Le 25 février 1999 la Commission sur l’Éclaircissement Historique, créée par l’ONU, l’Organisation des Nations Unies pour enquêter sur les violations des droits de l’Homme durant le conflit armé interne au Guatemala, a rendu public un rapport dans lequel elle confirmait les données horrifiantes sur les exactions qu’a subies la population civile, surtout les Indiens, de la part des appareils de la sécurité de l’État.
On avait pris connaissance 10 mois avant du Recueil de la Mémoire Historique qui a coûté la vie à son auteur, l’évêque catholique Juan Gerardi Conedera, battu à mort dans sa résidence 48 heures après avoir remis le rapport à la société civile.
Les résultats des deux enquêtes coïncident sur le fait que durant les 36 ans de guerre 250 000 personnes ont été tuées ou ont disparu ; plus d’un million ont été déplacées, les unes vers le territoire mexicain et les autres vers les montagnes où elles sont devenus des réfugiés dans leur propre pays ; 440 villages et hameaux ont été rayés de la carte. On recense également plus de 100 000 veuves et 200 000 orphelins.
Trop de terreur pour un pays si petit et relativement peu peuplé surtout si l’on tient compte du fait que les détails de la répression feraient pâlir d’envie n’importe quel tortionnaire des camps de concentration nazis.
L’atrocité la plus grande réside, cependant, dans le fait que 14 ans après la fin du conflit, des milliers de familles continuent à rechercher leurs proches dont ils ignorent toujours le sort.
La disparition forcée a été une des pratiques les plus atroces de torture car elle a étendu le climat de terreur à tous les proches des victimes qui sont restés plongés dans l’incertitude et elle a prolongé la douleur à l’infini car ils ne pouvaient même pas enterrer leurs morts ce qui est très important pour la fin du deuil dans la culture guatémaltèque.
Mais ce n’est pas tout. Jusqu’à présent aucun des gouvernements n’a eu le courage d’entreprendre la seule action qui pourrait fermer les blessures causées par la guerre et réconcilier la société : juger les coupables et leur appliquer un châtiment exemplaire.
Seuls quelques rares collaborateurs de l’armée et certains soldats ont été condamnés pour des disparitions et des exécutions extrajudiciaires, mais ceux qui ont planifié et dirigé les massacres continuent de bénéficier de l’impunité la plus absolue.
L’État s’est borné à entreprendre quelques actions formelles comme celle consistant à déclarer le 25 février Jour National de la Dignification des Victimes ; à demander pardon aux survivants et à remettre de l’argent, très peu d’ailleurs aux proches des victimes, comme si elle servait à réparer tant de tort causé à la société.
Justice peut être faite, ce n’est pas impossible. Cela a été démontré dans d’autres pays où la population a été victime d’exactions similaires comme cela a été le cas en Argentine et en Uruguay et plus récemment en Bolivie dont le gouvernement a ordonné l’ouverture des archives militaires secrètes sur la répression.
La réconciliation n’est pas l’oubli, le pardon sans justice est un acte inutile. Les ordures cachées derrière la porte se répandent à nouveau. Actuellement il y a autant de tués au Guatemala que durant les pires années du conflit, car le chapitre n’a pas été clos comme il aurait dû l’être.
La dette énorme de l’exclusion, de la misère, de l’abandon et du désespoir, qui est la véritable cause de la guerre n’a pas encore été honorée. Les coupables se promènent librement dans la rue et les victimes restent dans les ténèbres d’où elles réclament leur vérité et la fin de leur douleur.