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3 mai 2010 1 03 /05 /mai /2010 08:43

fidel-e-che-che-pescano-foto-alberto-korda

Michel Porcheron

Parce qu’il préféra lire Stendhal ? A cause de la chaleur de ce 15 mai et de son asthme ? Par indifférence de l'argentin ? Toujours est-il que les deux Ernest se sont croisés sans se connaître.

Cependant, ce dimanche 15 mai de 1960 avait été présenté comme un jour historique et il le fut.

4972-fotografia-gCe fut en effet la seule fois où Ernest Hemingway et Fidel Castro se rencontrèrent et échangèrent quelques mots. Le (bon) prétexte était le bien connu "Concours de Pêche Hemingway", Tournoi de Pêche à l’Espadon, créé en 1950 dans le port mythique de Cojimar.

Le rendez vous de Barlovento fut une occasion exceptionnelle pour les photographes (comme s'il avait été organisé pour eux…) qui - en particulier au moment de la remise des trophées - ont mitraillé au maximum. Un bon nombre de célèbres photos noir et blanc (1) de Korda http://www.dominicwinter.co.uk/illustrations/il20684.html ou Salas ont immortalisé le face à face entre les deux géants (tous les deux mesurant un mètre 80 et plus, avec un avantage pour Fidel) qui, selon des témoins, ne dura pas bien longtemps. Hem ’ et Fidel ont échangé quelques mots sans s'appesantir. Les reporters de la presse écrite n'ont pas eu grand chose à glaner. Maintenus à distance raisonnable, qu'ont-ils pu relater pour leurs journaux ? Les sourires des deux hommes, la chemise à manches courtes et à minuscules carreaux de Hem ’, le treillis vert-olive de Fidel, leurs casquettes, le trophée gagné par l'amateur Fidel Castro, en tant que concurrent individuel ayant accumulé le plus fort total de kilos en trois prises.

"Sur ce qu'ils ont dit, pas grand monde n’est au courant", a déclaré Gladys Rodriguez, présidente de la Chaire Hemingway de Cuba (lajiribilla.cu, 20 juin 2009). Dans une interview accordée à Mabel Machado, Gladys Rodriguez précise: "Quand Fidel est venu visiter en 1989 le Musée Hemingway, qui fut durant 20 ans la maison de l'écrivain nord-américain, appelée La Finca Vigia, je lui ai demandé combien de fois ils s'étaient vus (avec Hemingway). Il m'a répondu à deux reprises, mais il ne se souvint de rien, sur le moment, quant à la seconde rencontre". Et cette fois là, manifestement, il n'y eut pas de photographes...

Peu après quatre heures de l'après-midi, le Che n’assista pas à la remise des prix. Il se retira discrètement, probablement épuisé par l'asthme et huit heures de mer. Il avait été l'un des premiers à arriver aussi discrètement sur les lieux, très tôt dans la matinée, pour se joindre à "l'équipage" de Fidel, à bord du yacht le Cristal.

Durant la partie de pêche, les photographes ne manquèrent pas de laisser de nouvelles traces éternelles de la présence discrète du Che. Comme toujours, à son insu.

Cristal vs El Pilar

Le Che, raconte Norberto Fuentes (Hemingway en Cuba, 1984, 712 p. avec le fameux prologue de Gabriel García Márquez (2), "est arrivé avec une édition du "Rouge et le Noir" de Stendhal à la main et un appareil photo Contax pendu autour du cou » (p.208). Etait avec lui le photographe Cata qui lui dit tout le bien qu'il pensait du Contax. "D’accord, mais il a été plus révolutionnaire que moi", expliquant qu'au Mexique il avait gagné grâce à lui suffisamment d'argent pour se procurer les balles dont ils avaient besoin.

Ils levèrent l'ancre peu après huit heures du matin, heure à laquelle était arrivé Fidel. Selon des témoins, il y avait environ 15 personnes à bord du Cristal - qui appartenait à Julio Blanco Herrera, le patron de la fabrique de bière La Tropical. Parmi elles, trois photographes cubains, Cata, Korda et Osvaldo Salas, Manuel Bell, moniteur de pêche et celui qui avait patronné l'évènement Hy Peskins, l'un des photographes nord-américains les plus connus et appréciés (Life).

Hemingway naviguait sur son yacht El Pilar et parfois même à courte distance du bateau de pêche de Fidel. La pêche et la compétition ont duré presque huit heures.

Il était arrivé avec le livre de Stendhal, le Che partit avec. Il en avait terminé la lecture, émerveillé, dans l'obscurité et la tranquillité d'une cabine du Cristal, après avoir tenté, sans succès, de participer à la pêche (1). Mais si le Che ne prit aucun poisson aiguille suicidaire, Korda lui "pêcha " avec sa "ligne" photographique et son génie plusieurs Che avec béret noir, chevelure au vent et sans chemise.

Cata, raconte Fuentes, s’adressa à Peskins qui avait déjà fait quelques photos du Che, lui disant comme un reproche : « Le Che sans chemise! … .Mais tu vas faire une photo exotique ». (exotica) En réalité, c'était Korda qui fit la photo "exotique", c'est-à-dire une nouvelle photo inoubliable.

Korda, encore lui

Deux mois avant, le 5 mars pour être précis, Albert Díaz Gutiérrez, dit Korda, travaillait pour le journal cubain Revolucion quand il capta l'image mythique du Che avec bien sûr ce jour là aussi barbe, béret de guérillero, et cheveux longs (à côté du Che … hors cadre de la photo légendaire il y avait Jean Paul Sartre et Simone de Beauvoir…). Korda fit cette photo -- aujourd'hui probablement la plus connue au monde -- durant la cérémonie en hommage aux victimes du sabotage du navire français "La Coubre" la veille le 4 mars, attentat attribué à la CIA.

Le Che pêchant + Korda, au moins lors d’enchères photographiques, a dépassé et de beaucoup et - toujours de Korda- Hemingway + Fidel, ce même jour du 15/05/1960. http: // www.dominicwinter.co.uk/illustrations/il20686.html

De toute évidence, à aucun moment, le Che n'a parlé d'Hemingway, ni prononcé son nom, ni tenté de s'en approcher, ne serait-ce que pour un simple salut à un des Dios de Bronce de la literatura, comme on disait alors à Cuba. …Probablement la fatigue…

Il n'a pas connu Hemingway et inversement. Ni ce jour là, ni un autre jour. Et personne à l'époque n'a pu savoir si le Nord-Américain était au courant de la présence d'Ernesto Che Guevara.

Dans le "coin" nord-américain se trouvait Valerie Danby-Smith, jeune et dernière secrétaire de l'écrivain, membre de l'équipage du Pilar, à côté de, naturellement, Gregorio Fuentes, et de l’épouse Mary Welsh et d'invités comme Toby et Betty Bruce, des vieux amis nord-américains dès les années 30 qui étaient venus avec leur bateau depuis Key West pour passer une semaine chez le couple Hemingway.

Valerie D-S, future épouse de Gregory Hemingway, l'un des trois fils de l'écrivain raconte : "Nous étions tous animés du meilleur esprit possible et bien préparés. Gregorio disposait des meilleurs appâts. L'expectative était grande. Mais la mer n'a pas voulu se mettre de notre coté. Durant les deux jours du tournoi, le cours du courant du Golfe a été réduit à une frange de quinze milles marins par l'est, au lieu de se déployer le long d'une centaine de milles (…) Tous les nombreux participants à la compétition ont maintenu leurs embarcations dans une zone réduite, tous dans le même espace, ce qui fit que presque tous durent pêcher dans le sillage d'autres bateaux (..) Une fois au moins, le bateau de Castro se mit à couple avec le nôtre et ont été formellement échangées les salutations de protocole" (p.146 et 147, in "Correr con los toros, mis anos con los Hemingway, 2005, Ed. Taurus, Madrid, traduction de « Running With the Bulls, My Years with the Hemingways", 2004).

"Il n'y a pas eu de chance avec la pêche", a ajouté l'auteure.

Elle poursuit son récit, témoignage direct, inédit et quelque peu différent de versions antérieures : "Ernest et Mary avaient en main leurs vielles jumelles prismatiques de la Marine américaine pour voir comment se déroulait la compétition. Mary les mit au point en direction du bateau d’ El Jefe (3) et à une occasion appela Ernest pour qu'il vienne jeter un coup d'œil. Ernest prit les jumelles et nous fit un bref rapport sur ce qu'il se passait sur l'autre bateau. Certes il n’était pas un pêcheur expérimenté, mais consciencieux oui il l'était : Fidel respecta les normes. Nous nous mimes à écouter ce que décrivait Ernest. El Jefe avait remonté le fil, mais sans essayer de s'emparer de la pièce tant que le poisson ne fut pas bien ferré, une fois l'hameçon bien avalé ".

Au cours des deux jours de pêche, Fidel eut à son actif trois captures et en raison du total par kilos, il gagna le premier prix individuel, ainsi que deux deuxièmes places.

Durant l'échange de la remise des prix, toujours selon Valerie D-S, Fidel a dit au prix Nobel qu'il était "un lecteur et un admirateur de son œuvre, spécialement de Pour qui sonne le glas. La stratégie utilisée par les francs - tireurs du roman lui avait donné quelques idées qu'il mit en pratique quand il était dans la Sierra Maestra", confia Fidel à l'Américain.».

Mary, Toby, Betty et Valerie serrèrent la main au gagnant (4). "La cordialité et le comportement affable du dirigeant, alors âgé de 32 ans, m'impressionna très agréablement. Vraiment pas la moindre marque d'arrogance : seulement une humilité révérencieuse et un plaisir bien réel en présence de l'un de ses héros".

Certains auteurs comme Osmar Marino Rodríguez, ont affirmé que les deux hommes « ont conversé sur des sujets communs durant quelques heures» (Hemingway, Un Campéon en La Habana ", 2006, Ed. Un sport, 150 p.). Ce qui ne semble en rien confirmé.

Hem et Fidel, après plusieurs et sincères poignées de mains ont pris congé. Que se sont-ils promis ? A bientôt ? A très bientôt ? A un de ces jours à la Finca Vigia ?

El Viejo ne savait pas que deux mois après …

Les dirigeants de l'INIT (Institut national de l'Industrie touristique) avaient organisé la compétition. Ils n'étaient pas des fonctionnaires anonymes. Ils s'appelaient Jesús "Chucho" Montané et Baudilio Castellanos, respectivement compagnon de lutte de Fidel lors de l'attaque de la caserne Moncada (26 juillet 1953) et avocat de la défense de certains de ces assaillants lors de leur procès. "Ils se souviennent qu’Hemingway s'était montré perplexe du fait du tumulte et de l'agitation qui s'étaient formés autour de ce Concours, sans aucun doute celui qui bénéficia de la plus grande publicité depuis sa création, mais il se montra bien disposé et collabora de bon gré" ( p. 211).

Selon Valerie Danby-(p. 145), le Concours (5) qui portait le nom d'Hemingway, constituait "l'un des grands événements de la saison, qui dans les années antérieures, attirait beaucoup de touristes. Avant la révolution, de nombreux amis d'Hemingway s'étaient rendus sur l'île avec ce motif, à bord de leurs propres bateaux, et la compétition s’annonçait acharnée. Maintenant, tous les bateaux expropriés aux Nord-Américains avaient été remis par le gouvernement à des groupes de travailleurs, en majorité des pêcheurs amateurs seulement. Fidel lui même avait projeté de participer avec l'un de ces bateaux".

Savait-il Hemingway qu'il était en train de vivre ses derniers mois à Cuba, dans sa maison cubaine la Finca Vigía ? Son anniversaire (le 61e) se passa sans grandes manifestations de joie le 21 juillet. Valerie D-S écrit : "Mary et moi avons été ensemble en ville lui acheter des cadeaux sans importance majeure. Les trois nous nous sommes acquittés de la formalité des expressions de joies, mais au plus profond il y eut comme un grand trou où se propageait l'écho d'une tristesse féroce, un chant de désespoir. Ernest n'avait pas la tête aux célébrations. Qui allait être la dernière. Le champagne avec lequel nous avons porté un toast à la santé et à l’avenir je le sentis aigre, sans bulle, quand je l’eus au palais ».

Ils prirent le transbordeur et arrivèrent le 27 juillet à Key West, Floride. Quatre mois après son départ de Cuba, E.H fut admis en urgence à la tristement célèbre clinique de Mayo. Il survécut un temps avec ses démons. Le chasseur Hemingway savait que sa dernière proie allait être lui-même.

Pour l'écrivain de New York Jerome Charyn, "Hemingway commit la plus grande erreur de sa vie : il quitta La Havane pour s’installer dans une maison aux allures de camp retranché, à Ketchum, dans l’Idaho". (Hemingway, Portrait de l’artiste en guerrier blessé », Gallimard, 1999).

(mp, 24 avril 2010)

1) - Une photo du Cubain Korda « Fidel Castro et Ernest Hemingway se serrant la main » (1960) a été vendue aux enchères le jeudi 4 mars 2010, dans la localité anglaise de South Cerney, dans le comté de Gloucestershire. Estimée à 1000 euros elle a été vendue (à peine) 2541 euros. Le record a été atteint par la photo « le Che pêchant", estimée à 2.200 euros et vendue 7.292 euros.

[presentation officielle: Che Guevara fishing, 1960 ?, gelatin silver print on fibre paper printed by Korda in 1978, numbered (0001/50), signed and dated by the photographer to lower margin with his embossed stamp centred below, 18.5 x 28 cm, matt mount.

À rare photograph, cropped and enlarged from à larger better known photograph which shows the back of Fidel Castro’s head, Castro being seated to Che Guevara’s left.]

Cinq autres photographies d’Alberto Korda, http://www.kordaporsiempre.com/home.htm où apparaissent Fidel Castro, Che Guevara et Camilo Cienfuegos ont fait partie du même lot d'enchères. Les autres photos montrent l'entrée à La Havane, le 8 janvier 1959, de Fidel Castro et Camilo Cienfuegos munis de leurs fusils. Une photo qui a lancé la carrière photographique de Korda et qui surtout a une grande valeur historique (prix de départ 2.200 euros, vendue 4.419 euros), une autre "Fidel jouant au golf" (600 et 3756 euros) « Fidel et le Che jouant au golf » (600 et 3204), « Che Guevara de profil » (884 et 3.093) et "Trois tanks et poster du Che » (165 et 2210 euros).

La maison Dominic Winter,

www.dominicwinter.co.uk/catcal/S269/P4.html#135441, avait acheté les photographies à Keith Cardwell, un photographe indépendant qui les avait achetées lui même à Korda peu avant sa mort en 2001.

(2) - L'encyclopédie (désormais) de référence "Historia de la literatura cubana »  (3 tomes, Letras cubanas 2005-2008, avec un total de 2100 pages) commente que « le livre de Mary Cruz « Cuba y Hemingway en el gran rio azul » (1981) et celui de Norberto Fuentes sont les contributions cubaines les plus notables sur l’étude de l'auteur du Vieil Homme et la Mer" (T III, p. 464).

(3)- « El Jefe », c’est le mot utilisé sans guillemets par Valerie Hemingway elle-même. Nous le reproduisons dans notre texte en français. Nous avons pu consulter la version en espagnol de son livre. Nous ignorons si dans la version originale, le terme est en anglais ou en espagnol dans le texte.

(4) - Le 13 mai, soit la veille du Concours 1960, Fidel Castro lors d'une intervention télévisée a répondu, entre autres, à une question portant sur le Concours et la pêche. Fidel a répondu qu'il allait pêcher cinq heures le premier jour et six le dimanche (les heures officielles du concours).

« Cette compétition (de l'INIT) est très bien, bien organisée et beaucoup de pêcheurs étrangers sont venus et il y a une concurrence internationale. Je ne me vante pas d’être un pêcheur, mais ils m'ont invité et ils m’ont dit aussi qu’Hemingway était prévu, je crois qu'il viendra demain et comme vous savez, il a toujours beaucoup défendu Cuba et la révolution. Il est un écrivain dont la présence ici, pour nous, est un motif de satisfaction; c'est la Compétition Internationale de la Pêche de l'Aiguille,« Prix Hemingway », et alors j'y vais, non parce que je me prends pour un pêcheur ni rien de semblable, mais parce qu'ils m'ont invité, et je voulais contribuer au succès : pour le moins je voulais encourager les companeros qui travaillent dans le tourisme (…). Jusqu'à présent j'ai eu de la chance, parce que les aiguilles sont venues, elles sont venues toutes seules. Maintenant, tout le monde peut avoir la certitude que si je gagne, je gagne. Et si je perds, je perds » (« si gano, es limpio y si pierdo, pierdo limpio », que l’on pourrait aussi traduire par: si je gagne, c’est franc-jeu, si je perds, c’est fair play).

(5) – Le Concours Hemingway a eu lieu jusqu'à 1958, réservé à une "bourgeoisie créole" (Urbano Fernandez,Cuba International). Le règlement de compétition a été partiellement rédigé par l'écrivain -pêcheur, qui achevait alors Le Vieil Homme et la Mer (1952).

Il n'y a pas eu de concours en 1959. Ni en 1961 et jusqu'à 1977. L'évènement a recommencé à avoir lieu avec un caractère international en 1978, dans la Marina Barlovento, après quelques années de célébration "modeste". Les membres des équipages étaient des Cubains. Des Cubains du peuple, des travailleurs.

Granma

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Published by cuba si lorraine - dans Cuba
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