blog des amis de Cuba en Lorraine

L´illégalité fleurit dans tous les secteurs. De nombreuses entreprises ont des pratiques louches, et certaines sont des récidivistes qui susciteraient la jalousie des criminels les plus endurcis.(1)
Les conflits antisyndicaux et les assassinats au sein des entreprises d´embouteillage de Coca-Cola ont été les motifs les plus importants de la campagne de boycott de la corporation. Les problèmes les plus graves au niveau du travail ont eu lieu en Colombie. Les organisations syndicales de divers pays accusent Coca-Cola et la corporation mexicaine FEMSA, propriétaire de six entreprises d´embouteillage en Colombie, de faire appel à des paramilitaires pour assassiner des syndicalistes. Ces accusations ont été portées devant les tribunaux, aux Etats-Unis, où un juge a rejeté la responsabilité de la corporation mère, à savoir Coca-Cola Company basée à Atlanta, concernant les possibles délits de ses embouteilleurs dans le monde. En revanche, il a accepté que la corporation FEMSA soit poursuivie pour violation des droits de l´homme vis-à-vis de ses employés.
La décision du juge a provoqué la colère des défenseurs des droits de l´homme et du travail étant donné que la corporation mère garde un "contrôle total "sur ses embouteilleurs(2) par le simple fait d´être le fournisseur exclusif de sirop concentré à partir duquel est fabriquée la boisson. Dans le cas particulier de l´embouteilleur FEMSA, le siège d´Atlanta possède 31,6 % du capital de ce dernier certains de ses dirigeants prennent part directement au décisions de l´entreprise mexicaine. La logique voudrait que Coca-Cola Company et FEMSA soient jugées de la même façon. FEMSA n´a pas souhaité s´exprimer à ce sujet.
L´histoire de la relation entre Coca-Cola et les paramilitaires est terrifiante. En décembre 1996, deux paramilitaires à moto se rendirent à l´usine d´embouteillage Coca-Cola à Carepa, dans le département d´Urabá, et tirèrent dix coups de feu sur Isidoro Segundo Gil, travailleur syndiqué qui mourut sur le coup. Cette même nuit, les bureaux du syndicat furent forcés et incendiés. La semaine suivante, les paramilitaires retournèrent à l´usine d´embouteillage et exigèrent des soixante employés qu´ils signent une lettre disant qu´ils quittaient le syndicat. Par la suite, l´embouteilleur licencia tous ses employés même ceux qui n´étaient pas syndiqués. Après l´assassinat de Gil, son épouse a passé quatre ans à demander justice ainsi qu´une compensation de la part de Coca-Cola, jusqu´à ce qu´elle soit aussi assassinée par les paramilitaires en 2000, laissant derrière elle deux orphelines.
Les assassinats de Gil et sa femme sont certainement parmi les plus sanglants de l´histoire de Coca-Cola mais ils ne sont pas les seuls. Au moins neuf employés d´usines d´embouteillage de Coca-Cola ont été tués par des paramilitaires en Colombie depuis 1989. Selon les accusations portées devant les tribunaux, les paramilitaires sont présents en permanence dans certaines usines, ce qui intimide les travailleurs et va à l´encontre du droit à la libre affiliation syndicale. Les avocats défenseurs du droit du travail ont dénoncé la récurrente et "systématique intimidation, la séquestration, la détention et l´assassinat de syndicalistes colombiens - [et le fait que] les usines d´embouteillage de Coca-Cola aient fait appel ou - donné des directives à des forces paramilitaires qui font preuve d´une extrême violence et qui ont assassiné, torturé et détenu illégalement ou -ont fait taire des délégués syndicaux"(3). Le président du Syndicat National des Travailleurs de l´Industrie Alimentaire (SINALTRAINAL), Javier Correa, a déclaré que "depuis le début, Coca-Cola est déterminée non seulement à éliminer le syndicat, mais aussi à anéantir ses travailleurs"(4).
Les défenseurs du droit du travail ont fait pression sur la direction de Coca-Cola pour qu´elle effectue une enquête indépendante sur les assassinats en Colombie. Un porte parole du Fonds International des Droits du Travail affirme qu´ "il n´y a pas de doute [sur le fait] que [le siège de] Coca-Cola savait et a tiré profit de la répression systématique des droits syndicaux dans les usines d´embouteillage colombiennes". De plus, le gérant de l´usine de Carepa, là où est mort Segundo Gil, a annoncé publiquement avoir "ordonné" aux paramilitaires de détruire le syndicat(5). Mais Coca-Cola a répondu de manière farouche. Après avoir annoncé que la corporation enquêterait sur la situation sociale conflictuelle en Colombie, le directeur exécutif a ordonné l´arrêt des investigations. La décision, en définitive, s´est transformée en un "cauchemar de relations publiques "(6).
Coca-Cola a manœuvré des années durant pour éviter une enquête indépendante en Colombie et a constitué diverses commissions pour enquêter sur les faits. Ses tentatives furent infructueuses car les commissions ont été dénoncées pour avoir en leur sein des personnes liées la corporation. Par la suite, en 2006, la corporation a tenté de redorer son blason, en annonçant qu´elle avait demandé à l´Organisation Internationale du Travail (OIT) des Nations Unies d´effectuer une enquête en Colombie. Cependant, le journal australien The Sydney Morning Herald, rapporta en 2007 que de hauts dirigeants de Coca-Cola Company "avaient menti à plusieurs reprises sur le fait que l´OIT allait réaliser une enquête concernant les pratiques de travail passées et présentes de Coca-Cola en Colombie". De plus, des porte-parole de l´OIT ont confirmé que l´institution "ne faisait pas une enquête mais une évaluation des conditions de travail actuelles"(7).
La liste des violations au code du travail de la part de Coca-Cola, ou sa complicité pour ne pas avori donné suite à des réclamations syndicales, ne se limite pas à la Colombie. On peut y ajouter l´embauche d´enfants pour effectuer la dangereuse récolte de canne à sucre par son fournisseur d´édulcorant au Salvador(8); l´utilisation de "listes noires" en Argentine pour traquer et réprimer les travailleurs qui luttent pour leurs droits(9); les licenciement massifs d´employés au Nicaragua(10), aux Etats-Unis(11), en Argentine(12), au Pakistan, au Guatemala et en Russie, entre autres.(13)
Au Mexique, un cas similaire s´est produit en 2005 lorsqu´un ingénieur mécanicien qui travaillait pour la corporation FEMSA depuis sept ans fut licencié à cause de ses préférences sexuelles. Un supérieur lui annonça que "tant que je serai directeur des ressources humaines, il n´y aura jamais d´homosexuel à la direction"(14). Il est éloquent mais pas surprenant que le "code d´éthique" de FEMSA déclare que "personne ne devra subir de discrimination en raison de son sexe, de son état civil, de son âge, de sa religion, de sa race, de ses capacités physiques, de ses opinions politiques ou de sa classe sociale"(15) évitant ainsi de mentionner la préférence sexuelle comme motif de discrimination et licenciement. FEMSA n´a pas souhaité s´exprimer à ce sujet.
Selon l´Association Américaine d´Anthropologie, il existe des "études", qui "prouvent que Coca-Cola Company n´a pas fait le maximum pour protéger ses travailleurs et leurs familles des intimidations et de la violence, n´a pas fait respecter le droit, reconnu internationalement, à former des syndicats et, par conséquent, l´Association soutient ledit syndicat colombien SINALTRAINAL dans le boycott de la corporation et de ses produits jusqu´à ce qu´elle négocie honnêtement avec ses employés"(16). Un universitaire de l´ "American University "appuie les conclusions de l´Association Américaine d´Anthropologie : "Coca-Cola est connue pour être farouchement opposée aux syndicats. La corporation est calculatrice et précise et la violence [faite aux travailleurs] a lieu généralement durant les périodes de négociations contractuelles"(17).
Problèmes liés à l´environnement
"Seuls le souci de ses intérêts et les lois du marché l´obligent à réfréner ses instincts prédateurs, et même cela ne l´empêche pas toujours de détruire des vies, d´anéantir des collectivités et de mettre en péril la planète [-] la manie des corporations à convertir leur coûts en externalités est la cause d´un grand nombre de problèmes sociaux et environnementaux. Cela fait de la corporation une institution profondément dangereuse"(18).
Aujourd´hui, alors que l´eau est de plus en plus chère et rare, les activités de Coca-Cola ont déchaîné les critiques quant à l´utilisation démesurée de celle-ci par les embouteilleurs. On trouve diverses estimations sur la quantité d´eau utilisée pour faire un litre de boisson. Des chiffres provenant de l´usine FEMSA de San Cristóbal au Chiapas indiquent que la "quantité optimale, ou l´objectif, est de 2,1" c´est-à-dire "qu´on utilise 2,1 litres d´eau pour chaque litre de boisson embouteillée - alors que normalement l´usine a des valeurs journalières et mensuelles de 2,2 à 2,4 litres"(19). D´autres sources de la même compagnie indiquent que le chiffre se rapproche de 3,12 litres, mais une étude sur l´utilisation de l´eau dans le bassin où se trouve cette usine(20) a estimé que pour chaque litre de Coca-Cola produit, il était consommé 5,47 litres d´eau. Selon Vandana Shiva, militante pour la protection de l´environnement en Inde, il faut neuf litres d´eau pour fabriquer un litre de Coca-Cola dans son pays(21). D´autres estimations sont encore plus élevées : "le grand problème, selon Jason Clay de l´organisation environnementale WWF (Organisation mondiale de protection de la nature) est qu´il faut entre 175 et 200 litres d´eau pour chaque litre de Coca-Cola"(22).
Quoi qu´il en soit, l´impact sur l´environnement provoqué par un embouteilleur sur la communauté avoisinante, est toujours notable par la quantité démesurée d´eau qu´elle consomme. Au Mexique, depuis 2000, Coca-Cola a négocié avec le gouvernement 27 concessions d´eau, 19 pour extraire de l´eau des nappes aquifères et de 15 rivières différentes, parmi lesquelles certaines appartiennent à des peuples indigènes de par l´application du droit consuétudinaire. Huit concessions lui permettent de jeter ses déchets industriels dans les eaux publiques. Pour faciliter le processus d´extraction et d´évacuation, le gouvernement du président Vicente Fox "avec l´aide de la banque mondiale, a privatisé l´eau avec succès, et a mis en place un programme à grande échelle pour privatiser la terre [le PROCEDE] qui a permis à l´entreprise privée d´avoir accès aux ressources terrestres, y compris à l´eau "(23).
Pour examiner de près les effets d´une usine d´embouteillage sur l´environnement, on peut prendre l´exemple type de celle de Coca-Cola à San Cristóbal de Las Casas qui appartient au groupe FEMSA. L´état du Chiapas où se trouve cette usine est le lieu principal de réserve d´eau du pays puisqu´il reçoit 50 % des eaux de pluie du Mexique(24).
L´usine du groupe FEMSA de San Cristóbal est la seule usine d´embouteillage Coca-Cola de l´état du Chiapas, et une des plus importantes de toute la région du sud-est du pays. Elle se trouve à 2 200 mètres au dessus du niveau de la mer, dans le bassin de San Cristóbal, sur le flanc du volcan éteint Huitepec, une des sources d´eau les plus riches de toute la région. La seule raison d´implanter l´usine à cet endroit, loin des principaux centres de population et dans une des zones les plus élevées du Chiapas, est l´accès aux abondantes ressources en eau. Actuellement, c´est cette usine Coca-Cola qui consomme le plus d´eau dans le bassin de San Cristóbal. En effet, elle a utilisé en 2004, plus de 107 millions de litres d´eau, soit l´équivalent de la consommation de 200 000 foyers, à savoir, plus que ceux actuellement présents dans tout le bassin(25).
L´usine de San Cristóbal(26) fournit en boissons et en eaux en bouteille non seulement l´état du Chiapas mais aussi d´autres régions des états voisins de Tabasco et Oaxaca. A cet effet, en 2004, la production annuelle de l´usine d´embouteillage s´élevait à 43,8 millions de litres de boissons par an, soit 120 000 litres par jour. Les ventes annuelles sont estimées à 438 millions de pesos (26,5 millions d´euros) soit 40 millions de dollars, ce qui équivaut à 10 ans du budget de la municipalité de San Cristóbal pour toutes ses infrastructures.
Malgré ses incroyables bénéfices, le paiement de ses droits d´accès à l´eau est infime. En 2003, l´usine a payé à la Commission Nationale de l´Eau (et non pas à la municipalité de San Cristóbal) à peine 320 000 pesos (soit 29 000 $ ou 19 000 €), l´équivalent de 0,072 % des ventes annuelles du groupe FEMSA à San Cristóbal. En gros, on est en train d´offrir l´eau à Coca-Cola, mais lorsque la réserve de Huitepec se tarira, ce seront les municipalités et communautés qui s´y approvisionnent qui devront payer. L´usine, elle, changera simplement de lieu.
Tout comme l´a fait une autre usine Coca-Cola au Salvador. Après 25 ans de fabrication de boissons et d´assèchement de la réserve d´eau locale, l´usine de Soyopango, s´est déplacée à Nejapa, près de la capitale salvadorienne. De nouveaux problèmes se sont rapidement présentés. Le maire de Nejapa a accusé l´usine de déverser des déchets liquides sans les traiter dans les cours d´eau locaux, les polluant et causant la mort de poissons et autres espèces animales(27).
On connaît peu, du moins publiquement, la durée de vie de la nappe aquifère qu´abrite le volcan du Huitepec à San Cristóbal. Mais le fait que l´usine soit déjà à la recherche de nouvelles sources d´approvisionnement en eau dans l´état du Chiapas est pour le moins préoccupant.
Afin de s´introduire dans les zones rurales, et notamment indigènes, les différents embouteilleurs de Coca-Cola au Mexique (FEMSA en est un parmi tant d´autres), ont créé la Fondation Coca-Cola. Cette institution philanthropique construit et équipe des écoles, de même qu´elle donne des bourses aux étudiants pour permettre aux embouteilleurs de s´installer sur des terres riches en réserves d´eau. Dans la municipalité de Huixtán, au Chiapas, où la Fondation Coca-Cola a remis à neuf et partiellement équipé une école primaire, on trouve la source El Molino, que Coca-Cola souhaite acquérir. Dans la municipalité de Tenejapa, aux environs des collines de Matzam, la Fondation Coca-Cola a rénové les écoles de douze communautés(28). Elle en a profité, au passage, pour placer son logo, comme nous l´avons vu précédemment, dans les écoles à des endroits stratégiques.
Hormis le manque d´eau prévisible que va provoquer l´usine Coca-Cola dans le bassin de San Cristóbal, un autre problème n´a cessé de s´amplifier depuis l´arrivée de l´usine en 1980, ce sont les ordures. Cette usine a mis en place en 2000, la série de conditionnement "pep", une bouteille en plastique qui arrive à l´usine sous forme comprimée, et qui est ensuite chauffée et gonflée pour être utilisée comme conditionnement. Les bouteilles "pep" ont augmenté la pollution puisqu´elles ne sont pas réutilisables.
Si l´on prend en compte les données sur la production de boissons et d´eaux en bouteille en 2004, 43,8 millions de litres, pour une contenance moyenne d´un litre par conditionnement, on arrive à 43,8 millions de conditionnements qui ont été rejetés en seulement un an, pour une seule usine. C´est l´équivalent de 2 190 tonnes de déchets plastiques que Coca-Cola ne ramasse pas ni ne réutilise. Les bouteilles "pep", chacune composée de 50 grammes de plastique, ne sont pas biodégradables car elles sont pratiquement indestructibles, surtout lorsqu´elles finissent enfouies dans une décharge.
Il existe un autre problème environnemental incontrôlable, c´est celui des "boues toxiques", produites par les usines d´embouteillage. Les boues sont le résultat du processus de préparation des boissons et comportent en général de forts niveaux de déchets industriels toxiques tels que le plomb, le cadmium et le chrome (tous cancérigènes)(29). Les boues toxiques de l´usine Coca-Cola à San Cristóbal sont enterrées sans aucun contrôle et polluent la nappe phréatique du bassin(30). La population locale n´a pas connaissance de leur existence.
Dans d´autres pays, et notamment en Inde, les boues toxiques ont suscité de vives protestations. Aussi bien Coca-Cola que Pepsi ont essayé de les distribuer aux paysans dans l´état du Kerala et le district de Varanasi, en les faisant passer pour des engrais(31). En 2003, le Comité Central de Contrôle de la Pollution Indien (CPCB) a évalué la production de boues toxiques de huit embouteilleurs de Coca-Cola en Inde et a trouvé de forts taux de déchets toxiques. Le Comité a exigé de la corporation qu´elle traite ces boues comme des déchets industriels dangereux et qu´elle prenne les précautions d´usage. Quatre ans plus tard, au moins une des usines, celle de Sinhachawar dans le district de Ballia, n´était pas conforme aux normes légales et, qui plus est, continuait à déverser des boues dans l´enceinte de l´usine et sur les terrains alentours(32). Greenpeace a effectué une campagne contre l´usine Coca-Cola de Pachimada, à Kerala, car elle pollue l´eau et provoque de graves problèmes de santé aux habitants. Sept états indiens ont interdit la vente partielle ou totale de Coca-Cola.
Notes