blog des amis de Cuba en Lorraine

Les fins de semaine sont nécessairement plus relax. Mais il y a une nécessité qui ne change guère, c'est de mettre en marche, très tôt le matin, chaque jour de la semaine, le moteur qui va permettre la montée de l'eau de la citerne souterraine au réservoir sur le toit de l'édifice, afin de permettre la juste répartition de l'eau, ce bien si précieux, entre les réservoirs situés dans chaque logement. Cette tâche nous incombe puisque nous sommes les occupants du rez-de-chaussée où est situé le moteur.
L'eau de la ville arrive un jour sur deux, pour remplir la citerne, et il faut nécessairement l'économiser pour que la réserve d'eau dure 48 heures. Quand on pense qu'il y a des îles tout autour de Cuba qui n'ont pas accès à l'eau potable, à Haïti par exemple, où de nombreuses maladies mortelles et des épidémies subsistent à cause justement de l'absence d'eau potable, on se dit qu'on est bien chanceux de pouvoir recevoir à la maison cette eau si précieuse, quitte à l'économiser. Pour un Québécois habitué à l'abondance et au gaspillage, cela demande une certaine discipline, mais on s'y fait rapidement, car on n'a pas le choix.
Il faut profiter du samedi pour faire le tour des petits marchés publics tout autour de la maison, afin de faire le plein de fruits et de légumes. Ceux-ci n'abondent pas nécessairement depuis le passage des derniers cyclones, mais avec un peu de chance et de patience, on peut dénicher un ananas, des oranges, du melon d'eau, des citrons verts, entre des piles de goyaves et de papayes. Pas mal tout de même. Et tout cela, «made in Cuba»!
Pour mon fils de trois ans et demi, on a le choix entre une pièce de théâtre au Théâtre Guignol, un film pour enfant précédé d'un spectacle de clowns, de danse, de chansons et de marionnettes, au Riviera, une visite au cirque, au zoo, à l'aquarium, au parc d'attractions, etc. Je suis toujours étonné devant le sans-gêne des enfants cubains. Il suffit qu'une animatrice demande s'il y a des enfants qui veulent participer à un jeu, à des devinettes, à une danse pour que les 222 enfants présents dans la salle se précipitent sur scène pour se faire voir et entendre.
Le mien doit avoir passablement de sang québécois dans les veines puisqu'il refuse de se prêter au jeu et il demeure près de moi, sans bouger, mais les yeux grand ouverts. Peut-être que la prochaine fois... Ces spectacles ne coûtent rien ou presque. J'ai vu ici plusieurs pièces de théâtre pour enfants et je suis persuadé que le théâtre du Carrousel de Suzanne Lebeau ou celui des Bouches décousues de Jasmine Dubé seraient fort bien acceptés et y trouveraient un public chaleureux.
Sur le trottoir, ou même carrément dans la rue, des hommes jouent aux échecs ou au domino sur de petites tables brinquebalantes. Chaque fois, des curieux et des fidèles s'agglutinent autour des joueurs, sans que cela vienne déconcentrer ceux qui s'affrontent. Ici l'affrontement est à la fois sérieux et joyeux.
Ailleurs, d'autres hommes jouent au mécano. Les mains couvertes d'huile et de graisse, ils fouillent les entrailles de leurs énormes voitures, démontent pièce par pièce tout ce qui bouge mécaniquement.
Dans tous les cas, il s'agit de vieilles voitures américaines des années cinquante, Chevrolet, Ford, Studebaker, Buick, Chrysler, etc., des petits bijoux aux couleurs vives, dont l'intérieur, je parle du moteur et des autres accessoires, a été entièrement refait avec des pièces de Lada. Ici la Lada a toujours bonne réputation. On dit qu'il s'agit d'une auto fiable et robuste et seuls les Cubains peuvent s'en procurer. En d'autres mots, un étranger ne peut en faire l'acquisition. La Lada au Québec a fait long feu, mais pas ici, grâce peut-être au sens de la débrouillardise des Cubains, qui ne fait plus de doute.
Un peu partout les bougainvilliers d'un rouge vif sont en fleurs, certains atteignent même la taille d'un arbre, c'en est époustouflant. J'en voudrais un dans ma cour! Ici et là, d'autres arbres et arbustes en fleurs, de toutes les couleurs, dont je ne connais malheureusement pas les noms. Bientôt ce sera le tour des flamboyants spectaculaires. Tout cela forme un paysage qui invite à la détente pour qui sait prendre la peine de s'arrêter et de regarder. Je comprends le frère Marie Victorin de s'être intéressé à la flore cubaine.
(À suivre)
La suite des chroniques ce week end
Chronique de Jacques Lanctôt