blog des amis de Cuba en Lorraine
Christian Lionet, journaliste, a longtemps couvert l'Amérique centrale pour Libération, et a vécu à Haïti. Il explique à Libération.fr que la population de l'ïle se remettait tout juste de graves inondations.
Est-il exact de dire que ce séisme était attendu?
Depuis une vingtaine d'années, les sismologues annonçaient un séisme majeur à cet endroit précis d'Haïti pour le siècle à venir. C'est le même type d'avertissement que pour Kyoto, San Francisco ou même Nice. L'île avait déjà connu des séismes, dont un majeur au Cap-Haïtien (au nord) au XIXe siècle. Donc oui, géologiquement c'était prévu, mais les autorités haïtiennes n'en ont pas tiré de conséquences pratiques. Port-au-Prince, c'est un port bordé de collines. Sur les hauteurs se trouve Pétionville, qui devient la capitale économique. Entre les deux, il y a une route, qui suit très exactement la ligne de faille. Or depuis 20-30 ans, cette zone a connu une urbanisation colossale et anarchique, des villas bourgeoises aux bidonvilles les plus infâmes. Là, on peut dire que les autorités ont laissé faire, sans se préoccuper de sensibiliser au risque sismique.
Le sort s'acharne contre Haïti?
Il n'y a pas de malédiction haïtienne, ce type de catastrophe touche toute l'Amérique centrale. N'oublions pas que Cuba, la Colombie ont aussi connu des secousses terribles. Et qu'Haïti est sur la route des cyclones au même titre que d'autres îles de Caraïbes. Mais outre cette dimension physique, il y a une dimension humaine. Haïti est fragile, surpeuplée (9 millions d'habitants), elle reçoit les coups de plein fouet. Un exemple: en 1994, le cyclone Gordon a fait plus d'un millier de morts à Haïti, un seul à Cuba. La déplorable gouvernance de ce pays – de tout temps d'ailleurs, y compris sous la présence française – a fait qu'il n'a aucune défense. La déforestation, par exemple, expose l'île aux glissements de terrain. Résultat, ce qui ailleurs ne serait pas forcément dramatique prend à Haïti une ampleur catastrophique.
Politiquement, socialement, quelle était la situation ces derniers mois?
Après une série d'inondations terribles dues aux pluies (en 2004 aux Gonaïves, en 2008), Haïti commençait tout juste à souffler. La population connaissait un calme relatif. L'insécurité a beaucoup reculé (moins d'enlèvements notamment). Les récoltes ont été bonnes après une année de crise alimentaire en 2008 en raison des cyclones en série. Sur le plan politique, après l'élection de 2005, le pouvoir en place suit son cours cahin-caha. Des législatives devaient avoir lieu en mai prochain. Globalement les paramètres restent déplorables mais, pour la première fois depuis longtemps, les gens recommençaient à sourire.
Quels vont être les principales difficultés dans les jours à venir?
L'acheminement de l'aide. On commence tout juste à découvrir les dégâts à Port-au-Prince, mais il est à craindre qu'ils touchent toute l'agglomération. Et si les routes sont détruites (alors qu'elles commençaient juste à être reconstruites), cela va poser un très grave problème.
Quelle est l'importance des ONG sur place?