blog des amis de Cuba en Lorraine

Les récentes décisions du gouvernement de Panama ayant à sa tête l’homme d’affaires Ricardo Martinelli, concernant ses relations avec les autres pays de la région font qu’on se demande bien où se dirige ce pays dont l’indépendance et la souveraineté ont été obtenue au prix du sang et des luttes de générations.
Rappelons que Panama a été, avant Belize, le dernier à proclamer la république après sa séparation de la Colombie le 3 novembre 1903, un véritable accouchement aux forceps parrainé par les Etats-Unis pour mieux asseoir leur domination sur le canal stratégique de Panama qui relie l’Océan Pacifique et l’Océan Atlantique.
Depuis lors sa souveraineté avait été de la pure fiction jusqu’à la signature des Accords Torrijos-Carter en 1977. Ces accords ont été le fruit de la lutte inlassable du Général Omar Torrijos, Président de Panama à l’époque, pour la dignité et la souveraineté nationales. Ces accords ont aboutit au transfert à Panamá, le 31 décembre 1999, de la souveraineté sur le canal ainsi qu’au départ progressif des bases militaires américaines implantées dans sa zone.
Ce n’est à ce moment là que Panama a rejoint le concert des pays libres et a pu adhérer aux mécanismes d’intégration régionale avec ses frères centraméricains.
La politique panaméenne a commencé à changer et ses gouvernants commencent à faire passer de nouveau Panama sous la coupe des Etats-Unis.
Pour commencer, le Pentagone a de nouveau des bases militaires en territoire Panaméen. Le prétexte d’une telle présence militaire n’est plus la protection du Canal de Panama, mais un autre prétexte dont on nous rabat les oreilles : la fameuse lutte contre le terrorisme et contre le trafic de drogue.
Tout le monde sait que l’Amérique Latine n’est pas le repaire du terrorisme et que le trafic de drogue a son principal marché aux Etats-Unis qui sont aussi le principal point de blanchiment de l’argent provenant des stupéfiants. La logique voudrait donc que ce soit en territoire étasunien que la lutte soit menée. Cependant les autorités étasuniennes s’obstinent à chercher au mauvais endroit ce qui prouve qu’elles cherchent autre chose en réalité : maintenir leur domination sur la région.
Des effectifs étasuniens espionnent, contrôlent et s’immiscent dans tout depuis les bases militaires de Soto Cano, au Honduras ; de Comalapa, au Salvador ; depuis au moins sept bases, en Colombie ; depuis la base du Chaco, au Paraguay, depuis celles des Iles d’Aruba et de Curaçao, depuis la base navale de Guantanamo sur une portion du territoire cubain qu’usurpent les Etats-Unis et désormais, depuis quatre bases à Panama.
Cependant, le gouvernement de Martinelli ne s’arrête pas là lorsqu’il est question de faire des concessions en matière de souveraineté nationale. Avec un enthousiasme que mériteraient des causes dignes, le Président panaméen s’est joint au véritable complot de l’extrême droite étasunienne contre le Président légitime du Honduras renversé par un putsch militaire le 28 juin.
Il est allé jusqu’à désigner Roberto Jované Ambassadeur Spécial chargé d’observer, voire légitimer, les élections du 29 novembre, condamnées par les autres pays de la région car elles sont organisées par un régime de facto qui tente de se donner un vernis de légalité.
Martinelli ne s’en soucie pas le moins du monde car ce qu’il veut c’est s’attirer les bonnes grâces des Etats-Unis raison pour laquelle il a exprimé son appui à Micheletti et annoncé qu’il reconnaîtra le gagnant de ces élections.
Mais ce n’est pas tout ! Panama poursuit le processus de son retrait du PARLACEN, le Parlement Centraméricain mettant ainsi des bâtons dans les roues du processus d’intégration dans cette région du monde.
Il est vrai que le PARLACEN a, ce que les médecins appellent des malformations congénitales, qui devraient être corrigées pour le rendre plus fonctionnel et efficace, mais de là à essayer de le détruire c’est vouloir faire reculer la région 50 ans, aux temps où les Ambassadeurs des Etats-Unis aux pouvoirs de proconsuls, renversaient des gouvernements en Amérique Centrale selon le bon vouloir des transnationales bananières.
Au début de ce commentaire nous nous posions la question : où va Panama ?. Après ce coup d’œil sur trois décisions prises récemment par le Président Ricardo Martinelli, nous pouvons déjà peut-être y répondre.
Il s’éloigne des idéaux de dignité et de souveraineté nationales du Général Omar Torrijos. Il ignore l’exemple de ceux qui, avec des armes rudimentaires ont défendu la souveraineté panaméenne face aux avions, aux hélicoptères et aux chars étasuniens en 1989, lors de l’invasion yankee. Il trahit les étudiants du lycée de Balboa qui, en 1964, ont risqué leurs vies pour faire ondoyer le drapeau panaméen dans la zone du Canal et il abandonne les Panaméens qui veulent continuer à parler et à penser en espagnol.
Bref, il se couche sur le lit d’épines que lui propose l’extrême droite étasunienne et il se soumet au procès impitoyable de l’histoire qui, sans aucun doute, le condamnera.
Fuentes: RHC, AIN, GRANMA, TRABAJADORES, JUVENTUD REBELDE, PL, REUTER, EFE, IPS, ANSA, AFP, XINHUA, TASS, DPA, AP.