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27 décembre 2009 7 27 /12 /décembre /2009 08:35
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42 assassinats, 120 disparitions, 4 000 détentions arbitraires… Au Honduras, les droits de l’homme se sont brutalement détériorés depuis le putsch du 28 juin qui a renversé le président Manuel Zelaya. Une répression planifiée, depuis les organes 
de l’État, qui cible les résistants 
au coup d’État.

Honduras, envoyée spéciale.

Le 14 décembre, Walter Trochez a été abattu de deux balles dans la poitrine. Dix jours plus tôt, ce militant hondurien des droits de l’homme et des gays, engagé dans la résistance contre le coup d’État du 28 juin qui a renversé le président Manuel Zelaya, avait échappé de peu à une tentative d’assassinat. Le 16 décembre, le corps décapité de Carlos Turcio, responsable de la résistance, a été retrouvé à 300 kilomètres au nord de la capitale, Tegucigalpa. Quatre jours plus tôt, Santos Corrales Garcia, un autre résistant a connu le même sort.

Depuis le putsch du 28 juin, on dénombre au moins 42 assassinats, 120 disparitions et plus de 4 000 arrestations arbitraires. Les droits de l’homme sont brutalement bafoués dans un contexte d’indifférence. Loin du regard de la « communauté internationale », les autorités usurpatrices ont les mains libres pour dérouler ses plans de mort.

Pour Reina Rivera, présidente du Centre de recherche et de promotion et des droits de l’homme, le Honduras est « face à une politique d’État, la même que la politique de sécurité nationale des années quatre-vingt qui a consisté à exécuter les activistes de gauche ». À cette époque, 182 personnes disparaîtront sous les mains de l’armée, de la police mais surtout du bataillon 3-16, transformé en escadron de la mort. Après le coup d’État, « beaucoup d’acteurs sociaux ont ressurgi sur le devant de la scène », poursuit-elle. Et c’est bien là que le bât blesse pour les putschistes dont le message est clair. « La résistance est dans la ligne de mire parce que le régime de facto ne tolère l’existence d’aucun mouvement social », tranche Reina Rivera.

« tuer le mouvement de résistance par le bas »

L’ex-directrice du secrétariat d’État à la Culture, Rebecca Becerra, a été arrêtée sous les yeux de sa fille par une douzaine de policiers avant d’être relâchée. Farouche opposante au coup d’État, l’écrivaine parle de « chasse aux sorcières incessante ». « Nous vivons sous une dictature qui ne s’est pas achevée avec les élections dont nous n’avions rien à attendre, estime-t-elle. Avant d’évoquer la disparition de ce frère « parce qu’il était secrétaire général de la Fédération des étudiants universitaires ». « La guerre de basse intensité de l’ultra-droite hondurienne n’a jamais cessé », explique Rebecca Becerra, tout en disant craindre de « nouvelles stratégies de répression ». Trois dirigeants de l’organisation politique, Los necios (les naïfs), dont Gilberto Rios que l’Humanité avait interviewé au lendemain du coup d’État, ont été contraints de fuir le Honduras sous quarante-huit heures après avoir été menacés par des « encapuchados » (encagoulés).

Il s’agit « de saper le mouvement de résistance, de bas en haut, car c’est moins voyant que si l’on touchait à ses principales figures, estime Reina Rivera. L’objectif est de tuer la constituante impulsée par la résistance mais également l’idée même qu’une gauche puisse exister », d’autant que cette résistance hétéroclite a capté « un mouvement populaire jusqu’alors étouffé par le capitalisme et un système politique verrouillé », considère le sociologue Antonio Cruz Oliva. Une semaine avant sa mort, Walter Trochez fustigeait dans une lettre publique « un coup d’État augurant un retournement brutal dans la région marquée cette dernière décennie par des gouvernements (…) dont le dénominateur commun a signifié un changement de cap avec le néolibéralisme ».

Cathy Ceibe dans l'Humanité

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27 décembre 2009 7 27 /12 /décembre /2009 08:23
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Honduras. Assassinat d’un jeune membre de la résistance hondurienne. Les paramilitaires ont tenté de le maquiller en suicide
Le Comité des Familles de Détenus et de Disparus du Honduras, COFADEH, dénonce le meurtre du jeune Edwin Renán Fajardo Argueta (22 ans), membre actif de la Résistance, l’après-midi du mardi. Son corps a été trouvé ce 23 décembre vers midi après une recherche constante des proches que l’absence du jeune homme préoccupait, alors qu’il avait prévu de voyager mercredi à Roatán, Islas de la Bahía, pour y passer le réveillon en famille.

Le COFADEH a été informé de la découverte du corps dans un appartement du quartier San Rafael de Tegucigalpa, immeuble de Villar Rosales, oú Edwin Renán vivait depuis longtemps. Autour du cou était seré un fil de fer relié à un manche de bois à l’arrière de la tête. Le désordre des lieux indique une mort violente. Les faits se sont probablement produits entre 16 et 17 heures de l’après-midi du mardi 22 décembre. Ses assassins ont voulu simuler un suicide car son corps se trouvait dans un réduit de l’appartement. Du sang s’écoulait de son nez. Son corps était sali comme si on l’avait traîné, selon les voisins qui ont observé les lieux du meurtre. Les assassins ont emporté sa caméra de photographie et un ordinateur. Le lundi, Edwin avait fait part à ses proches de son inquiétude parce qu’il se sentait suivi et parce qu’il avait reçu des messages de texte sur son portable et qu’il n’avait pas envie de partir pour Roatán, dans sa famille, vu le danger de s’y exposer en public, c’est aussi pourquoi il avait évité de se réunir avec des amis.

Plusieurs voisins affirment avoir vu des voitures suspectes sans plaques et munies de vitres polarisées circulant dans la zone ces deriners jours, ce qui a semé la peur vu les faits étranges qui se sont produits depuis le mois d’août. La militance active d’Edwin au sein du Front National de la Résistance l’a mené à participer aux marches, piquets et autres activités, toujours en première ligne, prenant des photos avec l’appareil qui a disparu. Il voyageait aussi dans d’autres zones du pays pour conscientiser la population sur la nécessité d’une Assamblée Nationale Constituante.

Edwin Renán était un jeune admiré dans le quartier pour son sens du respect et des responsabilités. Les appartements oú il habitait étaient très sûrs, personne ne pouvait entrer s’il n’était habitant. Un enquêteur a déclaré que l’autopsie déterminera les causes de sa mort, que le cou était étranglé par un fil de fer accroché à un manche de bois, et qu’il est difficile d’imaginer un suicide car le manche se serait brisé sous le poids du corps.

La veillée d’Edwin Renán aura lieu dans l’immeuble oú il résidait et son corps sera transporté vers sept heures du matin à Roatán.

Le COFADEH condamne ce nouvel assassinat d’un jeune prometteur du Honduras. Les assassinats sélectifs de membres actifs de la Résistance se sont multipliés ces derniers jours, des simulacres de violence délictive cherchent à couvrir ces meurtres.

hondurasmuertodeladictadura_6.jpgNous lançons un appel urgent à la communauté internationale et en particulier aux organismes des Droits de l’Homme pour qu’ils mènent les actions urgentes nécessaires pour stopper cette chasse à l’homme contre le peuple hondurien, qui maintient sa résistance au coup d’État militaire-politique-économique- impérialiste depuis le 28 juin.

POUR CES FAITS ET POUR LEURS AUTEURS NI PARDON NI OUBLI.

Comité des Familles de Détenus et Disparus au Honduras, COFADEH Tegucigalpa M.D.C. 23 décembre 2009

Traduction : Thierry Deronne pour www.larevolucionvive.org.ve

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26 décembre 2009 6 26 /12 /décembre /2009 10:12

GabrielGarciaMarquez.jpgLes Français adorent l'auteur de « Cent ans de solitude ». Mais peu connaissent les zones d'ombre révélées par une magistrale biographie qui a nécessité dix-sept ans de travail.

Il y a une vie publique, une vie privée, et une vie secrète», déclara un jour le poète Alvaro Mutis au sujet de Gabriel García Márquez. Aujourd'hui âgé de 82 ans, l'écrivain colombien s'est longtemps amusé à tromper et à détromper son monde, à exagérer une réalité déjà difficile à croire, à jouer de la pirouette arrangeante comme de la vérité blessante. Par exemple : le célèbre romancier colombien continue-t-il vraiment à écrire, comme il le prétend, ou, ainsi que l'assure son biographe Gerald Martin, a-t-il définitivement posé le stylo ? On aurait plutôt tendance à faire confiance à ce dernier, auteur de 700 pages (au lieu des 2 400 existantes) d'un travail biographique mené dix-sept ans durant. L'universitaire britannique y fait preuve d'une rigueur étrangère à la perception de « Gabo » sur son incroyable vie personnelle. «Celui-là, il raconte toujours des histoires !» répétait souvent son père. García Márquez, fieffé affabulateur dans ses écrits comme dans sa vie ? L'écrivain colombien accepte volontiers qu'on le qualifie de « magicien » aux mille tours et détours dans la vie artistique comme politique.

Le prix Nobel de littérature 1982 gagne d'abord mal sa vie en tant que brillant journaliste, puis se lance dans l'écriture de scénarios, devient publicitaire, « médiateur » politique, piètre dramaturge, mécène, fondateur d'une école de cinéma à Cuba et d'un institut de journalisme à Cartagène. Il parcourt la terre entière à une époque où voyager n'est pas aisé, véritable exploit pour un journaliste sans le sou et ne parlant pas anglais. La Hongrie communiste et le Paris latin sont à eux seuls deux épisodes édifiants dans sa vie : l'un pour la naïveté du journaliste impressionné par le pouvoir en place, l'autre pour le dénuement extrême qu'il y connaît.

Mais Gabriel García Márquez n'a rien inventé, il s'est inspiré de tout. Pour ceux qui l'ignoraient : Macondo existe ! Le village des extraordinaires Cent ans de solitude qui finissent en queue de cochon est une terre proche d'Aracataca, la ville où naît Gabo en 1927. Au nord caraïbe du pays, le lieu est alors une zone de culture fruitière exploitée par une compagnie américaine, où des milliers d'ouvriers sont massacrés après une grève générale. Le petit Gabito y est élevé par son grand-père (le fascinant « colonel »). Puis ses parents (les modèles de L'Amour au temps du choléra) le reprennent pour le faire déménager, avec ses dix frères et sœurs, à travers la province de Cartagène, au gré des entreprises pharmaco-désastreuses du père. Ce père désinvolte qui manque de faire lobotomiser son fils quand l'adolescent souffre de crises d'angoisse et de schizophrénie... Tout l'univers littéraire de García Márquez est là, dès l'enfance : un environnement social brutal, la fascination du pouvoir, une famille délirante de superstitions et de rires, les femmes et la peur de la mort.

«Quand la légende est plus belle que la réalité, imprimez la légende», disait James Stewart dans L'Homme qui tua Liberty Valance. Gabo suit le conseil dans son autobiographie Vivre pour la raconter, qui s'arrête à ses débuts journalistiques et se concentre sur sa « vocation ». Gerald Martin ne possède pas, hélas, le style du flamboyant Márquez, mais sa biographie va bien au-delà du simple hommage. Si Une vie * recèle de nombreuses démystifications, elle compte aussi beaucoup d'informations sur le contexte politique colombien et interna tional, de 1940 aux années 2000. Normal : la vie de l'écrivain y est fortement liée. D'abord parce que c'est à un programme social de la politique progressiste des années 40 colombiennes que l'élève García Márquez doit d'être allé au collège et d'avoir passé son bac. Sans cette bourse, pas de scolarité, pas de vocation d'écrivain. Puis vint l'âge des engagements politiques : les révolutions et le socialisme latino-américains (jusqu'à financer des groupuscules armés au Venezuela), les relations avec les puissants - Mitterrand, le roi d'Espagne, les Clinton. Et Fidel Castro. L'amitié avec le Lider Maximo, née en décembre 1960 à la faveur d'une conversation sur le poulet (!), ne faillira jamais malgré les polémiques, les cri tiques et les ennuis. Considéré comme «agent de propagande au service de la Direction de l'intelligence de Cuba», García Márquez fut espionné par les services secrets mexicains entre 1967 et 1985, et les Etats-Unis lui refusèrent longtemps l'entrée sur leur territoire. Pas rancunier, l'auteur emblématique du réalisme magique, l'un des premiers avec Carlos Fuentes et Julio Cortázar à avoir donné à l'Amérique latine une identité à part entière, vit aujourd'hui au Mexique. Avec son épouse Mercedes, qu'il aurait (encore une mystification ?) repérée quand elle avait 8 ans. Ils possèdent une petite dizaine de maisons - pas trop grandes, pour éviter les fantômes.

En fermant cet essai, on ignore toujours la teneur de la relation qu'entretient García Márquez avec ses deux fils, on ne comprend pas du tout sa vision des femmes, on aimerait savoir pourquoi Kurosawa n'a pas pu tourner L'Automne du patriarche, mais une chose est sûre, comme le disait Thomas Pynchon à son sujet : «Oh ! bon sang, comme il écrit bien !»


* Gabriel García Márquez, Une vie, de Gerald Martin. Traduit de l'anglais par Marie-France Girod, Alice Pétillot et Dominique Letellier. Grasset, 701 p., 23,60 euros.

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22 décembre 2009 2 22 /12 /décembre /2009 10:16
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aln.jpgIl est pertinent que la Colombie et le monde entier connaissent les étapes vers l’unité entre les deux groupes de la guérilla colombienne, l’ELN et les FARC-EP.

Au militants des FARC-EP et de l’ELN

Le Secrétariat National des Forces armées Révolutionnaires de la Colombie Armée Populaire FARC-EP Et le Commandant Central COCE de l’Armée de Libération Nationale ELN, nous nous tendons la main à tous les combattants de la guérilla des deux organisations très chaleureusement, pour un salut combatif, fraternel et révolutionnaire .


Nous les informons que nous nous sommes rencontrés dans une atmosphère de fraternité et de camaraderie qui nous a permis d’aborder avec sincérité et transparence une analyse de la situation actuelle, les perspectives et l’engagement de nous aider en tant que révolutionnaires portent également sur les difficultés qui ont surgi entre les deux organisations.


Le capitalisme est dans une crise. L’empire, comme il l’a toujours fait, essaie de la conjurer au moyen de la guerre, et dans ce cas en augmentant les troupes d’occupation en Afghanistan en envoyant des dizaines de milliers de personnes rejoindre ceux qui y sont.


Aujourd’hui, la Colombie s’est convertie en une base militaire à leur disposition pour noyer dans le sang la résistance de notre peuple et de là, chercher à renverser le nouveau projet dans notre Amérique qui monte le long des vallées et des montagnes.


En réponse à cette affirmation belliqueuse il est urgent de sauver la bannière de la paix en Colombie comme un engagement pour le continent.


À cette heure précise, où les diverses expressions du mouvement social et populaire résistent et se mobilisent, nous nous dirigeons à travailler à l’unité pour faire face avec fermeté et belligérance, au régime actuel que le gouvernement Álvaro Uribe à transformé dans le plus vicieux plan de l’Empire en piétinant la dignité nationale, le désir des Colombiens, et en infligeant à main armée paramilitaire et la répression institutionnelle inspiré d’une conception rusée, corrompue et mafieuse.


Des évaluations récentes des mandats du président Uribe rendent compte que les deux mandats sont des échecs dans les domaines économique, politique, sociale, justice et dans tous les autres domaines, donc rien de plus erroné et dangereux pour le sort du pays, qu’une nouvelle réélection ou inspirés par la Seguridad Democrática.


Seules l’unité et l’action résolue de la part des patriotes colombiens, les démocrates, les révolutionnaires et tous ceux qui gardent espoir dans la solution politique peuvent mettre fin à la guerre, trouver la paix et permettre la construction d’une Colombie nouvelle qui nous inclut dans la définition de son destin et qui ne sera pas étrangère aux nouvelles dynamiques qui sont vécues aujourd’hui dans notre Amérique.


Comprendre les besoins du moment et de notre situation révolutionnaire nous conduit à ordonner à toutes nos unités:

1. Halte à la confrontation entre les deux forces dès la publication de ce document.

2. Ne permettre aucune collaboration avec l’ennemi du peuple, ou lancer des accusations publiques.

3. Respect de la population non-combattante, de leurs biens et intérêts et de leurs organisations sociales.

4. Faire usage d’un langage pondéré et respectueux entre les deux organisations révolutionnaires.


Nous nous sommes engagés pour permettre des espaces et des mécanismes visant à clarifier et à trouver les véritables causes qui ont conduit à cette confrontation insensée dans certaines régions du pays et à travailler pour surmonter les dommages causés. Doit primer, l’analyse et la controverse critique, franche et constructive qui conduit à l’unité et à la fraternité révolutionnaire.


Notre seul ennemi est l’impérialisme américain et ses laquais de l’oligarchie, contre lui, nous engageons tous nos combats et notre l’énergie révolutionnaire.


Nous ratifions la validité des normes de comportement avec les masses concertées et approuvées au sommet des Commandants de 1990.


Les déclarations publiques rapportées à l’unité et au traitement des difficultés entre les deux organisations est seulement une prérogative du Secrétariat et du Commandant Central.

¡Manuel Pérez Martínez, Manuel Marulanda Vélez exemples que nous devons suivre !


La patrie est respectée, Yankees Hors de Colombie!


Pour les FARC-EP: Secrétariat de l’Etat Major Central

Pour l’ELN: Commandant Central


Montagnes de Colombie, Novembre 2009

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21 décembre 2009 1 21 /12 /décembre /2009 08:45
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AUTEUR:  Hedelberto LÓPEZ BLANCH

Traduit par  Gérard Jugant. Édité par Fausto Giudice

 

L’organisation régionale s’est transformée en un bastion pour affronter les grands défis politiques qu’affrontent les peuples latino-américains constamment menacés par l’avidité hégémonique usaméricaine.

 

En seulement cinq ans l’Alternative (devenue Alliance) Bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA) s’est transformée en instrument économique, social et politique le plus important de l’union et de l’intégration des pays latino-américains.

L’ALBA est née le 14 décembre 2004 quand les président de Cuba, Fidel Castro Ruz et du Venezuela, Hugo Chávez Frías se réunirent à La Havane et signèrent les protocoles de sa fondation comme forme d’intégration et d’union de l’Amérique latine et des Caraïbes basée sur un modèle de développement indépendant avec en priorité la complémentarité économique régionale, qui permette la volonté de promouvoir le développement de tous et renforce la coopération moyennant le respect mutuel et la solidarité.

La Déclaration conjointe de sa constitution, signée à cette date par Fidel et Chávez, stipulait: “Nous sommes d’accord que l’ALBA proposée par le Président Hugo Chávez Frías à l’occasion du IIIe Sommet des Chefs d’Etat et de Gouvernement de l’Association des Etats des Caraïbes, qui s’est tenue dans l’île Margarita en décembre 2001, trace les principes directeurs de la véritable intégration latino-américaine et caribéenne, basée sur la justice, et nous nous engageons à lutter ensemble pour en faire une réalité”. Et elle ajoutait: “Nous affirmons que le principe cardinal qui doit guider l’ALBA est la solidarité la plus large entre les peuples de l’Amérique latine et des Caraïbes, qui se nourrit de la pensée de Bolívar, Martí, Sucre, O’Higgins, San Martín, Hidalgo, Pétion, Morazán, Sandino, et tant d’autres précurseurs, sans nationalismes égoïstes ni politiques nationales objectives qui nient l’objectif de construire une Grande Patrie en Amérique latine, telle que l’ont rêvée les héros de nos luttes émancipatrices”. L’organisation surgit aussi comme une manière de neutraliser les intentions des USA de créer une Zone de Libre Echange pour les Amériques (ZLEA) qui “est l’expression la plus achevée des appétits de domination sur la région, et qui, en entrant en vigueur, constituera l’approfondissement du néolibéralisme et créera des niveaux de dépendance et de subordination sans précédents”.

Les chefs d’État latino-américains se chargèrent de mettre en déroute la ZLEA durant le IVe Sommet des Amériques à Mar del Plata, Argentine, en 2005, mais subsistaient les dangereux Traités de Libre-Échange (TLC) bilatéraux entre Washington et certains pays de la région.

Après le Venezuela et Cuba les gouvernements de Bolivie et du Nicaragua s’intégrèrent plus tard au projet d’union régionale avec l’arrivée au pouvoir de ses présidents Evo Morales, en 2006 et Daniel Ortega, en 2007. En janvier 2008, la petite île caribéenne de La Dominique s’inscrivit comme cinquième membre permanent. Le Honduras (qui depuis juin dernier se trouve sous un gouvernement de facto) s’incorpora en août de cette année et en 2009 ce fut au tour de Saint-Vincent et les Grenadines, Antigua-et-Barbuda et l’Equateur.

L’ALBA, dans ses quelques années de vie, a démontré que le libre-échange n’est pas capable d’engendrer les changements sociaux requis, et qu’avec une volonté économique souveraine on peut éradiquer les épineux problèmes que vivent des millions d’êtres humains en Amérique latine.

L’accord implique neuf pays. En Amérique du Sud le Venezuela, la Bolivie et l’Equateur. En Amérique centrale le Nicaragua et le Honduras et dans les Caraïbes de langue espagnole et anglaise, Cuba, La Dominique, Saint-Vincent et les Grenadines et Antigua-et-Barbuda, avec une population d’environ 74 millions de personnes, pour une superficie globale de 2.536.000 kilomètres carrés et un Produit Intérieur Brut d’approximativement 461 000 millions de dollars.

Les 28 et 29 avril 2007 se tint à Barquisimeto, au Venezuela, le Ve Sommet de l’ALBA, qui coïncida avec le premier anniversaire du Traité de Commerce des Peuples (TCP). Ses membres et invités de Haïti, Saint-Christophe-et-Niévès, et Uruguay, évaluèrent le développement des programmes et projets approuvés dans le Premier Plan Stratégique de l’ALBA et la coopération et l’intégration déployées durant l’année 2006. Ces pays, qui ont souffert des conséquences des politiques néolibérales au détriment des grandes majorités, instaurées par Washington au travers d’organisations financières puissantes comme la Banque Mondiale (BM) et le Fonds Monétaire International (FMI), optèrent pour des intégrations et alliances qui leur permettraent de diminuer la faim et la misère à laquelle ils ont été soumis.

En ce sens, l’ALBA travaille pour l’intégration régionale où la solidarité et la collaboration impulsent la construction d’espaces économiques et productifs d’un nouveau type, qui produisent de plus grands bénéfices à leurs peuples, moyennant l’utilisation rationnelle des ressources et actifs de ces pays.

Des entreprises dites « grand-nationales » (grannacionales) se sont constituées dans les domaines de l’éducation, de la santé, de l’énergie, des mines, de la communication, du transport, du logement, de la voirie, de l’alimentation, et l’élargissement du Traité de Commerce des Peuples avec des échanges justes et équilibrés a été promu.

De même ont été mis à exécution des plans pour résoudre les soins médicaux et l’alimentation de ses habitants, et éliminer par des efforts propres, la faim et la misère accumulée durant des années par le pillage et l’exploitation des capitalistes étrangers et nationaux.

Le VIe Sommet du groupe qui s’est tenu à Caracas le 17 janvier 2009 a reconnu que “devant nous s’ouvrent de nouvelles perspectives d’intégration et de fusion qui font partie du saut qualitatif que les profonds liens de coopération établis dans ces années sont en train de provoquer”.

La déclaration finale de ce VIe Sommet signalait: “Nous sommes engagés à mettre en avant la construction d’espaces économiques et productifs d’un type nouveau, qui produisent de plus grands bénéfices à nos peuples, moyennant l’utilisation rationnelle des ressources et actifs de nos pays, pour lesquels il est nécessaire d’avancer dans la constitution d’entreprises grannacionales (…) dans des domaines comme l’éducation, la santé, l’énergie, la communication, le transport, le logement, la voirie, l’alimentation, entre autres”.

Les gouvernements membres de l’ALBA ont compris que face aux années de politiques néolibérales et de libre commerce imposées dans la région par les USA et les organismes financiers internationaux et les constantes menaces de déstabilisation auxquelles sont exposées ces nouvelles politiques économiques de la part de Washington et des oligarchies nationales, il s’avère indispensable d’obtenir des impulsions économiques et sociales profondes au bénéfice de leurs peuples.

Ce fut lors du VIe Sommet extraordinaire de l’ALBA-Traité de Commerce des Peuples, qui se tint à Maracay, État d’Aragua, au Venezuela, le 24 juin 2009, que ses participants décidèrent de changer le mot Alternative par celui d’Alliance, étant donné qu’il “est entendu que la croissance et le renforcement politique de l’ALBA-TCP en font une force réelle et effective”.

De même commença l’institutionnalisation du groupe par la création du Conseil Ministériel pour les programmes sociaux qui sera constitué des représentants directs des Chefs d’État et de gouvernement, et d’un Conseil Ministériel de Développement Economique, qui se réunira mensuellement et concentrera ses travaux dans trois domaines principaux: la planification économique, les échanges et investissements productifs et les programmes de coopération.

Un Groupe de Travail sur le thème du Droit International, de l’autodétermination, du respect de la souveraineté et des droits humains s’est aussi constitué, qui sera coordonné par la Bolivie et présentera ses rapports à la Commission Politique à travers son Secrétariat Exécutif.

Un autre instrument a été la création d’un Conseil Ministériel des Femmes dans le but de constituer un espace de visibilité et de protagonisme des femmes, pour assurer la transversalité de genre de toutes les initiatives et instruments d’intégration qui verront le jour.

Cela signifie le renforcement de l’ALBA-TCP et sa consolidation comme une alliance politique, économique et sociale en défense de l’indépendance, de la souveraineté, de l’auto-détermination et de l’identité des pays qui l’intègrent et des intérêts et aspirations des peuples du Sud face aux tentatives de domination politique et économique.

Dans le même sens, apparaît l’importance vitale de l’ALBA dans la construction d’un monde multipolaire, qui reconnaît l’intégration de valeurs sociales et humanistes héritées de nos peuples originaires.

A Maracay a été adoptée l’exécution du Système Unique de Compensation Régionale (Sucre), qui dans l’avenir se transformera en monnaie virtuelle et même physique du groupe. Le Conseil Monétaire Régional a également été fondé, ainsi qu’une unité de compte commune, une chambre centrale de compensation et un Fonds de Réserves et de Convergence Commerciale.

Deux mois plus tôt, les positions politiques adoptées durant le Sommet extraordinaire de l’ALBA qui eut lieu en avril 2009 à Cumana, au Venezuela, et les positions de souveraineté économique des pays latino-américains au Ve Sommet des Amériques à Trinité-et-Tobago réussirent à démythifier l’espèce de ZLEA bis édulcorée que proposait la délégation usaméricaine.

La veille, la réunion de l’ALBA avait tracé les positions politiques et économiques que porteraient ses membres au rendez-vous des Amériques, dans lequel la grande absente fut  Cuba, du fait des diverses administrations usaméricaines, qui ont maintenu pendant 50 ans un blocus total contre l’île des Caraïbes.

À la réunion de Cumana l’accord fut unanime de ne pas signer la déclaration finale de Por-of-Spain. Dans une ferme position assumée par les participants s’est affirmé l’appui total à Cuba dans sa lutte contre le blocus, décision qui, avec la voix d’autres pays latino-américains, fut portée au Sommet des Amériques et ensuite à la consécutive Assemblée Générale de l’OEA.

Cette organisation régionale engendrée par les USA, se vit obligée de déroger à l’obsolète et illégal mandat qui avait expulsé Cuba de l’OEA en 1962, devant la poussée de l’ALBA et de la majorité des Chefs d’État latino-américains. Ce fut là un exemple des batailles que les pays de l’ALBA peuvent défendre, diriger et gagner ensemble.

Devant le perfide coup d’Etat contre le président constitutionnel hondurien, Manuel Zelaya, les membres de l’ALBA se réunirent de manière urgente et adoptèrent une résolution de censure qui signala le chemin à suivre dans les réunions de l’OEA, de l’UNASUR et de l’ONU qui en première instance condamnèrent le coup de force dans ce pays centraméricaine. La réintégration du président légitime Zelaya n’a pas pu se réaliser du fait de l’appui postérieur que l’impérialisme usaméricain a apporté au régime de facto.

De nombreuses résolutions politiques furent adoptées lors du VIIe Sommet du groupe tenue à Cochabamba, en Bolivie, entre le 16 et le 17 octobre 2009 dans lequel le président vénézuélien Hugo Chavez déclara : “Dans l’ALBA se construit un chemin alternatif, le socialisme. Dans aucun autre lieu de notre planète il n’y a un processus aussi dynamique et extraordinaire que l’ALBA”.

Au rendez-vous de Cochabamba furent adoptés 30 accords qui vont depuis l’impulsion à l’ONU du Droit Universel à la Mère Terre, position conjointe à mettre en avant à la réunion sur le changement climatique de Copenhague, jusqu’à l’étude de la création d’un Tribunal International de Justice climatique où pourront être jugés les pays et entreprises responsables de la détérioration de la planète.

On a approuvé le projet constitutif du SUCRE comme moyen d’échange juste entre ses membres et l’on a fondé l’entreprise commerciale d’exportation et d’importation ALBAEXIM, comme mécanisme de complémentarité commerciale.

De même furent fixées les nouvelles sanctions contre le régime putschiste au Honduras; la création de Radio del Sur; la restitution de la base navale de Guantánamo à son légitime propriétaire, Cuba; l’élimination du blocus économique que les USA maintiennent contre l’île.

Un autre point remarquable fut d’établir la définition d’une Stratégie de Défense Intégrale Populaire Conjointe et la constitution d’une Ecole de Dignité et Souveraineté des Forces Armées dans les pays de l’ALBA-TCP.

Le Commandant en Chef Fidel Castro, principal gestionnaire avec Chávez de cette intégration, dans une réflexion d’octobre 2009 intitulée l’ALBA et Copenhague, a souligné: “Un petit groupe de peuples de la zone sont engagés à démontrer qu’un monde meilleur est possible. L’ALBA, inspirée par les idées de Bolívar et Martí,, comme un exemple sans précédent de solidarité révolutionnaire, a démontré combien on peut faire en à peine cinq années de coopération pacifique”.

Les victoires obtenues par l’ALBA durant ses cinq premières années sont nombreuses et avec cette nouvelle forme de lutte politique, économique et sociale, l’avenir lui apportera de nouvelles et éclatantes victoires en faveur du bien-être de nos peuples.


Source : Rebelión-La integración política del ALBA

Article original publié le 15/12/2009

Sur l’auteur

Gérard Jugant et Fausto Giudice sont membres de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur, le traducteur, le réviseur et la source.

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20 décembre 2009 7 20 /12 /décembre /2009 13:20
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"Il est l'heure que l'Amérique Latine pense par elle-même",

a affirmé Correa en présentant son livre.

Quito le 19 Décembre - Le président Equatorien Rafael Correa affirme qu'il attend "que l'Amérique Latine commence à penser par elle-même et interroge les paradigmes dominants avec sa pensée propre".

Le président a fait cette déclaration durant la présentation devant un public nombreux à la Maison de la Culture d'Equateur de son livre "Equateur: d'une République bananière à la République du NON", compilation d'articles académiques qui recouvrent 10 à 15 ans sur la réalité équatorienne et latino-américaine.

Selon Correa l'ouvrage doit servir à un débat:"Nous ne pensons pas détenir  la vérité absolue, mais bien donner des points d'analyse et de réflexion pour un débat équatorien et latino-américain, afin de parler avec notre voix propre et non répéter ce qu'ils nous disent."

Le journaliste Equatorien Freddy Ehlers et l'économiste et Universitaire Mario Cimoli, de la Commission Economique pour l'Amérique Latine et les Caraïbes (CEPAL), ont débattu de manière précise et concise des 12 chapitres que comporte le livre, en présence  de Correa.

Pour Cimoli, le livre est écrit dans une forme compréhensible; il situe l'histoire de l'Equateur avec beaucoup de courage et de force; il donne des règles pour construire des accords sur la politique économique et aider à rationaliser en termes latino-américains une stratégie de développement.

En dépit d'une opposition à la dolarisation, celle-ci se maintiendra parce-qu'on ne peut pas en sortir facilement, a affirmé Correa, et il a exposé qu'une des sorties futures est d'adopter une monnaie régionale qui solidifie et soutienne les pays d'Amérique du Sud.

Au moment de la crise économique mondiale, expilqua-t-il, la dolarisation nous a porté préjudice, car pendant que les pays voisins ont décidé de dévaluer leur monnaie pour ne pas nuire à leur économie, l'Equateur a dû mettre en place des sauvegardes pour protéger son marché et a perdu de la compétitivité.

"L'Equateur n'a jamais été socialement et économiquement un paradis, mais ce qui s'est passé dans les dernières décades n'a réellement pas de nom" a dit Correa.

Source :
http://www.aporrea.org/internacionales/n147368.html
Traduction : Alma
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18 décembre 2009 5 18 /12 /décembre /2009 10:24
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Atilio Boron, la voix experte de la géopolitique


AUTEUR:  Joseba MACÍAS

Traduit par  Esteban G. Revisé par Michèle Mialane.


Atilio Boron est un des grands noms de la sociologie latino-américaine contemporaine. Il est né à Buenos Aires en 1943 et on s’arrache ses œuvres. Peut-être parce qu’il n'a pas un style doctoral et que ses essais et réflexions continuent à mettre l’accent sur la nécessité de transformer la réalité en oeuvrant à un monde meilleur. Un monde dans lequel ce « continent de l'espoir », comme le définirait Salvador Allende, montre  par son exemple qu’il est réellement possible de vivre sans que notre vie et nos rêves soient soumis à l'injustice du marché.

On dit que Fidel Castro cherche souvent à le rencontrer pour connaître ses impressions sur la marche de l'Amérique latine et du monde. Il n'est pas le seul. Ses livres, diffusés à des  milliers d’exemplaires, ont fait de lui  l’un des sociologues les plus répandus et les plus connus. Atilio Boron nous reçoit entre une tasse de thé et son sourire complice dans l'attente d'un dialogue sans a priori sur cette Amérique latine qu’il parcourt physiquement et intellectuellement depuis déjà pas mal de décennies. Une terre où souffle maintenant un vent de changement et de rénovation entre crise, espoirs collectifs et quelques autres soubresauts imprévus.

Vous faites partie des rares personnes qui ont eu l'occasion de voir Fidel et de discuter avec lui  après son retrait des charges publiques, précisément à la demande du Commandant lui-même. Quelle a été votre impression?

Fidel est toujours une personnalité incontournable  de la vie cubaine. Surtout dans les couches les plus politisées, mais aujourd’hui le peuple en général continue lui aussi à lire ses réflexions avec grande attention. Il est, de plus, une des rares personnes, à mon avis, qui est capable de dépasser la fracture générationnelle. La dernière fois que je l’ai rencontré, le 7 mars de cette année, je l'ai trouvé vraiment bien portant. Au moment de nous séparer il m'a donné une très robuste accolade, pas celle d’un petit vieux malingre. Je lui ai même fait une boutade : «  Commandant, sincèrement je vous trouve beaucoup mieux qu’Ingrid Betancourt lorsque les FARC l’ont libérée ». Et alors il a éclaté de rire . En vérité, il est très lucide et toujours attentif au moindre fait. Sur sa table de travail, il y avait les cahiers où figurent systématiquement les sujets : Environnement, USA, Amérique latine, Proche Orient…C’est un homme d’une lucidité impressionnante. Je peux te raconter une autre anecdote : il avait en mémoire l’organigramme des vols de la Cubana de Aviación, que ses collaborateurs ne connaissaient pas, avec assez de précision pour savoir que je devais partir à Buenos Aires le dimanche parce qu'il n'y avait pas de vol le lundi…C'est vraiment un homme doté de grandes capacités et il est très heureux avec ce qu'il fait.

En outre votre visite s’est située à un moment très compliqué à Cuba, par exemple la destitution de Carlos Lage, Felipe Pérez Roque ou Carlos Balenciaga, secrétaire personnel de Fidel lui-même.

Oui, c'est vrai. Par respect je ne voulais pas lui parler de ce sujet mais c’est lui qui a entamé la discussion sans contester l’information. Fidel m'avait dit que Raúl et le Conseil d'État s’occupaient déjà de cette affaire. Ils m’ont consulté, m’a-t-il signalé, et la seule chose que je leur ai demandée, c’était de me fournir une preuve manifeste. Lorsque je l'ai eue, me disait Fidel, j’ai acquiescé. Selon lui  nous n'avions affaire ni  à de la corruption, ni à une  fraude ou quoi que ce soit de similaire. Et d’ailleurs, il me l’avait fait remarquer plusieurs fois. Aucune de ces personnes n’est inculpée par la justice, actuellement elles travaillent à différentes tâches correspondant à leur profil professionnel. Pour Fidel, elles ont commis une faute d’une incroyable naïveté. Une ambition démesurée les a conduites à faire passer des informations internes à l’étranger . En fin de compte, je peux te dire que Fidel va vraiment bien, il n'est en rien isolé du suivi de l'actualité dans son pays et dans le monde et, en plus, il suit scrupuleusement le conseil de ses médecins, chose qu’il ne faisait pas avant.

Pensez-vous que Fidel Castro serait prêt à assumer les transformations que beaucoup considèrent comme nécessaires et imminentes dans la Révolution cubaine ?

Je crois que la priorité  actuelle de Fidel est d'écrire et de laisser un héritage sur les principaux sujets qui affectent l'humanité. Oui, bien sûr, il est conscient qu’il faut apporter une série de changements à Cuba et que ceux-ci doivent être très profonds, et en phase avec un défi historique fondamental pour la Révolution, par exemple : développer à l’intérieur du socialisme une réforme qui n'implique pas le retour au capitalisme. Même si beaucoup le pensent, nous ne parlons pas d'un « modèle chinois », évidemment. Ils [les Cubains] savent qu'ils doivent inventer de nouveau leur propre chemin et ils y travaillent en profondeur. Mais nous ne pouvons pas oublier qu'ils ont eu la grande malchance de souffrir de trois immenses ouragans rapprochés dans le temps, qui ont détruit pratiquement 20% de leur PIB. Qu’ils ont souffert de la chute du prix du nickel sur le marché international, bien qu'il commence à remonter en ce moment. Et en plus, vient s’ajouter la crise mondiale… Fidel et l'actuelle direction sont très conscients de tout ceci et de la nécessité de promouvoir des mesures économiques et sociales urgentes en accord avec la nouvelle réalité de la Cuba de 2009.

Une nouveauté  significative que vous connaissez si bien en Amérique latine, est qu’une bonne partie des pays du continent est maintenant gouvernée par des organisations qui proviennent de ce que nous pourrions appeler une « réflexion socialiste ». Rythmes, traditions et nuances diverses, bien sûr, mais c’était une chose encore impensable il y a seulement quelques années.

Si nous voulons parler de socialisme dans toute son ampleur, aujourd’hui nous n’avons vraiment que Cuba comme pays socialiste. Il y a ensuite trois gouvernements, le Venezuela, l’Équateur et la Bolivie, qui développent des processus de construction d'une alternative socialiste, des processus très différents entre eux. Et par chance, à un moment où il n'y a déjà plus d'autres modèles à imiter. Le cas bolivien, par exemple, se nourrit de son extraordinaire capacité d'organisation qui vient de l'époque précolombienne et qui a laissé en retrait tous ces sociologues postmodernes qui avaient vu dans l’accès au pouvoir d'Evo Morales précisément une manifestation postmoderne…Toutefois au Venezuela, il n'y a pas de tradition organisatrice ni précolombienne ni post-colombienne, ce qui expliquerait l'importance du rôle de leadership de Hugo Chavez. Ensuite il y a Rafaël Correa en Équateur, formé dans le christianisme progressiste de l'Université de Louvain et qui a décroché un peu plus tard un doctorat en économie dans l’Illinois… À mon avis, les autres vont dans une autre direction. Les gouvernements du Brésil, d'Argentine, du Chili ou de l'Uruguay pensent que la solution aux problèmes du capitalisme se trouve dans le capitalisme lui-même. En Argentine, par exemple, lorsqu’on écoute parler les Kirchner, ceux-ci ne laissent place à aucun doute. Au Brésil, en deux siècles d'histoire, jamais le système bancaire n'a été aussi rentable pour le grand capital que depuis l’arrivée de Lula au pouvoir. Ce sont des mécanismes bancaires qui s’adaptent à l’intérieur du système capitaliste. Cependant , il est vrai aussi que ces gouvernements constituent un appui fondamental pour les premiers que j’ai cités et qui travaillent pour une alternative véritablement socialiste. C’est un fait réel et objectif,  mais la forte pression, en plein essor, qu’exerce la base populaire n’y est pas étrangère, dans des pays comme l'Argentine ou le Brésil. Sans oublier que tous les gouvernements timorés de ce prétendu  « centre-gauche », pro-capitalistes et amis des Nord-Américains, courent dans les prochains mois de sérieux risques d'être renversés. Alors, que les gouvernements qui ont engagé des processus de changement plus audacieux, en réformant la Constitution, l'économie, les institutions ou en convoquant des référendums de manière permanente, sont tous très solides. Il faudra tirer des leçons de tout ceci. Par exemple :  lorsque tu manques de courage, le peuple te tourne le dos. Comme le disait mon professeur Fernando Enrique Cardoso, « les peuples préférerons toujours l’original à la copie ». Et c'est vrai.

Un cas particulier qui a toujours attiré mon attention est précisément, si vous me permettez, celui de votre pays, l'Argentine. Une longue tradition théorique pour une gauche toujours éclatée, sans vouloir se constituer en véritable alternative de pouvoir. Les données permettent de connaître l'existence de plus de huit cent partis politiques, ce qui ferait réfléchir, sans doute, Freud lui-même. En perpétuant cette mode, l’Argentine en devient une référence.

Oui, je le reconnais, il faut absolument penser à Freud. Parce qu'il y a une véritable psychopathologie politique en Argentine. Moi, par exemple, de nos jours, je ne connais pas d’autre pays où le débat entre Lénine et Trotski sur la révolution de 1905, ou même celle de 1917, entraîne une  scission du mouvement étudiant qui se termine par des coups, comme cela s’est passé à l'Université de Cuyo, à Mendoza, il y a quatre ou cinq ans. Cela n'a ni queue ni tête et je renonce désormais à l’analyser. En Argentine, seul Jorge Luis Borges s’y applique et c’est tout. Figure-toi que diverses études et diverses enquêtes démontrent qu'il y a une gauche sociale dans notre pays qui représente au moins 30 à 35% de la population. L’année qui a suivi la débâcle économique  en décembre 2001, il s’est créé plus d'œuvres théâtrales à Buenos Aires qu’à Londres ou à New York. C’est un exemple de la vitalité culturelle et critique du pays… Fidel lui-même, très étonné, me disait en 2001 qu'il ne comprenait pas pourquoi nous n’étions pas capables de faire une grande alliance de toutes les forces s'opposant au néolibéralisme. Je lui ai dit : « Attendez, Commandant, cela ne dépend pas de moi. Je suis d'accord avec vous »…C’est le narcissisme des petites différences, devenu une fin en soi, tel que le signalait le Maestro Freud. La seule façon de comprendre le problème fondamental dans la conjoncture actuelle, c’est de voir la manière dont se sont conduits les soviets en 1905… C'est pourquoi nous en sommes où nous en sommes. La seule bonne nouvelle, au milieu de ce désert, c’est que la droite est également très divisée.

J'aimerais connaître également votre avis au sujet du rôle joué  par la social-démocratie espagnole en Amérique latine. Dans l’intervalle, du moins, elle donne l'impression que son influence est vraiment importante aujourd’hui, qu’elle doive ? sauvegarder les intérêts économiques des entreprises espagnoles dans la région ou exporter des « recettes politiques ».

Sans aucun doute. La social-démocratie espagnole constitue principalement un écran voilant  la protection accordée aux politiques de pillage qu’appliquent les entreprises espagnoles qui ont pignon sur rue. C’est par exemple le cas de Repsol. Ou celui d'Iberia lorsqu’elle a acheté les avions d'Aerolíneas Argentinas et ses agences partout dans le monde. Cette social-démocratie nous a aussi vendu le modèle du Pacto de la Moncloa [Accord de la Moncloa], un exemple de « succès » de la transition espagnole, en s’appropriant au passage pour le compte du groupe Prisa un grand nombre de médias qui ont été assujettis aux grands diktats des USA : radios, télévisions, journaux, revues, livres scolaires…Comme dans l'État espagnol. Sauf qu’en Amérique latine, cet état de fait est aggravé par les conditions de pauvreté, de retard culturel, etc. Je vais te raconter une anecdote pas très connue qui résume parfaitement ce dont nous parlons : le 20 décembre 2001, la dernière visite officielle reçue par le président De La Rúa, en plein effondrement de l'économie et à quelques heures de sa démission, a été celle de Felipe González. Il est venu pour demander de ménager les entreprises espagnoles. À l’heure où il y avait plus de vingt-cinq morts, l'ex-Président espagnol faisait son apparition pour se préoccuper des investissements et des affaires de son pays.

Dans la longue liste de pays où ces intérêts sont présents, nous ne pouvons pas oublier la Colombie…

En effet. En soutenant la présence des entreprises espagnoles aidées par ce délinquant de droit commun, Álvaro Uribe. J'ai publié plusieurs réflexions et des essais sur Uribe, certaines sont basées sur des documents déclassifiés par les USA eux-mêmes. Il est clair que, déjà, depuis 1991, d’après les rapports de la DEA, c’est lui qui articule les relations entre le cartel de Medellín et le gouvernement colombien pour faciliter les affaires de la drogue. Et c ‘est la DEA elle-même qui le dit. Il est incroyable qu’un tel dossier soit connu depuis cette date sans qu’on ait rien entrepris contre Uribe. Et la social-démocratie espagnole est là, à soutenir tout ça…Sans que nous puissions arriver à l'expliquer directement au peuple espagnol lui-même  tant  le contrôle exercé sur les médias est féroce.

Et maintenant regardons vers le Nord : quel est votre avis sur la première année de l’administration Obama ?

Comme l’a dit Noam Chomsky, Obama est un Blanc qui s’est trop exposé au soleil. J'ai beaucoup parlé de lui avec Fidel. En tant que personne, il juge Obama correctement. Mais je pense que l’affaire du Honduras a bien montré le rôle des USA dans  la politique intérieure de notre continent, malheureusement  définie par les « faucons ». Lorsque le coup d’État s’est produit, Obama l’a immédiatement condamné. Mais le jour suivant, Hillary Clinton a  rectifié les  déclarations du Président. Une chose vraiment inhabituelle dans la tradition protocolaire US. Elle ancre l'idée que le nouveau gouvernement n'est pas putschiste mais « intérimaire ». Une thèse que l'appareil idéologique US répand dans toute l’Amérique latine par l'intermédiaire de CNN. À partir de cet instant une lutte de pouvoir interne va s’enclencher et dans cette lutte Obama est resté isolé. Je crois que la crise du Honduras représente un épisode fondamental pour comprendre sa non-légitimité au niveau international ; et en plus à un moment où il menait avec Medvedev et Poutine des négociations très difficiles au sujet de la fin des accords Salt 1 et Salt 2 et d'une remise à plat du contrôle de l'arsenal nucléaire. Tout paraît indiquer que les Russes lui ont demandé de démontrer qu’il contrôle réellement son propre pays. En définitive, Obama est un personnage qui a très peu de poids dans les grandes décisions qui touchent la politique et l’économie des USA. Le « cas du Honduras » en est le parfait exemple. Si Obama avait tenu les rênes de la situation, en deux temps trois mouvements, il pouvait déloger du pouvoir le putschiste Micheletti. Il lui suffisait de faire ce dont George Bush avait menacé le Salvador en 2004 pour empêcher la victoire de celui qui était alors le candidat du FMLN, Schafik Handal : faire d'abord parvenir des messages, par des fonctionnaires, en menaçant de bloquer les envois des émigrants salvadoriens vivant aux USA à leur famille au Salvador. Alors que Schafik était donné gagnant des élections par les sondages de rue, trois semaines plus tard, il encaissait un échec spectaculaire. Obama ne l'a pas fait au Honduras. La raison ? Le département à même de le faire, est précisément celui qui a signé l'accord avec Uribe sur l’implantation des bases en territoire colombien ou qui ne veut pas lever le blocus contre Cuba, et c’est une fois de plus ce département qui a décidé. Il est clair maintenant, que ce n’est pas Obama qui décide. Et Hillary Clinton sera très probablement la prochaine candidate aux élections, et l'establishment aura alors à nouveau le contrôle direct de la Maison Blanche.

Si vous le désirez, nous pouvons terminer, en parlant de cette crise planétaire qui, paradoxalement, semble renforcer une fois de plus les choix électoraux des partis conservateurs dans le monde entier. Comment pouvez-vous expliquer ce phénomène ?

Je crois cela reflète tout simplement la grande victoire idéologique remportée par le néolibéralisme durant les quarante dernières années. Il a été établi que toute alternative non capitaliste est un délire, une aventure, un saut dans le vide. Je pense que cette crise ne va pas avoir l’image d'un « V », comme disent certains, mais plutôt d'un « L » comme cela s’est déjà produit au Japon à partir des années 90. Nous sommes au début d’une crise profonde et de très longue durée. Crois-tu que les membres du G20, par exemple, peuvent résoudre la crise? C’est véritablement pathétique. Tu donnes pouvoir aux docteurs qui nous ont empoisonnés pour qu’ils nous prescrivent les traitements qui vont nous guérir…Finalement, je crois que nous sommes face à une crise beaucoup plus grave que les deux précédentes, celle de 1929 et celle de 1973. D'abord parce qu'aucune d’elles n’avait coïncidé avec une crise énergétique. Et de plus, parallèlement, une crise alimentaire démesurée est en train de se développer. En Europe, en Afrique, en Asie, en Amérique latine nous avons vu des révoltes de la faim…Alors que l’on consacre un nombre chaque fois plus important d'hectares de terre à la production de carburant. L'accord Bush-Lula, signé à Sao Paulo en 2007, en est un exemple caractéristique…Et le problème du changement climatique a été ajouté à cet accord pour que nous comprenions que cette crise est sans aucun exemple dans l'Histoire. Face à cet état de fait, il ne nous reste plus qu’à penser à la construction d'une véritable économie post-capitaliste. Appelons-la comme nous le voulons, mais il s'agit d'engager résolument et rapidement un processus de sortie du « tout commerce ». Nous ne pouvons plus faire reposer le rapport à la nature de nos sociétés sur des principes mercantiles. Voilà le principe de base du monde à construire : « démarchandiser » la nature, la santé, l'éducation, la sécurité sociale…

 

 


Source : http://www.rebelion.org/noticia.php?id=96979

Article original publié  le 14 décembre 2009

Sur l’auteur

Esteban G. et Michèle Mialae sont membres de Tlaxcala, le réseau international de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur, le traducteur, l'éditrice et la source.

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17 décembre 2009 4 17 /12 /décembre /2009 08:16

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AUTEUR:  Atilio BORON

Traduit par  Manuel Colinas Balbona


 

Il y a une semaine, nous fêtions le triomphe de Pepe Mujica en Uruguay. Voici qu’aujourd’hui nous avons des motifs nouveaux – mais bien plus profonds aussi – de fêter l’extraordinaire victoire d’Evo Morales. Ainsi que l’avait expliqué il y a déjà quelque temps l’analyste politique Hugo Moldiz Mercado, l’éclatant verdict rendu par les urnes fera date dans l’histoire de la Bolivie pour trois importantes raisons :
(a) il est le premier président démocratiquement réélu lors de deux législatures successives ;

(b) il est le premier président, en outre, qui améliore le score avec lequel il a été élu la première fois : 53,7 % et 63,3 % cette fois-ci ; 

(c) il est le premier à obtenir une écrasante majorité à l’Assemblée Législative Multinationale. En outre, et bien qu’on ne connaisse pas encore les résultats définitifs, il est presque certain qu’Evo obtiendra les deux tiers des sièges au Sénat et à la Chambre des Députés ce qui va lui permettre de nommer des autorités judiciaires et d’appliquer la nouvelle Constitution sans opposition. Tout cela fait de lui, du point de vue institutionnel, le président le plus puissant que la Bolivie ait connu au cours de toute son histoire fort mouvementée. Et un président qui s’est engagé à bâtir un avenir socialiste pour son pays.

Evidemment, ces succès n’empêcheront pas Washington de réitérer ses critiques bien connues à l’égard de la “qualité défectueuse des institutions” de la démocratie bolivienne, du “populisme” d’Evo Morales et de prôner la nécessité de perfectionner le fonctionnement politique du pays pour garantir la volonté populaire, ainsi que cela est fait, par exemple, en Colombie. Dans ce dernier pays, pour ne pas aller plus loin, quelques 70 parlementaires uribistes ont été traduits devant les tribunaux par La Cour Suprême de Justice et le Ministère Public en raison de leurs liens supposés avec les paramilitaires et 30 d’entre eux ont été condamnés à des peines de prison ferme et incarcérés pour ce même motif. Quatre millions de personnes déplacées en raison du conflit armé, le développement du narcotrafic et le paramilitarisme avec l’aval des autorités officielles et l’approbation de Washington, la violation systématique des Droits de l’Homme, l’aliénation de la souveraineté nationale au profit des Etats-Unis suite à un traité négocié en secret qui leur concède l’installation de 7 bases militaires sur le territoire colombien et la frauduleuse manipulation du processus électoral pour obtenir la réélection du président Alvaro Uribe, voilà des traits  qui caractérisent une démocratie de “haute qualité institutionnelle” et qui ne suscitent nullement la moindre inquiétude aux soi-disant gardiens étatsuniens de la démocratie !

Le parcours électoral du leader bolivien est impressionnant : il a obtenu un triomphe écrasant aux élections pour l’Assemblée Constituante de juillet 2006 qui allait établir les bases institutionnelles du futur Etat Multinational ; une seconde écrasante victoire, en août 2008, (67 %), lors du Référendum Révocatoire imposé par le Sénat, alors contrôlé par l’opposition, dans le but déclaré de le renverser ; en janvier 2009, (62 %) des suffrages exprimés ont approuvé la Constitution Politique de l’Etat et, il y a quelques heures à peine, il a obtenu une nouvelle ratification avec presque deux tiers des suffrages. Qu’y a-t-il derrière cette impressionnante machine à gagner des élections, indestructible en dépit de l’usure de quatre années de gouvernement, les obstacles dressés par La Cour Nationale Electorale, l’hostilité des Etats-Unis, de nombreuses campagnes de pénuries organisées, des tentatives de coup d’Etat, des menaces de sécession et des plans d’assassinat ?

Ce qu’il y a c’est un gouvernement qui a tenu ses promesses électorales et qui pour cette raison même a mis en œuvre une politique sociale entreprenante  qui lui a gagné la ferme gratitude de son peuple: Allocation Juancito Pinto que perçoivent plus d’un million d’enfants, Pension Dignité, programme universel pour tous les Boliviens âgés de plus de 60 ans et qui n’ont pas d’autres revenus ; Allocation Juana Azurduy pour les femmes enceintes… Un gouvernement qui a éradiqué l’analphabétisme en appliquant la méthode cubaine du programme “Yo Sí Puedo” (Moi Je Peux) ce qui a permis d’alphabétiser plus d’un million et demi  de personnes en deux ans environ, raison pour laquelle, le 20 décembre 2008, l’UNESCO (et pas les partisans d’Evo) a déclaré la Bolivie territoire libéré de l’analphabétisme. Il s’agit d’un succès extraordinaire pour un pays qui a enduré des siècles durant l’oppression et l’exploitation, qui a été soumis à une déchirante pauvreté par ses classes dominantes et ses maîtres impérialistes et cela en dépit des énormes richesses qui gisent dans ses entrailles lesquelles, désormais, et grâce au gouvernement d’Evo, sont récupérées et mises au service du peuple. Par ailleurs, l’internationalisme solidaire de Cuba et du Venezuela a aussi permis la construction de nombreux hôpitaux et centres de soins en même temps que des milliers de gens ont retrouvé la vue grâce à l’Opération Milagro (Miracle). D’importantes avancées ont eu lieu en matière de réforme agraire (près d’un demi million d’hectares ont été transférés à des paysans sans terre) et dans la réappropriation annoncée des richesses naturelles (gaz et pétrole) ce qui, en son temps, a provoqué de la nervosité chez ses voisins, spécialement le Brésil, plus soucieux de garantir la rentabilité de Petrobras que de coopérer avec le projet politique d’Evo. Enfin, la sage gestion macroéconomique a permis à la Bolivie, pour la première fois de son histoire, de pouvoir compter sur d’importantes réserves en devises estimées à 10 milliards de dollars et sur une situation budgétaire excellente qui, grâce à la collaboration avec le Venezuela dans le cadre de l’ALBA, a permis de réaliser de nombreux travaux d’infrastructure et de financer l’ambitieux programme social.

Bien entendu, il reste bien des problèmes à régler et tout ce qui a été fait n’est pas parfait. Dans une note récente, Pablo Stefanoni, directeur du Monde Diplomatique pour la Bolivie, mettait en garde à propos de la fragile cohabitation d’un “discours éco-communautaire tenu dans les forums internationaux avec un discours prônant le développement sans nuances adressé à l’opinion intérieure”. S’il est vrai que cette tension existe, il faut reconnaître que la vocation éco-communautaire d’Evo va bien au-delà du niveau de ses plaidoyers dans les forums internationaux : son engagement pour la Mère Terre, la Pachamama, et les peuples premiers est sincère et réel et il fait date dans l’histoire de Notre Amérique. Bien entendu, on ne peut nier le caractère extractif de son modèle de développement, mais en même temps, ce modèle est incontournable étant donné les caractéristiques brutalement prédatrices qui ont marqué l’accumulation capitaliste en Bolivie. Imaginer que du jour au lendemain le gouvernement populaire allait pouvoir soutenir un modèle de développement alternatif en laissant de côté l’exploitation des immenses richesses minières et énergétiques du pays est complètement irréaliste. La Bolivie n’a pas à sa portée, du moins pour le moment, une option comme celle qu’ont eu, en leur temps, l’Irlande ou la Finlande. Mais il serait injuste de ne pas reconnaître que l’orientation de son modèle économique et son haut niveau redistributeur le distinguent radicalement d’autres expériences entreprises dans le Cône Sud. Sans oublier l’intention clairement proclamée d’Evo Morales d’avancer sur le chemin scabreux - et donc malaisé et semé d’embûches – de la construction d’un socialisme nouveau, quelque chose qui n’a rien de commun avec le fumeux “capitalisme andin-amazonique” que certains persistent à présenter comme l’antichambre aussi inexorable qu’invraisemblable du socialisme.

Tous ces succès, auxquels il faut ajouter son absolue intégrité personnelle et le spartiate train de vie quotidien auquel il nous a habitués (lesquels contrastent très favorablement avec les imposantes fortunes personnelles ou les trains de vie fastueux qu’affichent d’autres dirigeants politiques dits “progressistes” de la zone) ont fait d’Evo Morales un leader doué d’un formidable charisme personnel qui lui permet de battre n’importe quel rival qui osera le défier dans l’arène électorale. Mais, en outre, son souci permanent de sensibiliser, de mobiliser, d’organiser sa base sociale – en laissant de côté les appareils bureaucratiques déconsidérés qui, comme en Argentine, au Brésil et au Chili, ne mobilisent  et ne sensibilisent plus  personne – non seulement satisfait l’urgent besoin de construire une subjectivité adaptée aux luttes pour le socialisme, mais, en même temps, devient une carte maîtresse au moment de l’emporter dans l’arène électorale. Les forces de l’affligeant “centre-gauche” du Cône Sud qui guettent un avenir politique bien incertain étant donné les progrès de la droite nourris par le réformisme résigné du premier, feraient bien de prendre note de la lumineuse leçon que donne le triomphe d’Evo Morales dans les élections de dimanche. Une leçon qui démontre que, face au danger du retour de la droite, l’unique alternative possible est la radicalisation des processus de transformation mis en route. Battue sur le terrain électoral, la droite va redoubler son offensive sur les multiples terrains de la lutte des classes. Il serait suicidaire de supposer qu’elle va s’incliner sans livrer bataille après un revers électoral. Plaise au Ciel que cette leçon aussi ne soit pas oubliée !

 

 


 

Source : L'auteur

Article original publié le 13 décembr 2009

Sur l’auteur

Manuel Colinas Balbona est membre d'Investig’Action, un site oueb partenaire de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur, le traducteur et la source.

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17 décembre 2009 4 17 /12 /décembre /2009 08:15
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Le 8e Sommet de l’ALBA, l’Alliance Bolivarienne pour les Peuples de Notre Amérique a pris des décisions d’une grande importance pour la consolidation des objectifs des trois grands axes de son champ d’action : social, économique et politique. Le 5e anniversaire de ce mécanisme de véritable intégration dont les acquis sont tangibles, a été célébré dans le cadre de la rencontre de la Havane.

Parmi les engagements qu’ont pris les pays membres figure la réalisation d’une Étude Clinique, Génétique et Psychosocial des Personnes Handicapées en tenant compte des résultats d’études similaires faites au Venezuela, à Cuba, au Nicaragua, en Équateur et en Bolivie.

Outre l’impact positif que représente le fait de pouvoir satisfaire les besoins d’une couche de la population traditionnellement laissée pour compte par les régimes néolibéraux et pro-capitalistes, les pays membres procèderont également à l’application de projets pour insérer ces personnes dans la dynamique sociale, culturelle, et productive, sans aucun type de discrimination.

Le caractère profondément humain et solidaire de l’ALBA se reflète dans le grand nombre d’accords signés pour améliorer l’attention à toute la population en ce qui concerne des services essentiels comme la santé et l’éducation qui ont la priorité dans tous les programmes d’intégration et de coopération.

On entend transformer tous les pays qui forment l’Alliance Bolivarienne pour les Peuples de Notre Amérique en territoires libres d’analphabétisme et donner un puissant élan aux travaux de post-alphabétisation pour élever le niveau de scolarité et de culture générale de ceux qui n’ont pas eu l’opportunité de fréquenter une école.

Au-delà des principes essentiels de l’instruction, l’ALBA deviendra une zone de libre flux des connaissances, de transfert de technologie et de création et d’interaction de Centres de Recherche Scientifique et de Développement qui sont essentiels pour briser la dépendance de nos pays vis-à-vis du monde industrialisé qui vend les produits finis mais qui garde jalousement les principes scientifiques qui ont permis leur fabrication.

Cela veut dire que le puissant mécanisme d’intégration régionale qu’est l’ALBA, qui constitue également un espace géopolitique consolidé, avance vers la souveraineté technologique par le biais de la création d’un réseau de centres de recherche scientifique et d’innovation unis par des liens étroits de collaboration et d’échange.
Les résultats contribueront à accélérer la croissance économique de tous les pays membres.

C’est toujours dans cet esprit d’indépendance que les participants au 8e Sommet de l’ALBA ont donné la dernière touche aux préparatifs pour la mise en place, fin janvier, du SUCRE, le Système Unitaire de Compensation Régionale, qui permettra aux pays de faire leurs échanges commerciaux sans avoir à utiliser le dollar étasunien.

Plutôt qu’une monnaie, le SUCRE est un système moderne de compensation des asymétries entre les adhérents et il est appelé à devenir la pierre angulaire du Traité de Commerce des Peuples qui est basé sur des normes et des principes totalement différents aux règles voraces du marché capitaliste traditionnel.

Comme l’a relevé le leader historique de la Révolution Cubaine, Fidel Castro, dans la lettre adressée au Président du Venezuela, Hugo Chavez : « aucune minute de l’histoire n’est similaire à aucune autre.
Pour l’ALBA il y a un avant et un après le 8e Sommet car il a marqué un jalon dans l’histoire de nos peuples. Il a montré aux peuples le chemin à suivre pour parvenir à leur véritable indépendance. C’est une bataille pas moins ardue que celle qu’ont commencée il y a 200 ans les Pères Fondateurs de cette Amérique qui devient, pas à pas, plus à nous que jamais.
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16 décembre 2009 3 16 /12 /décembre /2009 18:10

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COPENHAGUE - Le président du Venezuela Hugo Chavez s'en est pris avec virulence mercredi au capitalisme qui dévaste la planète, depuis la tribune de la conférence climat de l'ONU à Copenhague.

"Un esprit hante les rues de Copenhaque... c'est le capitalisme, le capitalisme" a martelé M.Chavez à trois jours de la conclusion attendue d'un accord contre le réchauffement climatique.

"Le modèle destructeur du capitalisme, c'est l'éradication de la vie", a-t-il poursuivi en brandissant le livre du journaliste français Hervé Kempf intitulé "Comment les riches détruisent la planète".

Le président du Venezuela a également attaqué les pays riches qui ont promptement réagi l'an passé à la crise bancaire et financière en déboursant des centaines de milliards de dollars pour sauver les banques: "Si le climat était une banque, vous l'auriez déjà sauvé !".

Par ailleurs, il a attaqué le président américain Barack Obama, prix Nobel de la Paix va-t'en-guerre, selon lui.

"Je ne pense pas qu'Obama soit déjà là", a-t-il lancé.

"Il a reçu le Prix Nobel de la Paix pratiquement le jour où il envoyait 30.000 soldats tuer des innocents en Afghanistan et maintenant, il va venir ici avec son Nobel, le président des Etats-Unis..."

M. Obama devait arriver vendredi à Copenhague pour la clôture du sommet, selon la délégation américaine. Environ 115 chefs d'Etat et de gouvernement devraient se joindre à la conclusion attendue du nouvel accord.

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