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15 août 2009 6 15 /08 /août /2009 18:51

Par Tania Hernandez,correspondante de CC1 a Cuba 12.08.2009 l 15h39
 
 
  La Brigade Latino-américaine de Solidarité avec Cuba a rendu hommage à Ché Guevara sur la Place de la Révolution qui porte son nom dans la ville de Santa Clara dans le centre de notre pays.  
 
  La Bataille de Santa Clara, dirigée par le Ché en 1958, a porté un rude coup à la dictature de Batista et elle déblayé le chemin pour la progression des forces révolutionnaires vers La Havane.

La Brigade Latino-américaine de Solidarité avec Cuba, formée de près de 200 personnes, a visité le Mémorial dans lequel reposent les restes du Ché et de ses compagnons de la guérilla bolivienne et qui accueille le musée qui garde des objets, des photos, des documents ayant appartenu au Ché.

Dans le cadre des activités de solidarité avec Cuba, la brigade a travaillé dans les plantations se trouvant dans la communauté de Caimito, près de La Havane et elle visitera dans la province d’Holguín, dans l’Est, la maison natale du leader historique de la Révolution cubaine Fidel Castro.
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2 juillet 2009 4 02 /07 /juillet /2009 19:45

El Che en compagnie de son fils


Témoignage de l'ex-agent soviétique Nikolaï Leonov.


Che Guevara (Ernesto Rafael Guevara de la Serna, dit le Che) est mort il y a quarante ans, le 9 octobre 1967. Nikolaï Leonov, éminent agent soviétique des services secrets, historien et journaliste qui a fait la connaissance de Che Guevara il y a plus d'un demi-siècle, évoque ses rencontres avec cet homme légendaire.

Cela s'est passé en juin 1956 à Mexico où les révolutionnaires cubains s'apprêtaient, sous la direction de Fidel Castro, à partir pour Cuba sur le yacht Granma. Je suis passé chez mon ami Raul Castro avec qui j'avais traversé l'Atlantique en mai-juin 1953 à bord du paquebot italien Andrea Gritti. J'étais alors interprète stagiaire à l'ambassade soviétique. Ce jour-la, Raul était malade. Un homme assis près de son lit racontait des anecdotes pour le faire rire. C'était Che Guevara. Raul a dit en plaisantant que le Che était venu non pas pour essayer de guérir son camarade malade, mais parce qu'il avait appris qu'un colis de cigares était arrivé de Cuba et qu'il espérait bien en tirer sa part de bonheur. Raul a sorti un paquet de cigares qui se trouvait sous son lit et en a remis une douzaine à Che Guevara, dont les yeux pétillaient de joie.

A cette époque-là, les régimes de dictature militaire qui régnaient sur l'Amérique Latine défendaient les intérêts des monopoles américains et de leurs clans oligarchiques. Le Mexique restait l'unique parcelle de démocratie sur le continent où se précipitaient les émigrés de beaucoup de pays au fur et à mesure des échecs des tentatives visant à se débarrasser de telle ou telle marionnette américaine.

Che Guevara m'a demandé de lui procurer les meilleures oeuvres de la littérature soviétique: "Et l'acier fut trempé" de Nikolaï Ostrovski, "Tchapaïev" de Dmitri Fourmanov et le "Récit d'un homme véritable" de Boris Polevoï. Tout en promettant de satisfaire sa demande, je lui ai donné ma carte de visite pour qu'il puisse me trouver à l'ambassade. A peu près une semaine plus tard, un employé de service de l'ambassade m'a invité à passer dans la salle de réception des visiteurs où Che Guevara m'attendait. Je lui ai remis les livres. Le Che avait l'air préoccupé. Il m'a laissé entendre que des épreuves dangereuses les attendaient lui et ses camarades. Ensuite, nous ne nous sommes pas vus pendant trois ans et demi.

Une semaine après cette rencontre, la presse mexicaine a publié des informations faisant savoir que la police locale avait lancé, sous la pression du dictateur cubain Fulgencio Batista, des perquisitions et des arrestations parmi les émigrés cubains. L'un des journaux a mentionné qu'une carte de visite d'un employé de l'ambassade d'URSS avait été découverte à l'appartement de Che Guevara. Les Cubains ont été accusés de contacts avec Moscou, j'ai été convoqué par l'ambassadeur qui m'a accusé d'avoir entretenu des contacts "non autorisés" avec des représentants douteux des milieux d'émigrés. J'ai dû alors retourner dans ma patrie car j'avais violé les instructions reçues en n'informant personne de mes contacts avec des émigrés.

Nous sommes partis presque simultanément: en novembre 1956, les expéditionnaires du Granma avec à leur tête Fidel Castro se sont dirigés vers le littoral de Cuba et moi, vers Moscou, avec de mauvaises recommandations et l'interdiction de travailler au ministère des Affaires étrangères.

Notre rencontre suivante a eu lieu à Cuba où je suis arrivé en février 1960 en tant que traducteur d'Anastas Mikoïan, premier vice-président du Conseil des ministres de l'URSS. Les cadeaux ont été choisis suivant mes conseils, notamment pour Che Guevara: des pistolets Stetchkine et Margoline avec munitions. Nous nous sommes rencontrés dans une modeste maisonnette des officiers de la cité militaire "Columbia" où il vivait. Le Che a examiné les pistolets avec la curiosité d'un enfant et m'a pressé de questions sur l'URSS, ma vie privée, et l'attitude de Moscou envers la révolution cubaine.

Ma troisième, et dernière, rencontre avec Che Guevara a eu lieu à l'automne 1960, lorsqu'il m'a demandé d'être son interprète au cours de sa première visite à Moscou: Fidel Castro l'avait chargé de trouver des débouchés pour écouler 2 millions de tonnes de sucre à cause du blocus imposé par les Etats-Unis. Il a réussi à signer des accords sur la vente de 1.200.000 tonnes de sucre à l'URSS et à vendre les 800.000 tonnes restantes sur les marchés d'autres pays socialistes et de la Chine.

Cette fois, nous avons eu davantage la possibilité de parler à coeur ouvert. Le Che m'a même demandé d'organiser un dîner familial. La plupart des Soviétiques vivaient dans des appartements communautaires où il était impossible de recevoir. Nous avons trouvé à grand-peine un studio convenable dans le gratte-ciel du quai Kotelnitcheskaïa où vivait Alexandre Alexeïev, futur ambassadeur à Cuba qui connaissait bien Che Guevara. Nous avons décidé d'épater notre hôte avec de célèbres produits russes: caviar, saumon, esturgeon, etc. Mais, voyant tous ces mets délicieux sur la table, Che Guevara nous dit qu'il ne mangeait pas de poisson car cela lui provoquait des crises d'asthme. Comme il était tard dans la soirée, tous les magasins étaient déjà fermés, mais notre panique a disparu lorsque le Che a ouvert le réfrigérateur avec l'autorisation de la maîtresse de maison et y a découvert un morceau de saucisson à l'ail bon marché qu'il s'est mis à dévorer avec plaisir en disant: "Je n'ai rien mangé d'aussi délicieux au cours de mon séjour en URSS!".

A ce propos, les crises d'asthme dont il souffrait se sont atténuées à Moscou. L'air froid et plus sec que sous les tropiques était salutaire pour lui. Cela le rendait de bonne humeur.

Nous avons parlé du rôle de la personnalité et de la révolution. Il a déclaré qu'il n'était pas certain que la révolution cubaine supporte le blocus et les actes de subversion mais que même en cas d'évolutions tragiques, nous ne le verrions pas sur les listes de réfugiés politiques ayant trouvé asile dans les ambassades étrangères.

J'ai découvert de nombreux traits de caractère inconnus de Che Guevara. Il ne se pâmait pas devant les dirigeants soviétiques. La dignité, la noblesse et la modestie lui étaient propres comme une harmonie naturelle.

Le 7 novembre 1960, le Che a été invité à une parade sur la place Rouge. Puisqu'il était hôte du ministère du Commerce extérieur, il se tenait dans les tribunes de granit près du Mausolée. J'étais à côté de lui. Tout à coup, un employé de l'appareil du Comité central du PCUS (Parti communiste de l'URSS) nous a fait savoir, en haletant, que Nikita Khrouchtchev invitait Che Guevara à monter sur la tribune du Mausolée. Le Che a refusé, en estimant que celle-ci était destinée aux chefs de gouvernement ou aux leaders des partis frères. L'envoyé est parti, mais est revenu en transmettant cette fois l'ordre de monter à la tribune du Mausolée. Che Guevara a obéi, mais il n'était pas d'accord.

Peu après, je me suis rendu au Mexique où j'ai suivi l'activité de Che Guevara dans la presse et en écoutant les récits de nos amis communs. C'est là que j'ai appris la nouvelle de sa mort en Bolivie. Cette nouvelle tragique a bouleversé un grand nombre de personnes. Je l'étais également. Il était impossible de concevoir que l'humanité ait perdu l'un de ses fils, peut-être le plus intègre, noble et pur.

Propos recueillis par Iouri Ploutenko.

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17 juin 2009 3 17 /06 /juin /2009 12:57
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CHE Guevara et le RUGBY    


    

Qui, mieux que son meilleur ami de l'époque (dès 1942...), pourrait nous parler de la passion du Ché pour le rugby ?

Portrait ALBERTO GRANADO



L'œil vif, débordant d'activité, l'ancien N°9 (demi de mêlé) de Cordoba à 81 ans raconte comment il fût l'autre argentin de la « Revolucion Cubana », un peu grâce au rugby :
 
Quelle relation entre le rugby et le Ché ?

J'ai connu Ernesto par mon frère Thomas, le gamin de 14 ans voulait pratiquer le rugby. Les autres équipes ne voulaient pas de lui par peur de jouer avec un asthmatique. Malgré sa maigreur il possédait une force physique surprenante. Pour cela et pensant que le sport était le meilleur remède pour l'asthme, nous l'avons accepté dans une équipe, mais de second niveau. Il possédait un excellent plaquage, à la hauteur des coudes... C'était un enthousiaste du rugby. Son père dira qu'il en reteint les enseignements de l'esprit d'équipe, de la discipline et du respect de l'adversaire.

Vous avez joué ensemble ?

A Cordoba. On l'appelait « FUSER » : Furibond de la Serna (de son nom : Ernesto Guevara de la Serna). Nous pratiquions le rugby à contre courant de l'époque, et particulièrement des courants de Buenos Aires, où le rugby comme le golf, étaient d'abord des sports d'élite réservés à la haute société. C'était avant les Pumas et la renommée mondiale du rugby argentin. « Nous, c'était pour le défi, la compétition ! » D'ailleurs Ernesto vécu un jour une descente de police pour une accusation de divulgation de propagande communiste, alors qu'il participait à la rédaction d'un article dans « Tackle » (plaquage), commentant les différences de classes dans la pratique du rugby argentin.

Et vous êtes devenus amis ?

A tel point que nous avions décidé de partir en moto, « Fuser », 2nd chef de l'expédition et « Petiso » comme il m'avait surnommé, 1er chef. Nous voulions réaliser tous les deux, un grand tour d'Amérique Latine, refusant les aides classiques pour la recherche médicale pour lesquelles il fallait aller pleurer dans les ministères. Nous avions opté pour l'aventure empirique et le contact avec la réalité de la maladie, car nous projetions d'étudier la lèpre. C'est la rencontre au Mexique avec Fidel qui interrompit l'expédition.

Depuis quand vivez-vous à Cuba ?


Depuis 1961, au commencement de la Revolución. Je voyais Fidel comme un véritable leader, qui pouvait changer les choses en Amérique Latine. Grâce au Ché j'ai pu participer, comme chercheur biochimiste, au travail réalisé par le gouvernement de Fidel dans le cadre de la santé publique.

Et vous faites partie, encore aujourd'hui, des personnalités à Cuba, tandis que le Ché en est parti, lui ?

En fait jamais il n'avait pensé rester à Cuba. Fidel l'a convaincu. Ernesto était une des rares personnes que El Comandante écoutait. Il avait une certaine influence, mais pas les responsabilités de gérer un pays. Il a seulement aidé Fidel pendant un temps, mais je pense qu'il était de ceux qui se sentaient capables de « défaire le mal fait », c'est à dire aider les peuples à ce libérer. Il a toujours dit que la seule méthode pour cela était la lutte armée. Je pense que Fidel l'avait compris.

Et maintenant, comment vous occupez-vous ?

Je suis assesseur de nombreuses institutions ayant une relation avec le Ché, à Cuba, au Venezuela et en Argentine. J'ai d'ailleurs fondé le premier musée du Ché d'Amérique, en Argentine. En plus de ces nombreuses responsabilités, je pratique toujours l'exercice physique... c'est clair, moins le rugby, mais toujours le golf que j'ai appris à Cuba, un pays socialiste ! Et je marche quelques kilomètres chaque jour, car c'est le secret de la forme, avec cette devise : « le sport comme travail, et le travail comme sport... et un petit rhum chaque jour après le bain ».

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29 mars 2009 7 29 /03 /mars /2009 10:26

De la victoire de la révolution cubaine, en 1959, jusqu'à 1967, la pensée d'Ernesto Che Guevara a beaucoup évolué. Si l'émancipation latino-américaine et le combat contre l'impérialisme à l'échelle de toute la planète sont les thèmes centraux de sa réflexion et de sa pratique politiques, ils s'accompagnent, à partir de 1963, d'une critique croissante de l'impasse à laquelle conduisent les modèles en place en Europe de l'Est.

Par Michaël Löwy Monde diplomatique

Chaque jour un peu plus, Ernesto Che Guevara s'est éloigné de ses illusions initiales sur l'URSS et sur le marxisme de type soviétique. Dans une lettre de 1965 à son ami Armando Hart (ministre cubain de la culture), il critique durement le « suivisme idéologique » qui se manifeste à Cuba par l'édition de manuels soviétiques pour l'enseignement du marxisme - un point de vue convergeant avec celui défendu à la même époque par Fernando Martínez Heredia, Aurelio Alonso et leurs amis du département de philosophie de l'université de La Havane, éditeurs de la revue Pensamiento critico. Ces manuels - qu'il appelle les « pavés soviétiques » - « ont l'inconvénient qu'ils ne te laissent pas penser : le Parti l'a déjà fait pour toi et tu dois le digérer (1) ».

De plus en plus explicitement, on perçoit la recherche d'un modèle autre, d'une méthode différente de construction du socialisme, plus radicale, plus égalitaire, plus solidaire.

L'œuvre du « Che » n'est pas un système fermé, un argument achevé qui a réponse à tout : sur beaucoup de questions - la démocratie socialiste, la lutte contre la bureaucratie -, sa réflexion demeure incomplète, parce qu'interrompue par la mort en 1967, et donc inachevée. Mais, à cet égard, Martínez Heredia a raison de souligner : « L'inachèvement de la pensée du Che (...) a même des aspects positifs. Le grand penseur est là, signalant des problèmes et des chemins (...), exigeant de ses camarades qu'ils pensent, étudient, combinent la pratique et la théorie. Il devient impossible, quand on assume réellement sa pensée, de la dogmatiser et de la convertir en un (...) bastion spéculatif (...) de phrases et recettes (2). »

Dans un premier temps - 1960-1962 -, Guevara a mis beaucoup d'espoirs dans les « pays frères » du socialisme dit « réellement existant ». Après quelques visites en Union soviétique et dans les autres pays de l'Est, et après avoir fait l'expérience des premières années de transition vers le socialisme à Cuba, il se montre de plus en plus critique. Ses divergences s'expriment publiquement à plusieurs occasions, notamment lors de son célèbre « Discours d'Alger », en 1965. Mais c'est dès 1963-1964, lors du grand débat économique mené à Cuba, qu'on voit apparaître sa tentative de formuler une approche originale du socialisme.

Ce débat oppose alors les partisans d'une sorte de « socialisme de marché », avec autonomie des entreprises et recherche de la rentabilité - comme en URSS -, et Guevara, qui défend une planification centralisée, fondée sur des critères sociaux, politiques et éthiques : plutôt que des primes au rendement et des prix fixés par le marché, il propose de rendre gratuits certains biens et services. Reste cependant, peu claire dans les interventions du « Che », une question : qui prend les décisions économiques fondamentales ? En d'autres termes, le problème de la démocratie dans la planification.

Sur ce thème, et sur plusieurs autres, des documents inédits de Guevara récemment publiés à Cuba offrent des perspectives nouvelles. Il s'agit de ses « Notes critiques » au Manuel d'économie politique de l'Académie des sciences de l'URSS (édition en espagnol de 1963) - un de ces « pavés » qu'il évoquait dans la lettre à Hardt -, rédigées pendant son séjour en Tanzanie et surtout à Prague, en 1965-1966 : ni un livre ni même un essai, mais une collection d'extraits de l'ouvrage soviétique, suivis de commentaires souvent acides et ironiques (3).

Depuis longtemps, très longtemps, on attendait la publication de ce document. Pendant des dizaines d'années, il est resté « hors circulation » : tout au plus a-t-on permis à quelques chercheurs cubains de le consulter et d'en citer quelques passages (4). Grâce à Maria del Carmen Ariet Garcia, du centre d'études Che Guevara de La Havane, qui l'a mis en forme, il est maintenant à la disposition des lecteurs intéressés. Cette édition élargie contient d'ailleurs d'autres matériaux inédits : une lettre à M. Fidel Castro, d'avril 1965, qui sert de prologue au livre ; des notes sur des écrits de Marx et de Lénine ; un choix des actes de conversation entre Guevara et ses collaborateurs du ministère des industries (1963-1965) - déjà publiés, partiellement, en France et en Italie dans les années 1970 ; des lettres à diverses personnalités (Paul Sweezy, Charles Bettelheim) ; des extraits d'un entretien avec le périodique égyptien Al-Taliah (avril 1965).

L'ouvrage témoigne à la fois de l'indépendance d'esprit de Guevara, de sa prise de distance critique envers le socialisme « réellement existant » et de sa recherche d'une voie radicale. Il montre aussi les limites de sa réflexion.

Commençons par celles-ci : le Che, à ce moment - on ne sait si son analyse à ce sujet a avancé en 1966-1967 -, n'a pas compris la question du stalinisme. Il attribue les impasses de l'URSS dans les années 1960 à... la nouvelle politique économique (NEP) de Lénine ! Certes, il pense que, si Lénine avait vécu plus longtemps - « Il a commis l'erreur de mourir », note-t-il avec humour -, il en aurait corrigé les effets les plus rétrogrades. Il demeure néanmoins convaincu que l'introduction des éléments capitalistes par la NEP a conduit aux profondes dérives, allant dans le sens de la restauration du capitalisme, qu'on observe dans l'Union soviétique de 1963.

Qui doit planifier ?

Toutes les critiques de Guevara à la NEP ne sont néanmoins pas sans intérêt. Elles coïncident parfois avec celles de l'opposition de gauche (en URSS) en 1925-1927 ; par exemple, quand il constate que « les cadres se sont alliés au système, constituant une caste privilégiée ».Mais l'hypothèse historique qui rend la NEP responsable des tendances procapitalistes dans l'URSS de Leonid Brejnev est manifestement peu opératoire. Non que Guevara ignore le rôle néfaste de Staline... Dans une des « notes critiques » figure cette phrase précise et frappante : « Le terrible crime historique de Staline [fut] d'avoir méprisé l'éducation communiste et institué le culte illimité de l'autorité. » Si ce n'est pas encore une analyse du phénomène stalinien, c'en est déjà un rejet catégorique.

Dans son « Discours d'Alger », Guevara exigeait des pays se réclamant du socialisme qu'ils liquident « leur complicité tacite avec les pays exploiteurs, de l'Occident », pratique qui se traduisait par des rapports d'échange inégal avec les peuples en lutte contre l'impérialisme (5). Cette question revient à plusieurs reprises dans les « Notes critiques » sur le manuel soviétique. Tandis que les auteurs de cet ouvrage officiel vantent l'« aide mutuelle » entre pays socialistes, l'ancien ministre de l'industrie cubain est obligé de constater que cela ne correspond pas à la réalité : « Si l'internationalisme prolétarien présidait aux actes des gouvernements de chaque pays socialiste (...) ce serait un succès. Mais l'internationalisme est remplacé par le chauvinisme (de grande puissance ou de petit pays) ou la soumission à l'URSS (...). Cela blesse tous les rêves honnêtes des communistes du monde. »

Quelques pages plus loin, dans un commentaire ironique concernant la célébration par le manuel de la division du travail entre pays socialistes fondée sur une « fraternelle collaboration », Guevara observe : « Le panier de crabes qu'est le CAME  (6) dément cette affirmation dans la pratique. Le texte se réfère à un idéal qui pourrait s'établir seulement par une véritable pratique de l'internationalisme prolétaire, mais celui-ci est lamentablement absent aujourd'hui. » Dans le même sens, un autre passage constate avec amertume que, dans les rapports entre pays se réclamant du socialisme, on trouve « des phénomènes d'expansionnisme, d'échange inégal, de concurrence, jusqu'à un certain point d'exploitation et certainement de soumission des Etats faibles aux forts ».

Enfin, quand le manuel parle de la « construction du communisme » en URSS, le critique pose cette question rhétorique : « Peut-on construire le communisme dans un seul pays ? »Une autre remarque va dans le même sens : Lénine, constate le Che, « a nettement affirmé le caractère universel de la révolution, chose qui ensuite a été niée » - une référence transparente au « socialisme dans un seul pays (7) ».

La plupart des critiques de Guevara au manuel soviétique correspondent de près à ses écrits économiques des années 1963-1964 : défense de la planification centrale contre la loi de la valeur et contre les usines autonomes fonctionnant selon les règles du marché ; défense de l'éducation communiste contre les stimulants monétaires individuels. Il s'inquiète aussi de l'intéressement matériel des dirigeants des usines, qu'il considère comme un principe de corruption.

Guevara défend la planification comme l'axe central du processus de construction du socialisme, parce qu'elle « libère l'être humain de sa condition de chose économique ». Mais il reconnaît - dans la lettre à « Fidel » - qu'à Cuba « les travailleurs ne participent pas à la fabrication du plan ».

Qui doit planifier ? Le débat de 1963-1964 n'avait pas répondu à cette question. C'est à ce sujet qu'on trouve les avancées les plus intéressantes dans les « notes critiques » de 1965-1966 : certains passages posent clairement le principe d'une démocratie socialiste dans laquelle les grandes décisions économiques sont prises par le peuple lui-même. Les masses, écrit le Che, doivent participer à la formulation du plan, tandis que son exécution est une affaire purement technique. En URSS, à son avis, la conception du plan comme « décision économique des masses, conscientes de leur rôle », a été remplacée par un placebo, les leviers économiques déterminant tout. Les masses, insiste-t-il, « doivent avoir la possibilité de diriger leur destin, décider combien va à l'accumulation et combien à la consommation » ; la technique économique doit opérer avec ces chiffres - décidés par le peuple -, et « la conscience des masses doit assurer son accomplissement ».

Ce thème revient à plusieurs reprises : les ouvriers, écrit-il, le peuple en général, « décideront sur les grands problèmes du pays (taux de croissance, accumulation-consommation) », même si le plan sera l'œuvre des spécialistes. Cette séparation trop mécanique entre les décisions économiques et leur exécution est discutable ; mais, par ces formulations, Guevara se rapproche considérablement de l'idée de planification socialiste démocratique. Il n'en tire pas encore toutes les conclusions politiques - démocratisation du pouvoir, pluralisme politique, liberté d'organisation -, mais l'importance de cette vision nouvelle de la démocratie économique n'est pas contestable (8).

On peut considérer ces notes comme une étape importante dans le chemin de Guevara vers une alternative communiste démocratique au modèle soviétique. Un chemin brutalement interrompu, en octobre 1967, par les assassins boliviens au service de la Central Intelligence Agency (CIA).

Michaël Löwy.

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14 mars 2009 6 14 /03 /mars /2009 00:37

"Laissez-moi vous dire, au risque de vous paraître ridicule, que le véritable révolutionnaire est guidé par des sentiments d'amour. Il est impossible de penser en authentique révolutionnaire si on est dépourvu de cette qualité »


Mon cher Che :


Déjà quarante années se sont écoulées depuis ce jour où la CIA t'a assassiné dans une forêt de Bolivie, ce 8 septembre 1967. Tu avais alors 39 ans. Tes bourreaux pensaient qu'en criblant ton corps de balles après t'avoir capturé vivant, ils allaient condamner ta mémoire à l'oubli. Ils ignoraient que contrairement aux égoïstes les altruistes ne meurent jamais. Les rêves de liberté ne restent pas enfermés dans des cages comme des oiseaux apprivoisés. L'étoile de ton béret brille avec plus d'éclat, la force de tes yeux guide des générations sur les routes de la justice, ton visage serein et déterminé inspire confiance à ceux qui luttent pour la liberté. Ton esprit franchit les frontières de l'Argentine, de Cuba et de la Bolivie et comme une flamme ardente enflamme encore aujourd'hui le cœur de beaucoup de révolutionnaires.

Ces quarante années ont vu survenir des changements radicaux. Le mur de Berlin est tombé ensevelissant sous ses décombres le socialisme européen. Beaucoup d'entre nous comprennent aujourd'hui seulement l'audace dont tu fis preuve, en 1962, à Alger, lorsque tu signalais les fissures dans les murailles du Kremlin qui nous semblaient pourtant si solides alors. L'Histoire est un fleuve impétueux qui ne sait pas contourner les obstacles. Le socialisme européen essaya de faire barrage aux flots du fleuve avec le bureaucratisme, l'autoritarisme, l'incapacité à faire passer dans la vie du peuple les progrès technologiques qu'avait apportés l'aventure spatiale et, surtout, il se drapa dans une rationalité économiciste qui ne plongeait pas ses racines dans l'éducation subjective des acteurs de l'Histoire : les travailleurs.

Qui peut dire si l'histoire du socialisme ne serait pas différente aujourd'hui si on avait prêté attention à tes paroles : « L'Etat se trompe parfois. Quand se produit une de ces erreurs, on constate une baisse de l'enthousiasme collectif à cause d'une réduction quantitative de chacun des éléments qui le composent et le travail se paralyse jusqu'au point d'en être réduit à des quantités insignifiantes : c'est le moment de corriger ».

Che, beaucoup de tes craintes se sont avérées justes au cours de toutes ces années et ont contribué à l'échec de nos mouvements de libération. Nous ne t'avons pas assez écouté. Depuis l'Afrique tu as écrit, en 1965, à Carlos Quijano du journal Marcha de Montevideo : « Laissez-moi vous dire, au risque de vous paraître ridicule, que le véritable révolutionnaire est guidé par des sentiments d'amour. Il est impossible de penser en authentique révolutionnaire si on est dépourvu de cette qualité ».

Cette remarque coïncide avec ce que l'apôtre Jean, exilé sur l'île de Patmos, écrivit dans l'Apocalypse, il y a deux mille ans, au nom du Seigneur à l'Eglise d'Ephèse :

« Je connais ta conduite, ton labeur, ta constance. Tu ne peux, je le sais, souffrir les méchants. Tu as mis à l'épreuve ceux qui se prétendaient apôtres et tu les as reconnus menteurs. Vous avez été persévérants. Vous avez souffert à cause de mon Nom et vous n'avez pas perdu courage. Mais il y a quelque chose que je condamne en toi : tu as abandonné ton premier amour » (2,2-4)

Certains d'entre nous, Che, ont abandonné l'amour des pauvres dont le nombre se multiplie, aujourd'hui, dans notre grande patrie latino-américaine et dans le monde entier. Ils ont cessé de se laisser conduire par de grands sentiments d'amour pour se plonger dans de stériles disputes partisanes et parfois ils font de leurs amis des ennemis et de leurs véritables ennemis des alliés. Corrompus par la vanité et obsédés par la dispute des espaces politiques, leur cœur n'est plus enflammé par des idées de justice. Ils sont restés sourds aux cris du peuple, ils ont perdu l'humilité du travail à la base et maintenant ils troquent des utopies contre des votes.

Quand l'amour se refroidit, l'enthousiasme s'éteint et le dévouement s'assèche. La cause comme passion disparaît comme l'idylle dans un couple qui ne s'aime plus. Ce qui était « notre » se dit « mon » et les séductions du capitalisme ramollissent les principes, changent les valeurs et si nous poursuivons encore la lutte c'est parce que l'esthétique du pouvoir exerce plus de fascination que l'éthique du service.

Ton cœur, Che, battait au rythme de tous les peuples opprimés et exploités. Tu as parcouru toutes les terres depuis l'Argentine jusqu'au Guatemala et jusqu'au Mexique, puis du Mexique à Cuba, de Cuba au Congo, du Congo en Bolivie. Toujours tu es sorti de toi-même, embrasé d'un amour qui se traduisait dans ta vie par la libération. C'est pourquoi tu pouvais affirmer avec l'autorité qui convient : « avoir une grande dose d'humanité, du sens de la justice et de la vérité pour ne pas sombrer dans des extrêmes dogmatiques, dans des raisonnements scolastiques froids, dans un éloignement des masses. Il faut lutter chaque jour pour que cet amour de l'humanité vivante se transforme en faits concrets, en gestes qui servent d'exemple, de mobilisation ».

Combien de fois, Che, notre dose d'humanité ne s'est-elle pas asséchée, calcinée par des dogmatismes qui nous ont emplis de certitudes et nous ont laissés vides de sensibilité envers les drames des damnés de la Terre ? Combien de fois notre sens de la justice ne s'est-il pas perdu en discours scolastiques froids qui proféraient des sentences implacables et qui proclamaient des jugements infâmants ? Combien de fois notre sens de la vérité ne s'est-il pas cristallisé en exercice de l'autorité sans que nous répondions aux désirs de ceux-là qui rêvent d'un quignon de pain, d'un peu de terre et d'un peu de joie ?

Tu nous as enseigné un jour que l'être humain est « l'acteur de ce drame étrange et passionnant qu'est la construction du socialisme dans sa double existence d'être unique et de membre de la communauté ». Et que ce dernier, le socialisme, n'est pas « un produit fini. Les défauts du passé se transportent dans le présent dans la conscience individuelle et il faut entreprendre un travail permanent pour les éradiquer ». Peut-être aurions-nous dû mettre en avant plus fortement les valeurs morales, les stimulations subjectives, les aspirations spirituelles. Avec ton sens critique aiguisé, tu as pris soin de nous prévenir que le « socialisme est jeune et renferme des erreurs. Les révolutionnaires manquent souvent de connaissances et de l'audace intellectuelle nécessaire pour affronter la tâche du développement de l'homme nouveau avec des méthodes autres que les méthodes conventionnelles, car les méthodes conventionnelles pâtissent de l'influence de la société qui les a produites ».

En dépit de tant de défaites et d'erreurs, nous avons engrangé des conquêtes importantes tout au long de ces quarante années. Les mouvements populaires ont fait irruption sur tout le continent. Aujourd'hui, dans beaucoup de pays, sont mieux organisés les paysans, les femmes, les ouvriers, les indiens et les noirs. Parmi les chrétiens, un nombre important d'entre eux ont choisi le camp des pauvres et ils ont mis au monde la Théologie de la Libération. Nous avons tiré des leçons des guérillas urbaines des années 60, de la brève gouvernance populaire de Salvador Allende, du gouvernement démocratique de Mauricio Bishop à l'île de Grenade, massacré par les troupes des Etats-Unis, de la victoire puis de la chute de la Révolution Sandiniste, de la lutte du peuple du Salvador. Au Mexique, les Zapatistes du Chiapasmettent à nu la politique néolibérale et se propage à travers l'Amérique Latine le printemps démocratique avec les électeurs qui répudient les vielles oligarchies et qui élisent des hommes et des femmes qui leur ressemblent : Lula, Chávez, Morales, Correa, Ortega, etc.

Beaucoup reste encore à faire, mon cher Che, mais nous veillons avec tendresse sur ton héritage le plus précieux : l'esprit internationaliste et la révolution cubaine. L'un et l'autre se présentent aujourd'hui comme un seul symbole. Dirigée par Fidel, la Révolution cubaine résiste au blocus impérialiste, à la chute de l'Union Soviétique, au manque de pétrole, aux medias qui prétendent la diaboliser.

Elle résiste avec toute sa richesse d'amour et d'humour, salsa et « merengue », défense de la patrie et exaltation de la vie. Attentive à sa voix, elle déchaîne un processus de rectification, consciente des erreurs commises et entêtée, malgré les difficultés actuelles, à faire que devienne réalité le rêve d'une société où la liberté de chacun soit la condition de la justice de l'autre.

De là où tu es, Che, bénis-nous nous tous qui communions avec tes idées et tes espérances. Bénis aussi ceux qui se sont fatigués, qui se sont embourgeoisés ou qui ont fait de la lutte un métier pour leur profit. Bénis ceux qui ont honte d'avouer qu'ils sont de gauche et de se dire socialistes. Bénis les dirigeants politiques qui, une fois déchus de leur poste, plus jamais ne mettent les pieds dans une favela ni apportent leur soutien à une manifestation. Bénis les femmes qui, à la maison, ont découvert que leur compagnon était le contraire de ce qu'il affichait hors de la maison et aussi les hommes qui luttent pour en finir avec le machisme qui les écrase. Bénis-nous nous tous qui, devant tant de misère qui fauche tant de vies humaines, savons qu'il ne nous reste pas d'autre vocation que de convertir des cœurs et des esprits et de révolutionner des sociétés et des continents. Surtout, bénis-nous pour que chaque jour nous soyons motivés par de grands sentiments d'amour de sorte que nous puissions cueillir le fruit de l'homme et de la femme nouveaux.

www.elortiba.org

Buenos Aires - Argentina Kaos en la Red

http://www.kaosenlared.net/noticia.php ?id_noticia=42613

Carlos Alberto Libanio Christo, mieux connu sous le nom de "Frei Betto" (1944), est un moine dominicain brésilien. théologien de la libération. Il est l'auteur de plus de 50 livres appartenant à des genres littéraires divers.

Traduction : Manuel Colinas pour Cuba Solidarity Project

Source : http://vdedaj.club.fr/spip/article.php3 ?id_article=819

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8 février 2009 7 08 /02 /février /2009 13:12
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