blog des amis de Cuba en Lorraine
Rahier, Gilles
n°48, avril-juin 2009
Alors qu’historiquement, les Etats-Unis sont toujours intervenus, parfois de façon dissimulée, dans cette partie du monde lorsque le « péril rouge » menaçait leurs intérêts : Fidel Castro à Cuba, Augusto Pinochet au Chili, etc. 1. Depuis l’élection d’Hugo Chávez en 1999, on assiste à un renouveau des partis de la gauche et de leurs idées, qui changera complètement les conventions traditionnelles de la politique en Amérique Latine. Derrière l’omniprésent Hugo Chávez, représentant le renouveau de la gauche latino-américaine et digne successeur de la révolution de Fidel Castro face à « l’impérialisme américain », des leaders charismatiques de gauche émergent et prennent le pouvoir démocratiquement, en contrepoint des partis traditionnels.
Au cours des dernières années on a vu apparaître, successivement, « Lula » au Brésil, Evo Morales en Bolivie, Daniel Ortega au Nicaragua, Raphael Correa en Equateur et les Kirchner en Argentine2. Le dernier pays en date est le Paraguay où, après plus de 60 ans de présence du parti conservateur Colorado, est apparu au pouvoir Fernando Lugo, ancien évêque de gauche de l’Alliance Patriotique pour le Changement (APC). Cependant, on peut diviser cette gauche en deux courants distincts : un plus « progressiste » et modéré (Lula, Lugo, Kirchner) et de l’autre côté le bloc anti-impérialisme, encore plus à gauche, emmené par Hugo Chávez. Cette dernière entame des rénovations constitutionnelles importantes3, donne plus d’importance aux groupes indigènes et tente de s’émanciper de son voisin du Nord.
L’actuelle situation bolivienne est intéressante car on pourrait, comme le fait le journaliste Maurice Lemoine du Monde Diplomatique, l’appeler « la bataille de Bolivie » 4. Les changements constitutionnels prônés par Evo Morales sont fortement appuyés par ses alliés naturels de la gauche « réformiste » (Equateur, Venezuela, Nicaragua, Cuba), mais aussi pour la première fois, par une structure assez récente, l’UNASUR (Union des Nations sud-américaines) 5. Jusqu’alors plus symbolique qu’efficiente, cette réunion de tous les pays d’Amérique du Sud prendra position contre une « rupture institutionnelle » en Bolivie, donc contre les séparatistes des régions orientales du pays. Elle protège ainsi le gouvernement élu démocratiquement et empêche l’escalade de la violence dans les régions dissidentes. La réforme constitutionnelle a d’ailleurs été acceptée par référendum national le 25 janvier de cette année, avec une majorité de 60 % de oui et une participation populaire record. Un nouveau paradigme naît en Amérique latine, qui n’implique plus les Etats-Unis dans des décisions supranationales.
Le « Socialisme du XXIe siècle », prôné par le courant « chaviste », va permettre la création de structures supranationales capables de s’opposer au néolibéralisme et à l’influence des Etats-Unis sur le continent : l’accord Petrocaribe, rassemblant 19 pays, va permettre au Venezuela de vendre le pétrole à des prix plus bas que ceux du marché ; l’UNASUR dont nous avons déjà parlé ; le MERCOSUR, dont l’accord de Cuzco de 2004 prévoit une intégration progressive à une union politique et économique de toute l’Amérique du Sud, sous une forme semblable à l’Union Européenne ; l’ « Alternative bolivarienne pour les Amériques » (ALBA), réunissant le Venezuela, Cuba et la Bolivie, qui a permis par exemple l’échange de médecins cubains contre du pétrole vénézuélien ; et le refus d’implication dans la ZLEA (Zone de Libre Échange des Amériques), grand marché prôné par l’administration américaine, prévu de l’Alaska à la Terre de Feu.
On assiste donc, en ce début du XXIe siècle, à une réémergence et une rénovation de la gauche, en opposition aux partis traditionnels de gauche européens. Comme le remarque Ignacio Ramonet, redacteur en chef du Monde Diplomatique jusqu’en janvier 2008, « alors que sur le vieux continent, la construction européenne a eu pour effet de rendre impossible toute alternative au néolibéralisme, au Brésil, en Argentine, en Bolivie et en Equateur, inspirés par l’exemple vénézuélien, des expériences se succèdent et font vivre l’espérance d’une émancipation des plus pauvres »6.