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blog des amis de Cuba en Lorraine

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L’Amérique d’Ellroy est dantesque

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ROMAN | Le maître du thriller socio-politique clôt sa trilogie historico-panique avec "Underworld USA".

Annoncé comme un «événement littéraire» par son éditeur, le dernier roman d’Ellroy s’ouvre, en force, par une séquence carabinée alignant sept cadavres en trois pages. Minutés et transcrits sous la forme de sèches phrases de rapport de police, mais illico rythmées et ciselées «jazzy» par le romancier-styliste, les faits relatent un braquage d’enfer qui donne aussitôt le ton. Le 24 février 1964, à 7 h 16 du matin, un camion laitier percute un fourgon blindé de la Wells Fargo contenant seize sacs de papier (monnaie) et quatre mallettes pleines d’émeraudes. Violence et trahison: l’un des braqueurs prend la fuite après avoir «explosé» et cramé ses complices. Surgit alors le chasseur qui «arrive toujours le premier»: Scotty Bennett, qu’on retrouvera, c’est promis, comme on retrouve divers premiers ou seconds couteaux des deux volets précédents de la trilogie, violents et traîtres de tous les bords, mafieux et flics ripoux, sans compter les «grands» de ce monde non moins pourris, du sinistre J. Edgar Hoover (patron du FBI en fin de règne) au milliardaire vampire camé Howard Hughes, en passant par un certain Richard Nixon…

«Ce livre est construit sur des documents publics détournés et des journaux intimes dérobés», avertit le narrateur, double voyeur et truqueur de l’auteur (violence et trahison de la fiction) qui invoque la somme de son «aventure personnelle» (à commencer par sa mère, assassinée quand il avait 13 ans) et de «quarante années d’études approfondies». Du polar reflétant l’histoire contemporaine de son pays, comme dans Le grand nulle part ou Le dahlia noir, voici l’Histoire avec une grande hache tissant elle-même l’intrigue d’une conspiration: «La véracité pure des textes sacrés et un contenu du niveau des feuilles à scandale»…

Monstrueux labyrinthe ruisselant de sang et retentissant de bruit et de fureur, Underworld USA, variante de l’Enfer de Dante, évoque la face sombre des années Peace and Love, suite funèbre de tragédies amorcées en novembre 1963 par le «Grand Moment» de l’assassinat de JFK, véritable «tournant de l’histoire», premier des complots qui virent ensuite la mort de Martin «Lucifer» King, selon le mot de l’affreux Hoover, et celle de Bob Kennedy, en avril et en juin 1968, jusqu’à la réélection de Nixon en 1972.

A la sarabande «historique» des psychopathes du pouvoir politique et financier et des mafieux de haute volée (tels Santos Trafficante, Carlos Marcello ou Sam Giancana) se mêle une nuée d’intrigues aux personnages souvent aussi intéressants que les premiers, tels le jeune détective privé Don Crutchfield, l’agent Dwight Holly, «bras armé de la loi» et instrument des crimes de Hoover, Marsh, le génie noir de l’infiltration, ou Joan Rosen Klein, la militante charismatique, dite la «Déesse rouge».

Du sabotage de la campagne de Humphrey par les sbires de Nixon, avec l’accord du FBI, à la déstabilisation des mouvements d’émancipation noirs, du financement des attentats d’extrême droite à Cuba par le trafic d’héroïne au soutien d’un paradis mafieux en République dominicaine, tout y passe et nous en passons: violence et trahison.

 JEAN-LOUIS KUFFER dans 24h

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