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blog des amis de Cuba en Lorraine

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Mon plus bel arbre de Noël Agence QMI Jacques Lanctôt

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Nous étions partis de Montréal un 3 décembre 1970, soit il y a 39 ans, et étions arrivés, à La Havane le 4 décembre aux petites heures, après un vol d’environ 4 heures dans un gros Yukon à hélices de l’armée canadienne.

Nous avions quitté l’hiver québécois pour nous retrouver à peine quelques heures plus tard en plein pays tropical, dans une chaleur bénéfique, au cœur d’une Révolution qui avait fait trembler l’empire américain.


Le vol avait été des plus tristes à bord de cet avion qui avait largué, quelques jours auparavant, des vivres au-dessus du Pakistan dévasté par un tremblement de terre. C’était l’époque où l’armée canadienne se donnait des airs humanitaires plutôt que de bombarder des populations comme elle le fait aujourd’hui aux côté des forces de l’OTAN.


De sorte qu’il n’y avait, dans ce coucou métallique, qu’à peine deux ou trois rangées de sièges, tout le reste étant carlingue vide et lugubre. C’était, comme on peut l’imaginer, des plus sinistres. Bien sûr, il ne s’agissait pas de discuter sur le confort, on n’avait guère le choix et on prenait d’emblée ce qu’on nous offrait: un laissez-passer ou un aller simple (sans passeport) pour une destination soleil, sans qu’on connaisse la date de retour.


Ça pleurait fort dans l’avion. Tout le monde avait le cœur gros. C’était la première fois qu’on quittait notre Québec chéri que nous avions plongé dans une grave crise avec l’enlèvement du diplomate britannique James Cross, le représentant de la reine d’Angleterre, un pays aux mains sales, comme on dit dans la Common law, parce qu’il était responsable, entre autres, de l’apartheid en Afrique, un continent qu’il avait morcelé joyeusement pour mieux régner, et de l’introduction de l’opium en Chine qui en avait pâti pendant des décennies. Sans parler de l’Irlande à feu et à sang. Et de notre Québec colonisé et occupé militairement. Il ne s’agissait plus d’une mission humanitaire pour l’armée canadienne, mais bien d’une sévère mise au pas, d’une vaste opération pensée en haut lieu pour terroriser la population.


On quittait également nos frères emprisonnés dont nous n’avions pas réussi à obtenir la libération et d’autres camarades du Front de libération du Québec réfugiés dans une clandestinité de moins en moins sécuritaire. Je me sentais coupable de les abandonner tous, au beau milieu de la lutte.


Après un accueil des plus chaleureux, où nous avons pu enfin respirer librement sans crainte d’être envoyé en prison, et une brève conférence de presse à l’aéroport international de Rancho Boyeros de La Havane, on nous a fait monter dans un minibus, en direction de la capitale.


Je me souviens qu’il faisait nuit, une nuit terriblement noire parce que l’électricité était rationnée, et aussi qu’il faisait chaud. Je voyais par la fenêtre des palmiers racoleurs et des panneaux publicitaires exhortant la population à économiser l’eau et l’électricité et d’autres qui disaient: Cuba si! Yankee no! J’étais dépaysé à souhait, je ne savais plus si je devais me réjouir ou pleurer, je n’avais plus de repères. J’avais avec moi mon fils de 18 mois, Boris, et ma femme devait accoucher d’un deuxième enfant, Olga, quelques heures seulement après notre arrivée. Une telle arrivée laisse nécessairement des traces et d’heureux souvenirs.


On nous emmena à l’hôtel Deauville, situé sur le malecon havanais, ce front de mer qui court sur cinq kilomètres et qui sert de salle d’attente pour les amoureux, de promenade pour les familles, de terrain de chasse pour les âmes seules, de club de pêche pour les amateurs de poisson frais et de tremplin pour les plongeurs extrêmes.


Nous sommes demeurés dans cet hôtel puis dans quelques autres pendant près de quatre ans. Je raconterai, un jour, cet épisode de ma vie qui m’a marqué à jamais et comment je suis tombé en amour avec Cuba.


Quelques semaines plus tard, ce fut notre premier Noël hors du Québec. Il y en aurait plusieurs autres, mais cela, nous ne le savions pas encore. Nous avions toujours le cœur gros et nous voulions nous sentir près de ce Québec pour lequel nous avions tout donné. Alors, nous avons décidé de fabriquer un sapin de Noël avec les moyens du bord. Cuba était un pays assiégé et je ne pense pas qu’il y ait déjà eu de véritables sapins de Noël avant la Révolution, importés du Nord (l’écrivain colombien Gabriel Garcia Marquez n’en a jamais parlé dans ses romans mais cela aurait bien pu être…).


Nous avons pu trouver du carton et des papiers de différentes couleurs, des ciseaux et de la colle, et, avec beaucoup de passion et d’imagination, nous avons fabriqué un sapin grandeur nature qui, s’il ne brillait pas de ses mille feux, a tout de même illuminé nos regards mouillés des larmes de l’exil à peine naissant. Ce fut mon plus bel arbre de Noël, qui pour moi n’avait rien d’artificiel.


Je vous souhaite un joyeux Noël et à la semaine prochaine!




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E
<br /> Du vrai sucre à la crème les écrits de M. Lanctôt. Je savoure à chaque fois. Merci de partager avec nous une page de votre vie. Vous êtes un homme extraordinaire. Malgré les moments difficiles,<br /> vous relatez le tout avec tellement de positivisme.<br /> <br /> <br />
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