blog des amis de Cuba en Lorraine
Le nouveau siècle américain
( Alger le 14 08 2010)
Les meneurs d’opinion aux USA, dans la décennie qui a immédiatement suivi l’effondrement de l’Union soviétique, se plaisaient à décrier l’absence d’une stratégie d’envergure comparable à ce que George Kennan avait appelé endiguement, limitation de l’expansion de l’ennemi, terme réfléchi pour qualifier l’encerclement de l’Union soviétique pendant la Guerre froide. La question clé, telle qu’elle fut posée en novembre 2000 par Richard Haas, (analyste américain en sécurité nationale, était de déterminer la manière dont les USA allaient utiliser leur ‘superpuissance’ économique et militaire pour remodeler le monde par la sauvagerie. La phrase arrogante de Hass, lui a valut sans aucun doute d’être immédiatement embauché comme directeur de la planification politique au Département d’État sous Colin Powell, était qu’il fallait promouvoir une stratégie d’une « Amérique impériale » visant à assurer une domination mondiale des USA pour les décennies à venir. Quelques mois auparavant, une stratégie d’envergure très similaire, mais plus ouvertement militariste, avait été présentée par le Projet pour le Nouveau Siècle Américain, dans un rapport écrit par les futures figures de pointe de l’ex administration Bush.
La nouvelle grande stratégie impériale divulguée pour la première par le fameux rapport de Richard Cheney en 2000*, s’est confirmée, suite aux attaques du 11 septembre 2001, avec l’invasion US de l’Afghanistan, de l’Irak militairement. Mais l’excelle de cette partie a été consacrée officiellement dans la déclaration de la Maison blanche sur la Stratégie de sécurité nationale de 2002.
Résumant cette nouvelle poussée impériale, Stephen Peter Rosen, directeur de l’Olin Institute for Strategic Studies à Harvard et membre fondateur du Projet pour le Nouveau Siècle Américain, écrivait dans Harvard Magazine :
« Une entité politique qui a une supériorité militaire écrasante et utilise cette puissance pour influencer le comportement interne d’autres États, cela s’appelle un Empire. Comme les USA ne cherchent pas à contrôler les territoires ou à gouverner les citoyens outre-mer de l’Empire, nous sommes un empire indirect, certes, mais nous n’en restons pas moins un empire. Si cela est vrai, notre but n’est pas de combattre un adversaire, mais de maintenir notre position impériale et de maintenir un ordre impérial. Planifier des guerres impériales est différent de la planification de guerres conventionnelles internationales…Les guerres impériales pour restaurer l’ordre ne sont pas autant contraintes [par des considérations sur la dissuasion]. Une quantité maximale de force peut et doit être utilisée aussi vite que possible pour obtenir un impact psychologique – pour démontrer que l’empire ne peut être défié impunément…La stratégie impériale se concentre sur la prévention de l’émergence de challengers puissants et hostiles à l’Empire : par la guerre si nécessaire, mais si possible par l’assimilation impériale. »
Les objectifs de la stratégie US
Les objectifs stratégiques US ont peut-être été exposés le plus clairement par Robert J.
Chercheur associé à l’Olin Institute (USA), ou nous devons retenir six «intérêts nationaux principaux » par ordre d’importance :
1° - Prévenir une attaque sur le sol us américain;
2° - Prévenir des guerres eurasiatiques entre grandes puissances et, si possible, les compétitions intenses en matière de sécurité qui les rendent probables ;
3° -Préserver l’accès à des réserves de pétrole à des prix raisonnables et de manière sûre;
4° - Préserver un ordre économique international ouvert;
5° - Promouvoir la diffusion de la démocratie et le respect des droits humains à l’étranger et prévenir les génocides ou les massacres dans les guerres civiles;
6° - Protéger l’environnement mondial, en particulier contre les effets néfastes du réchauffement global et d’un changement climatique grave ;
Après la défense nationale au sens propre, c’est-à-dire la défense de la “patrie” contre des attaques extérieures, les trois autres grandes priorités stratégiques sont donc:
(1) l’objectif géopolitique traditionnel d’hégémonie sur le continent eurasiatique vue comme la clé de la puissance;
(2) assurer le contrôle des réserves pétrolières mondiales;
(3) promouvoir des relations économiques capitalistes au plan mondial;
Pour atteindre ces objectifs, les États-Unis sont obligés de “maintenir des forces positionnées” en Europe et en Asie orientale (les deux parties de l’Eurasie avec les plus hautes concentrations de puissance) et dans le Golfe arabo-persique (où se trouve le plus gros des réserves pétrolières). L’Eurasie abrite la plus grande partie de la population du monde, de ses réserves avérées de pétrole, de sa puissance militaire ainsi qu’une grande part de sa croissance économique. C’est pourquoi il est crucial que la grande stratégie US dans cette région vise à renforcer l’hégémonie dans la région, à commencer par les régions pétrolières clé du sud de l’Asie centrale : l’Iran et la Russie.
Alors que la guerre et l’occupation s’enlisent en Afghanistan et en Irak sans issue, Washington a procédé à une escalade des menaces d’attaque “préventive” contre le voisin le plus puissant de ces pays, l’Iran. La justification principale donnée à cela et le programme iranien d’enrichissement de l’uranium, qui pourrait éventuellement permettre à l’Iran de développer des armes nucléaires dont d’acquérir un pouvoir dissuasif sur une région riche en énergie, dominée par les américains. Mais il existe d’autres raisons à l’intérêt des USA pour l’Iran. Comme l’Irak avant lui, l’Iran est une puissance pétrolière de premier rang, disposant maintenant des plus grandes réserves avérées après l’Arabie saoudite et avant l’Irak. Le contrôle de l’Iran est crucial dans le projet US de domination du Golfe arabo-persique et de son pétrole.
L’importance géopolitique de l’Iran va en outre au-delà du Moyen-Orient. Il est une pièce clé (tout comme l’Afghanistan) dans le nouveau grand jeu pour le contrôle du sud de l’Asie centrale, y compris du bassin de la Mer caspienne avec ses énormes réserves d’hydrocarbures. Les planificateurs stratégiques US sont obsédés par la crainte que se constitue un bloc formé par la Russie, la Chine, l’Iran et les pays d’Asie centrale (avec éventuellement le Japon), qui pourraient se rassembler économiquement et passer des accords dans le domaine énergétique. Ce bloc pourrait briser la mainmise US et occidentale sur le marché mondial du pétrole et du gaz et créer la base pour un changement de pouvoir en faveur de l’Orient. Actuellement, la Chine, dont l’économie connaît la croissance la plus rapide du monde, manque de sécurité énergétique, même si sa demande en énergie fossile est en croissance rapide. Elle est en train d’essayer de résoudre partiellement ce problème en augmentant son approvisionnement énergétique à partir de l’Iran et des pays d’Asie centrale. Les tentatives US récentes d’établir une alliance plus forte avec l’Inde, dont Washington a favorisé l’accès au statut de puissance nucléaire, font clairement partie du nouveau grand jeu pour le contrôle du sud de l’Asie centrale.
La course à l’Afrique commence
Une nouvelle “Course à l’Afrique” de la part des grandes puissances, déclarait que le combat contre le terrorisme mondial et la nécessité d’assurer la sécurité énergétique des USA et de ses alliés européens requéraient des USA qu’ils augmentent leur engagement en Afrique et attirer certains États africains à coaliser volontairement pour établir des arrangements sécuritaires sur ce continent.
Peu après, le Commandement US d’Europe, basé à Stuttgart, en Allemagne et chargé des opérations militaires U.S. en Afrique subsaharienne a augmenté ses activités militaires en Afrique de l’Ouest, se centrant sur les pays ayant d’importantes productions ou réserves de pétrole dans ou autour du Golfe de Guinée (en gros de la Côte d’Ivoire à l’Angola). Le Commandement militaire US pour l’Europe consacre maintenant 70% de son temps aux affaires africaines.
À la fin de la décennie, l’Afrique subsaharienne est susceptible de devenir une source d’importations énergétiques US aussi importante que le Moyen-Orient, elle l’est aujourd’hui pour la France qui en dépende à 80%. L’Afrique de l’Ouest dispose de quelques 60 milliards de barils de réserves pétrolières avérées. Son pétrole, à faible teneur en soufre, est un brut doux fort apprécié par l’économie US, mais ceci n’est plus un critère, c’est qu’il y’a une réelle pénurie mondiale de pétrole (livre de Y.Mérabet ‘ la fin de l’âge d’or et Peak Oil’. Les experts mondiaux prévoient qu’un baril de pétrole sur cinq entrant dans le circuit économique mondial dans la deuxième moitié de cette décennie viendra du Golfe de Guinée et que la part provenant du Golfe de Guinée dans les importations US passera de 15 à 20 % en 2010 et à 25% en 2015. Le Nigeria fournit déjà 10% du pétrole importé par les USA. L’Angola en fournit 4% et sa part devrait doubler d’ici la fin de la décennie. La découverte de nouvelles réserves et l’expansion de la production pétrolière sont en train de faire d’autres pays de la région des exportateurs importants de pétrole, notamment la Guinée équatoriale, São Tomé et Principe, le Gabon, le Cameroun et le Tchad. La Mauritanie est en cours de devenir un exportateur de pétrole. Le Soudan, limité par la Mer rouge à l’Est et le Tchad à l’Ouest, est un important producteur de pétrole.
Donc, l’instauration de foyers terroristes dans ces États est impérative pour s’accaparer facilement de leurs ressources énergétiques, une complémentarité de la culture impériale.
À l’heure actuelle, la principale base militaire permanente US en Afrique est celle établie à Djibouti, dans la Corne de l’Afrique, qui permet aux USA le contrôle stratégique de la route maritime qu’emprunte un quart de la production pétrolière mondiale, utilisant comme prétexte la lutte contre la ‘piraterie maritime’. La base de Djibouti est aussi à proximité du pipeline soudanais (les militaires françaises ont depuis longtemps une présence militaire importante à Djibouti ainsi qu’une base aérienne à Abéché, au Tchad, près de la frontière soudanaise). La base de Djibouti permet
aux USA de dominer l’extrémité orientale de la vaste bande pétrolière traversant l’Afrique, qui est désormais considérée comme vitale pour leurs intérêts stratégiques, une vaste bande allant du pipeline Higleig-Port Soudan (1600 km) dans le sud-est au pipeline Tchad-Cameroun (1000 km) et au Golfe de Guinée dans l’Ouest. Un nouveau poste d’opérations avancées en Ouganda donne aux USA la possibilité de contrôler le sud-Soudan, où se trouve la plus grosse patrie du pétrole soudanais.
En Afrique de l’Ouest, le Commandement militaire US pour l’Europe a désormais établi des postes d’opérations avancées au Sénégal, au Mali, au Ghana et au Gabon ainsi qu’en Namibie, à la frontière avec l’Angola, au Sud qui impliquent l’amélioration de pistes aériennes, le stockage de réserves essentielles et de carburant ainsi que des accords (avec les gouvernements locaux) permettant le déploiement rapide de troupes d’intervention US . En 2003 a été lancé un programme de contreterrorisme en Afrique de l’Ouest et en mars 2004, des Forces spéciales US ont été directement engagées dans une opération militaire avec des pays du Sahel contre le groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) financé en partie par la France via sur la marge de bénéfice des mines
d’uranium du Niger. Cet incident à causé des irritations entre les deux gouvernements d’une même coalition. Le Commandement US pour l’Europe a déjà développé un programme de sécurité côtière dans le Golfe de Guinée. Quant à Israël avec ses trois sous-marins nucléaires de type ‘Dolphin’ de construction allemande, équipé de 21 missiles à tète nucléaire, assure la sécurité de la Méditerranée et surveille les ports de la rive Sud du bassin méditerranéen. Les canons suivent le commerce : les grandes entreprises pétrolières US et occidentales sont prises dans une course au pétrole ouest-africain et réclament de la sécurité. Dans cette course économique aux ressources pétrolières africaines, les anciennes puissances coloniales, la Grande-Bretagne et la France, sont en compétition avec les USA et ne ménagent aucun effort pour ‘sponsoriser’ les groupes terroristes (Al-Qaida, AQMI, groupes touaregs et autres sous le signe d’un faux Ben-Laden. Sur le plan militaire, la France et la Grande Bretagne collaborent étroitement avec les USA pour assurer le contrôle impérial occidental sur la région.
L’escalade de la présence militaire US en Afrique est fréquemment justifiée par la nécessité de combattre le terrorisme, afin de contrer une instabilité croissante dans la région pétrolière de l’Afrique subsaharienne. Depuis 2003 le Soudan a été ravagé par une guerre civile et un conflit ethnique concentrés dans la région du Darfour, au sud-ouest (où se trouve une grande partie du pétrole soudanais), qui ont donné lieu à d’innombrables violations des droits humains et des massacres par des milices manipulés par des puissances étrangères. Des tentatives de coups d’État ont eu lieu dans les nouveaux pétro-États de São Tomé et Principe (2003) et de Guinée équatoriale (2004). Le Tchad, dirigé par un régime oppressif protégé par un appareil de sécurité et de renseignements appuyé par les USA, a aussi vécu une tentative de coup d’État en 2004. Un coup d’État réussi a eu lieu en 2005 en Mauritanie contre l’homme fort soutenu par les USA Maaouiya Ould Taya. En Angola, la guerre civile a duré trois décennies provoquée et alimentée par les USA, qui, avec l’Afrique du sud, ont organisé l’armée terroriste dirigée par l’UNITA de Jonas Savimbi – jusqu’au cessez-le-feu qui a suivi la mort de Savimbi en 2002. Au Nigeria, pays hégémonique dans la région, règnent la corruption, les révoltes et le vol organise de pétrole, avec des parts considérables de la production pétrolière du delta du Niger. L’apparition d’une insurrection armée téléguidée par la France dans le delta du Niger et le conflit potentiel entre le Nord musulman et Sud non musulman sont des sources majeures d’inquiétude US, l’idée que les militaires US pourraient être amenés avant longtemps à intervenir au Nigeria est fortement agitée parmi les sommités et dans les cercles d’experts.
Et la poursuite de la déstabilisation de cet État par les USA, la France et l’Angleterre ou son passage sous la coupe de forces islamiques radicales a mis en danger les importantes réserves pétrolières que l’Amérique a juré de protéger, ce jour viendra si la guerre Irano-occidentale serait perdue, car l’Iran possède la deuxième réserve pétrolière (sinon le premier) dans la région du Moyen-Orient après l’Arabie saoudite qui a déjà atteint son ‘Peak Oil’.
Le Nigeria est devenu “le plus grand État faillite sur terre”, et qu’une poursuite de la déstabilisation de cet État ou son passage sous la coupe de forces islamiques radicales mettrait en danger les importantes réserves pétrolières que l’Amérique a juré de protéger. Si ce jour devait arriver, cela donnerait le signal d’une intervention militaire bien plus massive que la campagne d’Irak.
Mais les adeptes de la grande stratégie US s’accordent à penser que les vrais enjeux ne sont pas les pays africains en soi et le bien-être de leurs populations, mais le pétrole et la présence croissante de la Chine en Afrique. La Chine a fait de l’Afrique une ligne de front dans sa recherche d’une plus grande influence mondiale, verrouillant les ressources énergétiques, concluant des accords commerciaux avec des régimes comme celui du Soudan et éduquant les futures élites africaines dans les universités et écoles militaires chinoises. La Chine a altéré le contexte stratégique en Afrique. À travers toute l’Afrique, aujourd’hui, la Chine est en train d’acquérir le contrôle sur des ressources naturelles, éliminant les fournisseurs occidentaux des principaux projets de construction d’infrastructures et fournissant des prêts à bas taux et autres stimulants pour améliorer son avantage dans la compétition. La Chine importe plus d’un quart de son pétrole d’Afrique, en premier lieu d’Angola, du Soudan et du Congo. Elle est le premier investisseur étranger au Soudan. Elle a fourni au Nigeria d’importantes subventions pour augmenter son influence et lui a vendu des avions de chasse
Pour le Conseil pour les relations étrangères, tout cela ne fait qu’aggraver la menace qui pèse sur le contrôle impérialiste occidental de l’Afrique. Vu le rôle de la Chine, les USA et l’Europe ne peuvent pas considérer l’Afrique comme leur chasse gardée, comme les Français voyaient autrefois l’Afrique francophone. Les règles sont en train de changer dans la mesure où la Chine cherche non seulement à accéder aux ressources, mais aussi à contrôler la production et la distribution de ressources, et peut-être même à se positionner pour obtenir un accès prioritaire à ces ressources, qui deviennent plus rares. La rapport du Conseil sur l’Afrique est tellement soucieux de combattre la Chine par le biais de l’expansion militaire US dans la région qu’il fait appel à nul autre que Chester Crocker, ancien secrétaire d’État adjoint aux Affaires africaines de l’administration Reagan , qui exprime sa « nostalgie mélancolique pour l’époque où les USA où l’Occident étaient les seuls puissances influentes et pouvaient poursuivre leurs… objectifs avec les mains libres. »
Conclusion :
Ce qui est certain, c’est que l’Empire US s’est élargi à des parties de l’Afrique dans sa recherche rapace de pétrole. Il pourrait en résulter des ravages pour les peuples africains. Comme la vieille course à l’Afrique, cette nouvelle course est une lutte entre grandes puissances pour les richesses et le pillage, pas pour le développement de l’Afrique ou le bien-être de ses populations.
C’est quoi le NEPAD dans tout ça?
Y. Mérabet
Expert en énergie et Journaliste indépendant(Asfir)
Algérian Society For International Relations