Qui, mieux que son meilleur ami de l'époque (dès 1942...), pourrait nous parler de la passion du Ché pour le rugby ?
Portrait ALBERTO GRANADO
L'œil vif, débordant d'activité, l'ancien N°9 (demi de mêlé) de Cordoba à 81 ans raconte comment il fût l'autre argentin de la « Revolucion Cubana », un peu grâce au rugby :
Quelle relation entre le rugby et le Ché ?
J'ai connu Ernesto par mon frère Thomas, le gamin de 14 ans voulait pratiquer le rugby. Les autres équipes ne voulaient pas de lui par peur de jouer avec un asthmatique. Malgré sa maigreur il possédait une force physique surprenante. Pour cela et pensant que le sport était le meilleur remède pour l'asthme, nous l'avons accepté dans une équipe, mais de second niveau. Il possédait un excellent plaquage, à la hauteur des coudes... C'était un enthousiaste du rugby. Son père dira qu'il en reteint les enseignements de l'esprit d'équipe, de la discipline et du respect de l'adversaire. Vous avez joué ensemble ?
A Cordoba. On l'appelait « FUSER » : Furibond de la Serna (de son nom : Ernesto Guevara de la Serna). Nous pratiquions le rugby à contre courant de l'époque, et particulièrement des courants de Buenos Aires, où le rugby comme le golf, étaient d'abord des sports d'élite réservés à la haute société. C'était avant les Pumas et la renommée mondiale du rugby argentin. « Nous, c'était pour le défi, la compétition ! » D'ailleurs Ernesto vécu un jour une descente de police pour une accusation de divulgation de propagande communiste, alors qu'il participait à la rédaction d'un article dans « Tackle » (plaquage), commentant les différences de classes dans la pratique du rugby argentin.
Et vous êtes devenus amis ?
A tel point que nous avions décidé de partir en moto, « Fuser », 2nd chef de l'expédition et « Petiso » comme il m'avait surnommé, 1er chef. Nous voulions réaliser tous les deux, un grand tour d'Amérique Latine, refusant les aides classiques pour la recherche médicale pour lesquelles il fallait aller pleurer dans les ministères. Nous avions opté pour l'aventure empirique et le contact avec la réalité de la maladie, car nous projetions d'étudier la lèpre. C'est la rencontre au Mexique avec Fidel qui interrompit l'expédition. Depuis quand vivez-vous à Cuba ?
Depuis 1961, au commencement de la Revolución. Je voyais Fidel comme un véritable leader, qui pouvait changer les choses en Amérique Latine. Grâce au Ché j'ai pu participer, comme chercheur biochimiste, au travail réalisé par le gouvernement de Fidel dans le cadre de la santé publique.
Et vous faites partie, encore aujourd'hui, des personnalités à Cuba, tandis que le Ché en est parti, lui ?
En fait jamais il n'avait pensé rester à Cuba. Fidel l'a convaincu. Ernesto était une des rares personnes que El Comandante écoutait. Il avait une certaine influence, mais pas les responsabilités de gérer un pays. Il a seulement aidé Fidel pendant un temps, mais je pense qu'il était de ceux qui se sentaient capables de « défaire le mal fait », c'est à dire aider les peuples à ce libérer. Il a toujours dit que la seule méthode pour cela était la lutte armée. Je pense que Fidel l'avait compris. Et maintenant, comment vous occupez-vous ?
Je suis assesseur de nombreuses institutions ayant une relation avec le Ché, à Cuba, au Venezuela et en Argentine. J'ai d'ailleurs fondé le premier musée du Ché d'Amérique, en Argentine. En plus de ces nombreuses responsabilités, je pratique toujours l'exercice physique... c'est clair, moins le rugby, mais toujours le golf que j'ai appris à Cuba, un pays socialiste ! Et je marche quelques kilomètres chaque jour, car c'est le secret de la forme, avec cette devise : « le sport comme travail, et le travail comme sport... et un petit rhum chaque jour après le bain ».