blog des amis de Cuba en Lorraine
50 años hoy como ayer. Foto: Roberto Chile
Una Liutkus, agent de voyages à la retraite, diplômé de l'Institut d'études politiques de Paris
Tout le monde semble découvrir aujourd'hui que Fidel Castro est vivant, alors que depuis près de quatre mois il rencontre des représentants des différents secteurs professionnels cubains, donne des interviews à la presse américaine ou mexicaine, et a fait deux discours publics ! Certes il a été tellement malade depuis quatre ans qu'il a été pratiquement mort…, selon ses propres mots d'il y a un mois à La Jornada de Mexico.
Il est parfois habillé en vert olive mais sans les épaulettes ni les insignes de son grade de commandante en jefe. Surtout, il est clair qu'il ne réclame pas du tout le premier rôle ! A l'étonnement général de tous les observateurs, Fidel Castro n'a jamais dit ni écrit un mot de la situation cubaine intérieure : il en laisse la totale responsabilité à son frère Raul Castro. Il est pour le moins absurde (ou preuve de manque d'information) d'ironiser sur des "divagations d'un dictateur égaré", alors que depuis début juin (en dehors de l'affaire des Roms où d'ailleurs madame Reding semblait sur la même longueur d'onde que lui), la quasi totalité des interventions écrites ou parlées de Fidel Castro vont dans le même sens : tenter d'empêcher, en s'adressant à tous les partenaires possibles, une conflagration nucléaire entre l'Iran, les USA et Israël dans le cadre d'une éventuelle application brutale des résolutions de l'ONU par rapport à la situation nucléaire de Téhéran.
Plusieurs discours ont aussi été consacrés à la tragédie de la bombe atomique de Hiroshima avec des plaidoyers pour une dénucléarisation militaire totale de la planète sous peine d'un prochain "hiver nucléaire" pour tous ! D'autres enfin, qui ont condamné le négationnisme d'Ahmadinejad, ont bien vite provoqué des courriers de remerciements des plus hautes autorités d'Israël (par exemple la lettre de Shimon Peres du 23 septembre) ! Combien de fois Fidel Castro a-t-il plaidé pour des efforts accrus de développement durable ? Jusqu'à insister sur l'importance du film Home de Yann Arthus-Bertrand et à le faire projeter !
Certes l'homme a 84 ans maintenant, et parfois cela se ressent dans son élocution, mais ce sont là des thèmes bien nobles pour une dernière croisade, même s'il est humain de vouloir enjoliver sa trace dans l'histoire ! Quand à la situation intérieure cubaine, il ne s'agit pas de 500 000 fonctionnaires licenciés, mais d'un demi-million (pour commencer) de salariés de tous les secteurs de l''Etat, unique employeur jusqu'ici, du peuple cubain tout entier. Il sera important d'observer le système qui va se mettre en place : quel contrôle étatique et quels mécanismes de règlementation et de stimulation ? Déjà, on note que le Brésil propose son savoir faire pour créer des PME ! Par rapport à l'éducation et à la santé, Cuba les assurait jusqu'ici plutôt mieux que la plupart des pays latino-américains et c'est dans l'avenir que le financement de ces secteurs risquent de poser problème.
Enfin, le rêve de Fidel Castro, qui n'a pas vécu la perestroïka comme un cauchemar, est de parvenir à éviter dans l'avenir, à son pays, la captation mafieuse des richesses nationales par des multinationales, certains des exilés cubains ou des apparatchiks, tel que cela s'est produit dans l'ex URSS, par exemple.
Certes rien n'est réglé à Cuba ni à l'intérieur, ni dans ses relations avec son imposant voisin qui considère depuis 111 ans que sa destinée manifeste est d'absorber Cuba. Plutôt que distribuer des mauvais points, pourquoi ne pas faire confiance aux millions de cubains qui veulent vivre mieux ? En décalquant Gabriel Marquez : laissons aux Cubains le choix de leur façon de se mettre à l'heure !