blog des amis de Cuba en Lorraine
Yoani Sanchez "déguisée" pour le débat sur internet
Nelson P Valdés
Cuba-L Analysis (Albuquerque, Estados Unidos)
18 novembre 2009
I’m singing
When the cat’s away
The mice will play
Political violence fill ya city
Yeah-ah
Don’t involve rasta in your say-say
Rasta don’t work for no CIA
Bob Marley et les Wailers
Le 29 Octobre la revue cubaine "Temas" a tenu sa réunion-débat mensuelle (à la Havane) qui en est venue à s’appeler "Le dernier jeudi" [car elle a lieu le dernier jeudi de chaque mois]. La discussion a porté sur Internet et la culture cubaine. C'est un sujet extrêmement compliqué, et d’autant plus compliqué dans le cas de Cuba, vu que la question de l'utilisation et de l'accès à Internet ont été politisés par les opposants au gouvernement de l'île. Internet, dans le même temps, est devenu l’un des nombreux instruments utilisés par le gouvernement des USA pour projeter sa politique extérieure et influencer les processus internes du reste du monde. [1]
Pendant la discussion du Dernier Jeudi, la blogueuse Yoani Sánchez a demandé la parole , qui lui a été accordée. Sa première intervention a été pour remettre en cause l'argument selon lequel c'est la largeur de bande passante qui fait que la majorité des Cubains n'a pas accès à Internet.
J’ai traité ce thème d'Internet à Cuba dans des travaux précédents [2]. Dans cet essai j’ai exposé la thèse selon laquelle la largeur de bande passante est un élément essentiel dans le type de topologie et d'architecture qu'un pays peut avoir car le nombre d'utilisateurs et la rapidité de la transmission des données en sont affectées. Cet argument est actuellement bien connu du grand public. Cette thèse, évidemment, se base sur les prix de connexion (lignes numériques, serveurs, routeurs, etc.) et, de plus, il faut tenir compte de la manière dont l'accès se fait, par satellite ou par un autre moyen. Dans les pays très industrialisés, le coût par personne serait meilleur marché puisque l'infrastructure nécessaire serait à la portée des personnes qui ont suffisamment de ressources - en d'autres termes, l'économie d'échelle réduirait le coût par usager. Pour une population moins nombreuse et des recettes plus petites, le coût de la connexion augmenterait considérablement.
Ces éléments économiques ne sont généralement pas pris en compte dans le débat sur la connectivité. Cependant, il existe bien au niveau mondial une "fracture numérique". Cette même inégalité se retrouve aussi à l'intérieur de nombreuses sociétés. Et on peut rencontrer l'inégalité d'accès à Internet - et à des plus grandes vitesses - jusque dans les sociétés les plus développées. [
À cela il faut ajouter que le modèle d'utilisation du monde capitaliste est fondé sur une utilisation individuelle, avec un ordinateur fixe à la maison ou portable, dont la majorité des pauvres du monde ne dispose pas.
En outre, il convient de remarquer qu'Internet est la négation, de par sa nature même, de toute une série d'anciens paramètres. D'abord, Internet rompt avec la pensée ou l'argumentation relevant de la logique séquentielle*. Le haut débit détruit le sens de l'historicité. Il n'y a pas de commencement, de milieu et de fin. Maintenant, on saute d'un côté à l'autre, sans rime ni raison. Il n'est pas toujours facile de savoir si la source d'une information est fiable ou pas. L'information est de toute nature, et presque toute l'information est commerciale. On paie pour publier, envoyer ou recevoir l'information.
Penser que cette technologie sera libératrice n'est pas surprenant. Le déterminisme technologique n'est pas nouveau. Ce qui est singulier c'est que ce sont maintenant les conservateurs qui adoptent cette thèse. On pensait la même chose de la radio, de la télévision, du téléphone, du télégraphe et aujourd'hui on dit que le PC, Twitter, Bluetooth, etc. contribueront à la démocratisation des sociétés. De telles projections conquièrent les naïfs, les politiciens et les opportunistes. Les implications inhérentes à Internet ont à voir avec les systèmes politiques, sociaux et économiques; mais elles affectent aussi notre propre épistémologie et nos valeurs culturelles. Une relation personnelle et sociale entre personnes occupant un espace géographique commun et les fameux "réseaux sociaux" qui sont virtuels, ce n'est pas la même chose. Appeler quelqu'un au téléphone, ce n'est pas pareil que le “touch someone”, bien que ce soit ce que nous vend la pub.
Il est clair, cependant, que le débat sur Internet à l'intérieur de Cuba et sur l'île part de prémices propres aux pays hautement développés. La réponse à la question sur le débit devrait être donnée par les autorités cubaines chargées de la question. Cependant, il vaut la peine de mentionner que l'administration de Barack Obama a décidé de dépenser rien moins que 6 300 millions de dollars pour améliorer la pénétration du haut débit aux USA, pays qui, bien que constituant le marché le plus vaste de bande large de tous les pays de l’OCDE, avec 770 millions d’abonnés, n’occupe que la 15ème position mondiale pour ce qui est du rapport abonnés/population.
Une seule personne utilisant Youtube, HDTV,et autres, a besoin de 8 megabits par seconde dans les deux directions pour fonctionner normalement. Tout Cuba - en utilisant son infrastructure actuelle - peut avoir des débits descendants et ascendants de 65 et 124 megabits par seconde. Les dissidents virtuels, par conséquent, ne peuvent envoyer leurs images qu'en utilisant des connexions, qui ne dépendent pas des structures cubaines, car s’ils le faisaient, tout Cuba devrait s’arrêter pour leur mettre de télécharger leur matériel sur Youtube et autres.
Il y a une série de questions pertinentes à poser aux Yoanis virtuel-les que l’on trouve à Cuba et qui, on l’a vu, ont pu accéder à Internet alors que la largeur de bande passante n’est pas suffisante pour tout le pays. Leur expérience pourrait avoir un effet positif auprès des gens qui ont moins de ressources.
Qu'est-ce exactement que la largeur de bande, quelle est son importance? Et combien peut-elle coûter? 33% des usagers usaméricains d'Internet n'ont PAS la bande large, bien que l’accès au haut débit par câble soit disponible pour 96% des usagers et que 79% d’entre eux disposent de connexions DSL.
La majorité des pays pauvres ne dispose d’un accès majoritaire à aucune des trois modalités évoquées. Steve Song, spécialiste de bande large du Centre international de recherche et développement, a déjà noté en 2008 que « l’université moyenne africaine dispose de la même largeur de bande qu’un usager privé aux USA ou en Europe ». Il a également fait remarquer qu’une université africaine moyenne « paye plus de cinquante fois pour la bande large que ses homologues européenne sou usaméricaines, alors que celles-ci paient pour une capacité de beaucoup supérieure ». [4]
¿Qué relación hay entre banda ancha, utilización y coste? Puede que sea un precio que Cuba no sería capaz de ofrecer a todo el mundo a modo de derecho o, como dicen en Cuba, porque «me toca». El pasado mes de octubre, en Finlandia se estableció 1 MB de ancho de banda como derecho legal a partir de julio de 2010. Por su parte, Francia resolvió que el acceso a Internet es un derecho humano «básico», sin tener en consideración la velocidad. Pero hay que pagar por ello.
Quelle relation y a-t-il entre la largeur de bande, son utilisation, et son coût? Un prix que Cuba ne serait pas en mesure de fournir à tout le monde comme un droit ou, comme ont dit à Cuba, parce que « ça m’est du ». En octobre dernier, la Finlande a instauré la largeur de bande d’1MB comme droit légal à partir de juillet 2010. Pour sa part, la France a décidé que l’accès à Internet est un droit humain « de base », sans prendre en considération le débit. Mais pour lequel il faudra payer.
Comme le disait Cantinflas, le comique mexicain : «En el detalle está la diferencia» [La différence est dans le détail]. L'initiative française ne dit rien sur l'accessibilité ; l'utilisateur privé devra payer. Le Helsinki Times rapporte que par « droit légal » on doit entendre qu'il n'y aurait plus aucun foyer « à plus de 2 km d'une connexion Internet à une bande large avec une débit minimal de 100 MB par seconde». De cette façon, pour peu que la grande autoroute de l'information passe près de chez vous, ce sera l’affaire de chacun de payer pour se connecter. [5]
Le 6 novembre, Business Week annonçait que le Parlement Européen « aurait rejeté une proposition qui déclarait l'accès à Internet un droit fondamental ». Cinq mois auparavant, les blogueurs dissidents cubains avaient émis un communiqué dans lequel ils proclamaient le droit à l'accès à Internet. [6]
La presse étrangère en place à Cuba prétend qu'une dissidente à la Havane a un blog qui est traduit en 16 langues ou plus et qui reçoit entre oscillait entre un million et quatorze millions de visites mensuelles, quelque chose d’impressionnant quelle que soit la partie du monde où l’on se trouve. Mais pour quelqu'un qui se trouve à Cuba, cela ressemble plus à un miracle de Fátima qu’à autre chose. [7]
D'un point de vue logistique, il s'agit-là d'une prouesse peu commune. Est-il possible que Cuba puisse actuellement brasser un trafic si volumineux ? Qui sont ceux qui peuvent administrer des sites web dans toutes ces langues ? La traduction est une discipline complexe, absorbante, et une équipe internationale de traducteurs est très coûteuse. Comment ce travail est-il géré ? Qui paie ? Et par quel mécanisme l’argent est-il transféré ?
Nous savons qu'à Cuba personne n’a la possibilité de gagner suffisamment pour maintenir tous ces services et méthodes si onéreux. Toutefois, le blog est là. Quelqu'un ou quelque institution se chargera des coûts d'accès à Internet, à Twitter, etc. Il se peut qu’il existe de bons Samaritains. Qui sait…
Nous savons que le programme Cuba de l’USAID soutient économiquement « des journalistes indépendants » sur l'île. [8] Est-ce aussi le cas des « blogueurs indépendants » ?
De fait, un des fondements de la politique extérieure des USA est qu'Internet pourrait provoquer un changement de régime. C’est pourquoi, le Département du Trésor US (équivalent du Ministère des Finances) a fait savoir autant à Google qu’à Microsoft qu’ils peuvent permettre les services de chat à Cuba. [9]
Le Département de la Défense US laisse entrevoir la possibilité d'utiliser Internet pour parvenir aux objectifs des USA, c’est à dire, un « changement de régime ». Parmi ces objectifs il est prévu le « développement d'une toile internationale qui relaie les objectifs stratégiques US au niveau de la communication » ; dans cette toile, « les contenus parviendraient principalement de tierces personnes ou de tierces organisations plutôt que des sources gouvernementales US, ce qui aurait une plus grande crédibilité pour le public étranger». Mieux encore : dans le même rapport il est noté que le Pentagone devrait « identifier et diffuser les positions de parties tierces qui soutiennent les positions US. Il se pourrait que de telles sources n’articulent pas les positions US comme le ferait le gouvernement US. Cependant, il est probable qu'elles puissent exercer une influence positive ». [10]
Il existe aux USA un grand nombre de sous-traitants privés et d’universités plus que disposés à servir les intérêts de l’Empire tout en se prétendant « indépendants » de la politique étrangère de Washington [11]
Alors, quel type d'Internet?
Est-ce qu’Internet est une technologie capable de développer et de libérer le potentiel humain, la connaissance, la pensée et la coopération entre les nations ? Ou bien serait-il, comme par le passé, un instrument de plus pour maintenir et étendre les échanges et les relations de pouvoir inégaux qui ont existé entre les nations du monde ? Aujourd'hui, c’est une lutte qui se livre à léchelle planétaire. Est-ce qu’Internet est un forum public ou un commerce ? C’est là le débat qui a lieu aux USA et dans d'autres sociétés capitalistes. [12] C’est une lutte à l'intérieur même de Cuba, où l'autodétermination nationale et l'hégémonie usaméricaine s’affrontent de plusieurs façons, et elles ne sont pas évidentes.
Références:
[1] New Inequality Frontiers: Broadband Internet Access by Economic Policy Institute, 2006].
[2] 03/09/08 – Cuba-L Analysis (Albuquerque) – Cuba and Information Technology – 2001[Part 1] http://cuba-l.unm.edu/?nid=45032&q=Nelson%20P%20Valdes%20and%20Internet&h=
03/10/08 – Cuba-L Analysis (Albuquerque) – Cuba and Information Technology – 2001 [Part 2] http://cuba-l.unm.edu/?nid=45055&q=Nelson%20P%20Valdes%20and%20Internet&h=
03/09/08 – Cuba-L Analysis (Albuquerque) – Cuba and Information Technology – 2001[Part 3] http://cuba-l.unm.edu/?nid=45100&q=Nelson%20P%20Valdes%20and%20Internet&h=
03/12/08 – Cuba-L Analysis (Albuquerque) – Cuba and Information Technology [Final] http://cuba-l.unm.edu/?nid=45151&q=Nelson%20P%20Valdes%20and%20Internet&h=
[3] Organization for Economic Cooperation and Development, broadband Growth and Policies in OECD Countries, Seoul, Korea, 17-18 June 2008. OECD Ministerial Meeting. http://www.oecd.org/dataoecd/32/57/40629067.pdf et Bill Schrier, Third World Broadband – In the United States. Vea: http://www.digitalcommunitiesblogs.com/CCIO/2009/03/third-world-broadband-in-the-u.php
[4] IDRC, Acacia news, February 2008 http://www.idrc.ca/en/ev-122116-201-1-DO_TOPIC.html y Indrajt Basu, “Not All Americans View Broadband as Necessity, But Finland’s Another Story,” [October 26, 2009.] Vea:http://www.digitalcommunitiesblogs.com/international_beat/
[5] http://www.helsinkitimes.fi/htimes/domestic-news/politics/3179.html
[6] http://www.businessweek.com/globalbiz/content/nov2009/gb2009116_710422.htm et le communiqué des blogueurs : http://bottup.com/200906014676/Internet/comunicado-para-defender-los-derechos-en-cuba.html
[7] http://en.wikipedia.org/wiki/Yoani_S%C3%A1nchez
[8] http://www.usaid.gov/locations/latin_america_caribbean/cuba/photogallery/cu01.html
[9]“US Wants Microsoft to End Message Ban in Iran,Cuba” Bloomberg, October 29, 2009. http://news.yahoo.com/s/bloomberg/20091029/pl_bloomberg/afpeerwgcyla_1
[10] U. S. Department of Defense, Information Operations Roadmap, 30 October 2003, p. 27. http://www.gwu.edu/~nsarchiv/NSAEBB/NSAEBB177/info_ops_roadmap.pdf
[11] Un bon exemple est le Berkman Center for Internet & Society de la Harvard Law School, qui a obtenu pour son projet Internet et démocratie une subvention d’1,5 million de $ sur deux ans de la Middle East Partnership Initiative du département d’État. Voir : http://blogs.law.harvard.edu/idblog/the-internet-and-democracy-project/
[12] “FCC Set To Take On Aggressive Role As Internet Traffic Cop,“SiliconValley.com, October 20, 2009. Voir : http://www.siliconvalley.com/sectors/ci_13603357