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blog des amis de Cuba en Lorraine

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«Un ordre où les Etats pauvres financent les déficits des riches ne peut être que précaire»

   PROPOS RECUEILLIS PAR BENITO PEREZ    
SolidaritéÉCONOMIE - Spécialiste de la dette, l'économiste péruvien Oscar Ugarteche s'inquiète des effets d'une crise née au Nord mais qui se propage au Sud et à l'Est. L'opportunité de changer de modèle?
Il fait partie de ces rares spécialistes de la finance qui n'ont pas vendu leur âme pour quelques stock-options. Depuis plus de trente ans, le Péruvien Oscar Ugarteche observe les flux et reflux des richesses du monde avec l'oeil de l'analyste critique et le coeur d'un homme épris de justice sociale. Face A, le chercheur de l'Université nationale autonome du Mexique (UNAM), où il coordonne l'Observatoire économique latino-américain, est l'auteur de nombreux ouvrages sur la dette et la globalisation. Face B, M. Ugarteche préside l'Agence latino-américaine d'information (ALAI), membre du Conseil international du Forum social mondial, et milite de longue date pour le respect des minorités sexuelles au Pérou. Le Courrier a voulu connaître son avis sur le krach du système financier néolibéral et la crise économique planétaire qui s'en est suivie. Son constat est ravageur pour les actuels dirigeants économiques et politiques mais non dénué d'espoir.


L'actuelle crise économique a éclaté au coeur du monde développé. Le Sud est-il concerné par cette débâcle?

La crise amène ce constat: un ordre international où les pays en développement financent les déficits des Etats développés ne peut être que précaire. Le modèle idéologique dominant est mis en cause. Nous affrontons les conséquences de vingt ans de croissance économique par les exportations. Une crise de la consommation au sein des pays riches était inévitable. Or elle éclate au moment même où le modèle technologique basé sur les énergies fossiles entre lui aussi en crise! Ensuite - et non pas en premier lieu comme on l'a beaucoup dit - la crise est aussi financière. La preuve a été apportée, une nouvelle fois, qu'un système financier fonctionnant pour lui-même, comme instrument d'auto-enrichissement déconnecté de l'économie réelle et de la consommation, finit toujours par éclater. Les banques, en particulier les banques d'affaires, sont sorties de leur rôle. Elles ne font plus l'interface entre les taux d'intérêts, entre l'épargne et l'investissement. Elles ont renoncé à assumer la responsabilité des prêts, préférant en faire commerce à d'autres banques. En définitive, on a créé des instruments financiers de plus en plus complexes, bâtis les uns sur les autres, se propageant comme une bombe atomique... Eh bien, au final, c'est cela qu'on a eu: une bombe atomique au coeur du capitalisme!

On croyait la finance globalisée. Or il n'y a pas eu de faillites au Sud.

En effet. Ces produits dérivés ont été principalement achetés par d'autres banques d'affaires anglo-saxonnes ou de pays fortement arrimés à ces marchés, comme l'Allemagne, l'Islande, les pays de l'Est, etc. Mais si l'épicentre est circonscrit, les pertes sont tellement gigantesques qu'elles ont asséché l'ensemble du secteur bancaire. Avec les conséquences que l'on sait sur le volume des échanges mondiaux.


Paradoxalement, si les pays du Nord sont plus endettés que ceux du Sud, les créances de ces derniers pèsent davantage sur la population. Quel effet aura la crise?

La hausse de taux d'intérêt et la chute des prix des matières premières vont avoir des effets catastrophiques sur les Etats du Sud déficitaires. En revanche, la crise sera moins durement ressentie dans les pays à revenu intermédiaire comme le Brésil, où les créanciers internes ont substitué les internationaux. La question d'un effacement des créances des pays les plus pauvres va revenir sur le tapis! Cette dette est absurde, elle est le produit d'une accumulation d'intérêts et n'a plus rien avoir avec les prêts d'origine. De plus, son montant est ridiculement bas si on le compare aux sommes injectées, par exemple, pour réactiver l'économie étasunienne.

Le sommet du G20 à Londres en avril dernier a marqué le retour en force du Fonds monétaire international (FMI) qui a pourtant laissé un bien mauvais souvenir en Amérique latine...

Je ne crois pas qu'il y ait un retour en force du FMI. Je crois que le G2 (Implicitement: les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, ndlr) a la volonté de le renforcer. Le FMI est un instrument de domination pur et dur, rien d'autre. Qu'on essaie de le réactiver pour relancer les transferts de fonds du Sud vers le Nord, ne m'étonne pas. Cela dit, en Amérique latine, cela ne marchera pas. Les pays de l'Est européen, en revanche, n'ont pas cette expérience. Ils sont très favorables au libéralisme. Ils ont tous passés des accords avec le FMI depuis le début de l'année. Les huit conventions que j'ai étudiées proposent toutes une contraction de l'économie, en insistant sur la baisse des dépenses de l'Etat et une hausse des taux d'intérêts. Aucun de ces plans n'est anticyclique. En fait, ils proposent exactement le contraire du discours officiel du G20... Exactement l'inverse de ce que les Etats-Unis et l'Europe ont fait... Après les transferts du Sud vers le Nord, le FMI organise les transferts de fonds de l'Est vers l'Ouest... I

 

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