blog des amis de Cuba en Lorraine
Raul Castro assistant au défilé du premier mai 2009 place de la Révolution à la Havane
Parmi les vêtements typiques de Cuba, la Guayabera a une place de choix. Trois cents ans après son utilisation pour la première fois, nous vous invitons à approfondir dans son histoire.
Selon des recherches du journaliste Pedro Carballo Bernal en 1709, des familles d’Andalousie d’abord, puis, des îles Canaries installées dans les marges du fleuve Yayabo, dans la région de Sancti Spíritus, dans le centre de notre pays, avaient commencé à confectionner de grands chemisiers en lin, avec de grandes poches, appropriés pour le travail et le climat tropical de notre île. C’est du fleuve Yayabo, qui traverse la ville de Sancti Spíritus, la 4è fondée par Diego Velázquez, qu’elle prend son premier nom : Yayabera.
Selon une autre version, ce vêtement doit son nom à l’habitude des amoureux de charger les poches de goyaves pour les offrir à leurs bien aimées.
On dit que lorsque Narciso López a fait ondoyer le drapeau cubain dans la ville de Cardenas, le 19 mai 1850, ce vêtement était identifié comme guayabera, nom sous lequel il est connu dès nos jours.
Des chroniqueurs de l’époque assurent que lorsque Carlos Manuel de Céspedes a donné le coup d’envoi de notre première guerre d’indépendance du 19è siècle contre le joug colonial espagnol, en libérant ses esclaves, plusieurs des patriotes réunis dans la cour de sa sucrerie La Demajagua, portaient un vêtement qui n’était pas la casaque militaire bien connue, mais qui rassemblait plutôt à la guayabera.
Depuis les années 80 du 19è siècle, les habitants de Camagüey, province de l’Est de Cuba ont rebaptisé la guayabera. Ils lui ont donné le nom de Camagueyana, selon ce qu’explique dans son roman « Leonela », l’écrivain Nicolás Heredia.
Dans des photographies de cette époque-là, on peut voir des généraux des troupes indépendantistes portant des Guayaberas dont Enrique Loynaz del Castillo, Carlos María de Rojas Cruzat, Máximo Gómez Báez, le Général en chef de l’armée d’indépendance et Serafín Sánchez Valdivia.
La Guayabera et le chapeau en paille sont avant tout des vêtements typiques des paysans cubains, présents dans tout guateque, fête paysanne et toute célébration dans les campagnes cubaines, baptêmes, combats de coqs, fêtes religieuses.
Peu à peu la Guayabera a envahi aussi les milieux urbains et les a conquis à tel point qu’à l’heure actuelle elle ne manque pas dans tout événement social, comme un trait distinctif de notre identité culturelle. Cela est du dans une large mesure à un étranger.
En 1914, le tailleur libanais Said Selman, né en 1898, s’établit dans la ville de Cardenas. Il a cubanisé son nom en se faisant appeler Eugenio.
À cette époque là, on voyait la guayabera s’introduire, quoique de façon limitée, dans les villes. Elle tentait de déloger la mode européenne à Cuba où le costume formé de chemisette, chemise, gilet, cravate et chapeau en paille était porté en toutes saisons.
Eugenio Selman qui a appris le métier de tailleur de façon autodidacte a travaillé dans l’atelier La Salvación obrera.
Durant le gouvernement du dictateur Gerardo Machado dans les années 30 du 20 siècle, Eugenio Selman ouvre sa propre boutique qu’il baptise « Le Liban », dans la ville de Santa Clara. À partir de 1935, il commence à créer ses premiers modèles de guayaberas. En même temps, il ouvre d’autres ateliers dans plusieurs coins du pays.
Il revient à Cárdenas en 1940 où il reprend son métier avec plus d’enthousiasme. On commence à l’appeler le Roi des guayaberas, qualificatif bien mérité car en effet il avait révolutionné le vêtement originaire.
Il met à la disposition de ses clients 13 modèles différents avec des poches aux formes variées et attrayantes qui attirent l’attention de ceux pour lesquels la célèbre guayabera ne pouvait pas manquer dans leur placard. Devenu un célèbre tailleur spécialisé dans la confection de guayaberas Selman travaille spécialement pour le magasin El Encanto, l’un des plus grands et prestigieux de la capitale cubaine.
Comme toute nouveauté, ce vêtement a eu des défenseurs et des détracteurs. Ces derniers en ont fait d’elle une pièce de l’uniforme réservé aux employés de gastronomie, ce qui lui a valu pendant un bon moment de ne plus être utilisée dans de grandes occasions.
Des firmes asiatiques, panaméennes, mexicaines et de la Foride aux États-Unis profitent pour s’approprier de la guayabera et la commercialiser. Elles ont prétendu même s’attribuer son origine.
Mais la guayabera est bien cubaine. Nos artistes lui ont dédié des chansons, des poésies, des tableaux.
La confection de la guayabera se diversifie, à l’heure actuelle, en formes et couleurs et ce vêtement est de plus en plus accepté aussi bien sur le marché intérieur qu’à l’étranger.
À l’occasion du centenaire, le 14 août de la naissance d’Eugenio Selman, l’historien de la ville de La Havane, Eusebio Leal, souligne, au cours d’une exposition à la Maison des Arabes, que le tailleur Said est considéré comme le plus grand innovateur de la guayabera à Cuba.
La guayabera est sans doute le vêtement qui exprime de la façon la plus authentique, le caractère cubain.