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20 juin 2010 7 20 /06 /juin /2010 21:17

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Abel Prieto 
est ministre de la Culture de Cuba. 
Il était récemment 
de passage à Paris et à Enghien-les-Bains, où il était invité à l’hommage rendu pour ses 90 ans à la grande danseuse cubaine et légende mondiale du ballet, Alicia Alonso. Avant de s’envoler pour l’Angola, il a répondu à nos questions.

La crise économique mondiale n’épargne pas Cuba, 
en outre il y un an et demi l’île a été durement touchée 
par les cyclones. 
Où en est Cuba aujourd’hui  ?

Abel Prieto. Nous connaissons une situation économique difficile. Lors de la clôture de la dernière session de l’Assemblée nationale de 2009, nous avions procédé à une analyse cruelle et réaliste sur les défis à relever. Nous avons d’un côté le blocus, qui dure depuis plus de cinquante ans. Il est impossible d’évaluer les progrès que nous aurions pu réaliser si nous n’avions pas dû le supporter. Maintenant avec l’administration Obama, je parle en ce qui me concerne de la culture, il y a des groupes musicaux qui obtiennent des visas. Les tournées faites par des groupes comme Charanga Habanera ou Van Van ne peuvent pas être commerciales. Il n’y a pas de droits d’auteur, pas de salaires pour leurs productions, nos entreprises non plus ne gagnent rien. Ce sont uniquement des tournées promotionnelles. Cependant elles sont utiles, car elles ouvrent des brèches dans le panorama médiatique aux États-Unis, plein de distorsions concernant Cuba. Le blocus limite totalement ce qui devrait être quelque chose de naturel, ses seuls effets au milieu de la crise mondiale sont ravageurs, violents. Il faut ajouter le passage des trois ouragans, il y a un an et demi, qui ont dévasté Cuba. Ils ont détruit des milliers de logements, la production agricole, des entreprises, des écoles, le réseau électrique, les télécommunications dans plusieurs provinces. Plus de 400 institutions culturelles ont été endommagées, des maisons de la culture, des conservatoires, des cinémas où nous avions parfois entrepris des travaux. Les conséquences ont été dramatiques. Maintenant nous vivons une situation d’énorme tension. Nous avons été contraints de procéder à deux ajustements du plan économique à Cuba. Nous sommes à un moment où il faut produire des aliments, travailler très dur…

Le président Raul Castro, devant le récent Congrès des jeunes communistes, est intervenu avec insistance sur les freins bureaucratiques qui gênent la mise en place des réformes dans le travail, l’agriculture, les salaires…

Abel Prieto. Il a même parlé des excès des gens dans le travail, le secteur budgétaire, les entreprises. Il a dit aussi présumer qu’il y avait un million de personnes qui ne produisaient pas vraiment. Mais il a ajouté quelque chose en relation avec nos principes  : ce n’est pas possible de jeter les gens dans la rue, personne ne doit être livré à son sort à Cuba. Effectivement nous menons toute une bataille contre tous ces freins bureaucratiques. Dans notre propre presse on doit accepter de dénoncer des erreurs d’ordre bureaucratique, absurdes, qui provoquent des pertes de production dans tout le pays, que ce soient les légumes, la viande porcine ou d’autres. Nous travaillons pour parvenir à un socialisme plus efficace, moins paternaliste. Il est essentiel que les gens travaillent ensemble pour trouver des solutions aux problèmes. Nous vivons un moment de grand débat. Même le journal Granma, dans ces éditions du vendredi, publie une ample section de correspondances. On y parle de tout, beaucoup de sujets économiques, on collecte l’opinion de la population. C’est une manière de faire des progrès, avec l’idée que la solution ne tombera pas du ciel, qu’elle ne sortira pas comme Minerve du crâne de Jupiter. Nous devons construire tous ensemble. Nous discutons avec les travailleurs. Nous avons une sérieuse discussion à la culture, nous l’avons entamée au Congrès des écrivains et des artistes et nous l’avons continuée au conseil national de l’association, nous la poursuivons…

On touche là au cœur même du projet qui se met en place à Cuba. En même temps il y a une attente très grande des Cubains sur la nature et le rythme des changements. Un grand musicien comme Silvio Rodriguez a demandé que l’on fasse des changements 
sur « plein de choses ».

Abel Prieto. Je pense que le mot changement que nous, Cubains, associons avec Cuba, ou quand il est évoqué par Silvio Rodriguez, a un sens différent de celui qui est utilisé à l’étranger. Il y a des dirigeants politiques, des responsables de médias, des journalistes, surtout dans ces médias qui ont une matrice d’opinions rigides, complexes, qui utilisent le mot changement dans leur grille de lecture, et ceux qui ne l’aiment pas, ils le jettent, ils ne l’assument pas. Mais les changements demandés par Silvio, ce sont les mêmes que ceux réclamés par Raul et que nous menons avec, à terme, la recherche d’un socialisme supérieur. Beaucoup de gens, quand on parle de changement à Cuba, aimeraient nous voir retourner au capitalisme. Ce serait une catastrophe sans aucune limite. Pour nous, cela signifierait liquider toute souveraineté possible, l’annexion par les États-Unis. Silvio a présenté son dernier disque à la Maison des Amériques, j’étais présent et je peux vous dire que c’est toujours le même Silvio. Il est très engagé avec la révolution, en même temps c’est un engagement qui est toujours à côté avec une position critique de nos propres erreurs. C’est toute l’œuvre de Silvio, ses pensées. Silvio est un musicien et un intellectuel. Quand on écoute ce qu’il dit à la Maison des Amériques, on se rend compte que c’est un révolutionnaire qui parle. Il est absolument associé à la sauvegarde de la révolution.

Selon vous, ses propos auraient été déformés dans la presse européenne…

Abel Prieto. Il y avait des correspondants liés au groupe Prisa, du journal El Pais qui a joué un rôle déterminant contre nous. Ils ont choisi quelques expressions de Silvio et ils ont exclu avec enthousiasme tout ce qu’il avait exprimé par rapport à son engagement révolutionnaire. Là, c’est un cas de manipulation évidente. Je crois que les changements voulus par l’immense majorité des Cubains qui habitent l’île sont ceux que souhaitent la direction du parti, le gouvernement  : un socialisme moins bureaucratique, plus productif, plus efficace, qui trouve des solutions impliquant la participation des gens, et des débats. Lors du Congrès de la jeunesse, Raul a déclaré qu’il fallait écouter et entendre les gens. C’est très important d’avoir une direction collective, il faut débattre, analyser pour trouver des solutions. Ce Congrès a été excellent, sérieux, profond, il n’y avait ni slogans ni réponses stéréotypées, ce n’était pas une œuvre théâtrale. J’ai beaucoup d’espoir. J’ai participé à la commission de la culture et de l’idéologie, le premier jour, j’ai rencontré des jeunes que je ne connaissais pas, ils n’étaient pas frileux. Notre grand ennemi à l’intérieur de l’île, ce ne sont pas les jeunes critiques désirant des changements au profit du projet 
révolutionnaire, mais les frileux, les jeunes vieux colonisés dans leur manière de penser ou qui ont perdu leur capacité de penser par eux-mêmes, ou encore ceux qui vouent un culte à la consommation comme si c’était la félicité. C’est cela qu’il faut combattre.

Récemment en France et en Europe, une campagne a vu le jour sur ce prisonnier, Orlando Zapata Tamayo, présenté comme un dissident politique, mort à l’issue d’une grève de la faim. Vu d’ici Cuba serait une prison, il n’y aurait pas de libertés. Qu’en pensez-vous  ?

Abel Prieto. C’est une histoire très triste, amère. Cette personne qui est décédée a été encouragée dans une sorte de suicide par la contre-révolution interne et externe. On a commencé à s’intéresser à ce prisonnier, méconnu, 75 jours après le début de sa grève de la faim. Cet homme avait 14 chefs d’inculpation à cause de délits de droit commun. Il a entamé une grève pour obtenir certains avantages, un téléphone, une télévision, une cuisine indépendante… De la folie pure. Il est issu d’une famille de Banes. Les médias s’intéressent à lui 75 jours après, quand ils se rendent compte qu’il pourrait mourir. Je pense à ces chacals qui s’approchent des animaux agonisants. On peut se demander pourquoi, s’ils voulaient faire de lui un symbole ou un martyr, ils ont attendu 75 jours sans rien dire de lui. La télévision cubaine a interviewé les médecins qui se sont occupés de lui et la mère d’Orlando Zapata Tamayo. Personne n’a évoqué leur propos à la télévision. Ils parlaient des soins, comment on l’avait traité. Même la mère de Zapata a remercié les médecins pour tous les soins prodigués à son fils. Pour nous, cette mort est douloureuse mais tout aussi douloureuse a été la morbidité d’un des plus grands journaux espagnols, ABC, qui a publié en première page le visage du mort. Ils ont commencé à écrire que c’était un prisonnier politique et ça c’est insupportable. On a même prétendu qu’on l’avait pratiquement assassiné.

Le Parlement européen a dit que 
sa mort était « cruelle et évitable ».

Abel Prieto. Littéralement, c’est la motion approuvée par le Parlement européen. C’est une ingérence grossière dans nos affaires internes, c’est inacceptable. Et c’est vrai que Cuba a été présentée comme un pays avec une opposition pacifique, avec ses martyrs, ses symboles et qu’elle commençait à grandir. On a même fait croire que Zapata avait été torturé, alors qu’à Cuba il n’y a pas eu un seul cas de prisonnier torturé en cinquante ans de révolution. C’est ainsi que naissent les mensonges et les déformations de la réalité cubaine. Alors quel est le but de cette campagne  ? Elle permet d’éviter de changer la soi-disant position commune européenne, pour nous inacceptable. En même temps elle fait de l’Europe une complice du blocus et de l’hostilité pratiquée par les États-Unis contre Cuba. Et ce juste au moment où l’Espagne détient la présidence de l’UE. Rappelez-vous, c’est Aznar qui en avait pris l’initiative. C’est cet être lamentable, fasciste, ancien allié de Bush, qui fait la promotion de la position commune de l’UE. Il y avait une possibilité de changement, mais voilà, la campagne médiatique a tout refermé. Si nous n’avions pas eu ce malheureux décès, ils auraient trouvé un autre prétexte. J’ajouterai qu’un autre objectif de toute cette campagne était non seulement d’empêcher l’administration Obama de faire le moindre pas pour assouplir la politique du blocus mais aussi de refroidir les relations 
extérieures avec Cuba.

L’élection de Barack Obama 
avait nourri quelques espoirs. 
Est-ce la fin des illusions  ?

Abel Prieto. Il a fait une seule chose, on va dire deux  : il a décidé d’octroyer des visas, surtout dans le domaine de la culture, et aussi de permettre aux Cubains américains de se rendre à Cuba librement. Ces contraintes avaient été mises en place par Bush. C’est un pas positif, mais toute la machinerie du blocus est inchangée. D’une certaine façon Bush était didactique. Son image nous parlait  : l’essence féroce de l’impérialisme  ! L’image d’Obama est différente. C’est un homme culte, métis, un peu raffiné. Mais malheureusement on s’aperçoit qu’il a été mis en poste pour soutenir tout ce système. C’est difficile de se faire des illusions s’agissant des États-Unis. Bill Clinton a signé la loi Helms-Burton. Au moment de l’arrivée d’Obama au pouvoir, beaucoup d’amis dans le monde croyaient à la levée du blocus, à l’ouverture des relations entre Cuba et les États-Unis, à la normalisation. Bush nous mettait au travail, c’était comme Satanas, le diable  ! Maintenant on a changé d’image, mais le blocus reste intact, il nous asphyxie, nous étouffe. Nous ne pouvons pas avoir de relations commerciales avec le principal marché du monde, nous ne pouvons pas négocier et faire des affaires avec des entreprises, même européennes, acheter des pièces nord-américaines, ni acheter de médicaments, même pour les enfants atteints du cancer. Nous n’avons plus le Satanas de la bande dessiné, mais cette politique diabolique reste intacte.

Entretien réalisé par Bernard Duraud

L'Humanité

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Published by cuba si lorraine - dans Cuba
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