blog des amis de Cuba en Lorraine

Le Nicaragua possède une histoire triste, remplie de rebondissement. Ce petit pays situé au cœur de l'isthme de l'Amérique centrale est, malheureusement, le deuxième le plus pauvre en Amérique, après Haïti. Son histoire permet d'expliquer cette situation.
La colonisation et les débuts
| Tout comme ses confrères d'Amérique centrale, le peuple nicaraguayen provient d'un mélange d'Amérindiens présents lors de la colonisation et d'Espagnols. Les premiers habitants du Nicaragua étaient des peuples autochtones venus du Mexique qui s'établirent près de l'île d'Ometepe. Des troupes indigènes venues de Colombie s'établirent quant à elles sur la côte Atlantique. Deux d'entre-elles y vivent encore aujourd'hui : les Mosquitos et les Mayagnas. En 1502, Christophe Colomb longe les terres du Nicaragua, mais n'y reste guère longtemps. En 1522, l'Espagnol Gil González Dávita tente de coloniser le pays. Cependant, l'homme qui réussit cet exploit est Francisco Fernandez de Cordoba en 1523. Il est, entre autres, le fondateur des villes de Granada et de Leon. En 1570, le Nicaragua est dépendant de la capitainerie générale du Guatemala. Le nom du pays vient du chef indien Nicarao qui fut un allié des Espagnols. En 1821, les cinq pays centraméricains (Guatemala, Salvador, Honduras, Nicaragua et Costa Rica) obtiennent leur indépendance de l'Espagne et deviennent des provinces du Mexique jusqu'en 1823. Ils forment ensuite les Provinces-Unies d'Amérique centrale qui seront rompues en 1838 pour former les cinq pays centraméricains. Le Nicaragua est une région stratégique, car son principal fleuve, le San Juan, unit la mer des Caraïbes au lac du Nicaragua. Il permet donc d'aller au cœur même du pays, vers ses plaines fertiles. Les Américains ont toujours eu un intérêt pour le Nicaragua, et ce, dès le début du XXe siècle, car c'est dans ce pays que se trouve la route la plus aisée pour se rendre de New York à Los Angeles (à l'époque). |
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En effet, il suffit de passer par le Rio San Juan, de franchir quelques kilomètres en diligences pour se rendre à la côte ouest du pays et de naviguer jusqu'en Californie.
Entre 1855 et 1857, William Walker, un aventurier américain, s'autoproclame président du Nicaragua dans le but d'annexer le pays aux États-Unis. Il est chassé le 14 septembre 1857 par les deux partis politiques du pays, soit les libéraux et les conservateurs. Les conservateurs prennent le pouvoir de 1858 à 1893. Ils proclament la séparation de l'Église et de l'État et essaient de se distancer des États-Unis.
En 1893, le général José Santos Zelaya prend le pouvoir par un putsch militaire. Il poursuit la modernisation de son pays et entame la construction d'un chemin de fer. Il organisme des réformes au niveau de l'éducation et met en place une constitution démocratique. En 1903, les États-Unis proposent au Nicaragua de creuser un canal interocéanique afin de pouvoir accéder de l'océan Atlantique à l'océan Pacifique par la voie navale. Zelaya refuse, car les États-Unis demandent le droit exclusif de cette construction et les conditions du contrat portent atteintes à la souveraineté du pays. Un canal sera finalement construit au Panama, région échangée à la Colombie par les États-Unis contre des îles appartenant (et donc volées) au Nicaragua.
En 1909, les États-Unis arment le Nicaragua et appuient le coup d'État d'Adolfo Díaz contre Zelaya. Le gouvernement américain se donne le droit d'intervenir dans les affaires internes du Nicaragua et de contrôler son gouvernement. En 1910, un commissaire s'installe à Managua (la capitale) pour imposer les directives de Washington. Díaz demande l'aide militaire américaine pour l'aider à mater le début d'une rébellion paysanne. Une base militaire américaine est installée au Nicaragua pour le protéger
« Si 100 hommes aiment le Nicaragua comme je l'aime, le Nicaragua sera libre ! »
- Sandino, 1893-1934
En 1926 arrive Augusto César Sandino, homme politique au Nicaragua, qui ranime le nationalisme chez le peuple nicaraguayen. Il combat incessamment la domination américaine. Entre 1927 et 1933, il met sur pied l'Armée de Défense de Souveraineté Nationale qui lutte contre les troupes américaines. Les Américains créent et entraînent la Garde Nationale (corps militaire désigné pour maintenir la paix dans le pays), ayant comme dirigeant Anastasio Somoza, pour se défendre. Les troupes américaines finissent par quitter le pays en 1933, mais elles suppriment avant de partir l'armée et la police nicaraguayennes. La Garde Nationale devient ainsi la seule autorité. Juan B. Sacasa, un libéral, est élu président.
| En 1934, Sandino est assassiné par la Garde Nationale. Il deviendra un héros du nationalisme nicaraguayen. Profitant du nouveau pouvoir de la Garde Nationale, Somoza organise un coup d'État. Il gardera le pouvoir jusqu'à sa mort et sa famille régnera sur le pays jusqu'en 1979. Somoza en profite pour s'accaparer des richesses du pays. Au milieu des années 1950, on estime la fortune d'Anastasio à une cinquantaine de millions de dollars. Anastasio Somoza est assassiné en 1956 par le poète Rigoberto Lopez Perez, qui dit échanger sa vie contre la liberté de son peuple. L'ambassadeur américain intervient pour que la gérance du pays soit passée au fils de Somoza, Luis Somoza. | |
La dictature de la famille Somoza se poursuit. Cependant, Luis a une vision plus démocratique et moderne que son père, vision désapprouvée par son frère, Anastasio Somoza Deblaye, qui a remplacé son père à la direction de la Garde Nationale. Luis décède de façon suspecte en 1956. Deux présidents lui succèdent (des amis de la famille) mais c'est Anastasio Somoza Deblaye qui est le vrai maître du pays. En 1967, il est enfin le président du Nicaragua grâce à l'appui des Américains. La corruption se poursuit. Suite à un tremblement de terre en 1972 qui dévaste la ville de Managua, Somoza détourne l'aide internationale à son profit.
Le Front Sandiniste de Libération Nationale
Pendant ce temps, en 1961, de jeunes intellectuels forment un groupe de guerillos baptisé le Front sandiniste de libération nationale (FSLN) nommé ainsi en l'honneur de Sandino, afin de mettre fin au règne des Somoza.
En 1974, un commando du FSLN prend 35 dignitaires en otage, dont l'ambassadeur américain. En échange de leur libération, le FSLN obtient la libération de 14 prisonniers politiques, dont Daniel Ortega qui deviendra le leader du groupe, la publication d'un communiqué anti-somoziste et un montant de 1 million de dollars. Suite à ces actions, Somoza donne tout pouvoir à la Garde Nationale. En 1978, Pedro Joaquin Chamorro, directeur du journal La Prensa et figure de l'opposition est assassiné par les services secrets somozistes. Une grève nationale est décrétée.
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| Le FSLN réussit à s'emparer de l'Assemblée Nationale pendant 48 heures. Les luttes se poursuivent durant l'année. C'est la population qui en subit les dommages ; plus de 10 000 sont massacrée et des villes sont détruites. Les efforts du FSLN, familièrement appelé «les Sandinistes», seront récompensés le 17 juillet 1979 puisque Somoza quitte le pays (avec une grande partie des coffres de l'État). Le 19 juillet (décrété fête nationale), les troupes du FSLN mettent en place un gouvernement révolutionnaire à Managua. Contrairement à de nombreux gouvernements qui prennent le pouvoir par la force, le FSLN entreprend de mettre sur pied une série de politiques sociales en faveur du peuple. Il lance une réforme agraire, une campagne pour alphabétiser 400 000 personnes et un programme de santé couvrant tout le pays. Il nationalise les biens non productifs et les propriétés du clan Somoza. Il promet aussi des élections d'ici 1985, au maximum. Il instaure la Charte fondamentale des droits et des garanties du peuple du Nicaragua. |
La guerre civile et les élections
En janvier 1981, Ronald Reagan entre en fonction aux États-Unis. Le Nicaragua devient une de ses obsessions. Le gouvernement américain s'oppose alors au règne des Sandinistes qui favorisent un régime marxiste et entretiennent de bonnes relations avec Cuba. De plus, Reagan ne veut pas que les pays d'Amérique centrale acquièrent trop d'indépendance. Dès le premier avril 1981, il suspend l'aide américaine au Nicaragua en invoquant que les Sandinistes aident la guérilla salvadorienne et qu'ils sont communistes.
En 1983, arrive la contra au Nicaragua. Il s'agit d'une rébellion financée par les Américains qui a pour but de nuire au gouvernement sandiniste. Ce mouvement contre-révolutionnaire est composé de mercenaires, d'ex-membres de la Garde Nationale et de paysans qui s'opposent au nouveau gouvernement. Ils sont concentrés près des frontières du pays, soit au El Salvador et au Honduras.
Les élections sont prévues pour la fin de 1984. En ce début de l'an 1984, les États-Unis minent les eaux de plusieurs ports nicaraguayens. De nombreux bateaux du Nicaragua et d'autres pays sont endommagés. La plupart des ports doivent fermer pour environ deux mois et les autres ports sont évités par les bateaux étrangers, ce qui a pour effet de diminuer la fréquentation des ports ainsi que d'augmenter les primes d'assurances, nuisant ainsi à l'économie locale. Il fut prouvé par la suite que les mines furent posées par des agents américains. Les Américains survolent aussi à basse altitude le Nicaragua et envahissent leurs eaux territoriales. Le Nicaragua décrète l'état d'urgence.
| Les Sandinistes ont décidé de rendre l'élection possible à tous. Il suffit de déposer un nom, un symbole graphique et un programme politique pour pouvoir se présenter comme candidat. Les Américains présentent Arturo Cruz comme candidat (Cruz qui avoua plus tard avoir été payé par la CIA 6 000 dollars américains pour chaque mois de la campagne électorale). Cruz devait se retirer au dernier moment et affirmer que l'élection était truquée. De plus, Enrique Bolaños Beyer, actuel président du pays, est leader du COSEP, un groupe pro-entreprise privée. Les membres de ce groupe sont des anciens amis de Somoza. Ils ont comme plan, toujours avec l'aide la CIA, de détruire la crédibilité du scrutin. Un des plans était de faire croire, peu avant le scrutin, l'arrivage d'avions de chasse russes au Nicaragua. L'élection a lieu le 4 novembre 1984. Le candidat du parti sandiniste, Daniel Ortega, est élu à 67 %. La population participe à 75 %. Cinq cents observateurs étrangers sont présents et attestent la régularité du scrutin. Cependant, les États-Unis contestent cette élection. | |
Les États-Unis déclenchent un embargo commercial total envers le Nicaragua dès 1985. Cet embargo a pour effet d'asphyxier économiquement le régime sandiniste. Celui-ci n'a guère le choix que de se tourner vers la seule autre puissance mondiale à cette époque : l'URSS. Le gouvernement Reagan voit là une menace communiste grandissante et déclare du même coup l'urgence nationale. L'aide aux contras s'intensifie et ceux-ci continuent à opérer pour les Américains. La guerre civile fait de plus en plus de ravages. Les Américains ont l'idée de ne pas s'en prendre directement à l'armée, mais bien aux infrastructures du pays, puisque les Sandinistes ont promis de les rebâtir. De plus, ils frappent toujours de façon éclair en laissant supposer que c'était le gouvernement sandiniste qui en a été l'investigateur. Des cliniques, des écoles, des coopératives agricoles, des matériaux de construction, des lignes de téléphones sont attaqués. Les routes sont minées, blessant de nombreux innocents. L'embargo empêchant les médicaments d'entrer dans le pays, de nombreux blessés meurent faute de soins adéquats. La CIA fait aussi appel à des soldats argentins endurcis pour enseigner aux contrascontras, voient l'aide venant des États-Unis augmentée. Trois prêtres sont au sein du gouvernement. Le Vatican les fait relever de leur sacerdoce et condamna la théologie de la libération. Le but de toutes ces tactiques est d'obliger les Sandinistes à consacrer leurs ressources à la guerre civile, les empêchant ainsi d'investir dans les services sociaux. comment commettre des atrocités sur la population. Le Honduras et le Salvador, qui abritaient les
L'objectif des États-Unis fut atteint. Les projets révolutionnaires ne purent être réalisés. L'embargo américain étouffa le pays. Les contras obligèrent le pays à s'armer. À la fin des années 1980, 60 % du budget allait à la défense du pays, retardant ainsi la réalisation des politiques sociales. La guerre que mena l'administration Reagan contre le Nicaragua fit 57 000 victimes, dont 29 000 morts, et laissa le pays en ruine.
Le tribunal
En 1986, le « Irangate » éclate au grand jour qui révèle que les États-Unis auraient vendu pour 50 millions de dollars américains d'armes à l'Iran (la guerre Iran-Irak sévissant à ce moment au Moyen-Orient) et que l'argent amassé par ces ventes avait financé les contras. De plus, des trafiquants de drogues nicaraguayens furent financés par le biais de l'aide humanitaire américaine pour qu'ils puissent acheminer des armes aux contras et les approvisionner.
Le Nicaragua décide de poursuivre le gouvernement américain devant la cour internationale de justice de La Haye. Le tribunal condamne le gouvernement américain pour le minage des ports qui avait endommagé des navires neutres, pour le sabotage d'oléoducs sous-marins, pour celui d'une partie d'un terminal pétrolier, pour une attaque aérienne et navale contre le port Cortino (attaque qui détruisit cinq réservoirs de pétrole), pour ne nommer que cela. «Dans tous ces cas, décréta la Cour, les États-Unis avaient planifié, dirigé et exécuté ces attaques, même si aucun militaire américain n'y participait. En d'autres termes, les États-Unis [ont] directement attaqué le Nicaragua, et violé la charte des Nations Unies et d'autres traités internationaux.» Le tribunal condamne aussi le financement aux contras qui fit passer le nombre de rebelles de cinq cents à dix mille, ainsi que les enseignements qu'ils reçurent. Ce financement constituait «une violation claire et injustifiée du principe de non-intervention dans les affaires d'un pays souverain.» Et même si, dans le cas où le gouvernement du Nicaragua s'apparenterait au communiste, cela n'aurait pas justifié les actions des États-Unis. Le tribunal condamne aussi la raison invoquée pour interrompre l'aide au Nicaragua en 1981 (soit la fourniture d'armes au Salvador par le Nicaragua), car cette raison était non fondée. L'embargo commercial est considéré comme une violation des traités. Le tribunal mandate le gouvernement américain de mettre fin aux crimes et de dédommager le Nicaragua. Il réclame 370 200 000 de dollars américains.
Les États-Unis déclarent qu'ils ne se plieront pas à ce jugement, car ils considèrent qu'il était fait par une cour qui n'avait pas les compétences pour juger ces événements. Le Nicaragua se présente alors devant le Conseil de sécurité des Nations Unies et demande l'adoption d'une résolution réclamant que tous les États respectent le droit international. Les États-Unis font valoir leur droit de veto ; la résolution n'est pas acceptée. Le Nicaragua va ensuite voir l'Assemblée générale des Nations Unies et présente la même résolution. Les États-Unis, Israël et El Salvador s'y opposent. Le Nicaragua représente la même résolution l'année suivante ; seuls les États-Unis et Israël s'y opposent. Les poursuites échouèrent et le Nicaragua ne put jamais être dédommagé. Les poursuites furent abandonnées en 1990 lorsqu'un gouvernement favorable aux États-Unis fut élu au Nicaragua.
La décennie 1990 à ce jour
Pendant ce temps, en août 1987, les cinq pays de l'isthme de l'Amérique centrale signèrent un accord de paix : le plan Esquipulas. Peu après, des négociations sont entamées entre les Sandinistes et les contras. Les deux partis acceptent le cessez-le-feu. L'état d'urgence est levé au Nicaragua. En 1989, les pays d'Amérique centrale s'entendent pour démanteler les bases des contras. Mais le non-respect de cet accord amène les Sandinistes à lever le cessez-le-feu en novembre 1989.
| | Des élections sont à nouveau prévues pour le mois de février 1990. Les États-Unis intensifient leur soutien aux contras. Le message est très clair : si le gouvernement sandiniste est encore élu, la guerre et la crise économique se poursuivra. L'UNO (Union Nationale de l'Opposition) est créée. Il s'agit d'une coalition de 14 partis politiques de toutes tendances (dont le parti communiste d'obédience trotskyste). Leur représentante, Violetta Chamorro, entre au pouvoir le 25 avril 1990. Les États-Unis ont investi 45 millions dans la campagne électorale de l'UNO. Entre 1991 et 1992, le Fonds Monétaire Internationale et la Banque Mondiale obligent le Nicaragua à payer ses dettes. Des programmes d'ajustements structurels sont mis sur pied. L'écart entre les riches et les pauvres s'intensifie de jour en jour. En même temps, les recontras, anciens contras, continuent à semer la terreur dans le pays pendant que les recompas, anciens Sandinistes, sèment eux aussi la violence. Les deux groupes s'affrontent dans tout le pays. En 1996, l'Alliance libérale, et son représentant, Arnoldo Alemán, prend le pouvoir du pays. L'ouragan Mitch ravage le pays en 1998. Il en résulte d'importantes destructions et de gigantesques inondations. D'importantes coulées de boues font plus de 3 000 morts. Alemán détourne les fonds destinés à l'aide internationale. On estime officiellement la corruption à 100 millions de dollars et officieusement à 700 millions de dollars. Jamais le Nicaragua ne fut autant vidé par son gouvernement. |
Alemán est maintenant prison pour blanchissement d'argent, corruption, enrichissement illicite et malversations dans l'utilisation des fonds publics depuis 2002. Le nouveau président est Enrique Bolaños Beyer depuis le 10 janvier 2002. Celui-ci ne contrôle pas réellement le pays, car ceux qui soutenaient Alemán sont encore au pouvoir. De plus, Alemán donne ses directives à l'aide d'un cellulaire de sa prison à sa femme et ses deux filles qui sont à la tête du gouvernement. Bolaños est aussi très influencé par les chefs religieux qui abordent une lignée de pensée très à droite.
De son côté, Daniel Ortega continuera de se présenter à chaque élection et vous connaissez la suite, Sandino est revenu !