blog des amis de Cuba en Lorraine
De retour de Cuba depuis des semaines la même question me taraude l'esprit.
Comment et pourquoi ce peuple, ce parti, cette nation tiennent ils face à un blocus démesuré, à des calamités certainement pas si naturelles qu'un réchauffement planétaire ne veut le signifier...
J'ai l'habitude en cas de doute sur ma propre volonté de persévérer dans un combat politique dont je ne vois pas le bout et dont je n'aperçois pas nécessairement les effets immédiats, donc quand je veux tout plaquer, vidé de ma substance militante, je réagis de cette manière uniforme, direction le cimetière du Père Lachaise.
Là entre fans défraichis de Morrisson, nouveaux admirateurs d'un Oscar Wilde ou promeneurs atypiques je me confronte au passé, à mes « maitres ».
Le mouvement révolutionnaire et ouvrier a connu là, dans ce cimetière une agonie que la bourgeoisie déclara définitive.
Des milliers de Communeux tombés face à la mitraille versaillaise, Victor Hugo, le cubain en parle si bien de ce cadavre à terre....Tout comme il aimera et racontera Cuba.
Pas un authentique ami de Cuba n'échappe à cette interrogation admirative, où le peuple de Cuba plonge t'il ses racines pour y trouver cette force collective peu commune, cette fusion populaire, cette ferveur révolutionnaire quand tout est dur, perpétuellement remis en question, que chaque acquis l'est dans l'incertitude de la durée.
Un citoyen, un travailleur, un dirigeant, à Cuba serait il génétiquement différent, la Révolution des Barbudos serait elle parvenue à un homme nouveau en si peu de temps et avec une telle hostilité à quelques kilomètres de ses propres côtes ?
Je ne veux pas nier un système scolaire classé parmi les meilleurs au monde, des choix de classes qui font aller au peuple tout ce qui peut être sauvé, maintenu mais cela ne semble pas suffire à expliquer cette persistance d'un comportement d'ensemble qui lie la fierté d'une lutte au bras d'honneur au yankee.
Cuba est socialiste, en recherche constante d'équilibre entre les besoins populaires et une réalité économique aggravée par la propre crise de l'ennemi de classe.
Alors comment et pourquoi Fidel, Raoul et les autres n'ont ils pas cédé quand l'Union Soviétique tombait sous les coups de la contre révolution, quand le pays de Lénine s'engageait sur la voie d'un retour au pire.
Etrangement c'est ainsi qu'au Père Lachaise que je trouve une réponse qui me convienne dans l'instant.
Les communeux, ceux de 1871 ont su qu'ils étaient perdus, qu'ils avaient perdu, que les cercueils de planches disjointes étaient prêts, la fosse creusée et ils tinrent jusqu'au bout, tombant l'un après l' autre sur les barricades, dans les derniers retranchements, ceux qui furent capturés reçurent les décharges de plombs de l'infanterie française, cornaquée par l'envahisseur prussien.
Je crois que pour tenir il n'existe que peu de raison, de motivations...
Il ne s'agit pas d'aller au bout de la seconde mi-temps d'un match mais d'envisager parfois d'y laisser sa peau et ceux que l'on aime.
Je crois que la lucidité révolutionnaire, le refus de se rendre, couplés à une vision d'un monde transformé pour soi, pour les siens apportent le ciment qui va lier et lie les révolutionnaires entre eux.
Ni meilleurs ni pire, chaque militant du Monde Nouveau, membre d'une organisation politique, syndicale ou non, ou celui nommé simple citoyen comme si il était si simple d'être citoyen, mais ceux là qui ont tranché, établi un choix pour leurs existences, ils ont un à venir.
Se dépasser demande des efforts terribles et se dépasser constamment, des efforts constants et cela constitue sans aucun doute la raison majeure de la résistance de la Révolution cubaine quand l'Urss renonçait Cuba socialiste se dépensait , se dépassait, se prolongeait par un socialisme du réel et de la vérité dite et débattue par le collectif.
Cuba socialiste tient, le Parti Communiste de Cuba tient il ne mute pas, ne cède pas à l'appel à se rendre, la fierté d'un peuple intimement nouée à celle de ses militants communistes, il faut savoir oser parler d'eux, ils sont les fondations de cette société qui a banni l'exploitation des hommes par d'autres hommes, ils se caractérisent par cette intransigeance politique, la saine intransigeance qui se refuse non pas au dialogue mais rejette toute compromission.
Donc en mon Père Lachaise, déambulant devant ces plaques , ces noms de ces intransigeants de chez moi je me dis et si j'étais cubain et que José Marti m'ait montré le chemin de la dignité, de l'indépendance comme l'ont fait , ici, mes frères de la Commune, sans doute je serais un communiste cubain.
Parce que la Révolution cubaine et celles qui désormais l'entourent puisent leurs forces et que leurs racines ont ceci de commun: une société nouvelle pour des hommes nouveaux débarrassés des antagonismes de classes.
Parce que le travailleur cubain sait, et c'est désormais, presque un instinct de classe chez lui, que le collectif sera toujours la clé de l'avancée, de toute conquête, il s'y prête quitte à revendiquer une meilleure prise en compte de l'individu, Il sent, il sait par où passer, comment, avec qui.
Le peuple de Cuba a ses ressources, elles sont cubaines avant tout et je , nous sommes estomaqués de tant de capacités et d'audaces politiques, de ce pragmatisme, de ce sens de la débrouille.
Je suis sans doute injuste... mais plutôt que de nous extasier devant ce collectif cubain, de sa richesse, des ses contradictions transformées en convergences révolutionnaires ou plutôt en nous laissant penser, de notre propre chef, que la façon cubaine ne saurait prétendre à l'universel, ayons le courage et l'audace de redevenir ceux pour qui l'idée est debout.
ET NOUS SERONS ENFIN DIGNES D'UN FIDEL, D'UN RAOUL, D'UN CHE, NOUS AURONS RETROUVE CES RACINES COMMUNES QUI POUSSENT LA, EN CE PERE LACHAISE OU REPOSENT CELLES ET CEUX QUI ONT OUVERT LE CHEMIN....