blog des amis de Cuba en Lorraine

Tegucigalpa Envoyé spécial pour le monde
A trois mois du coup d'Etat qui a renversé le président hondurien, Manuel Zelaya, le gouvernement putschiste a suspendu les libertés fondamentales et défie de plus en plus ouvertement la communauté internationale. Un décret, diffusé dimanche 27 septembre dans la soirée par toutes les chaînes de télévision, suspend les libertés d'expression et de réunion durant au moins 45 jours et prévoit la fermeture des médias "qui incitent à l'insurrection".
Cet état de siège qui ne dit pas son nom permet les arrestations sans mandat par la police et par l'armée. Les émissions du Canal 36, la seule chaîne de télévision favorable à M. Zelaya, ont été brouillées au cours des dernières heures.
L'ambiance était tendue dimanche à l'aéroport international de Tegucigalpa, la capitale. Cinq diplomates de l'Organisation des Etats américains (OEA), venus préparer d'hypothétiques négociations, y ont été détenus pendant plusieurs heures. Quatre d'entre eux ont été expulsés. Deux fonctionnaires de l'ambassade d'Espagne, de retour de congés, se sont également vus interdire l'entrée au Honduras.
"Je ne crois pas que l'ambassadeur d'Espagne et d'autres ambassadeurs prendront le risque de revenir et de ne pas être admis", menaçait le ministre des affaires étrangères du gouvernement putschiste, Carlos Lopez, lors d'une conférence de presse peu après ces incidents. Paris a annoncé le prochain retour de son ambassadeur, qui avait été rappelé peu après le putsch.
La veille, le gouvernement avait lancé un ultimatum au Brésil, lui donnant "un délai ne dépassant pas dix jours pour définir le statut de M. Zelaya", réfugié depuis une semaine à l'ambassade brésilienne à Tegucigalpa. Passé ce délai, l'ambassade perdra son statut diplomatique, a expliqué M. Lopez. Il a toutefois précisé que cela ne signifiait pas "une opération pour capturer M. Zelaya dans l'édifice du gouvernement du Brésil".
"Offensive finale"
Le président putschiste, Roberto Micheletti, accuse Manuel Zelaya de profiter de la protection diplomatique brésilienne pour "inciter à la violence". "Nous n'acceptons pas d'ultimatum de putschistes et ne reconnaissons pas ces usurpateurs", a répliqué le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva depuis le Venezuela, où il assistait au sommet Amérique du Sud - Afrique. De son côté, le Conseil de sécurité de l'ONU a condamné, vendredi, "les actes d'intimidation contre l'ambassade du Brésil" et mis en garde le gouvernement putschiste contre toute tentative de violer l'immunité de la représentation diplomatique.
Plusieurs centaines de policiers et de militaires lourdement armés encerclent l'ambassade brésilienne, où Manuel Zelaya est enfermé avec une soixantaine de partisans. Le chargé d'affaires du Brésil a confirmé que plusieurs des personnes assiégées avaient souffert de nausées et de vomissements provoqués par des gaz toxiques. Au micro de Radio Globo, l'une des deux seules stations antiputschistes, M. Zelaya a dénoncé la mort, samedi, d'une étudiante, Wendy Elizabeth Avila, "victime de gaz toxiques".
"Je suis ici pour promouvoir un dialogue pacifique, avec le soutien de tous les pays membres de l'ONU et de l'OEA, pour restaurer la démocratie", a dit le président déchu. Il a appelé ses partisans, qui manifestent quotidiennement depuis le coup d'Etat, à "renforcer la résistance pacifique face à la suspension des libertés fondamentales par le gouvernement dictatorial".
Samedi, M. Zelaya avait appelé ses compatriotes à se mobiliser pour "une offensive finale" contre le régime putschiste. Selon le Père Andrés Tamayo, l'un de ses proches qui l'accompagne à l'ambassade du Brésil, des paysans ont gagné la capitale, évitant les barrages militaires, pour grossir les prochaines manifestations en faveur de M. Zelaya.
Jean-Michel Caroit