Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

blog des amis de Cuba en Lorraine

Publicité

Les Escapades Bolivariennes de Grégoire Souchay : Venezuela : De la militarisation du régime

Cet article est polémique et me place dans une position peu confortable. Cet article peut alimenter le discours anti chaviste, car il fournit des arguments à ceux qui combattent le processus vénézuelien.

N’étant en rien anti-chaviste, (pas plus que chaviste au passage) je le publie néanmoins, en espérant que mes lecteurs auront suffisamment de recul pour ne pas projeter immédiatement leurs préconçus occidentaux sur ce qui va être dit.

Laissez de côté votre colonialisme intellectuel. Et lisez jusqu’au bout, ou ne lisez pas du tout.

Il ne s’agit pas de justifier mais d’expliquer et de tenter de comprendre un contexte lointain pour des européens.

Et si vous voulez imaginer d’autres choses, libre à vous, mais ce ne sera dès lors que le fruit de votre imagination fertile.

Car malgré le panorama idyllique et propagandiste que je vous dresse depuis on arrivée, il y a une chose qui est pour moi très dérangeante dans ce pays, soit :

la MILITARISATION DU RÉGIME (bouh !)

Et je me dois de vous conter la vérité.

Ou presque.

Alors donc le Venezuela se militarise.

Vous l’avez sans doute lu, entendu, vu, même des journalistes plutôt connaisseurs des réalités de terrain le disent, ce doit donc être vrai.

Je n’aime pas les militaires.

Éducation à la non-violence, ayant vécu à proximité du plateau du Larzac et de la lutte contre l’extension du camp militaire des années 70 ...

La dernière que j’ai vu des militaires ailleurs qu’au Venezuela, c’était à Strasbourg pour le contre-sommet de l’OTAN et ils n’avaient pas des intentions pacifistes.

3413423107_57899a40f6.jpg

Le bruit de botte n’est donc pas un son qui m’est spécialement sympathique.

Existe à ce jour, au Venezuela comme partie des forces armées du Venezuela (fuerzas armadas venezolanas) :

 L’Ejercito Nacional, soit l’Armée De Terre, armée de métier, qui a pour but de défendre le pays contre les menaces extérieures. Elle intervient principalement le long des frontières. Environ 120 000 personnes.

 La Garde Nationale Bolivarienne (anciennement Guardia Nacional) : autre composante des forces armées qui peut se voir attribuer des compétences civiles comme le maintien de l’ordre public, ou selon les compétences définies par la loi, des missions de police administrative mais également participe au développement du pays. Mais peut servir de support à l’Armée. Facilement reconnaissable à sa casquette rouge. effectifs : 36 000 personnes.

 La Garde d’Honneur Présidentielle, qui protège le président et le palais de Miraflores. On peut la différencier de la GNB de par les lettres GH inscrites sur sa casquette rouge.

 La Milice Nationale : composée d’une part de la réserve, soit des personnes ayant réalisées leur service militaire (volontaire et non obligatoire à ce jour) et d’autres part des milices civiles : Il s’agit de groupes civils qui ont suivi une formation militaire et sont prêts à défendre le pays en cas de nécessité. Il existe les milices populaires (dans les barrios) les milices ouvrières (dans les usines), les milices paysannes (dans les campagnes) et les milices de Femmes. On estime actuellement son nombre à 600 000 hommes et femmes, l’objectif étant d’atteindre 1,2 millions.

 On doit ajouter à cela l’Armée de l’Air, la Marine Nationale ainsi qu’un corps de services secrets récemment renforcé.

Ils sont donc partout les militaires. On les croise dans la rue. On en croise à l’entrée du parking souterrain de Vive TV. Devant les ministères.

Également dans les quartiers, accompagnant la mission Barrio Nuevo Tricolor pour construire des maisons. Oui, il y a des militaires dans les rues, dans le métro, dans les café, dans les quartiers populaires, dans les usines ...

Puisqu’il n’y a pas de police. Ou quand il y en a une, elle est corrompue, au service des fortunés, que ce soit du flic de rue au haut gradé.

(Chose qui risque de changer avec la création de la Police Nationale Bolivarienne qui outre sa formation à l’ordre public, suit un cursus spécial portant sur... le respect des droits de l’homme.)

En attendant ils sont indispensables pour assurer un semblant d’ordre public dans un pays où criminalité ne se limite pas à un vol de sac à main.

Comme je l’ai déjà expliqué dans un précédent article, (si les exceptions ne confirment plus la règle) il existe ici une doctrine, caractéristique du processus vénézuelien, que l’on appelle l’union civico-militaire. Et pour la comprendre, il faut en référer avant tout à l’histoire du pays.

Le point de balancement entre la lutte sociale et la naissance d’une nouvelle espérance politique populaire dans ce pays a été le Caracazo, une émeute populaire le 27 février 1989, contre les privatisations et le gouvernement néolibéral, les pauvres ayant été poussés à la rue par la faim. Au delà de l’émeute sanglante (2000 à 3000 morts selon les sources), a pu être observé un élément fondamental : certains militaires ont refusé de tirer sur la foule.

caracazo-fidelvasquez.jpgIssus des classes populaires, ces militaires ont formé au cours des années 80 des groupes militants internes à l’armée prenant l’appellation de... bolivariens. Ils portent des valeurs de justice sociale ainsi que l’idée que les militaires ne peuvent être dissociés de la population.

En 1992, ce sont ces mêmes militaires bolivariens, avec à leur tête le colonel Hugo Chavez, qui tenteront un coup d’État contre l’oligarchie encore en place. Malgré l’échec, c’est là que nait l’admiration populaire pour Chavez, qui va oser assumer la responsabilité du coup, et lancer un nouvel espoir.

CHAVEZ-GOLPE_204_20FEBRERO.jpg

En 1998, Chavez est élu président. Face à lui, une opposition et une administration largement hostiles. Mais les programmes sociaux ne doivent pas attendre. Qui va sur le terrain, planifier, construire les routes, aider les personnes en difficultés, organiser les constructions de logements ? Les militaires bien sûr, qui nouent ainsi des liens de plus en plus étroits avec le peuple.

guardia-nacional-bolivariana-celebra-72-aniversario-1.jpgEn avril 2002, c’est le coup d’État de l’opposition appuyé par les États Unis et par les médias privés. Ce coup sera mis en échec par la très large mobilisation de la population ... et une importante partie des personnes d’extraction populaires au sein de l’Armée, mais également des gardes bolivariens et de la garde d’honneur, restés fidèles à Chavez, qui reprendront le Palais présidentiel des mains des militaires putschistes.

A partir de là, du fait d’un travail interne et d’une prise de conscience collective, le secteur bolivarien va devenir majoritaire au sein de l’institution.

Au vu de tous ces éléments, vous devez bien comprendre que les militaires ont eu un rôle plus qu’essentiel dans le processus révolutionnaire actuel.

Au niveau de l’histoire même du pays, l’armée vénézuelienne n’a également que peu de choses à voir avec les armées occidentales. Ainsi que les héros de la cause du peuple ont été aussi des militaires.

Les seules guerres extérieures menées par l’armée vénézuelienne l’ont été contre les Espagnols, soit une guerre de libération nationale. Nous fêtons d’ailleurs cette année le bicentenaire de l’indépendance. Le général Simon Bolivar, commandant cette armée indépendantiste, portait déjà cette idée que l’armée et la population ne font qu’un.


Le projet « expansionniste » du même Bolivar de Grande Colombie n’a consisté qu’à libérer la moitié nord de l_aventure_bolivarienne_de_madame_coquis_large.jpgl’Amérique Latine du colonialisme espagnol et de tenter d’unifier ces nations frères, c’est la seule intervention extra-territoriale jamais menée par le Venezuela. On est loin de la conquête impériale de notre Napoléon national. Ce dernier projet transnational échoua, du fait de trahisons et de luttes pour la succession.

Suivra quelques dizaines d’années plus tard une guerre fédérale, entre les armées de l’oligarchie souhaitant se maintenant au pouvoir après l’indépendance, et l’armée du général Ezequiel Zamora. L’armée de Zamora était constituée de paysans, de pauvres et d’esclaves libérés. Son mot d’ordre : "Terres et hommes libres. Que tremble l’oligarchie !". On a commémoré le 150 anniversaire de son assassinat ce weekend.

2_ezequielzamora_2.jpgAprès cette époque, l’armée a joué pendant des décennies son rôle classique de force répressive au service du pouvoir, en allant, par exemple, jusqu’à intervenir à l’intérieur de l’université centrale du Venezuela en 1969 ("el allanamiento") pour mettre un terme à la contestation estudiantine, avec un effectif de 2000 soldats, auxquels s’ajoutaient quelques chars. L’Armée, comme la Police, étaient alors synonymes de répression, de peur et d’injustice.

Mais le développement de la conscience "bolivarienne" dans les années 80 a peu à peu fait évoluer cette mentalité proprement militaire. Actuellement, dans le prolongement des idées bolivariennes, l’Armée se forme... intellectuellement. Cercles de discussion, lecture, alphabétisation, conscientisation politique, études supérieures et action de terrain avec la population, à la fois pour protéger et organiser les projets populaires...

Alors quoi, serais-je devenu militariste ? Amoureux de la « ration de topinambour et de la Ligne Maginot ? » comme le chantait (l’ex) chanteur populaire Renaud. Pas pour un sou. Il y a simplement une légère différence entre nos forces de répressions occidentales et las Fuerzas Armardas Venezolanas.

Et je crois que le fait que je puisse serrer la main du Garde Bolivarien de garde en allant le matin au boulot,

ou d’en croiser en pleine ville en train de discuter, rire, faire la bise aux passants, à des amis,

d’en voir acheter des clopes, téléphoner, manger le midi dans une panaderia, même d’en voir aux toilettes publiques, et de voir des hommes mais également un nombre non négligeable de femmes, se comporter comme n’importe quel "citoyen"...

constituent suffisamment de preuves à mes yeux de cette différence.

Ça ne vous suffit pas comme explication ?

Très bien.

Alors passons à la deuxième partie de l’explication :

swtexhib_logo.jpg

 

Lire la suite de l’article : La contre-attaque impériale

Grégoire Souchay

Publication originale : Escapades Bolivariennes

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
A
<br /> lu sur la suite de cet article<br /> L'armée ça nous rappelle la Seconde Guerre Mondiale.<br /> Les milices ça nous remémore les SS, ou les voltigeurs et le GUD.<br /> Le drapeau, l'hymne, c'est Vichy.<br /> La Nation, c'est le fascisme.<br /> La Patrie c'est Pétain.<br /> Et il est clair que vu l'État actuel du débat sur l'identité (raciste) national(ist)e,<br /> Il vaut mieux manier ces thèmes là avec les plus extrêmes précautions.<br /> <br /> Il me semble assez singulier de vouloir laisser à la bourgeoisie monopoliste ce qui ne lui appartient pas.<br /> La nation d'abord, oser affirmer que cela est du domaine réservé de la classe qui délocalise, exporte se capitaux, skie en Suisse etc est une pirouette car la nation comme lieu de construction<br /> n'exclut en aucun cas la lutte de classes et nous renvoie sur le concept des 2 nations, car dévidence celle d'un Sarkosy et la mienne, ^par exemple, s'enracinent dans nos appartenances de classe.<br /> La nation est un lieu de résistance face à l'hégémonie du capital apatride, Cuba en est la vivante incarnation et je ne crois pas Fidel fascisant,....!<br /> Le cadre de la nation est également celui qui apporte certaines garanties nommées Conventions collectives nationales qui empêchent la mise en concurrence des régions ou des landers.<br /> L'armée elle pour notre rédacteur symboliserait la seconde guerre mondiale là où justement l'affrontement de classe fut terrible mais se le rappeler c'est justement ne pas rejeter le Colonel Fabien<br /> tombé sur lr Rhin avec les forces françaises libres, ne pas oublier l'armée intérieure populaire, ouvrière et paysanne en son essence, c'est classer un peu vite que ces combattants par leurs<br /> engagements et sacrifices donnèrent naissance au programme du Conseil National de la Résistance dont le Medef dit" qu'on en finisse". C'est rejeter le rôle historique des sans culottes et de 93, du<br /> combat pour donner corps à notre nation, ils ne le firent par pour s'offrir du plaisir que je sache.<br /> Les milices rappelant l'extrême droite mais donc les milices patriotiques de 1944, ces groupes d'ouvriers en charge de la défense populaire du pays, pas d'existence donc ? Et les Communeux des<br /> fachos ?<br /> Alors le bouquet, notre drapeau, mais notre rédacteur ignore donc qu'ils furent des dizaines de milliers à tomber pour certaines valeurs qu'il porte, comme l'indépendance nationale, le refus de<br /> l'asservissement et les 3 couleurs devraient parer les rue de Neuilly quand Neuilly n'a de cesse de l'engloutir sous celui bleuté et étoilé d'une europe chrétienne et réactionnaire en tout.<br /> Manouchian, Guy Moquet auraient ils craché sur ce drapeau et au singulier prétexte qu'il est commun à tous les français ne devrait il devenir que l'étendard de la bourgeoisie apatride ?<br /> La Marseillaise doit elle disparaitre ou ralentir en rythme comme le voulait la droite la plus libérale incarnée par le Président Giscars, faut il jeter aux orties ce chant porté, encore par eux,<br /> des ouvriers, des révoltés qui eurent l'audace et l'intelligence politique d'associer le rouge et le tricolore, qui osérent penser une nation de gauche , avec sa Sécu, ses services publics, ses<br /> hôpitaux, ses conquêtes démocratiques ?<br /> Je suis français, pleinement français et je combat une politique qui veut me déposséder de cette appartenance en me transformant en citoyen d'une Europe qui n'a qu'en commun, la volonté de<br /> perpétuer l'exploitation des hommes par d'autres hommes.<br /> Je suis français et je refuse ce faux débat sur l'identité nationale qui n'intègre pas l'identité de classe mais je suis de ceux qui pensnet qu'il faut mieux une armée de conscription qu'une armée<br /> de méteir, un peuple en armes plutôt que des fosses communes remplies de nos martyrs.<br /> Chavez a sans doute, sans aucun doute raison, le Vénézuéla est la cible désignée par l'Obama prix Nobel de la guerre.<br /> Plutôt que mouton, le peuple du Vénézuéla est appelé à la résistance, sous toutes ses formes, la nation vénézuélienne est menacé par l'impérialisme en soutien à l'oligarchie qui n'a de patrie que<br /> le profit.<br /> Aimer son pays n'est pas un crime mais une résistance, il n'est besoin pour cela de rejeter quiqconque et affirmer le renoncement à ce qui nous est commun n'est ce pas avoir déjà capitulé quand<br /> Cuba depuis 51 ans défend sa patrie, est prête aux armes et apporte au monde entier une solidarité extraordinaire notamment en terme de santé publique.<br /> Jaurés disait qu'un peu d'internationalisme éloigne de la patrie, que beaucoup en rapproche.<br /> L'internationalisme et la patrie sont indissociables en l'état de l'humanité le reste n'est que chimères pour ne pas dire naif et dangereux.<br /> <br /> <br />
Répondre