blog des amis de Cuba en Lorraine
PROPOS RECUEILLIS PAR BERNARD PERRIN
La Bolivie va vivre, ce dimanche 4 avril, son dixième scrutin populaire en... dix ans! Cette intense participation démocratique du peuple, notamment marquée en 2008 par un référendum révocatoire (qui a confirmé Evo Morales dans ses fonctions avec plus de 67% des voix) et en 2009 par l'approbation de la nouvelle Constitution (une première en Bolivie), devrait une fois encore démontrer la suprématie du parti du président, le Mouvement vers le socialisme (MAS). Après la réélection historique d'Evo Morales en décembre dernier, avec plus de 64% des suffrages, l'enjeu sera cette fois-ci de traduire l'hégémonie nationale au niveau des 337 municipalités (élections des maires et de 1800 conseillers municipaux) et des neuf départements (élection des gouverneurs).
S'il ne fait aucun doute que dans l'occident andin, soit les départements de La Paz, Oruro et Potosi, le parti au pouvoir obtiendra une fois de plus une très nette majorité, la région de l'Oriente sera davantage disputée. Le Beni et Santa Cruz devraient demeurer les principaux bastions de la droite conservatrice opposée aux réformes d'Evo Morales, malgré une constante progression du MAS lors des derniers scrutins.
Mais la fameuse media luna (demi-lune), que formaient symboliquement les cinq départements du nord, de l'est et du sud opposés au président Evo Morales lors de son premier mandat, semble avoir perdu son éclat. Les sondages annoncent en effet que plusieurs pièces de ce puzzle imaginaire pourraient passer dans le camp de «l'officialisme», du parti au pouvoir. La réalité électorale est donc en train d'enterrer l'idée de «deux pays distincts» construite par la droite conservatrice et autonomiste .
Au-delà du scrutin du 4 avril, quels sont les défis qui attendent aujourd'hui le MAS, le parti fondé dans les années 1990 par les planteurs de feuilles de coca, qui a construit une hégémonie nationale en englobant en son sein tous les clivages de la société bolivienne? Politologue, notamment auteur avec Pablo Stefanoni de Nous serons des millions, Evo Morales et la gauche au pouvoir en Bolivie, Hervé Do Alto apporte quelques pistes de réflexion.
Quatre mois après la réélection triomphale d'Evo Morales et l'obtention d'une majorité des deux tiers au parlement, pourquoi ces élections départementales et municipales sont-elles importantes pour le président et son parti?
Hervé Do Alto: Il y a clairement un fossé jusqu'à présent entre le champ politique national, où le MAS a construit une hégémonie qui s'exprime à travers la personnalité charismatique d'Evo Morales, et la réalité de l'implantation locale. Le MAS est un parti fondamentalement de souche paysanne. Il est né des mobilisations des planteurs de feuilles de coca dans les années 1990 et s'est étendu à d'autres secteurs ruraux. Il a donc toujours connu une certaine difficulté à s'implanter dans les villes. Comment se convertir en un parti ayant un certain enracinement urbain alors que le discours s'adresse en premier lieu aux paysans? En 2004, le MAS n'avait gagné aucune grande ville, et en 2005, il n'a obtenu la majorité que dans trois des neuf départements. L'enjeu de ces élection est donc de voir s'il est désormais capable de s'étendre aux centres urbains...
Selon les sondages, la droite devrait conserver le département de Santa Cruz. Observe-t-on toujours une fracture entre l'occident andin et l'orient amazonien?
Santa Cruz n'est que l'un des départements de l'est du pays... Lorsqu'on regarde l'ensemble de la media luna, on constate que les sondages donnent une majorité de voix au MAS dans trois des cinq départements, soit Chuquisaca, Pando et Tarija, qui apparaissent comme les maillons faibles de la droite. La situation est différente à Santa Cruz. Dans ce département, le thème de la propriété de la terre tient une importance centrale, plus par exemple qu'à Tarija ou Pando. A Santa Cruz, on trouve aussi une véritable bourgeoisie, une oligarchie dont les intérêts sont directement liés aux transnationales. L'entreprise pétrolière française Total, par exemple, y a son siège. Malgré sa déroute électorale totale en décembre au niveau national, la droite continue d'y posséder une force suffisante pour affronter la croissante hégémonie du MAS.
Source : le courrier