blog des amis de Cuba en Lorraine
Marti (1890)
Cuba, fleur d'écume, effervescence
De lys écarlate, Cuba de jasmins,
Comment donc pourrait-on,
Sous le lacis fleuri, découvrir
Ton sombre charbon martyrisé,
L'antique ride que la mort a laissée,
Cicatrice par l'écume recouverte.
Mais en ton sein, comme une claire
Géométrie de neige déjà germée
Là où s'ouvrent tes ultimes écorces,
Telle une pure amande, repose Marti.
Il se trouve au fond circulaire de l'air,
Il est au centre bleu du territoire,
Et, endormie, sa pureté de semence
Luit comme une goutte d'eau.
C'est une nuit de cristal qui le recouvre.
Pleurs, douleurs, tout à coup, de cruelles gouttes
Traversent la terre jusqu'à l'enceinte
Où s'est endormie la clarté infinie.
Parfois le peuple descend ses racines
Au cœur de la nuit jusqu'à toucher
L'eau calme en son manteau caché.
Il croise parfois l'irascible rancœur
Foulant des terres ensemencées,
Et un mort tombe en sa coupe.
Parfois, le fouet enfoui revient
Siffler dans l'air de la coupole,
Et, tel un pétale, une goutte
De sang tombe à terre et descend au silence.
Tout vient à l'éclat immaculé
Les plus infimes tremblements
Frappent aux portes de cristal
De celui qui demeure caché.
Toute larme rejoint son courant.
Tout feu perturbe sa structure,
Et ainsi de la forteresse qui gît,
Du germe occulte et prolifique,
Jaillissent les combattants de l'île.
Ils viennent d'une source résolue.
Ils naissent d'une fontaine cristalline.
( traduction de Jean François )
Pablo Neruda: MARTI (1890).
Cuba, flor espumosa, efervescente
Azucena escarlata, jazminero,
Cuesta encontrar bajo la red florida
Tu sombrío carbón martirizado
La antigua arruga que dejó la muerte,
La cicatriz cubierta por la espuma.
Pero dentro de ti como una clara
Geometría de nieve germinada,
Donde se abren tus últimas cortezas,
Yace Marti como una almendra pura.
Esta en el fondo circular del aire,
Esta en el centro azul del territorio,
Y reluce como una gota de agua
Su dormida pureza de semilla.
Es de cristal la noche que lo cubre.
Llanto y dolor, de pronto, crueles gotas
Atraviesan la tierra hasta el recinto
De la infinita claridad dormida.
El pueblo a veces baja sus raíces,
A través de la noche hasta tocar
El agua quieta en su escondido manto.
A veces cruza el rencor iracundo
Pisoteando sembradas superficies
Y un muerto cae en la copa del pueblo.
A veces vuelve el látigo enterrado
A silbar en el aire de la cúpula
Y una gota de sangre como un pétalo
Cae a la tierra y desciende al silencio.
Todo llega al fulgor inmaculado.
Los temblores minúsculos golpean
Las puertas de cristal del escondido.
Toda lagrima toca su corriente.
Todo fuego estremece su estructura.
Y así de la yacente fortaleza,
Del escondido germen caudaloso
Salen los combatientes de la isla.
Vienen de un manantial determinado.
Nacen de una vertiente cristalina.