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blog des amis de Cuba en Lorraine

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Les maîtres volontaires, précurseurs d’une grande campagne

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Aucun d’entre eux ne s’imaginait escaladant le pic Turquino. C’étaient des gosses de la ville qui n’avaient pas la moindre habitude de marcher à travers un maquis dépourvu de chemins, au milieu de la solitude, du dénuement, de la pauvreté des zones rurales.

Gerardo Pérez Torres appartient au premier contingent de maîtres volontaires qui avaient répondu à l’appel lancé par Fidel en avril 1960, et l’expérience qu’il vécut alors s’est gravée définitivement dans sa mémoire.


Même s’il n’en est pas conscient, il fut alors, de l’avis de ses compagnons et amis, le coordonnateur des activités réalisées il y a cinquante ans par le groupe.


«Tu regardes cinquante ans en arrière et tu te dis: c’était vraiment incroyable! Dans mon cas, il y a alors deux éléments bien présents qui me poussent à m’engager: d’abord, j’avais toujours voulu devenir instituteur. J’avais douze ou treize ans que je donnais déjà des cours à la maison aux enfants du quartier, avec tableau, craie et effaceur: je jouais au grand professeur.


«Par la suite, je suis devenu technicien en installations hydrauliques, mais cette petite graine, cette vocation d’enseignant, je l’avais déjà en moi quand Fidel a parlé, et je me suis dit: «Voilà l’occasion rêvée de m’épanouir.» «Et puis, si je me précipite donc dans cette aventure la tête la première, c’est aussi que je voulais faire quelque chose, parce que justement, je n’avais rien fait pendant l’insurrection…


«En mai 1960, les formulaires étaient arrivés et tout le monde se mettait en mouvement: les jeunes partent en province et d’abord pour Minas del Frio, qui dirigeait tous les camps. Le train parti de La Havane en direction de l’Oriente passe par Colon, dans la province de Matanzas, et je monte à bord avec deux ou trois jeunes gens. «Mon camp s’appelait La Magdalena. Nous nous sommes préparés pendant trois mois d’adaptation plutôt dramatiques à l’environnement, et le 29 août, nous recevions notre diplôme au théâtre Amadeo Roldan, en présence de Fidel. Il s’est passé bien des choses dans ma vie, mais un événement comme celui-là, ça ne s’oublie pas.»


UN ENGAGEMENT DE TOUS LES INSTANTS


Gerardo fait donc partie des quelque 1 400 jeunes qui partent pour des zones d’accès difficile avec pour mission d’apprendre à lire et à écrire à des enfants et à des paysans. Mais quand cette première étape prend fin, il n’en est qu’à ses débuts d’enseignant.


«Dans les premiers jours de septembre, je reçois chez moi un télégramme me convoquant à La Havane, car j’allais être nommé dans une école. Le village s’appelait Guinia de Miranda et se trouvait dans le massif montagneux de l’Escambray. Ce fut ma première expérience.


«Nous devions commencer par faire un recensement, compter les enfants en âge d’être scolarisés, dresser le diagnostic de chacun d’eux, faire une liste des adultes qui ne savaient ni lire ni écrire. Il s’agissait d’organiser les classes, les horaires, et de prévoir les besoins matériels.


«J’ai débuté avec, dans une même classe, des élèves de 1ère, 2ème et 3ème années du primaire. Bien entendu, à l’époque, il n’y avait ni télévision, ni magnétoscope, ni ordinateur. Avec la préparation que j’avais reçue, je devais à la fois apprendre à lire et à écrire à ceux qui ne savaient pas et faire progresser les autres dans leurs connaissances.


«A la nuit tombée, dans la même classe, je m’occupais des paysans: deux lampes tempête et un tableau pour les conduire sur la voie de la lecture et de l’écriture. Tout cela précédait la grande campagne d’alphabétisation. Les premiers groupes de maîtres volontaires furent, d’une certaine manière, les précurseurs de cette campagne.»


D’autres expériences devaient suivre pour Gerardo: le transfert au camp militaire de Majagua pour organiser la préparation des combattants de l’Armée rebelle, puis à Lirios de Nagua, dans la Sierra Maestra, où il créa les conditions requises pour recevoir les alphabétiseurs, et la coordination de l’enseignement dans les communautés de Manzanillo, de Campechuela et de Niquero, dans l’Oriente.


Quelques années plus tard, il devait entrer au Comité provincial du Parti de l’ancienne province d’Oriente, en tant qu’éducateur, puis au ministère de la Culture comme responsable du Département des maisons de la culture et des artistes amateurs, puis à la direction du centre d’études de l’Institut cubain de radio et de télévision.


«Je dirais que la somme de tous ces moments où des centaines de jeunes ont répondu à l’appel de Fidel, les conditions créées dans les camps de la Sierra, l’adaptation à la vie de campagne, l’escalade du Turquino à cinq reprises, tout cela m’a confronté à la réalité de mon pays, de ses habitants, de son histoire, et j’ai commencé à voir la vie autrement.»


«Je suis comme je suis parce que j’ai eu l’occasion de participer, d’agir, de tenir un engagement, d’affronter des difficultés, et tout ceci te marque profondément.»


La réponse des premiers maîtres à une mission hautement sensible a forgé en eux une attitude révolutionnaire, un sens de la pédagogie et une forme de militantisme politique.


Au fil des décennies qui ont suivi le triomphe de la Révolution, beaucoup ont continué à enseigner ou à travailler dans l’éducation. D’autres sont partis en missions internationalistes, ont reçu des médailles, des décorations qui témoignent de leur engagement.


Les maîtres volontaires ont constitué la semence. Le fruit? Il est dans les dix mille jeunes gens qui commenceront à recevoir une formation de maîtres d’enseignement primaire en vue de la prochaine année scolaire, dans les centaines de milliers de titulaires d’un diplôme universitaire que compte le pays, dans l’énorme capital humain créé en un demi-siècle de Révolution, dans les médecins internationalistes, les contingents de pédagogues cubains partis aux quatre coins du monde.


Tiré de Granma International

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