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blog des amis de Cuba en Lorraine

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Tunisie, Egypte : Une ardente patience, chronique de Jacques Lanctôt

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«À l’aurore, armés d’une ardente patience, nous entrerons aux splendides villes», écrivait le poète Rimbaud. Et Antonio Skarmeta, l’auteur de ce roman merveilleux, Une ardente patience, dont on a tiré le film Le facteur, ajoutait: «Je crois en cette prophétie de Rimbaud, le voyant. […] J’ai toujours eu confiance en l’homme. Je n’ai jamais perdu l’espérance. Voilà pourquoi je suis ici avec ma poésie et mon drapeau. En conclusion, je veux dire aux hommes de bonne volonté, aux travailleurs, aux poètes, que l’avenir tout entier a été exprimé dans cette phrase de Rimbaud; ce ne sera qu’avec une ardente patience que nous conquerrons la ville splendide qui donnera lumière, justice et dignité à tous les hommes.»

Tandis qu’on annonce un peu partout depuis quelques mois que l’«Occident est au bord de la faillite», comme le font remarquer Jacques Attali dans son dernier ouvrage, ou Timothy Geithner, le secrétaire américain au Trésor, la Tunisie et l’Égypte se paient le luxe, pourrait-on dire, de faire la révolution, en s’armant d’une ardente patience. Les États-Unis ne l’ont pas vue venir, celle-là.

États-Unis - Égypte

Ben Ali au pouvoir en Tunisie depuis près de 25 ans et Hosni Moubarak depuis 30 ans en Égypte représentaient des alliés sûrs pour les États-Unis. Un gage de stabilité dans la région. Pour maintenir l’équilibre des forces face à l’Iran et à la Syrie, Washington acceptait de fermer les yeux sur la répression sanglante des opposants, la corruption, le népotisme, le narcotrafic, le blanchiment d’argent. Les révélations de Wikileaks l’ont amplement démontré. Peu lui importait que les populations s’appauvrissent de jour en jour. En Égypte, où le taux de chômage atteint facilement les 40%, le Pentagone pouvait se payer de petites fantaisies. On y envoyait certains prisonniers soupçonnés de terrorisme pour qu’ils soient torturés dans le plus grand secret et selon les règles de l’art. La CIA avait carte blanche. L’Égypte ne reçoit-elle pas des États-Unis, bon an mal an, 1 milliard 300 millions de dollars en aide militaire, se situant juste derrière Israël?

S’ils sont surpris par les événements, les États-Unis n’entendent pas être dépassés par ceux-ci et ils ont repris l’initiative en proposant une transition en douce au président Moubarak. Ce dernier a nommé un premier vice-président, rien de moins que le chef des services de renseignement de l’armée, le général Omar Suleiman, âgé de 77 ans, un homme proche des Américains qui n’a pas la réputation d’être un ange démocrate. Des victimes affirment qu’il a participé à des interrogatoires de prisonniers dans des prisons secrètes de la CIA. La farce est du plus mauvais goût, c’est le moins qu’on puisse dire, et Hillary Clinton devra trouver autre chose pour détourner les forces du changement qui occupent désormais la rue.

France - Tunisie

La France n’est pas épargnée par les événements qui se déroulent en Tunisie. Principale alliée économique du régime, avec 1250 entreprises implantées dans ce pays et couvrant tous les domaines de l’économie, la France a fermé les yeux sur les exactions commises par la famille Ben Ali. Deux jours avant le départ précipité du président tunisien, alors que la répression faisait rage contre les manifestants, la ministre française des Relations extérieures, Michèle Alliot-Marie, a même offert de fournir une aide militaire et policière au gouvernement tunisien pour assurer le retour à la normalité. Le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, a pour sa part pris la défense du régime: «Dire que règne une dictature à Tunis est nettement exagéré.»

Les erreurs du passé

Ce sont ces mêmes voix honteuses qui dénoncent les gouvernements élus démocratiquement en Bolivie, en Équateur et au Venezuela et qui jamais osent condamner le blocus économique et commercial contre Cuba.

Au nom de la «guerre contre le terrorisme», digne de l’ère Bush, les États-Unis d’Obama ont continué d’aider les gouvernements despotiques de la Tunisie et de l’Égypte à coups de milliards, par crainte de voir apparaître une filiale d’Al Qaeda dans cette région. Une crainte maladive et injustifiée.

Les États-Unis ne semblent pas avoir appris de leurs erreurs passées. La République islamiste d’Iran est née, justement, en réaction à l’appui de Washington au Shah d’Iran, Mohammad Reza Pahlavi, qui a régné en despote pendant 38 ans avec l’aide des Américains, détruisant toute forme d’opposition à gauche comme au centre et pavant ainsi la voie aux ayatollahs, en 1979. Pire, ils s’embourbent aujourd’hui en Afghanistan en appuyant un autre régime des plus corrompus, celui d’Hamid Karzaï, une copie conforme de Ben Ali en Tunisie.

Les pétromonarchies du golfe Persique seront-elles à leur tour contestées par les forces de la rue qui réclament «lumière, justice et dignité»? Les véritables maîtres de ces sultanats, émirats et califats, les locataires de la Maison Blanche, doivent déjà s’y préparer.

Source : Canoë

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