blog des amis de Cuba en Lorraine
Cette photo atteste que ce reportage n'est pas une fiction, le concours du mois de juin : identifier et classer dans l'ordre les quatre larrons.
Pour un classement dans le désordre vous gagnez au choix, un filet garni ou une nuit avec Bernard Kouchner.
Pour un classement dans l'ordre vous gagnez au choix, un mojito au Havanita café, Paris 13ème, repère de nos larrons, ou une nuit avec Claude Allègre.
Envoyez vos réponses à :cubasifrance@wanadoo.fr avec en titre "unidos, productivos, efficientes" si vous avez gagné une nuit avec Kouchner ou Allègre veuillez préciser l'adresse de réception du colis.
LETTRE ET DESSIN DE LA HAVANE

Présent le 1er mai à La Havane, notre collaborateur (de l'Humanité) José Fort a suivi ce moment important de la vie nationale, où près d'un million de Habanais se retrouvent place de la Révolution et où l'on commentait, particulièrement cette année, l'éviction de deux ministres.
Cuba, toujours sous embargo économique nord-américain, reste une exception. Au plus fort des tourmentes, ce petit pays, par la taille, d'environ 12 millions d'habitants a toujours trouvé la force de résister. Huit mois après les cyclones qui ont ravagé la Grande Île et au beau milieu de la crise financière internationale, la capitale cubaine affiche insolemment sa joie de vivre. Des rues d'une propreté à faire pâlir de jalousie les maires des grandes métropoles, les transports publics enfin assurés grâce à un parc d'autobus chinois flambant neufs, des chantiers à la pelle, des nouveaux restaurants, des hôtels restaurés avec goût, des rues piétonnes, des marchés d'artisanat et une consommation exagérée de hamburgers entraînant une dangereuse tendance à l'obésité. Tout va bien à Cuba ? Les besoins sont immenses mais l'essentiel (santé, éducation, alimentation de base) est assuré.

Une rareté dans la région. José Lopez, rencontré dans la rue, connaît l'histoire de France. À ses questions sur les dates de l'exécution de Louis XVI et de Marie-Antoinette, nous restons évasifs. Lui, réparateur de mobylettes, il connaît tout cela par cœur. L'école cubaine reste une des meilleures au monde. José n'a pas défilé le 1er Mai place de la Révolution. « Je suis fatigué, place aux jeunes », dit-il, préférant ce jour-là « faire un bon gueuleton
et une bonne sieste ».

Ce n'est pas le cas du million d'habitants de La Havane que nous avons vus, en compagnie de Georges Wolinski et de plusieurs amis (1), manifester avec enthousiasme sous le slogan «Unidos, productivos, efficientes» (« Unis, productifs, efficaces » ndlr). À la tribune, Raul Castro avait troqué la tenue militaire pour la traditionnelle chemise cubaine (guyabera) et un chapeau de paille. Un signe en direction des paysans au moment où le gouvernement cubain distribue des terres et s'efforce de développer la production agricole ? La Havane, comme toujours, bruisse de toutes les humeurs, de toutes les rumeurs. Humeurs ? Les déclarations de Barack Obama au lendemain du sommet de l'Organisation des États américains, affirmant vouloir négocier avec Cuba « à condition que les autorités progressent en matière de liberté et de démocratie », provoquent de vives réactions avec, en tête, celle de Fidel Castro. L'ancien chef de l'État, devenu depuis sa maladie chroniqueur de luxe du journal « Granma », répond en substance avec vos centaines de milliers de prisonniers, les cinq Cubains maintenus au secret dans les prisons américaines, balayez déjà devant votre porte. Et Castro de souligner: «Nous n'imposons pas notre choix de société. Faites de même. » Quant à la publication par le département d'État d'une liste de pays « soutenant le terrorisme » sur laquelle figure Cuba, la réplique est cinglante :
« Cuba n'a jamais été mêlé au terrorisme, en revanche il a subi durant ces cinquante dernières années des milliers de sabotages. Un avion de ligne explosé en vol, des centaines de tentatives d'assassinats, des destructions. » Toutes ces actions criminelles ont été téléguidées depuis Washington.
Rumeurs ? La spécialité locale tourne ces derniers jours autour de l'éviction de deux ministres, et pas n'importe lesquels: Carlos Lage, présenté souvent comme le numéro deux du gouvernement, et Felipe Roque, l'ancien flamboyant ministre des Affaires étrangères. Officiellement, tous deux ont présenté leur démission et le seul commentaire connu à ce jour est signé Fidel Castro en personne. En quelques lignes, Fidel qualifie le comportement de ces deux personnages d' « indigne », ouvrant la voie à toutes les spéculations. L'argument d'un simple «remaniement gouvernemental » que l'on a voulu nous servir ne tient pas. À écouter certains, il s'agirait d'une affaire de corruption. Pour d'autres, d'un conflit de générations. En fait, l'affaire est plus simple et plus grave. Les deux ministres se seraient fait piéger par un homme d'affaires basque espagnol sur un contrat portant sur plus de 30 millions de dollars (23 millions d'euros). Plus sérieux encore, une soirée arrosée, du genre de celle où on se laisse aller, réunissant les deux ministres et l'Espagnol a été enregistrée. Une vidéo de 3 h 50 circule actuellement dans les sphères dirigeantes et il n'est pas exclu qu'elle soit un jour ou l'autre diffusée à la télévision. Carlos Lage a été déchargé de ses responsabilités mais reste dans l'appareil gouvernemental tandis que Felipe Roque occupe désormais un poste à la télévision nationale. Quant à l'homme d'affaires espagnol coincé à l'aéroport de La Havane en possession de documents compromettants, il aurait été expulsé du pays. À Cuba, on ne badine pas avec ce genre d'affaires. -K
José Fort
(1) Charly Bouhana, président de Cuba Si France, et Alain Martin, d'Info-com CGT.