blog des amis de Cuba en Lorraine
La nouvelle fait couler des tonnes d’encre dans le monde dès très tôt ce vendredi : les équipes de négociateurs du Président légitime du Honduras, Manuel Zelaya et du chef du régime de facto Roberto Micheletti signeront à Tegucigalpa un accord en huit points incluant la restitution du Président légitimement élu, si le parlement l’approuve et la Cour Suprême de Justice donne son aval.
Dit seulement comme ça il y aurait de quoi se réjouir et célébrer la fin de la crise dans ce pays centraméricain comme l’a fait le Département d’État des Etats-Unis par le biais de la Secrétaire d’Etat Hillary Clinton, depuis Islamabad, au Pakistan où elle effectue une visite.
La question a cependant des nuances et nous jugeons nécessaire de nous arrêter deux secondes pour analyser certaines d’entre elles.
En premier lieu, c’est un paradoxe que ce soient précisément ceux qui ont essayé de donner un caractère légitime au putsch : le parlement et la Cour Suprême qui soient chargés de restaurer l’ordre institutionnel qu’ils ont, eux-mêmes brisé, et de restituer à son poste le Président déchu le 28 juin.
Sera-t-il possible que ces deux pouvoirs de l’État soient à même de réussir, comme le signale l’accord, à « faire revenir tout le pouvoir exécutif au statu quo d’avant le 28 juin 2009 » date du putsch ?.
Cela impliquerait la restitution de toutes les attributions au Chef de l’État y compris le commandement des Forces Armées. Rappelons qu’en vertu de la loi, celles-ci sont passées hier sous les ordres de la Cour Suprême Électorale jusqu’à la tenue des élections mais il est peu probable que le Président redevienne le Commandant Général de l’Armée avant la fin de ce mandat.
Dans ses premières déclarations après l’annonce de l’accord, le Président Manuel Zelaya lui même a reconnu que son retour sera un processus graduel et qu’un calendrier n’a pas encore été décidé pour y parvenir.
Il y a quelque chose qui attire énormément l’attention : que tout le monde doive se prononcer sur la légitimité des élections du 29 novembre et on a l’impression que les négociations et le consensus avaient uniquement pour but de sauver les élections et rien de plus.
De fait, le Sous-secrétaire d’État étasunien pour l’Amérique Latine, Thomas Shannon, qui était arrivé au Honduras pour faire pression et accélérer l’accord, a assuré que son pays appuiera tout le processus électoral et, dans son euphorie, il est allé même jusqu’à qualifier de « Héros de la Démocratie » les négociateurs et à mettre en exergue le supposé « leadership politique » de Micheletti.
D’autre part, au milieu de l’avalanche de nouvelles rien n’est dit sur la principale revendication des secteurs populaires et du Front National de Résistance au putsch : la convocation d’une Assemblée Constituante afin d’introduire des réformes urgentes dans la Constitution.
La Constitution actuelle a été rédigée, rappelons-le, dans les années 80 du 20e siècle quand le Honduras était occupé militairement par les Etats-Unis et elle contient des absurdités telles que le fait de proclamer traîtres à la patrie ceux qui prétendront la réformer comme si elle avait été rédigée pour avoir une plus longue vie que Mathusalem le personnage de la Bible. .
Le sujet s’est évaporé au sein de la commission de négociation dont l’objectif prioritaire est, nous insistons là-dessus, de légitimer les élections d’où sortira un gouvernement de droite formé par un des deux partis traditionnels ; le Parti Libéral et le Parti National, enclins tout les deux à servir les intérêts du patronat et des Etats-Unis.
Tout semble indiquer alors que, pour ce qui des intérêts légitimes du peuple du Honduras, l’accord qui vient d’être conclus arrive trop tard et contient trop peu.
RHC