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31 août 2011 3 31 /08 /août /2011 08:02

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Chers amies et amis,

 

Le 1er septembre 2011 sort mon ouvrage Etat de siège. Les sanctions économiques des Etats-Unis contre Cuba aux Editions Estrella. Comme son titre l’indique, le livre traite du blocus économique que Washington impose au peuple cubain depuis plus d’un demi-siècle avec une perspective historique et juridique.

 

Cet ouvrage contient un prologue de Wayne S. Smith, professeur à l’Université Johns Hopkins de Washington, qui a la particularité d’être le dernier diplomate étasunien à avoir été en poste à La Havane avec le rang d’ambassadeur. Le livre contient également une préface de Paul Estrade, professeur émérite à l’Université Paris VIII, qui est l’un des meilleurs spécialistes de Cuba en France.

 

Comme le note le professeur Estrade dans la préface, « ce livre présente une réalité méconnue, tergiversée, voire sciemment occultée, tue en tout cas par les médias chargés de sélectionner et de décrypter l’information ». Vous n’êtes pas sans savoir que les médias censurent toute pensée alternative au sujet de la problématique cubaine. Cet ouvrage n’y échappera probablement pas d’autant plus qu’il pointe du doigt les manquements de notre presse à son devoir d’information. En effet, alors qu’ils sont si prolixes au sujet de Cuba, les médias observent un silence assourdissant vis-à-vis de l’état de siège économique que les Etats-Unis imposent à Cuba.

 

C’est la raison pour laquelle je fais appel à vous pour participer activement à la diffusion de ce livre et faire circuler cette information à tous les amis de Cuba ainsi qu’à celles et ceux qui s’intéressent à ce pays.

 

Vous trouverez ci-joint la couverture et la quatrième de couverture avec son texte.

 

L’ouvrage est disponible sur Amazon ( http://www.amazon.fr/Siege-Sanctions-Economiques-Etats-Unis-Contre/dp/2953128425/ref=sr_1_5?ie=UTF8&qid=1314496808&sr=8-5 ) et dans les bonnes librairies au prix de 15€. Vous pouvez également vous procurer des exemplaires dédicacés auprès de l’auteur. Des tarifs spéciaux sont réservés aux associations.

 

N’hésitez pas à me contacter pour toute information supplémentaire. Je suis, bien entendu, à la disposition de tous celles et ceux (personnes, associations, librairies…) qui souhaiteraient m’inviter pour une présentation de ce livre ou un débat.

 

Je serai présent à la Fête de l’Humanité les 16,17 et 18 septembre 2011 pour y dédicacer mon livre. Des présentations sont prévues sur les stands de Granma, de l’ALBA, de Cuba Si France et de France Cuba.

 

Je compte sur votre soutien.

 

Amicalement,

 

Salim Lamrani.

 

 

Etat de siège. Les sanctions économiques des Etats-Unis contre Cuba

Prologue de Wayne S. Smith

Préface de Paul Estrade

Paris, Editions Estrella, 2011

15€

Pour toute commande dédicacée, veuillez contacter : lamranisalim@yahoo.fr

 

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22 février 2011 2 22 /02 /février /2011 00:58

aut_1350.jpgJean Ortiz

Aux quatre coins du monde, quand on pense Venezuela aujourd’hui, c’est le nom de Chávez qui vient à l’esprit. Mais quand Chávez pense Venezuela, c’est Bolívar qu’il a en tête. Pour lui, la Révolution bolivarienne qu’il impulse par la voie démocratique depuis une douzaine d’années s’inscrit dans la filiation de la geste du Libertador.

gal_3177.jpgDeux siècles après la libération du joug colonial espagnol, il s’agit, pour toute l’Amérique latine, de conquérir sa seconde indépendance en s’émancipant cette fois de l’oppression de la grande puissance impériale du Nord, de ses multinationales et des institutions internationales qu’elle contrôle au service d’un modèle économique dont la crise actuelle met au jour, s’il en était besoin, les ravages sociaux et environnementaux.

Il y a un demi-siècle, la Révolution cubaine avait montré le chemin, mais était restée longtemps isolée et en a payé le prix. En ce début du xxie siècle, ce sont maintenant tous les peuples de ce que José Marti appelait « notre Amérique » qui se sont remis en mouvement, et qui, dans bon nombre de pays, ont porté au pouvoir des gouvernements progressistes.

On peut certes avoir des appréciations différentes sur le processus bolivarien – et le pluralisme des contributions à cet ouvrage en témoigne –, mais nul ne peut douter de son inscription dans un mouvement historique de grande ampleur. 

De Bolivar aux Libertadors d’aujourd’hui : l’Amérique latine insoumise, coordinateur Jean Ortiz - Editions Atlantica - 360 pages - 25 euros.

Merci à Mémoire des luttes
Source: http://www.medelu.org/spip.php?article731
Date de parution de l'article original: 21/02/2011
URL de cette page: http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=3954

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3 février 2011 4 03 /02 /février /2011 01:08

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Par Sébastien Lapaque

Les historiettes d’Eduardo Galeano rendent compte de la fraîcheur de l’imaginaire des peuples d’Amérique latine.
d'Eduardi Galeano Ed. Lux, gravures de José Francisco Borges, traduit de l’espagnol (Uruguay) par Lolita Chaput
Au Brésil, en Argentine, au Chili, en Bolivie, au Pérou… les hommes, les femmes et les enfants aiment les histoires racontées à voix haute. On désigne souvent ce continent tissé de rêves, de fables et de légendes sous le nom d’Amérique latine. Du côté de Rio et São Paulo, les gens préfèrent cependant entendre Amérique du Sud. À la fois pour que leur lusophonie soit prise en compte, mais aussi pour oublier la férocité des colons venus des rives latines et revendiquer avec fierté la jeunesse du Sud.

Cap au Sud, donc, dans les pas d’Eduardo Galeano, journaliste, essayiste, historien et conteur né à Montevideo en 1940, l’un des principaux témoins des luttes pour l’émancipation entre Santiago et Caracas dans la deuxième moitié du XXe siècle.

Oublié le talon de fer des dictatures militaires, il publie un recueil d’historiettes composé de 56 « fenêtres » ouvertes sur un monde où il est question de baleines qui chantent, d’une Vierge qui ressuscite les noyés, d’un père qui désire sa fille, d’un dauphin piégé par Satan, d’un crapaud à plumes, d’un lézard qui dévore les femmes, de jeunes filles à marier qui mangent des œufs très salés avant de se coucher – lisez Paroles Vagabondes, vous apprendrez pourquoi.

Pour ceux qui en doutaient, ce livre est la preuve de la survivance d’une authentique culture populaire dans des pays que le capitalisme a pourtant saignés après leur avoir « ouvert les veines », ainsi qu’Eduardo Galeano l’a jadis raconté dans son plus célèbre livre de combat, Les veines ouvertes de l’Amérique latine.

POESIE
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12 janvier 2011 3 12 /01 /janvier /2011 09:35

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A lire ou relire :

La fraternité par Leonardo Padura Fuentes*

LEONARDO PADURA, autre écrivain cubain (vidéo)

Dans les coulisses de l'Histoire, Leonardo Padura livre un polar haletant sur l'assassinat de Trotski en 1940.
Il suffirait à un auteur de romans policiers d'ouvrir un dictionnaire historique pour y trouver les intrigues, les rebondissements et les meurtres les plus effroyables qui soient. Il arrive souvent que la réalité défie la fiction. L'un des assas­sinats politiques les plus célèbres du XXe siècle est celui de Léon Trotski, tué d'un coup de piolet dans la tête par un certain Ramón Mercader, à Mexico, en 1940. Le fait est avéré, on connaît aussi bien l'identité de la victime que celle du commanditaire. Dans L'Homme qui aimait les chiens, le Cubain Leonardo Padura suit pas à pas Lev Davidovitch Bronstein, alias Léon Trotski, et Marcader qui sera son meurtrier. Trotski, le héros de la révolution russe, ami de ­Lénine, est un homme pourchassé. Dans un polar, on dirait que Staline veut sa peau - ce qu'un livre universitaire ne saurait d'ailleurs réfuter. Exilé en Turquie, en France, en Norvège, finalement au Mexique, Trotski sent l'étau se resserrer autour de lui et de ses proches, menacés, victimes d'intimidation, ou purement et simplement assassinés. On l'accuse de tous les maux, y compris les plus invraisemblables - mais quelle invraisemblance une machine de propagande soutenue par un appareil policier n'est-elle pas capable de faire admettre ?

Ramón Mercader, lui, est un jeune Espagnol engagé dans la guerre civile pour ­lutter contre les franquistes. Il assiste, incrédule, aux luttes fratricides entre anarchistes, militants du Poum, socialistes, avant d'être embrigadé par les communistes. Il devient « le soldat 13 », machine à tuer formée dans les camps d'entraînement soviétiques, puis Jacques Mornard, un nom d'emprunt qui le fait définitivement basculer dans la lutte clandestine et le destine à sa mission : tuer Trotski, fondateur de la IVe Internationale.

Leonardo Padura sait raconter des histoires policières aux arrière-plans bien plus profonds que le simple déroulement des événements. Dans ses romans antérieurs, les péripéties traversées par le lieutenant cubain Mario Conde ont témoigné du regard toujours affûté de l'écrivain sur la réalité sociale et politique de son pays, Cuba. Il vit ici avec ses personnages, scrute leurs doutes et leurs certitudes. Et même s'il connaît l'issue de l'affaire, le lecteur est entraîné dans une incroyable histoire où trahisons, mensonges, dénonciations et faux-semblants font sans cesse rebondir un récit haletant. Quant à l'homme qui ­aimait les chiens qui donne son titre au ­roman, silhouette mystérieuse qui promène ses lévriers russes sur les plages de La Havane, il serait indélicat de dévoiler ici son identité. Il faut laisser au lecteur le soin de découvrir toutes les nuances de rouge qui teintent ce superbe livre.

 

Traduit de l'espagnol (Cuba) par René Solis et Elena Zayas, éd. Métailié, 672 p., 24 EUR.

Gilles Heuré

Telerama n° 3183 - 15 janvier 2011

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30 décembre 2010 4 30 /12 /décembre /2010 01:36

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Le sous titre du dernier livre de Rémy Herrera en dit l’ambition : « des transitions socialistes au XXI e siècle« .  Il part d’un constat : « la brusque aggravation de la crise aux Etats-Unis et la poursuite de deux guerres perdues au Moyen orient, (Irak et Afghanistan)rappellent nous explique-t-il un certain nombre de faits. d’abord que la crise n’est pas financière ou même socio-économique, mais systémique, aux multiples dimensions liées(alimentaire, climatique, énergétique, politique culturelle); il s’agit en fait d’une crise structurelle du capitalisme en tant que système mondial, et pas seulement dans sa forme passagère dite néo-libérale. » Rémy Herrera établit un diagnostic sur l’origine de cette crise systémique: »Expression et extension de la domination de la haute finance, l’impérialisme est indissociable des rapports de domination et d’exploitation que les puissances centrales du Nord continuent d’entretenir avec les périphéries du système mondial capitaliste.  » On comprend que le propos du livre n’est pas la recherche d’une régulation à l’intérieur du système . En revanche face à un impérialisme dans une crise aussi profonde ce qui frappe est   cette étrange situation où les forces progresistes perçoivent bien la nocivité et l’épuisement d’un système mais  elles restent sur la défensive faute de savoir ce qu’il faudrait faire et quoi construire. Et ce n’est pas un hasard si Rémy Herrera  insiste sur un nouvel internationalisme pour dépasser cette inertie. Il ajoute que seule l’Amérique latine et caribéenne offre l’image d’un continent dont les peuples ont commencé à passer à l’offensive et dont l’expérience peut constituer l’amorce de cet internationalisme. « L’opposition aux Etats-Unis est le principal facteur d’unité des peuples du continent qui savent jusque dans leur chair- que l’impérialisme a mis en oeuvre tous ses moyens et toutes ses énergies pour écraser de façon systématique, obstinée, acharnée chacune des incessantes tentatives qui ont été conduites au Sud pour marcher vers la démocratie et la justice sociale » (p.8)   

 

Cette synthèse des mouvements sociaux et des pouvoirs, des politiques menées fait tout l’intérêt de ce livre parce quue cela  nous permet d’envisager la manière dont  des forces émiettées avec des objectifs parfois trés différents contribuent au développement d’un nouvement et dont rémy Herrera vise à accélérer la prise de conscience de son unité anti-impérialiste et même anticapitaliste. C’est quelqu’un de rare qui n’écrit pas pour passer le temps, pour faire carrière mais pour contribuer à une prise de conscience vers une société plus juste.

 L’analyse est claire, bien écrite, sans jargon et en même temps on sent un appareil théorique, une problématique théorique marxiste parfois voisine de celle de Samir Amin et souvent pour qui connaît les travaux de Rémy Herrera enrichie par une réflexion sur le développement inégal. Ou comment derrière les inégalités et les transferts de technologie dans les exportations de capitaux, qui sont la base de la mondialisation financière, il reste toujours l’exploitation fondée sur la création de valeur. Avec une extraction de valeur selon de nouvelles modalités techniques et financières du sur-travail avec des développements inégaux entre secteurs productifs agricoles et industriels par le biais d’un commerce international financiarisé. Ces travaux d’économiste ne laissent comme trace ici que la rigueur de l’approche et une vision claire de l’interpénétration des processus et donc de la cohérence globale de mouvements différenciés . Mais dans cette réflexion, Rémy Herrera nous économise toute référence disciplinaire en cherchant l’expression la plus simple, la mieux apte à favoriser la participation des peuples. C’est un exercice méritoire et qui prouve la volonté politique de ce chercheur en économie, un engagement révolutionnaire dont on a du mal à mesurer  le travail exigé pour atteindre ce niveau de clareté.

Donc, nous sommes dans une crise systémique, l’impérialisme dans sa phase sénile de domination de la haute finance de partage d’un système mondial, des forces progressistes en retrait sur la défensive et un continent contraint historiquement à passer à l’offensive à cause de son expérience de ce qu’il peut attendre des Etats-Unis, écrasement, pillage, destruction de toute espérance de justice pour les peuples.

Ce n’est donc pas un hasard si Remy Herrera entame son périple par Cuba socialiste, par la clé de la résistance anticapitaliste et anti-impérialiste. toujours avec cette clareté extrême, Rémy herrera montre que le conflit opposant Cuba aux Etats-Unis ne doit pas être lu « comme un résidu d’une confrontation Est-Ouest » mais doit l’être au prisme de leurs relations bilatérales, et de ce fait joue un rôle essentiel dans l’unification et la prise de conscience de l’Amérique latine. C’est pourquoi ceux qui s’étonnent du fait que Cuba qu’ils voient comme le vestige d’un système communiste partout ailleurs dénoncé ne comprennent pas le rôle réel joué par Cuba en particulier par rapport au reste du continent, mais aussi pour d’autres peuples du Tiers Monde.

 Au passage, Rémy herrera nous présente un trés dense mais trés éclairant panorama de l’histoire de cet antagonisme entre Cuba et les Etats-Unis.Il fait un sort à ceux qui ne voient dans le lien entre Cuba, l’ex-union soviétique et le CAEM (COMECON) que cuba intègre en 1972 qu’une aggravation de la dépendance sucrière. Rémy Herrera décrit « l‘enclechement d’une industrialisation adaptée aux conditions d’un petit pays, à la maïtrise de la répartition du surplus et de pour favoriser une homogénéisation de la société, mais aussi à une formation scientifique et technique placée au service des besoins du pays.. soit l’exact contraire de ce qu’offrent à la périphérie du système mondial capitaliste. » Mais attention si Rémy Herrera remet bien des pendules à l’heure sur l’apport du socialisme, ou des expériences qui s’en rapprochent il n’en cache aucune des difficultés et à l’inverse de bien des commentateurs lie toujours les pesanteurs bureaucratiques, les dogmatismes académiques, les problèmes d’incitation à l’efficacité du travail, le manque de contrôle sur les moyens de production aux effets dramatiques qu’impose le blocus à ce petit pays.

Remy Herrera nous montre les prodiges réalisés, comment il y a eu dans les pires conditions, celles intervenues après la chute de l’URSS et le renforcement du blocus où ont pu être maîtrisés des mécanismes du marché sans retour au capitalisme.

On retrouve dans l’analyse de pays comme le Venezuela ou la Bolivie, avec des avancées vers le socialisme, la même sympathie et la même lucidité de la part de Rémy herrera. Par exemple quand il note que ce n’est qu’à partir de sa réelection en 2006 qu’il a été réellement question pour Chavez d’orienter le processus de transformation de la société vénézuélienne vers une forme d’organisation socialiste, dénommée « socialisme du XX siècle » avec des propositions alternatives de planification.

Le contexte n’est pas le même qu’à Cuba, les anciennes élites sont restées sur place et conservent le pouvoir politico-économique que leur garantissent la propriété des Moyens de production ( sur les terres, les industries, les commerces…) et le contrôle d’une partie de l’activité bancaire et financière, la mise en oeuvre d’un dispositif de planification adapté aux besoins du pays et du peuple se heurte frontalement aux intérêts des capitalistes locaux comme étranger. Un processus de nationalisation de secteurs clés est mis en oeuvre. Mais la véritable innovation réside dans les EPS (entreprises de production sociales) qui foctionnent sous des régimes hybrides de propriété, démocratiquement gérées et dirigées par les travailleurs eux-mêmes en s’appropriant le suprplus généré par leur travail. Pour le moment ajoute Rémy Herrera le financement de ces EPS est resté trop faible pour espérer tenir tête aux multinationales.

Ce que va étudier Rémy herrera d’une manière concise mais qui a le mérite de mettre l’accent sur les secteurs stratégiques c’est le processus de transition au socialisme conçu comme un processus long où coexistent diverses formes de propriété, il préconise des orientations, des mesures supplémentaires au nombre desquelles l’accroissement des poids respectifs des entreprises publiques et de ces EPS.

 Il faut également mesurer que le Venezuela a été et reste marqué par une économie de rente lié aux revenus pétroliers avec destruction du tissu industriel et développement de l’informel et le projet socialiste se confond avec un renforcement des transferts des revenus du pétrole, ceux-ci ont commencé à aller dans le sens des plus pauvres et à la participation populaire pour  une société plus juste.

Rémy Herrera là encore comme il l’a fait pour Cuba montre les acquis mais aussi le long chemin à parcourir, les ré-orientation à opérer dans un contexte de guerre ouverte avec l’oligarchie soutenue par les Etats-Unis, sans parler des problèmes avec le voisin colombien.

 Avec ce livre vous avez de véritables fiches qui peuvent être utile à la fois à l’enseignant et aux militant, parce qu’elles fournissent matière à un véritable savoir synthétique sur les formes possibles de transition au socialisme, un savoir sur un mouvement global marqué par des différences socio-économiques, historiques culturelles fruit y compris de cette mondialisation impérialiste en crise. L’information dans  chaque cas est étonnement riche vu le volume (il ne fait pas 200 pages).  Ce qui est d’autant plus remarquable comme synthèse qu’ il ne s’agit pas seulement d’étudier les avancées étatiques mais d’établir un état des lieux des mouvements sociaux puisque l’objectif est de montrer comment on se rapproche ou non d’une capacité d’intervention populaire sur les pouvoirs étatiques et pas d’une manière formelle.

 Chacune des expériences de ce continent convergent vers le progrès social et la participation populaire mais elles sont menées dans des perspectives historiques sur des trames culturelles et à l’intérieur d’espaces nationaux trés divers. Donc Rémy Herrera pour nous faciliter la compréhension du processus tout en respectant la diversité et la complexité classe ces pays selon deux critères fondamentaux: premièrement sont-ils anti-capitalistes ou non, deuxièmement sont-ils anti-impérialistes ou pas? Anti-capitalistes, c’est-à-dire pour la remise en question des structures du système capitaliste. Anti-impérialiste c’est à dire pour ou contre la mise en oeuvre de stratégies de développement visant à dégager des marges de manoeuvres de souveraineté nationale.

Cuba est le seul pays où l’intégration anti-capitaliste et anti-impérialiste ont littéralement fusionné. le Venezuela, la Bolivie, l’Equateur (peut-être le Nicaragua)ont annoncé un processus mais pour le moment ils ont simplement attaqué la forme néo-libérale du capitalisme plus que ses structures profondes.

d’autres gouvernement sont à base populaire avec des dirigeants progressistes ont réalisé des avancées dans la lutte contre la pauvreté mais n’ont pas infléchi la ligne néo-libérale, il s’agit du Bresil, de l’Argentine, l’URuguay , le Guatemala, le Salvador, le Paraguay et le Chili jusqu’en 2010.

Dans d’autres pays on voit monter des luttes contre des régimes de droite voir d’extrême-droite. Et là encore Rémy Herrera va nous décrire toutes ces luttes, depuis le mouvement des sans terre au Brésil, un des plus puissants et les mieux structurés ou ceux du Mexique, mais il montre que partout sous des formes diverses et souvent singulières c’est tout un continent qui converge vers le progrès social.

Donc ce livre est indispensable pour qui veut avoir une vue synthétique et profonde d’un continent dont les peuples se sont mis en mouvement sans   toujours la conscience claire de ce qu’ils veulent mettre en oeuvre mais qui savent par l’expérience ce qu’ils rejettent et là réside leur unité.

Cependant sans contrôle réel- et non seulement formel plus poussé des classes populaires sur l’Etat, les conditions de transition au post-capitalisme (ou au pre-socialisme) ne seront que trés difficilement réunies. Si je partage ce point de conclusion de Rémy Herrera ainsi que l’insistance qu’il met à montrer l’importance de l’axe Cuba-Venezuela ou encore celui des résistances populaires encore diversifiées, je ne suis pas convaincue par sa proposition d’une Ve Internationale ou à tout le moins une organisation internationale de solidarité entre les travailleurs. C’est la conclusion du livre mais on a du mal à comprendre le projet, s’agit-il de s’appuyer sur l’axe Cuba- la Havane? Dans l’état où se trouve le mouvement ouvrier en France et en Europe cela aboutira-t-il à autre chose que ce « tourisme planétaire » qui a eu sa nécessité pour une amorce de prise de conscience mais qui a été plus ou moins « cassé » à Gènes? En revanche ce que tente de développer Fidel Castro, un mouvement anti-guerre qui a déjà un contenu transformateur non seulement sur le plan écologique mais une écologie anti-impérialiste et anti-capitaliste aura-t-il un impact et lequel ?

A l’inverse de l’ensemble de son livre riche, précis, argumenté, cette proposition sur laquelle il chute mériterait un autre développement. Comme Rémy Herrera, je mesure bien l’intérêt y compris pour un pays comme la France et pour les forces révolutionnaires qui tentent avec les pires difficultés de se rassembler d’un nouvel internationalisme. Est-ce qu’une nouvelle internationale en est le chemin, je l’ignore. Ce qui est sûr c’est que nous avons besoin de savoir à quel point des forces de résistance sur des bases diverses existent et le livre de rémy herrera un des mieux conçus sur le plan pédagogique  pour favoriser cette prise de conscience internationale absolument indispensable à un passage à l’offensive des forces progressistes.

compte-rendu de lecture de Danielle Bleitrach pour changement de société

Remy Herrera est chercheur en Economie au CNRS et il enseigne également à l’Université de paris I Panthéon-Sorbonne. Il est aussi le secrétaire exécutif du Forum Mondial des Alternatives.

* Rémy herrera les avancées Révolutionnaires en Amérique latine, des transitions socialistes au XXI e siècle, Parangon/Vs Lyon 2010, 13 € www.editions.parangon.com

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23 juin 2010 3 23 /06 /juin /2010 19:30

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Quel choc de découvrir ce formidable roman de l’écrivain Enrique Serpa (La Havane, 1900-1968), un classique de la littérature cubaine publié en 1938 et traduit pour la première fois en français. Il livre un tableau accablant de ce que fut Cuba en ce début de XXe siècle. Mais sa richesse tient à ce que, au-delà de la question sociale, il plonge dans l’âme humaine, à travers plusieurs personnages, dont le très complexe narrateur, armateur de son état. Celui que son entourage surnomme par moquerie l’« Amiral », ou le « Dandy des mers », est un homme soucieux d’élégance, mais toujours mal dans sa peau, en proie au doute et au mépris de lui-même, en quête de marques de reconnaissance, que ce soit de la part des marins-pêcheurs ou des prostituées en compagnie desquelles il ruine sa santé.

Comparant ses pensées à des « reptiles aveugles », il reconnaît que rien ne l’intéresse vraiment. « Je me trouvais intérieurement vidé, le cerveau embrumé, incapable d’un effort soutenu, à la dérive comme un navire sans gouvernail. »La Buena Ventura, une goélette jadis bateau de plaisance et qui désormais se consacre à la pêche. Ayant hérité de son père trois bateaux de pêche, il a renoncé à son poste de chimiste à l’American Sugar Company pour partager le sort de l’équipage de

Mais quel travailleur peut à l’époque vivre de cette ressource ? L’offre dépasse la demande, à cause notamment des « chinetoques » installés sur la côte, sans famille, prêts à casser les prix du poisson. A cause aussi de « ces fumiers de bateaux frigorifiques américains » qui bradent les cargaisons de mérou et de pagre. « Les Américains sont ici comme chez eux et nous plument comme des pigeons », estime Pablo Alonso, l’un de ces marins dont « les gosses vont cul nu et crèvent de faim ». Même misère à l’intérieur des terres, comme dans le hameau Boca de Jaruro, « un cloaque qui abritait des hommes, des femmes et des enfants décharnés, faméliques, à la peau granuleuse et à l’esprit pétrifié ».

Comment faire face aux besoins vitaux, aux injustices d’une société où paradent anciens et nouveaux riches, face à l’inertie d’un gouvernement oublieux de ses promesses dès que les élections sont passées ? Par l’organisation des travailleurs. Et la grève. Excellent connaisseur du terrain, Serpa nous présente toute la gamme des opinions, depuis la résignation du vieux Martín jusqu’à l’engagement passionné de Pepe le Catalan, qui préfère aux discours des anarcho-syndicalistes venus d’Espagne l’action des communistes.

Suivre ces derniers ? « Ça pourrait pas être pire, malgré leurs idées bizarres », pense-t-il. Mais tous ne rêvent pas de révolution. Et en premier lieu « Requin », autrement dit le patron de La Buena Ventura. Ce repris de justice a l’idée de recourir à la contrebande d’alcool vers les Etats-Unis, projet autour duquel tournent toutes les péripéties traversées. Les étranges rapports entre l’Amiral et Requin constituent un réservoir de sentiments heurtés que l’auteur creuse avec une précision hallucinante. Celle-là même qu’il emploie pour dire la splendeur de la nature : « Le couchant était rouge et soyeux comme les ouïes des poissons-scies et, par endroits, comme le ventre d’une conque de nacre. » La beauté habite ces pages fiévreuses où surgit soudain la « paix infinie » qui descend sur le cœur du contrebandier lorsqu’il se remémore la douceur de sa mère lui racontant l’histoire sainte.

Françoise Barthélemy

URL : http://www.monde-diplomatique.fr/2010/04/BARTHELEMY/19019

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13 mai 2010 4 13 /05 /mai /2010 14:08

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Michel Porcheron

« Vous êtes le meilleur romancier d’Amérique latine et vous devez tout abandonner pour écrire des romans !», a dit un jour Ernest Hemingway à Enrique Serpa (1900-1968) en lui reprochant de consacrer trop de temps à son activité de journaliste.

 

Enrique Serpa aurait été donc dès les années 30, selon l’écrivain nord-américain, le « meilleur romancier d’Amérique latine » et le monde de l’édition francophone l’aurait ignoré et pendant 70 ans ! …Il est vrai que quand le grand Ernest forçait un peu sur le gin Gordon’s, à l’heure du café croissant au mythique Floridita havanais où il buvait des coups avec son ami cubain, il était capable d’une très aimable exagération.

Toujours est-il qu’Enrique Serpa vient d’être traduit pour la première fois en français. Les Editions Zulma ont logiquement choisi l’œuvre majeure du Cubain, « Contrabando », qui fut publiée en 1938 à La Havane par la maison Alvarez –Pita, Talleres « Alfa ».

Entre l’ultra classique et plutôt élitiste Alejo Carpentier et son œuvre, entièrement traduite en français et la génération actuelle de plus en plus connue et recherchée en France, il existait un certain vide que les Editions Zulma (couverture de David Pearson, 327 pages, 12,5 x17 cm) sont venues ainsi combler.

Faut-il accueillir « Contrebande » avec les superlatifs habituels qui accompagnent généralement tout ouvrage judicieusement sorti de l’oubli ? Enrique Serpa aux côtés des plus grands, Carpentier, Hemingway ou Faulkner ? Une troisième (ou quatrième) de couverture est toujours rédigée par la maison d’édition, poussée aussi comme il se doit par des impératifs de marketing.

Ailleurs, on lit que Serpa « fait penser » à Melville, Pierre Loti, Albert Cossery, Henry de Monfreid, James Joyce (pour les monologues intérieurs), Joseph Conrad, R.L. Stevenson, etc… Il suffira de dire que « Contrebande » est l’œuvre du meilleur Enrique Serpa, et c’est déjà très bien. Quand en plus il bénéficie d’une magistrale traduction de la part de Claude Fell, le lecteur ne manquera pas de voir à quel point l’écrivain Serpa a du talent (1). De sa génération, il ne fut pas le seul à en avoir. La parution de Contrebande et son bon accueil en France pourraient donner à l’éditeur ou à d’autres, l’idée de faire traduire d’autres romanciers cubains « exportables » de cette générationdes années 30, également inconnus en France, et probablement supérieurs à Enrique Serpa, comme Carlos Montenegro, Lino Novas Calvo et surtout Pablo de la Torriente Brau.

A Cuba, la dernière réédition de Contrabando date de 2007, publiée par Letras Cubanas, avec un très fin prologue (p.V à XVI) de Denia Garcia Ronda (novembre 2006. Elle avait déjà signé, avec talent, le prologue de l’édition précédente en 1977). Contrabando a toujours été considéré comme un classique de la littérature cubaine du XX e siècle. Déjà dans l’Enciclopedia Popular IIustrada, publiée en 1940 (1302 pages), on apprend que Contrabando « a été un retentissant succès de librairie ». « Dans sa prose, « hay nervio, musculo y agilidad de juventud eterna » ( il y a du nerf, du muscle et de une agilité d’éternelle jeunesse").

Depuis sa sortie en France, à l’automne 2009, comment la critique (journaux, libraires, sites web, lecteurs, bloggeurs, etc..) a –t- elle présenté et commenté ce livre ? Il a été classé, c’est selon, dans des genres bien divers, roman d’atmosphère, tragi-comédie humaine, aventure maritime, récit naturaliste et sombre, tableau socio-historique, etc… 

Entre, au mieux, « chef d’œuvre » (n’exagérons rien) et au pire « intéressant, sympathique, oui, mais vieillot et pittoresque. Un Port de l'angoisse sans Bogart », en passant par « écrivain secondaire » et …quelques absences notables de critique dans certains grands titres de la presse hexagonale ( Le Monde, notamment) , « Contrebande» s’est dans tous les cas gagné une certaine place (ou une place certaine) parmi les livres récents de littérature étrangère en France.

Paru à la rentrée littéraire de septembre 2009, Contrebande fait donc partie des titres qui ont survécu. On sait que sur les 659 livres de la dernière rentrée [littérature française environ 450 et étrangère 210], la plupart disparaissent corps et biens avant la fin de l’année, faute de lecteurs. Qu’il soit un livre « rescapé » et de plus traduit de l’espagnol (Cuba) et non de l’anglais (largement majoritaire) est un autre bon signe.

Qu’il soit un livre cubain appartenant à la catégorie « classique » (2) et de plus à la décennie des années 20-30, aura fait qu’il a été lu et jugé en tant qu’œuvre littéraire, qualités et défauts, sans considérations idéologico-nostalgico- politiques, de celles – habituelles dans ce cas - qui sont capables d’encombrer la critique d’un bon livre ou d’en camoufler les défauts. Il semble que la courte préface d’Eduardo Manet n’ait eu de fait aucun de ces deux effets.

Enfin, qu’il ait été chroniqué dans un nombre honorable de supports confirme sa valeur. Les Editions Zulma ont du procéder à une nouvelle impression, après un premier tirage épuisé. Généralement un premier tirage est délibérément bas, notion relative en fonction de l’auteur.

Cette parution a (re)mis en évidence une « filiation », une « amitié » littéraire réelle entre le Cubain Serpa et le grand Hem’. Un critique français et non des moindres n’a-t-il pas parlé de « Hemingway et son sherpa» ? L’espace nous manque ici pour jeter les bases d’une ébauche de lectures comparées, instructives à plus d’un titre.

Notes- (1)- Cependant le lecteur, pour apprécier à sa juste valeur, ce livre (dont l’action se passe environ en 1927 et est écrit en 32-33) et pas seulement comme un roman d‘aventures ou d’atmosphère, devrait se pencher quelque peu sur le contexte politico-social de ces années 20 et 30 à Cuba et particulièrement pendant la dictature de Gerardo Machado (1925-1933), mais aussi aux Etats Unis (la loi Volstead dite de Prohibition (1919-1933) et les restrictions migratoires). Cependant, Denia Garcia Ronda conclut son très fin prologue en soulignant que, bien qu’il existe chez Serpa un questionnement de l’état des lieux national, « un lecteur qui ne connait pas ces circonstances historiques peut assimiler et savourer le sens de l’œuvre ». Elle ajoute en conclusion que le sujet au centre de Contrebande « est le monde objectif et subjectif du principal protagoniste » (l’Amiral).

Pour sa part Graziella Pogolotti (Orbe, 14 novembre 2009) a expliqué « la bonne surprise »  qu’a constitué Contrebande pour les critiques littéraires en France par, de « manière inconsciente », leur « perspective eurocentrique » ( eurocentrica ), tout en se félicitant de l’entrée de Enrique Serpa dans le marché de l’édition en France, ce qui invite, dit-elle, à « une réflexion productive » à Cuba. Par ailleurs, rien ne dit au lecteur français que Contrebande est l’un des très rares romans cubains, pour ne pas dire le seul jusqu’à une époque très récente, qui a le monde de la mer comme (unique) décor central. Paradoxal dans la production littéraire d’une île.

(2)- A Cuba, parmi les livres-encyclopédies, les ouvrages de critique littéraire, analyses, présentation, où Serpa et son œuvre ont leur place, on peut citer : "La Republica a través de sus escritores" (1958) de Marcelo Pogolotti (p.162-164 et p. 272-275, édition de 2002), « Panorama historico de la Literatura cubana » (1963) de Max Henriquez  Urena, « Historia de la Literatura cubana » de Salvador Bueno (1972, 4 e édition), Diccionario de la Literatura cubana, 2 t. 1980, et surtout Historia de la Literatura cubana, 3 t. collec.2005-2008), etc…

Pour Marcelo Pogolotti, Enrique Serpa qui dans Contrabando est «  le Francis Carco de la pègre et de la vie galante havanaise, avec des facettes diaboliques à la manière de Barbey d’Aurevilly », a ajouté une « dose de Joseph Conrad pour produire un vif et véloce reportage, discrètement romanesque ». Pogolotti ne manque pas de noter que Contrabando est « une vaste et exhaustive fresque de la vie de cabotage » (riberena), « exploit notable quand on sait comme on l’a dit avec raison, que les Cubains vivent le dos tourné à la mer ».

Pour M.H. Urena, Enrique Serpa « romancier de qualité » qui « se coule dans le moule du modèle naturaliste de la fin du XIX e siècle » «  maîtrise bien cette technique qui vient de Zola, et les scènes qu’il peint ont une extraordinaire vigueur ». Quelques uns de ses « cuentos » (nouvelle ou conte) comme Aletas de Tiburon, se détachent par leur véridicité ».

Comme Serpa introduit pour la première fois « le monologue intérieur », Salvador Bueno n’hésite pas à estimer qu’il le fait « a lo Joyce ». Mais le livre est surtout «  un des plus vigoureux romans jamais écrits à Cuba ». Tout en faisant remarquer que le livre politique (sur les années 40) de Serpa est « Trampa » publié en 1957. Dans « Album del cinquentenario 1902-1950 », de la Asociacion de Reporters de Cuba » (Ed. LEX, 1952, 23x 31 cm, 440 p. abondamment illustré), le nom de Enrique Serpa apparait très logiquement, en tant que journaliste, poète, conteur (« Enrique Serpa tiene categoria de maestro en su cuento Aletas de Tiburon ») et romancier. L’écrivain et critique Carlos Fernandez Cabrera, selon qui, « cent romans ont été écrits à Cuba. Ils sont peu nombreux ceux qui ont de la valeur » a apprécié Contrabando. Tout en soulignant que « le plus moderne et le plus intéressant est Enrique Labrador Ruiz », « Enrique Serpa, ajoute-t-il, est un grand auteur du moment présent. L’unique roman de Serpa Contrabando lui confère cette catégorie. Il décrit, avec une technique de maître, la misère des pauvres aux abois du littoral. D’audacieux marins entrent en contrebande (…) Il s’agit d’une dénonciation révolutionnaire particulièrement cachée dans une délicieuse trame d’aventures, entre Cuba et les Etats Unis. Depuis «  Estéforo el pirata », de Ramon Torrado, aucun cubain n’avait choisi la mer comme cadre.(…) C’est une grande œuvre Contrabando, elle a plu beaucoup à Hemingway, qui l’a lue » La boucle est bouclée(mp).

Granma

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8 mai 2010 6 08 /05 /mai /2010 12:25

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par BONALDI Jacques-François , MARTI José

Traduits par Jacques-François Bonaldi

AVANT-PROPOS

Le Centre d’études martiniennes (C.E.M.) de La Havane a publié en 1996, puis en 2004 (en version révisée et amplifiée de nouvelles notes) une brève « édition critique » intitulée Testamentos de José Martí et contenant six lettres de 1895 distribuées comme suit : à sa mère et à son fils (« Testaments familiaux ») ; au Dominicain Federico Enríquez Carvajal (« Testament antillaniste ») ; à Gonzalo de Quesada y Aróstegui (« Testament littéraire ») ; à María Mantilla y Miyares (« Testament pédagogique ») et à Manuel Mercado (« Testament politique »).

L’idée m’ayant séduite par son originalité, mais aussi par sa facile réalisation en français, puisque ma traduction annotée de ses Journaux de Campagne (encore inédite faute d’éditeurs intéressés) m’a incité à introduire en annexe, comme conséquence de droit fil, la quasi-totalité de ses textes de 1895 - il meurt en combat le 19 mai 1895 - je la propose donc à ceux que Martí attire ou qui souhaiteraient le découvrir.

Contrairement à mon habitude de proposer des textes abondamment annotés pour faciliter la compréhension du lecteur, j’offre ci-après une traduction sans appareil explicatif (sauf la lettre à Mercado, tirée de ma traduction des lettres de Martí à son grand ami mexicain : Il est des affections d’une pudeur si délicate... Lettres de José Martí à Manuel Mercado, traduites et annotées par Jacques-François Bonaldi, Paris, 2004, L’Harmattan, 432 pp.) : il s’agit en effet (exception faite, une fois de plus, de la lettre à Mercado) de textes d’accès facile, n’exigeant pas une connaissance poussée du contexte personnel ni de l’environnement politique et historique. L’ajout de notes impliquerait des recherches qui peuvent parfois se prolonger contre le gré du traducteur et retarderait donc la connaissance de ces textes dont deux au moins sont fondamentaux pour mieux saisir la pensée politique de Martí à la fin de sa vie : les lettres à Henríquez Carvajal et à Manuel Mercado. Mais je promets de faire de mon mieux pour livrer au plus vite cette traduction annotée.

Quelques courts commentaires sur le contexte. Martí se trouve alors en République dominicaine, se démenant comme un beau diable (après l’échec par trahison, début janvier 1895, du plan de débarquement grandiose qu’il avait organisé dans le plus grand secret pendant des mois) pour tenter de gagner Cuba par un moyen ou un autre où la seconde guerre d’Indépendance qu’il a préparée depuis 1892 (fondation du Parti révolutionnaire cubain) a éclaté le 24 février après qu’il en a donné l’ordre. On conçoit l’extrême tension dans laquelle il vit ces moments-là. C’est profitant d’un temps d’attente à Montecristi qu’il rédige les quatre premières lettres ; il écrit la cinquième à María Mantilla à Cap-Haïtien où, accompagné de Máximo Gómez et quatre autres compagnons, il reste caché pendant trois jours chez son ami Ulpiano Dellundé ; la dernière est datée de Cuba, la veille de sa mort à Dos Ríos.

Le lecteur s’étonnera sans doute de la sécheresse de sa lettre d’adieu à son fils, mais peut-être comprendra-t-il mieux quand il saura qu’il ne put jamais être en fait un père pour lui. Sa femme, Carmen Zayas de Bazán, refusant de partager la vie hasardeuse qu’il lui propose, ne vivra en tout et pour tout que cinquante-cinq mois à ses côtés, restera à Cuba alors qu’il est installé, lui, à New York et fera tout pour éloigner leur fils José Francisco (Pepito) de la mauvaise « influence » qu’il pourrait exercer. De fait, quand il rédige ce « testament », Martí n’a plus revu son fils depuis le 27 août 1891, date où sa femme, qui vient de passer moins de deux mois avec lui, rentre à Cuba sans l’avertir de connivence avec le consul espagnol. Ultime tentative d’une épouse désespérée face à un mari dont elle ne comprend absolument pas l’ « obsession » d’indépendance et craignant que son fils, alors un adolescent (né le 22 novembre 1878), ne suive ses traces. Peine perdue ! Comme bon chien chasse de race, José Francisco Martí y Zayas-Bazán, que sa mère a emmenée avec elle aux Etats-Unis quand la guerre a éclaté à Cuba et le confier à un collège en Alabama pour lui éviter la tentation de « prendre le maquis », s’enrôlera à son insu dans une expédition en 1896 et finira la guerre comme capitaine.

Federico Henríquez y Carvajal (1848-1952) fut un brillant intellectuel et homme de lettres dominicain.

Gonzalo de Quesada y Aróstegui (1868-1915) fut un très proche collaborateur de Martí à New York.

María Mantilla y Miyares (1880-1962), fille de Carmen Miyares, propriétaire de la pension de famille où logeait Martí, fut en quelque sorte l’enfant que celui-ci n’eut jamais à ses côtés, d’autant que sa mère et lui avaient noué des liens amoureux. La Carmita dont il parle est sa sœur aînée (1873-1940),

Manuel Antonio Mercado (1838-1909), homme politique mexicain, fut le plus intime correspondant épistolaire de Martí.

La Havane, avril 2006

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7 mai 2010 5 07 /05 /mai /2010 07:47

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La revue culturelle Lettres de Cuba est déjà en ligne avec le cinquième numéro de la présente année et, comme toujours, nous offrons nouvellement à nos amis lecteurs une variété de textes accompagnés d’une galerie d’images artistiques.

La section Rencontres présente quatre articles : Pedro de la Hoz et Ciro Benemeris unissent leur plume pour célébrer la nouvelle édition de la Foire Internationale Cubadisco ; María Teresa Linares offre un travail sur la présence de la musique campagnarde de nos peuples ; Mabel Machado montre les fruits de sa rencontre avec le célèbre musicien français Daniel Kientzy, dans le cadre du 13ème Festival de Musique Électroacoustique, et Liliana Rodriguez nous parle de la récente exposition, à Cuba, de Christine Van Assche, conservatrice du Centre Georges Pompidou (Paris, France).

L’habituelle Interview est réalisée par Pedro de la Hoz au prestigieux écrivain Antón Arrufat (Prix National de Littérature 2000), une entrevue faisant partie de son livre Como el primer día où le journaliste interroge des personnalités de la culture cubaine sur leurs impressions et leurs vécus le premier janvier 1959.

Ce mois- ci, la section Lettres rend hommage à José Martí, le Héros National de Cuba, de la main de quatre intellectuels prestigieux : la poétesse Fina García Marruz commente l' Ismaelillo de Teresita Fernández ; l’investigatrice Carmen Suárez León approfondit la dimension du Maître comme traducteur de Victor Hugo ; de Carlos Alberto Mas Zabala, nous vous offrons un essai intitulé Le tonnerre qui annonce l'orage , et le travail sur José Martí de Gina Picart, L’œil du canari , le plus récent film de Fernando Pérez approchant l'enfance et l'adolescence de l'Apôtre.

La rubrique Trésors , quant à elle, propose quatre articles sur le patrimoine national cubain : Miguel Barnet (Prix National de Littérature 1994) donne la bienvenue au symbolique voilier nord- américain Amistad , rappelant le souvenir du soulèvement, en juin 1839, des esclaves détenus dans une goélette du même nom contre leurs ravisseurs ; Rogelio Martinez Furé (Prix National de Recherche culturelle 2001) se réfère aux Yorubas et aux mythes ; Jorge Karel Leyva Rodríguez suit les traces des romerías depuis l'Espagne jusqu'à  la province cubaine d’Holguín, où ont lieu chaque année les laïques Romerías de Mayo; et d'Olga V. Egórova nous présentons la troisième et dernière partie de son article Agustín de Betancourt et la première machine à vapeur à Cuba .

Dans Les Arts , la Prima Ballerina Assoluta Alicia Alonso nous parle de l'École Nationale de Ballet ; Mercedes Santos Moray rend tribut, depuis la littérature, à Abelardo Estorino (Prix National de Littérature 1992 ; Prix National de Théâtre 2002), et Norge Espinosa fête la décision de concéder le Prix National de Théâtre 2010, au vétéran professeur Armando Suárez del Villar.

La rubrique Lire Martí propose la seconde partie de la chronique Les fêtes de la Statue de la Liberté , que dirigerait le Maître au directeur du journal new- yorkais La Nación , le 29 octobre 1886, et qui a été publiée dans ses Pages Choisies par la maison d’édition Nagel (Paris, 1953).

Le numéro est illustré par un échantillon des arts plastiques cubains qui  sont l´expression du plus authentique de la culture nationale dans la peinture, le dessin, la sculpture, la céramique, la gravure, la photographie, l´architecture et le graphisme, fondamentalement. Ces dernières sont l’expression de la pluralité de conceptions esthétiques cimentées depuis  300 ans et qui conforment l´identité nationale cubaine. Avec le cours du temps on a créé des expressions influencées par l´art universel et qui rassemblent la vision particulière de leurs créateurs, comme celui- ci  qui reflète des images consacré de notre Héros National José Martí Pérez de qui nous commémorons  le 115ème anniversaire de sa chute en combat.

Amis lecteurs, vous avez entre les mains une sélection variée de textes d’une indubitable qualité et d’un style particulier, accompagnés par d’admirables images esthétiques qui vous invitent à jouir pleinement de notre revue. Nous espérons que sa bonne saveur vous dure jusqu’à l’arrivée des surprises que vous procurera le prochain numéro.

Lettres de Cuba


Lettres de Cuba
Calle 4 No. 251 e/ 11 y 13. Vedado
Ciudad de La Habana. Cuba. CP 10400

(537) 838 2437
lettresdecuba@cubarte.cult.cu
http://www.lettresdecuba.cult.cu



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24 avril 2010 6 24 /04 /avril /2010 01:17

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Une pièce de José Martinez QUEIROLO (Equateur)

 

(Epuisé, même en espagnol, car il n’y a quasiment pas de libraires en Equateur, et pas de « clients » pour acheter des livres hors de prix)


Queirolo a été joué à Guayaquil, au Mexique et à Cuba.

Traduction : Salomé ROTH (Inédit en Français)

 

"... si j'avais été l'un des poètes de l'Antiquité, qui aimaient la beauté pour la beauté et l'art pour l'art, j'aurais chanté ce rituel de la lavandière, qu'elle accomplissait comme une prêtresse dans son sanctuaire, au milieu de vapeurs, de tentures et de voiles religieux..." Pablo Neruda

 

(Ecrasé sous le poids d’un paquet de linge sale, un homme avance dans la rue. Il porte un complet noir trop grand pour lui, arbore une barbe de plusieurs jours et il est ivre. En arrivant sur la place publique, il dépose son fardeau sur le trottoir et en sort une bouteille d’eau-de-vie, dont il absorbe le contenu tout en parlant.)

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Je suis « le mari de la Jesusa » !... Jesusa, la lavandière…, celle qui lave les pantalons pour trois sous et les chemises pour un cinquante, celle qui a une main faite pour la planche à laver et qui laisse le linge propre, immaculé…Oui, la Jesusa !

Moi, comme cela arrive aux maris des stars de cinéma, je suis connu grâce à ma femme…

 

-          Voilà le mari de la Jesusa !

-          Voilà le poivrot qui vit avec la Jesusa !

 

Le poivrot, c’est moi !... Et si je viens en ces lieux interrompre un moment vos distractions, c’est pour vous annoncer que ma femme, la Jesusa, est morte !

 

 

Δ

 

Mais pourquoi gardez-vous le silence ? Peut-être que ce veuf flambant neuf ne mérite pas de recevoir de votre part une misérable phrase de condoléances ?...

 

-          Comme je compatis !

-          Quel grand malheur !

-          Dieu ait son âme !

-          Résignation !

-          Courage !

 

Je pensais que vous assisteriez à l’enterrement, que, comme à la mort de quelqu’un d’important, l’un d’entre vous prendrait la parole ; qu’au moins vous enverriez une délégation, des fleurs, une carte… Une carte sur laquelle on aurait lu :

 

« Les clients de la Jesusa, Société Anonyme,

   vous expriment leurs sincères condoléances »

 

Mais rien ! Personne ! Rien que moi, mes gamins, quelques voisines et le soleil, ce soleil qui assiste toujours à l’enterrement des lavandières !

Et cette indifférence s’avère impardonnable quand on pense que durant tant d’années, vous avez fait partie de mes connaissances intimes…Oui, intimes ! …bien que cela soit seulement parce que je connais vos dessous intimes…Depuis vos paires de chaussettes trouées jusqu’à…enfin ! Restez tranquille, je ne vais pas le dire ! Jesusa – oui, celle qui est morte ! – m’a fait promettre de toujours garder ce qu’elle considérait comme…son « secret professionnel » !

 

Elle nous a quittés ce matin… Elle s’était levée à l’aube dans le patio pour laver votre linge, et elle se faisait du souci parce que le soleil était en retard…

 

-          Soleil ! Pourquoi n’es-tu pas à l’heure, soleil ?

 

Souvent, elle tombait près du bassin, comme un soldat devant sa tranchée !

 

(à un spectateur :)

 

- Monsieur ! Je n’ai pas l’habitude de porter le linge des clients !... Mais votre costume était là, dans l’armoire, prêt pour la livraison… Et devant l’urgence de la situation, j’ai pensé que cela ne vous dérangerait pas que je… Mais ne vous inquiétez pas surtout ! J’ai fait  très attention à ne pas tacher le revers de mes larmes, et de ne pas friper les épaulettes avec le poids…, vous savez…, du cercueil !.

Nous l’avons enterrée sur la colline…En sortant du cimetière, une des voisines m’a dit :

 

-          C’est toi qui as tué la Jesusa ! C’est toi qui l’as tuée !

 

Et c’est pour cela que je suis ici…Parce que je ne l’ai pas tuée seul…Nous l’avons tuée tous ensemble !... Moi, en buvant ; et vous sans boire !... Moi, en lui faisant des enfants sans compassion ; et vous, en l’obligeant à laver votre linge pour une misère !... Et elle, pendant ce temps, avec son ventre énorme appuyé au bassin, qui lavait en chantant !..., qui lavait en chantant !...

 

- (il chante :) « Le savon est fini

                        que pouvons-nous faire !

                        Le savon est fini

                        Y’a plus rien à perdre !... »

 

Moi je n’avais pas de travail, et elle, elle en avait trop ! Comme un fauve en cage, je passais mes journées à tourner dans l’appartement, entre des tas de linge sale…Des tas de linge sale, qui remplissaient les quatre coins de mon foyer !

Parce que deux fois par semaine, la Jesusa revenait de vos maisons charriant dans la mienne toutes les cochonneries de la ville…Et, une fois dans l’appartement, les immondices étaient classées par tas…

 

Le tas de la famille Martínez !...

Le tas de la famille Ramírez !...

Le tas de la famille Aguirre !...

 

 

(Il tire un sous-vêtement du paquet :)

 

Et ce soutien-gorge ?... De quel tas est tombé ce soutien-gorge ?.... Serait-il à Doña Rosa ?...Non, les soutiens-gorge de Doña Rosa sont des soutiens-gorge rembourrés…Celui-ci ressemble plutôt, vu la forme…, à un soutien-gorge de la petite Pichusa… Ah, les soutiens gorge de la petite Pichusa !

 

(Il fait semblant  de laver le sous-vêtement, tout en chantant : « Le savon est fini, etc. »).

 

On ne pouvait plus vivre dans cet appartement ! Cet ait que l’on respirait nous asphyxiait !... Les tas de linge sale grandissaient, grandissaient toujours, jusqu’à atteindre le toit, et mes gamins, morts de faim qui grimpaient, cherchaient, fouillaient…

Parce que parfois, vous oubliiez quelque chose dans les poches de vos vêtements… des chewing-gums, de la monnaie, des cigarettes… Et parfois aussi, des choses compromettantes que je collectionnais…. Vous voyez ce que je veux dire !... des fausses clés, de la drogue, des lettres adultères…

 

(Sans s’interrompre, il tire de sa poche une missive froissée et la lit :)

 

-          « Mon amour : mon époux part en voyage. Cette nuit, enfin ! je serai seule. Ne manque pas de venir, mon bien aimé, mon tendre amant !... »

 

Des cochonneries qui, entre les mains de n’importe quel maître chanteur professionnel, auraient valu une fortune ; et qui entre les miennes, servaient seulement de prétexte pour m’approcher de chez vous, pour demander du travail ! En restant honnête. N’importe quel type de travail !...

 

(Il se déplace rapidement, mimant les métiers auxquels il fait allusion :)

 

-          Gardien ? Mon maître fortuné peut dormir tranquille ! Je passerai la nuit à veiller sur ses biens et à montrer les dents comme un chien !

(Il aboie et grogne).

 

-          Jardinier ? (Très affecté) Ah monsieur ! [En français dans le texte] Les narcisses ont attrapé froid cette nuit et les roses ont le paludisme, mais cet œillet…cet œillet n’attend que votre main pour l’effeuiller !

 

-          Débardeur ? Très bien patron, débardeur !... Un quintal, deux quintaux, trois quintaux… Lancez m’en un autre, petit patron, s’il vous plaît !

 

Mais rien à faire !... Quand, humilié et fatigué, je rentrais le soir dans mon foyer, les tas de linge m’attendaient… Et c’étaient les propriétaires de ces chiffons, ceux qui me méprisaient ! Les propriétaires de ces chiffons… !

 

(Administrant des coups de pieds au paquet :)

 

-          Dehors ! Dehors ! Le linge sale se lave en famille !

 

Et je crachais le linge de vos femmes, cette soie souillée que moi jamais je n’aurais pu acheter à Jesusa !

 

Un jour…un jour je me suis déshabillé, et j’ai jeté mes habits dans le bassin…

 

-          Je suis ton mari, tu m’entends ? Ton mari ! Le seul dont tu aies l’obligation de laver le linge !...

 

Et je suis resté, nu comme un ver, étendu sur mon balluchon… Et je suis resté comme ça pendant plusieurs jours, parce qu’à chaque fois qu’elle me rapportait mon linge, à la moindre petite tache, je l’abreuvais d’insultes…

 

-          Ah malheureuse ! Moi tu ne me laves pas bien, hein ? Regarde cette tache ! Regarde ce pli ! Retourne au bassin !

 

Et comme ça, jusqu’à ce que la Jesusa tombe malade !

Moi la Jesusa je ne l’avais jamais vue malade…Elle gisait là, sur le balluchon, comme un arbre déraciné… Quel silence dans l’appartement ! Plus personne ne lavait ! Plus personne ne chantait !... Et autour de nous, les vêtements s’amoncelaient, s’amoncelaient…On aurait dit qu’ils allaient finir par tous nous ensevelir et nous asphyxier !

 

(A genoux, devant le corps imaginaire de la Jesusa :)

 

-          Jesusa ! Jesusa !... Je vais changer !... Au nom de nos enfants, Jesusa, je te le jure !... Je vais changer !...

 

(Laissant de côté la bouteille, plein de bonnes résolutions, il hisse le paquet sur sa tête :)

 

Et le lendemain, c’est moi qui suis sorti en compagnie de mes enfants pour distribuer le linge à travers la ville…Comme ça ! parfaitement en équilibre !...

 

-          Du linge ! Du linge ! Retirez le sale et mettez le propre !... Venez voir le mari de la Jesusa ! Venez voir le poivrot qui vit avec la Jesusa !... Du linge ! Du liiiinge !...

 

(Rendu furieux par un souvenir soudain, il laisse tomber le paquet et dit :)

 

Et cela aurait continué ainsi, s’il n’y avait pas eu l’affaire de la vieille et du jupon coloré…

 

-          Dis à la Jesusa qu’elle m’envoie le jupon coloré ! Qu’elle se souvienne que la Petite Pichi va faire la fête samedi au Tennis Club, et que pour danser elle a besoin de son jupon, parce que sans jupons elle ne peut pas danser !

-          Excusez-moi Madame ! La Jesusa affirme que le jupon ne se trouve pas en sa possession, que vous ne l’avez pas donné avec votre paquet, et que…

-          Mensonge ! Vous voulez nous voler, c’est tout ! La Jesusa est une voleuse ! Je me plaindrai à la police ! Je me plaindrai !

-          Comme vous voulez, Madame ! Mais payez-moi !

-          Non ! Je ne vous payerai pas tant que vous ne m’aurez pas rendu le jupon coloré !... (appelant :) Nicucho ! Nicuchooo !...

 

J’ai cru qu’elle appelait le chien, mais c’est le mari qui est sorti. Très noble, très digne, très distingué… Comme si je ne connaissais pas ses sales chiffons !

 

-          Ne discute pas davantage, ma fille ! Ne te rabaisse pas au niveau de ces gens !

-          Malpropre !... Tu changes de linge tous les 30 jours ! Tu mets ton argent dans tes caleçons !... Malpropre !

 

Dans l’après-midi, la police est venue chez nous. Ils ont tout fouillé ! Ils ont même obligé les voisines à soulever leurs jupes, pour vérifier la couleur de leurs jupons !

 

(Aux policiers imaginaires :)

 

Pauvres, mais honnêtes !... Eh bien, emmenez-moi donc ! Emmenez-moi !... Vous croyez que vous me faites peur ? Laisse-moi, Jesusa ! Ne me retiens pas ! Laisse-moi !

 

Ils allaient tous nous emmener en prison, quand est apparue la servante de la vieille…

 

- Ma patronne elle dit qu’elle vous envoie l’jupon coloré…, qu’c’est qu’la p’tite Pichi elle avait oublié de l’mettre dans l’sac de linge sale, et v’là qu’elle vous l’envoie pour qu’vous le laviez rapidement… Oubliez pas que p’tite Pichi elle a une fête samedi au Tennis Club ! (elle continue en dansant :) Et qu’pour danser elle a b’soin d’son jupon, pasque sans jupons elle peut pas danser ! Et-qu’pour-danser-elle-a-b’soin-d’son-jupon,-pasque-sans-jupons-elle-peut-pas-danser !...

 

Après ça vous dites que c’est moi qui l’ai tuée, moi seul !... Les voisines ont fait courir la nouvelle dans tout le quartier. Dès demain, je serai pour tout le monde : « ce poivrot-là, qui a tué la Jesusa ! »… Parce que dans le quartier ils ne savent pas, ils ne se rendent pas compte…Et c’est tellement facile de rejeter la faute sur le dos de quelqu’un !

 

(désignant le contenu de la bouteille :)

 

C’est vrai que j’ai abusé de ça ; que, comme je n’ai pas d’argent pour m’en procurer, je venais moi aussi près du tas pour fouiller vos poches, pour disputer à mes gamins leurs petites trouvailles…Et que, quand par hasard – par hasard ! – quelque billet apparaissait, on se l’arrachait pour aller dans la rue, au bistrot…

C’est vrai que j’ai commencé à frapper la Jesusa ; que souvent, je lui ai arraché les cordelettes pour faire tomber dans la boue le linge fraîchement lavé…

Mais tout cela, je l’ai fait parce que je l’aimais ! Parce que cela me mettait en rage de la voir comme ça, à laver votre linge toute la journée !

Après…je me sentais tellement sale ! Tellement sale, que je me jetais en pleurant sur le tas et que je m’endormais ! Je m’endormais en espérant que le jour suivant, elle me ramasserait moi aussi, comme l’un de vos chiffons, elle qu’elle me jetterait dans le bassin et qu’elle me laverait !

 

-          (Il chante :) « Le savon est fini

                               Que pouvons-nous faire !

                              Le savon est fini… »

 

(Il s’interrompt pour dire :)

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Ces derniers temps, elle ne chantait plus…Elle lavait et elle toussait !... Elle lavait et elle toussait !... Elle était si malade ! Elle avait mal aux ovaires, aux os, aux reins !... Mais comme elle laissait votre linge propre ! Comme elle le laissait propre !...

Maintenant, il paraît qu’il y a des machines qui le lavent complètement. Vous mettez une pastille de savon, vous pressez un bouton, et c’est prêt ! (Imitant un vendeur :) Elles lavent et elles sèchent ! Elles lavent et elles sèchent ! Les mères de familles mettent leurs enfants, avec le linge et tout le reste, dans les machines, et les morveux ressortent tout propres, resplendissants !... Elles lavent et elles sèchent ! Elles lavent et elles sèchent !... Mais n’allez pas comparer avec la Jesusa !... La preuve en est que Madame Smith, cette gringa qui est assise là-bas, au fond…

- Madame Smith, ne vous cachez pas !...Vous vous avez une machine de ce type et pourtant, vous avez été jusqu’à aujourd’hui une de nos meilleures clientes !...

 

Parce que la Jesusa est incomparable !...Quelle tache pouvait résister à sa main ? Et sans utiliser d’eau de Javel, ni aucune substance qui détruit le linge… Elle lavait plus blanc que blanc ! Pas question d’utiliser ces savons qui lavent tout seul, pendant que les lavandières s’allongent pour fumer une cigarette !... Une bonne lavandière – et la Jesusa en était une ! – ne croient pas en de telles sottises… Elle passait sa vie à frotter, à gratter, à racler !  Aucune tache, aussi ignoble qu’elle soit, ne lui aurait résisté !  Taches de vin, de pus, de sang ! Taches sans nom, impossible à identifier !... Elle lavait, ébouillantait, amidonnait, repassait, reprisait… Pour trois sous les pantalons, et un cinquante les chemises ! Alors que c’est tellement cher, le savon, le bois, l’amidon et même le soleil…

 

-          Soleil ! Pourquoi n’es-tu pas à l’heure, soleil ?

 

(Il pleure. Il tire de sa poche un mouchoir pour essuyer ses larmes, mais…)

 

Ce mouchoir non plus n’est pas à moi ! Je l’ai sans doute récupéré sur le tas…. Il porte les initiales K. J. C. …Monsieur K. J. C. est-il présent ? (Il appelle :) K. J. C. !... K. J. C. !... Que Monsieur K. J. C. s’approche, pour récupérer son mouchoir !...

 

(Furieux, au mouchoir :)

 

Sale torchon ! Torchon immonde, que j’étais sur le point de laver de mes larmes !... (après l’avoir piétiné :) Que ton propriétaire sache que tu vas rester sale, parce que la blanchisseuse est partie !... (aux spectateurs :) Oui, sachez-le tous !... La Jesusa est partie !...La blanchisseuse nous a quittés !... Inutile de mettre des petites annonces dans les journaux pour lui trouver une remplaçante… « Cherchons blanchisseuse ! »… « Cherchons blanchisseuse ! »… A présent, chacun va devoir laver ses sales torchons tout seul !...

 

(Il défait le paquet et, mettant à découvert les sous-vêtements qu’il contient…)

 

Torchons sales ! Torchons tachés par vos corps !... Fléaux qui se dissimulent aux yeux de tous ! Empreintes de pêchés sans nom, que nul n’ose confesser !... Peaux de vipères ! Peaux de vipère !...

 

(Frottant un sous-vêtement :)

 

On va lui donner un bon coup de savon !...  A racler !, À frotter !... à laver !, à chanter !...

 

(il tombe lentement à genoux :)

 

Pourquoi la Jesusa – ma Jesusa – est-elle partie !...La lavandière nous a déjà quittés !... Elle est là-haut, elle lave sur une grande échelle… Elle contrôle l’apparition du soleil !... C’est pourquoi désormais, le ciel sera plus propre ! Les nuages, comme s’ils venaient d’être lavés !... Il n’y a qu’ici que ce sera sale – sale, sale, sale ! – parce que l’été est long…et nous, comme les vipères, nous devons changer de peau !

 

(il appelle :)

 

-          Pluie !... Jesusaa !... Pluiiie … !

 

(Il tombe en sanglotant sur le sol et reste étendu comme un chiffon de plus sur le tas.)

 

 



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Published by cuba si lorraine - dans lire
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