blog des amis de Cuba en Lorraine
Eduardo Frei et Sebastian Pinera (à gauche) (Reuters) Le deuxième tour des élections présidentielles chiliennes, qui a lieu ce dimanche, s’annonce plus serré que prévu. La victoire annoncée du milliardaire Sebastien Pinera, candidat de la droite, pourrait être mise à mal par le soutien apporté à la dernière minute au candidat de gauche par Marco Enriquez Ominam, arrivé à la troisième place au premier tour avec 20 % des suffrages exprimés. « Je déclare officiellement ma décision de soutenir le candidat de ce peuple », a déclaré Enriquez Ominam, mardi, au cours d’une conférence de presse, en faisant allusion à Edurado Frei, le candidat de la Concertation démocratique, la coalition de centre gauche qui dirige le Chili depuis le rétablissement de la démocratie en 1990. Après avoir refusé pendant des semaines de choisir entre Pinera et Frei, le jeune premier de la politique chilienne, fils d’un dirigeant de la guérilla tué sous Pinochet, a finalement estimé : « Face à la conjoncture historique, face à la possibilité que la droite empêche la marche du Chili vers l’avenir, il est de ma responsabilité de contribuer comme je peux à ce que cela n’arrive pas. »
mobilisation de la gauche
Ce ralliement a fait remonter les chances du candidat Frei, qui n’avait obtenu que 29,6 % des voix au premier tour, contre 44 % à son opposant. Il s’ajoute à celui déjà obtenu de Juntos Podemos, une coalition d’une vingtaine d’organisations dont le Parti communiste chilien et les socialistes allendistes. Face à la menace d’un retour de la droite, Podemos, dont le candidat Jorge Arrate (6,21 % des voix au premier tour) avait décidé début janvier de se rallier sous condition derrière le candidat de la Concertation. Fort de cette mobilisation de l’ensemble de la gauche, Frei, que tous les sondages donnaient jusque-là perdant, a resserré cette semaine l’écart avec son adversaire. Il talonne désormais Pinera dans les sondages, avec un score de 49,1 %, contre 50,9 % à celui qu’on surnomme le « Berlusconi chilien ».
De nombreux obstacles se dressent pourtant sur le chemin d’une nouvelle victoire de la gauche. Au pouvoir depuis vingt ans, la Concertation a perdu de son prestige, notamment auprès d’une jeunesse lassée du conformisme d’une société jugée particulièrement bloquée. Malgré l’immense popularité de la présidente, la socialiste Michelle Bachelet, interdite par la Constitution de se représenter, le pays est traversé par une aspiration au changement, qui fait perdre du poids au traumatisme des années Pinochet. À cela s’ajoute le manque de charisme de Frei, un vieux routier de la politique chilienne qui a déjà exercé la fonction de président. Signe de cette lassitude, un certain nombre d’intellectuels, compagnons de route de la Concertation, se sont cette fois ralliés à la droite. Il faudra la mobilisation de toute la gauche et un véritable sursaut pour conjurer le spectre de la première victoire électorale de la droite au Chili depuis 1958.
Camille Bauer