-elle bien servir dans ce pays où les dirigeants ont vendu les ressources naturelles et des centaines de milliers d’hectares de terres agricoles à des entreprises transnationales qui exploitent les mines d’or, d’argent et de cuivre en détruisant l’environnement et en polluant l’eau dont elles font un usage inconsidéré ? Ces mêmes dirigeants continuent à payer la dette extérieure immorale et illégitime en refusant de faire un audit pour savoir qui a touché l’argent à l’origine de cette dette.

Les pauvres sont toujours très nombreux en Argentine, un des pays agricole les plus riches du monde et, chaque jour, 25 enfants y meurent de faim.

Malgré tout cela, des signes d’espérance sont visibles dans beaucoup de pays du continent latino-américain qui s’unissent dans une volonté commune d’indépendance et de récupération de leur souveraineté.

Cette année du Bicentenaire rend nécessaire la réflexion et l’analyse de la situation afin de savoir vers où va notre pays actuellement. Les faits sautent aux yeux ; on récolte ce que l’on a semé et nous savons bien que toute société est le résultat de ceux qui la composent.

Le peuple doit analyser les résultats des politiques imposées par l’Etat et par les provinces pour voir si elles sont vraiment au service de la population ou si, au contraire, elles correspondent plutôt aux intérêts économiques et politiques de certains en privilégiant les entreprises internationales comme, par exemple, les grandes entreprises minières qui saccagent le pays et provoquent la destruction de l’environnement et la pollution de l’eau dont elles font un usage irrationnel. Ces entreprises font une simple déclaration pour dire que tout est bien conforme à la loi et elles emportent l’or, l’argent, le cuivre et les minéraux stratégiques du pays en laissant derrière elles la misère, les maladies et le chômage pour la population.

Rien de tout cela ne serait possible sans la complicité des gouvernants. Le veto présidentiel contre la Loi pour la protection des glaciers en est un bon exemple.

C’est pourquoi il est urgent et nécessaire de réformer la loi sur les entreprises minières afin de pouvoir réglementer l’utilisation des ressources naturelles et afin de contrôler les exploitations pour qu’elles ne causent plus de dommages à la vie et aux droits de la Terre-Mère qui souffre de cette exploitation, de la destruction de l’environnement et de ce saccage sans pitié qui ne lui permet pas de retrouver sa vitalité.

Le gouvernement de Nestor Kirchner a recommencé à payer le remboursement de la dette au FMI (Fond Monétaire International) et aujourd’hui, on veut continuer à payer pour rétablir les bonnes relations avec cet organisme si néfaste pour les peuples. De plus, le gouvernement de Cristina Kirchner suit une politique aberrante en prétendant continuer à payer cette dette immorale et en partie illégitime avec les réserves de la Banque Centrale argentine. Il faut absoluement réclamer aux autorités de faire tout d’abord un audit sur cette dette extérieure du pays pour savoir qui a touché l’argent prêté et à quoi correspond la part légitime du remboursement de cette dette et la part illégitime.

Malheureusement le gouvernement manque de volonté politique pour faire cet audit. Il a peur de faire ressurgir toutes les négociations troubles des gouvernements de la dictature militaire jusqu’à ceux d’aujourd’hui.

Le Dr Alejandro Olmos a pourtant donné au tribunal tous les éléments nécessaires au jugement sur cette dette extérieure et le juge Balestero les a présentés devant le Parlement, mais le gouvernement a décidé de ne pas poursuivre les recherches et a empêché la réalisation de cet audit.

Un autre thème préoccupant, c’est qu’on ne trouve dans l’agenda des dirigeants politiques et sociaux actuels aucune intention de recherche sur le rôle joué par les forces armées au moment du retour à la construction démocratique.

Pourtant, ceux qui appartiennent aujourd’hui aux Forces Armées Argentines (FFAA) sont des citoyens et des citoyennes comme les autres. Ils ne sont pas extérieurs à la société argentine. C’est pourquoi il faudrait aussi prendre en compte leur participation.

La construction d’un projet pour l’ensemble du pays n’est pas possible si les forces armées en sont absentes. Je parle ici des FFAA démocratiques actuelles au service de la souveraineté nationale.

Nous devons tous savoir si, à l’occasion de ce Bicentenaire, nous sommes vraiment un pays souverain ou une simple colonie des transnationales.

Un pays qui ne contrôle pas ses ressources et n’a plus la capacité de disposer des industries de base et des secteurs stratégiques, est un pays sans souveraineté.

En fait, l’Argentine est un pays sans souveraineté. Dans cette situation, la question est de savoir ce que pensent les forces armées au sujet de cette souveraineté nationale alors que le pays a perdu toutes ses ressources en les faisant passer dans des mains privées ? Qu’en est-il des valeurs et de la souveraineté du peuple ? Que faut-il comprendre quand on parle de souveraineté : s’agit-il de la souveraineté territoriale ou de la souveraineté du peuple ?

On devrait débattre de ces interrogations au niveau national pour savoir qui nous sommes et vers où nous allons.

La réalité nous montre que les ressources naturelles, minérales et énergétiques du pays sont dévastées et saccagées avec une totale impunité. Nous parlons souvent des pauvres mais est-ce que nous nous demandons pourquoi il y a tant de pauvres ? Pourquoi dans un pays aussi riche que l’Argentine nous avons 10 millions de nos compatriotes qui sont pauvres et pourquoi chaque jour 25 enfants y meurent de faim ?

En réalité, l’augmentation de la pauvreté est la conséquence directe des politiques imposées. Les raisons sont variées pour ne pas résoudre ce grave problème de l’augmentation de la pauvreté, quand les paysans et les indigènes sont expulsés de leurs terres et qu’on ne leur accorde pas de crédits, quand il n’existe pas de programme de développement qui les prennent en compte et qu’ils sont obligés de se déplacer vers les banlieues pauvres des grandes villes.

Leurs terres sont vendues à des entreprises internationales, à des grands propriétaires pour l’exploitation minière ou industrielle ou à des producteurs de soja transgénique qui pratiquent la monoculture et provoquent la destruction de la biodiversité en déboisant les forêts naturelles.

Pour ce Bicentenaire, il faut que le peuple s’auto-convoque lui-même pour réfléchir, pour comprendre la situation actuelle et pour savoir vers où nous allons.

On trouve beaucoup de force et de résistance dans l’espérance du peuple et dans sa capacité de trouver de nouveaux chemins pour la vie et pour le développement.

Vouloir célébrer ce Bicentenaire sans analyser la situation et sans être convaincus que nous devons être un pays libre et souverain, c’est ne pas voir la réalité.

Nous devons aussi tenir compte des événements actuels qui présagent des périodes tourmentées, comme le coup d’Etat civico-militaire au Honduras, comme les tentatives de coup d’Etat dénoncées par le Président de l’Equateur, Rafael Correa, ou comme l’instabilité et les bruits de bottes au Paraguay contre le Président Fernando Lugo, ou encore le malaise des militaires du Brésil quand le Président Lula essaye de mettre en place une “Commission de la Vérité” pour savoir enfin ce qui s’est vraiment passé pendant la dictature militaire brésilienne ou encore la “Loi de Caducité” en Uruguay qui ne peut être abrogée malgré deux plébicites.

Les bases militaires nord-américaines dans tout le continent, dont les sept nouvelles bases établies en Colombie et la 4ème Flotte Maritime nord-américaine dans l’Atlantique pour la surveillance continentale, tout cela met bien en évidence que les intentions du président des Etats-Unis, Barak Obama, se décolorent peu à peu et que sa politique ressemble de plus en plus à celle de George W. Bush.

Les fantômes de la Maison Blanche sont très puissants et ils savent que le pouvoir peut se domestiquer et devenir comme un mîme du pouvoir précédent.

Il faut, malgré tout cela, résister dans l’Espérance. Les signes de cette résistance et du changement sont dejà présents dans le continent.

En Bolivie avec Evo Morales, au Vénézuela avec Hugo Chavez, à Cuba avec la résistance révolutionnaire et les propositions de Fidel et de Raùl Castro, en Equateur avec Rafaël Correa et en Uruguay avec le nouveau gouvernement de Pépé Mujica.

Nous espérons qu”en Argentine, Cristina aura assez de clarté de vue et de cohérence pour avancer aussi dans cette intégration continentale et nous espérons aussi que les nouvelles émergences sociales, culturelles et politiques du pays s’ajouteront à celles des autres pays du continent afin de construire ensemble de nouveaux espaces d’intégration, de liberté et de souveraineté.

Adolfo Pérez Esquivel

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