blog des amis de Cuba en Lorraine
Par Joel Mayor Loran / redaccion@ahora.cu / Mercredi, 09 Juin 2010
Nos chercheurs ont développé des technologies nationales pour fabriquer sur place le médicament Oseltamivir, utilisé pour soigner les personnes porteuses du virus A H1N1. En 2009 l’étape de fabrication et d’enregistrement du produit a été terminée.
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Si l’on en croit le docteur en sciences pharmaceutiques, Saul Padron, qui est aussi sous-directeur pour les technologies complexes du Centre de recherche et de développement des médicaments (CIDEM), plus de 80% des médicaments qui circulent à Cuba sont de production nationale.
«Ce médicament est bien plus qu’un antiviral, c’est une réponse à la politique de l’Etat qui consiste à garantir l’accès de la population aux produits pharmaceutiques dont elle a besoin», nous dit-il.
«Le CIDEM a vu le jour afin de diminuer les importations. A ce jour, nous avons enregistré plus de 700 médicaments, ce qui se traduit par une économie considérable de devises. Et, chose en soi bien plus importante, des vies ont été ainsi sauvées, et nous avons eu la satisfaction de vérifier l’efficacité de nos produits.
«Lorsque la pandémie s’est déclarée, le Tamiflu, antiviral recommandé, a disparu des pharmacies dans bien des pays. Sans compter que les prix ont fortement augmenté, passant de 4 euros la capsule (le traitement est de 10) à près de 6.90 aujourd’hui.»
Diplômé en technologie chimique nucléaire de l’Université russe de chimie Mendeleïev, le Dr Saul est le responsable du projet des antiviraux de cette institution qui appartient au Pôle scientifique de l’ouest de la capitale.
«La mise au point de l’Oseltamivir a été ardue; mais nous avons travaillé avec amour et surtout avec une grande cohésion entre les pharmaciens, les chimistes, les biochimistes, les ingénieurs: tous les membres de l’équipe qui savait qu’elle devait parer à toute éventualité.
«La direction du pays a suivi chaque étape avec attention, notamment l’achat des matières premières, la coordination précise. Et surtout, la dernière étape, lorsque l’"éventualité" s’est dangereusement concrétisée. Pour moi, ce travail a été merveilleux.
«Nous avons pu mesurer immédiatement l’utilité de la recherche, et en même temps, nous souhaitions ne pas être obligés d’appliquer tous ces calculs. Finalement, tout s’est bien passé et nous sommes heureux de savoir que nous sommes parvenus à temps au résultat recherché.»
ALGORITHME PRODIGIEUX
Alors que le Tamiflu, que le pays a importé pour combattre la grippe A H1N1, est réservé aux adultes, les chercheurs cubains ont également prévu des doses pédiatriques, dont des suspensions buvables pour nourrissons.
Le personnel du CIDEM n’a pas hésité à travailler le samedi et le dimanche pour préparer des flacons remplis de poudre d’Oseltamivir destinés aux nouveaux nés. «Nous évitions ainsi que les médecins soient obligés d’ouvrir les capsules et de peser les doses à administrer.»
Pour le Dr Saul, la famille est importante, aussi fait-il en sorte de tirer tout le profit possible de la journée de travail, même s’il est parfois obligé de faire des heures supplémentaires.
Samuel, son plus jeune fils de huit mois à peine, est né en pleine période de développement du médicament contre la grippe A H1N1. Heureusement, sa femme et ses autres enfants savent que tout succès suppose un sacrifice.
L’algorithme pour parvenir à la fabrication de l’Oseltamivir, ou d’ailleurs de tout autre produit, suppose des études et des tests, depuis la matière première jusqu’au contrôle de la qualité.
La conception de la formule et les analyses sont des étapes cruciales, tout comme les études complémentaires, ainsi que le rapport sanitaire préalable à l’enregistrement et au lancement de la production à échelle industrielle.
Chaque étape comporte une recherche d’information et un contrôle de qualité. Le prestige du CIDEM ne lui est pas tombé du ciel: il a été conquis à force de sacrifice et d’amour du travail.
On doit aussi à cette institution la mise au point des antiviraux pour le traitement contre le VIH SIDA (certains ont même reçu des prix nationaux d’innovation technologique). Elle produit par ailleurs des médicaments pour traitements cytostatiques.
LES DOSES SUFFISANTES
Dans les laboratoires NOVATEC, qui font partie du Pôle Scientifique de l’ouest de la capitale, l’Oseltamivir est fabriqué industriellement, ainsi que des antirétroviraux et d’autres médicaments pour traiter notamment l’hypertension: au total, 45 médicaments, en comprimés ou en capsules.
On pèse les composants en poudre, selon la formule fournie par les collègues du CIDEM. Le mélange est alors transformé en granulé, puis conditionné dans des capsules de gélatine regroupées par paquets de dix.
Mais tout cela ne serait pas possible sans l’équipe de travail composée de professionnels hautement qualifiés, qui ne cessent d’actualiser leurs connaissances et savent que leur travail a un noble objectif: combattre des maladies qui peuvent entraîner de graves complications.
Chaque sachet contient, en plus de 75 milligrammes d’une substance efficace, la preuve que le talent et la volonté de beaucoup peuvent remporter les plus difficiles combats pour la vie.
Tiré de Granma International